Nationalité : France
Bourlinguer, de Blaise Cendrars. Mais je ne crois pas que c`était le livre au sens « l`œuvre » : c`était le livre, l`exemplaire dans lequel je le lisais que je trouvais vraiment beau pour une raison mystérieuse et parce que je l`avais acheté tout seul, et le mec Cendrars, le mythomane qui lévite par le mensonge. C`est l`expérience de le lire adolescent en m`y croyant à mort. du coup, je l`ai plagié juste après l`avoir lu, mais bien sûr « sans faire exprès en faisant exprès ». L`amour vache.
J`ai longtemps cru que Kafka, James Joyce et Proust m`avaient déclaré une guerre concertée. Je n`étais pas prétentieux : je savais que ce n`était pas moi en particulier qu`ils visaient, mais tous les petits cons. J`ai donc traversé une phase suicidaire et pyromane où la destruction des pavés et nouvelles de ces messieurs me paraissait d`intérêt public. Depuis, j`ai mûri. J`ai compris que le concept d`autodafé faisait un peu nazi. Et pourquoi faire une fixette sur ces types, ça fait un peu frustré aussi, non ? En plus, ils n`écrivent pas si bien que ça en français, qui est la langue de la clarté et la mesure de toute chose.
Pour ne pas redire Blaise Cendrars, je vais parler de Gabriel Garcia Marquez et de Cent ans de solitude : Gabriel, si tu m`écoutes, je t`aime. Je ne peux pas le relire. C`est tellement pur que ça me détruirait. J`aurais l`impression que le temps s`est arrêté en 1967.
Les âmes mortes de Gogol. Je ne lis vraiment que des vieux bouquins, parce qu`on est très mal informé des dernières publications, vous ne trouvez pas ? J`aime bien Les âmes mortes parce que ce n`est pas un roman. Oh, que ça m`ennuie les romans romancés romanceurs. Et Nabokov dit que c`est très bien, Les âmes mortes. Je trouve difficile de résister à Nabokov.
Au bord de l`eau. En fait, j`ai lu cent neuf pages. Mais j`ai quand même honte, parce que j`ai écrit une histoire de brigands, donc sous le patronage d`Au bord de l`eau, mais quand même, j`ai pas fini le bouquin. La honte, c`est peu dire
Le Philosophe autodidacte d`Ibn Tufayl : c`est l`histoire d`un type qui naît tout seul sur une île tout nue avec une gazelle pour maman et qui comprend tout rien qu`en raisonnant. C`est pas très sociologie de terrain, comme approche, mais c`est une merveilleuse lecture quand même.
Oh, j`aimerais bien écrire un classique de la littérature à la réputation surfaite, ça doit être tout à fait palpitant. Assez parlé de moi. Euh, disons, la Bible. Non, je retire ce que j`ai dit. Euh, Autant en emporte le vent (on a le droit de dire des livres qu`on a pas lus ?) Ou peut-être bien Ulysse, À la recherche du temps perdu, et Le Procès. Ouais, ces trois-là sont très surfaits !
J`en ai plein mais je les oublie tout le temps. « Dieu et mon droit. » « Go west young man. » « Va et ne pêche plus. » Qui a dit que les Français n`étaient plus religieux ?
J`ose pas le dire. Mais vous aimez bien La Chouette aveugle, de Sadegh Hedayat ? C`est très, très, très, très, très, très bien.
Des villes littéraires, il y en a plein, il y a même surpopulation. J`ai décidé d`apporter ma pierre à l`édifice. Ptère est une ville de montagne où habitent des gens qui peuvent construire l`univers qui leur plaît en se contentant de le désirer. Comme par un fait exprès, ils sont en guerre avec une petite bourgade voisine, qui s`appelle Vièbe-les-échelles. La suite est tout à fait vraisemblable.
En fait, personne n`écrit de manière linéaire (ce serait le vrai concept). C`est juste que la non-linéarité dominante est absolument mortelle. Par exemple les débuts de plein de bouquins sont mortels : « Pierre se leva et il aperçut un mistigri babaouchilié sur le revers de son ipad », et on est censé se demander qui est Pierre est qu`est-ce qu`un mistigri babaouchilié, mais en fait on sait qu`on va le savoir bientôt, c`était juste pour rigoler, pas la peine de se creuser la tête – c`est nul. Et puis bientôt il y a une énigme à résoudre, on saura à la fin. C`est aussi très difficile d`écrire quelque chose qui ne soit pas conçu comme ça, parce qu`alors le lecteur va refermer tout de suite le bouquin. On a des goûts formés, on ne lit pour changer de goût – en fait – mais pour les satisfaire. Non ?
Je ne sais pas s`il y a un format littéraire web. Et par opposition un format non-web. Mais il y a sûrement un format de jour – web ou papier (on pourrait aussi dire le format métro, même si on peut lire « métro » à la maison : c`est la lecture souvent très rapide, peu patiente, ce qui est une forme d`exigence très particulière – pas mauvaise). Et un format nuit – web ou papier – quand on est seul avec sa mauvaise conscience : on accepte plus de chose, plus de bizarre, plus d`invraisemblable, plus d`inconnu. J`essaie d`écrire pour les deux : le jour, et la nuit.
Il y aura des pertes. Des chapitres vont disparaître. D`autres vont apparaître. Donc j`appréhende ça comme de la création en direct, comme au 20 heures. Il va y avoir toutes sortes de catastrophes. À suivre.
Récemment j`ai lu B.S. Johnson, Les Malheureux, un livre qui n`est pas relié pour que le lecteur puisse lire les chapitres dans différents ordres. C`est une innovation formelle en apparence très extrémiste, mais elle correspond en fait parfaitement au mélange nuit/jour dont je parlais tout à l`heure. On lit pour qu`il se passe quelque chose pendant quelques instants, on entre dans une action, mais pas pour que tout soit résolu dans l`instant. Pas nécessairement pour relier les points et tout comprendre au grand mystère.
Je pense qu`ils auront envie de me frapper, et que dans les deux premières secondes ils seront tentés de dire : « Mais pourquoi ce c* !% » ! n`écrit pas normalement, on comprend rien. Il veut faire le malin ! » Mais s`ils lisent, disons, l`équivalent de quatre ou cinq pages, et qu`ils passent d`un récit à l`autre, ils pourront voir émerger une idée de Ptère qui leur donnera envie d`aller voir encore ailleurs comment ça se passe. Et puis, même si ce n`est pas super 2.0 de faire ça, ils pourront aussi télécharger les pdf et le bouquiner tranquillement hors-ligne. Et dans quelques temps, ils auront aussi accès à une belle version synthétique en un volume. J`attends impatiemment leurs avis pour affiner l`ensemble !

Ptere de
Thomas Grillot
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Dans quelle tour de la Terre du Vent Nihal habite-t-elle?
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