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Par Nanne, le 18/10/2010
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
La brutalité assenée à l'Italie empêcha les amitiés et les alliances. Mais les habitants d'Isola, ce petit peuple de montagnes, qui avait à la vérité édifié plus de refuges d'altitude que d'églises rutilantes, savait aussi, dans sa distance, dans sa réserve, dans son refus de s'étendre sur ces passages imprévus, dans sa réticence à toute démonstration impudique, lancer des indices discrets qui ne se payaient pas de mots, mais disaient aux Chinois qu'au-delà de leur gouffre, au-delà de leur nuit, des portes leur étaient ouvertes et qu'un jour, quand cette inertie se fracasserait enfin, on se retrouverait et on pourrait écrire ensemble une histoire un peu plus digne.
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Par Cath36, le 18/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Dans un simulacre macabre, ils firent mine de lui laisser le choix en lui proposant de rejoindre les rangs du nouveau pouvoir. Il refusa évidemment et une balle rentra dans sa nuque. Son dernier éclair de conscience fut le mot qu'il prononça. Il eût pu répondre "non". Il répondit : "jamais". Alors même qu'il était mis en joue, alors que la profondeur du temps qui lui restait à vivre était dérisoire, il eut cette superbe nuance qui lui permettait d'écarter les murs de l'univers.Ce "jamais" englobait les secondes d'avant la mort certaine et l'éternité après, bravait ce que la mort avait de frontière. Ce "jamais" que tout le bataillon allemand entendit , c'était la promesse d'une suite, une projection libre. Dans ce simple mot, il avait réussi à parler de lui, mais aussi de tous les insurgés, qui prolongeraient et donneraient vie à ce "jamais".
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Par Cath36, le 17/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Se fit alors le choc de deux regards...Dans ce moment sans durée, face à face, ils se donnèrent leurs blessures....Rien de romantique, pas le début d'un mouvement amoureux, non, seulement ce langage pur, enivrant sentiment d'être à l'autre, permis par l'irruption des mots en fusion, et poli par les évidences qui flottaient entre eux. Ils étaient comme deux livres, les mots s'écrivaient, fluides, s'emplissaient de tous les foisonnements qui les entouraient... Chacun avait compris l'autre, la dissymétrie disparaissait. Les exils résonnaient, ils avaient été les pierres taillées dont le choc avait produit cette parenthèse d'éclats. Ils étaient leur terrain d'échange, le point du miroir où le doigt et l'image du doigt se touchent.
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Par Cath36, le 18/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Les morts répondaient aux mots. Cette réalité avait été le récit des otages abattus, elle avait été la terre sur ceux tués au combat. Elle prenait tous ces visages, et revenait protéiforme, déstabilisatrice. Elle diffractait tout ce qui ne se racontait pas, ne se vivait pas en mots. Elle pénétrait dans ce qu'il y avait de secret, dans les territoires enfouis, dans tout ce qu'il y avait d'intensément fragile en chacun, où ce qu'il y avait d'intensément fragile parlait à ce qu'il y avait de beau.
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Par Nanne, le 18/10/2010
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Certains étaient à Gênes ou à Bologne, individus, singuliers, déconcertants, et néanmoins encore libres d'être, d'aller et venir, petits commerçants en textile, revendeurs de rue d'articles de maroquinerie, de cravates, de ceintures, ceux-là étaient encore dans leur dignité d'homme, chacun portait une histoire et des choix d'avenir, certes perdus dans la sidération de leur nouvelle vie, dans l'irréalité des pluies froides de Turin, des ocres de Sienne.
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Par Cath36, le 17/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Un semblant de confiance et de libéralité leur était concédé. Mais jusque dans ces tolérances et peut-être au plus profond de celles-ci il y avait le rappel qu'ils n'étaient que des vies permises...Etre accepté, même avec coeur, c'était se voir rappelé en permanence qu'on pouvait aussi ne plus l'être.
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Par Cath36, le 18/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Le commandant de Tossicia ...leur avait dit et répété qu'on les consignait ici parce qu'ils étaient "hors du temps". C'étaient ses mots à lui. Ils avaient marqué les Tsiganes. Ces trois mots étaient la formule supposément magique censée expliquer leur déportation. Ils avaient nourri leur colère et leur révolte autour de ces trois mots qu'on leur concédait pour solde de tout compte. C'étaient des mots bornés, indigents, ceux que le régime brandissait sans voir la misère qu'il révélait de lui-même. C'étaient les mots d'un pouvoir sénile et violent , et en les entendant certains Chinois ne purent s'empêcher de repenser à cette réminiscence du temps broyé qui leur était remonté devant Tossicia.
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Par Cath36, le 18/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Serait-ce la fin de l'histoire de ces Chinois ? Il faudrait aller draguer les grands fonds de leurs vies d'après, il faudrait être là jusqu'au moment où, pour le dernier à être rentré chez lui, les larmes apparues à Isola ne menaceraient plus de faire déborder la vie. Il faudrait connaître l'emprise secrète qu'Isola maintint sur eux, et le moment où ils s'en délivrèrent. Il faudrait connaître l'heure et le jour où le dernier d'entre eux, loin de là, des années après, aurait enfin laissé la morsure d'Isola derrière lui, doucement. Leur histoire raconterait cela, dirait ce qu'il y a de chemins en chaque homme et c'en serait les derniers mots. Mais y a-t-il une histoire des Chinois d'isola ?
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Par Cath36, le 17/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Leurs jours étaient des fragments. Il y a un sentiment qu'on ne mesure que quand il s'enfuit, c'est le bien que fait l'impression d'une vie continue...Chacun des jours de chacun d'eux était superflu, transférable, modifiable. Ce pouvait être un jour à ne rien faire, puis éventuellement trois à débarrasser une grange, puis rien, puis une matinée à repeindre une porte ou fendre du bois... En surface cela s'était enchaîné dans la contrainte linéaire du temps, mais ces jours éparpillés jonchaient leur vie.
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Par Cath36, le 17/04/2011
Cent seize Chinois et quelques de
Thomas Heams-Ogus
Alors, sous les arcades décrépies de la salle d'un couvent des Abruzzes, deux chinois servirent d'interprètes entre des religieux italiens et un officier de la Wehrmacht. Dans le silence qui caressait les murs épais, l'officier détachait ses questions et devaient s'y résoudre : c'étaient bien deux chinois paniqués qui, devant lui, se concertaient pour retransmettre le message et la réponse en sens inverse.