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Par Reka, le 13/01/2011
Les veilleurs de
Vincent Message
C'est des livres que je tiens l'intelligence que j'ai. La faculté de parole, à ma naissance, j'en étais tristement dépourvu. Ça m'a rendu la vie gênante aux entournures : les gens se disant qu'à trente ans vous devriez savoir parler, ils s'estiment en droit d'attendre ça de vous. Moi je connaissais la langue, bien sûr - mais pas les pièges, pas les passages secrets qui courent sous le territoire du Verbe, tout ce qu'on saisit à demi-mots, tous les doubles fonds qu'on ne dit pas mais qu'on n'en pense pas moins. A tourner des centaines de pages pendant que le jour se levait, j'ai fait ce que j'ai pu pour rattraper mon retard. Les livres ont certains avantages : ils ne cherchent pas à s'imposer ; la parole y attend en silence qu'on l'incite à sortir, jamais elle ne vous sautera dessus comme risquent toujours de le faire les hommes. (p. 60-61)
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Les veilleurs de
Vincent Message
Voir si les machines machinent avant de se demander... si le dormeur rêve... ou si le rêveur ment. Une comptine. On pourrait enchaîner : dormeur rêve, rêveur conte, conteur ment, menteur tue, tueur pleure, pleureur meurt, mourant dort... (page 257)
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Les veilleurs de
Vincent Message
À en croire la très bonne parole, il faut que je sois fou. Ils ont réfléchi toute la nuit derrière des portes closes, et maintenant que la fatigue a fini par les mettre d'accord, ils peuvent le dire sans aucun risque de se tromper : c'est ça. L'un deux monte au créneau pour défendre cette position. Le pauvre est mal barré. Pour rien au monde je n'échangerais nos places. (page 11, premières phrases du roman)
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Par Marsup, le 17/05/2010
Les veilleurs de
Vincent Message
« Il avait compris désormais : c'est le rêve qui allait exercer sa volonté de vivre »
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Par Reka, le 13/01/2011
Les veilleurs de
Vincent Message
En fait, c'est monotone : un métier de tourne-en-rond, une vie sans tambour ni musique. D'où la question qui ne me quitte pas : quand les faits vous réduisent à rien - que le cerveau appauvri fait sa glissade vers les tréfonds - est-ce que ce n'est pas le moment de passer le relais au fantasme?
Parmi tous les fantasmes qui tiennent les hommes debout, lesquels sont bons à prendre? Et quels sont ceux qu'il faut refuser parce qu'ils exercent sur nous une influence malsaine et nous aveuglent sur ce qu'est la vie? De tout ce que je peux imaginer en matière de questions, celle-là, à mon avis, est la plus capitale. (p. 58)
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Les veilleurs de
Vincent Message
Tout part de l'infini. Si l'infini existe, toutes les choses sont réelles. Elles sont dispersées dans l'espace et dans le temps, mais possèdent en un certain point de l'espace et du temps une forme de réalité (pages 488-489)
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Les veilleurs de
Vincent Message
Plusieurs personnes intelligentes affirment que l’homme n’est pas une chose en soi mais une histoire qu’il se raconte à lui-même. On pourrait de la sorte construire sa vie par la parole. Je n’ai aucun moyen de savoir si cette proclématie est vraie. Si je décide de l’admettre, ça me laisse de la marge : je suis un homme capable de parler longtemps, de mettre sur pied des dizaines d’histoires minuscules ou de leur servir le Grand Récit. Je ferai de Nexus ce que je souhaite, jamais ce qu’ils attendent de moi. Avouons : je m’y suis pris très en avance. J’ai déjà commencé.
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Par Reka, le 18/01/2011
Les veilleurs de
Vincent Message
"On ne tue pas sans mobile", avait martelé Drake quatre ans auparavant. Et pourtant ! Rilviero avait suffisamment pratiqué le massacre de fourmis pour savoir qu'il n'en fallait pas non plus beaucoup... Fichez un pétard dans la masse des brindilles, attendez quelques secondes, et vous aurez Hiroshima. Dirigez le jet d'eau vers ce trou de muret où les cohortes noires disparaissent et c'est le Déluge sans Noé et sans Arche. On admet communément que les enfants sont cruels. On suppute : c'est par manque d'empathie. Avant de conclure, l'air fier : être adulte, c'est savoir se mettre à la place des autres. Rilviero songeait lui qu'il n'y avait aucune méchanceté là-dedans. Les enfants ne faisaient que laisser libre cours à un empirisme plus inhibé chez les adultes : voir ce que ça va donner ; pas seulement se représenter la chose, mais voir de ses yeux ; faire l'expérience de la puissance humaine face à l'extrême fragilité du monde environnant. Est-ce que c'était encore ce qu'on appelle des mobiles, ça? Il s'imaginait la Terre comme une vesse de loup posée sur un chemin au pays des Titans, et puis la fin de tout, un gosse qui la dégomme sans trop savoir pourquoi. Coup de pied. Myriade de poussières. Rideau. (p. 141)
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Par Marsup, le 17/05/2010
Les veilleurs de
Vincent Message
Ils devraient savoir qu'une existence dont on excave peu à peu les formes pleines est pire qu'une vie qui reste creuse de son origine à sa fin.
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Par Reka, le 18/01/2011
Les veilleurs de
Vincent Message
La société attribuait le statut de fou aux plus fragiles pour qu'ils servent de boucs émissaires responsables de son désordre et garants de la normalité des autres. L'institution psychiatrique, elle, ne faisait que les enfermer dans cette folie en leur collant une étiquette aussi définitive qu'un châtiment et en les laissant végéter dans un milieu clos : l'air était rare, les visages toujours les mêmes, les soignants avaient interdiction de parler aux malades dès lors que cela pouvait encourager leur délire, si bien que leur parole construisait des murs infranchissables au lieu de jeter des ponts. Chronicité et désespoir vous attendaient en bout de course, la pelle en main, devant votre tombe toute prête. (p. 78)
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