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Par verobleue, le 30/05/2011
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Malgré les classes surchargées [...], elle s’était dans un premier temps fixé pour objectif de mémoriser le nom de tous ses élèves. Elle voulait leur montrer qu’elle s’intéressait à chacun d’eux. Très vite, pourtant, elle s’était aperçue que sa mémoire des noms créait un malaise. Comme si elle représentait une menace implicite.
« Si je retiens votre nom, je peux vous dénoncer. »
Les élèves connaissaient déjà la valeur de l’anonymat, et Raïssa avait prit conscience qu’ils préfèraient recevoir le moins d’attention possible. A peine deux mois plus tard, elle avait cessé de les appeler par leur nom et s’était remise à les désigner.
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Par luocine, le 24/02/2010
Kolyma de
Tom Rob Smith
e n’ai pas eu le choix
Des milliers d’innocents étaient morts à cause de cette phrase, pas sous les balles, mais au nom d’une logique perverse et de savant calculs.
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Par verobleue, le 30/05/2011
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
De la poche de sa parka, il sortit un flacon remplit de petits cristaux d’un blanc sale – de la méthamphétamine pure, excitant très prisé des nazis. Léo y avait goûté pour la première fois quand il combattait sur le front oriental, à l’époque où l’armée rouge repoussait l’envahisseur, gardant des prisonniers de guerre et certaines de leurs habitudes en même temps.
Dans ce type d’opération, Léo ne pouvait pas se permettre de se reposer. Depuis la guerre, chaque fois qu’il devait passer une nuit blanche il prenait cette drogue – qui lui était désormais prescrite par les médecins du MGB. Difficile de nier de son utilité, mais au prix d’un écroulement total vingt-quatre heures plus tard – épuisement qui ne s’effaçait que par une nouvelle prise ou douze heures de sommeil. Léo ressentait d’ailleurs les premiers effets secondaires. Il avait perdu du poids ; ses traits s’étaient durcis. Sa mémoire le trahissait : il oubliait certains détails ou noms propres, confondait les affaires et arrestations précédentes, au poinr de devoir tout noter. Impossible de savoir si cette substance le rendait également plus paranoïaque, puisque la paranoïa était un atout essentiel qu’il fallait cultiver. Si elle était accrue par la méthamphétamine, tant mieux.
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Par verobleue, le 30/05/2011
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Sans se poser de questions, il s’était engagé, la tête haute, sur la voie indiquée par ses supérieurs. Son pays aurait pu lui demander n’importe quoi, il aurait dit oui. Si on lui en avait donné l’ordre, il aurait même pris la tête d’un goulag au milieu de la toundra dans la région de la Kolyma. Il n’avait d’autre ambition que de servir son pays, un pays qui avait vaincu le fascisme, qui permettait à chacun de s’instruire et d’être soigné gratuitement, qui défendait les droits des travailleurs du monde entier, quiversait à son père – ouvrier à lachaîne dans une usine de munitions – un salaire comparable à celui d’un médecin diplômé. Même si son propre travail au sein du MGB était souvent ingrat, il en comprenait la nécessité, celle de protéger la révolution contre ses ennemis, de l’intérieur comme de l’extérieur, contre ceux qui cherchaient à la saboter, à la faire échouer par tous les moyens. Pour la sauver, Léo était prêt à sacrifier sa vie. Et celle des autres.
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Par kathel, le 08/04/2010
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Union soviétique
Ukraine
Village de Chervoy
25 janvier 1933
Puisque Maria avait décidé de mourir, son chat n'aurait qu'à se débrouiller. Elle s'en était déjà occupée au-delà du raisonnable. Voilà belle lurette que les villageois avaient attrapé et mangé les rats et les souris. Les animaux de compagnie avaient suivi. Tous, sauf un : ce chat, son compagnon qu'elle tenait caché. Pourquoi ne l'avait-elle pas tué ? Pour garder une raison de vivre, quelque chose à protéger et à aimer - une raison de survivre. Elle s'était promis de continuer à le nourrir jusqu'à ce qu'elle-même n'ait plus rien à se mettre sous la dent. Ce jour était arrivé. Elle avait déjà découpé ses bottes de cuir en lanières, les avait fait bouillir avec des orties et des graines de betterave. Elle avait creusé le sol pour trouver des vers de terre, sucé des morceaux d'écorce. Ce matin encore, délirante de fièvre, elle avait rongé un pied du tabouret de la cuisine jusqu'à ce que ses gencives soient pleines d'échardes. À sa vue son chat avait filé se réfugier sous le lit, refusant de se montrer alors même qu'elle l'appelait à genoux, le suppliait de sortir de sa cachette. C'est à ce moment-là que Maria avait décidé de mourir, n'ayant plus rien à manger ni à aimer.
Elle attendit la tombée de la nuit pour ouvrir la porte d'entrée. Dans l'obscurité, son chat aurait plus de chances d'atteindre les bois sans être vu. Si un habitant du village l'apercevait, il lui sauterait dessus. Même si près de mourir, elle ne supportait pas l'idée qu'on tue son chat. Elle se consolait en se disant qu'il profiterait de l'effet de surprise. Au sein d'une communauté où les hommes adultes mâchaient de la terre en espérant tomber sur des fourmis ou des oeufs d'insectes, où les enfants cherchaient dans le crottin de cheval les grains d'avoine non digérés et où les femmes se battaient pour quelques os, personne, à coup sûr, n'imaginait qu'un chat ait pu avoir la vie sauve.
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Par toto, le 03/08/2010
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Il comprenait la réaction de Leo, muet de stupeur. A bien des égards, lui-même avait réuni ces informations dans un état d'esprit comparable. Il avait d'abord tenté d'ignorer les similitudes : la substance broyée dans la bouche des gosses - qualifiée par les officiers de terre ou de poussière - et les torses mutilés. Mais ces similitudes étaient trop choquantes. Il y avait la ficelle nouée autour des chevilles, les cadavres toujours nus, les vêtements en tas un peu plus loin. Le lieu du crime se situait dans une forêt ou un jardin public, souvent à proximité d'une gare - jamais à l'intérieur, dans un cadre domestique. Il n'y avait eu aucun contact entre les différentes villes, alors que certains meurtres s'étaient produits à moins de cinquante kilomètres de distance. Aucun rapprochement n'avait été fait, aucune ligne tracée entre toutes ces épingles. On avait condamné des ivrognes, des voleurs ou des violeurs connus de la milice - des indésirables à qui on pouvait faire endosser n'importe quelle accusation.
Nesterov arrivait à un total de quarante-trois meurtres. Il avait pris la dernière épingle dans sa boîte, pour la planter au centre de Moscou : Arkady était l'enfant numéro 44.
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Par verobleue, le 30/05/2011
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Ceux qui inspirent le plus confiance méritent le plus de suspicion. Léo voyait là une variante du célèbre aphorisme de Staline : La confiance ne va pas sans la méfiance. Le mot d’ordre était désormais : Méfions-nous même de ceux à qui nous faisions confiance.
Surveiller avec autant de zèle ceux qui étaient dignes de confiance et ceux qui ne l’étaient pas avant avait au moins une vertu : on traitait tout le monde sur un pied d’égalité…
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Par toto, le 29/03/2010
Kolyma de
Tom Rob Smith
Arkhangelsk : mon premier poste. J'étais chargé de surveiller les prisonniers qui travaillaient dans la forêt. Ils abattaient les arbres, les débitaient pour le transport. J'étais novice, soucieux de bien faire. J'avais ordre de fournir un certain nombre de stères par mois. rien d'autre ne comptait. Je devais atteindre les objectifs, comme vous tous. A la fin de la première semaine, je me suis aperçu qu'un prisonnier trichait pour atteindre les siens. Si je ne l'avais pas découvert, mes comptes auraient été faux et on m'aurait accusé de sabotage. Alors, vous voyez... C'était une question de survie, rien d'autre. je n'ai pas eu le choix. je l'ai fait attacher nu à un tronc d'arbre. C'était l'été. Au crépuscule, il avait le corps noir de moustiques. Le lendemain matin il avait perdu connaissance. Le surlendemain il était mort. J'ai ordonné qu'on laisse son cadavre dans la forêt à titre d'avertissement. Pendant vingt ans je n'ai pas eu une seule pensée pour cet homme. ces derniers temps je pense à lui tous les jours.
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Par verobleue, le 31/05/2011
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Je redoutais d’avoir été envoyé dans une petite clinique en rase campagne. Mais l’hôpital 379 fait la fierté de toute la région. Il a presque trop de succès. Beaucoup d’ouvriers préfèrent passer la nuit dans nos chambres, avec des lits propres, des toilettes interieures et l’eau courante, plutôt que chez eux. On s’est aperçus qu’ils n’étaient pas tous aussi malades qu’ils le prétendaient. Certains sont même allés jusqu’à se couper un doigt pour pouvoir passer une semaine ici. La seule solution a été de faire surveiller les différents services par des officiers du MGB. Non qu’on manque de compassion pour les ouvriers. On a tous vu leurs maisons. Mais si la productivité chutait à cause des congés maladie, on serait accusés de négligence. Maintenir les gens en bonne santé est devenu une question de vie ou de mort non seulement pour les patients, mais aussi pour nous autres médecins.
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Par verobleue, le 30/05/2011
Enfant 44 de
Tom Rob Smith
Le système judiciaire pouvait être court-circuité. Léo avait entendu parler de prisonniers abandonnés durant des semaines, de médecins n’ayant d’autres fonctions que de mesurer la douleur. Il se répétait que rien de tout cela n’était gratuit. Ces pratiques servaient une fin, le bien du peuple. Elles n’existaient que pour terrifier. La terreur était nécessaire. Elle protégeait la Révolution. Sans elle, Lénine aurait été renversé. Et Staline aussi. Sinon, pourquoi les agents du MGB propageaient-ils méthodiquement dans le tram ou dans le métro des rumeurs sur ce bâtiment, comme s’ils répandaient un virus au sein de la population ? On entretenait la peur. Elle faisait partie de son travail. Et, pour la maintenir à ce niveau, il lui fallait toujours plus de gens en pâture.
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