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Par yv1, le 25/08/2011
Léna de
Virginie Deloffre
C'est la fameuse Laideur Soviétique, inimitable, minutieusement programmée par le plan, torchonnée cahin-caha dans l'ivrognerie générale, d'une tristesse inusable. Un mélange d'indifférence obstinée, de carrelages mal lavés, de façades monotones aux couleurs uniques -gris-bleu, gris-vert, gris-jaune-, témoins d'un probable oukase secret ordonnant le grisaillement égalitaire de toutes les résines destinées à la construction du socialisme avancé. Un genre de laideur qu'on ne trouve que chez nous, que l'Ouest n'égalera jamais, malgré les efforts qu'il déploie à la périphérie de ses villes (p.49/50)
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Par litolff, le 16/10/2011
Léna de
Virginie Deloffre
Je ne sais pas pourquoi les hommes veulent aller plus loin. Mais ils l'ont toujours fait, ils ont toujours marché droit devant eux. Ils se sont heurtés à des déserts, puis à des montagnes, et ils les ont franchis. Ils sont arrivés à la mer et cet obstacle leur a pris des siècles. Mais ils ont appris à construire des bateaux et ils sont partis sur la mer au milieu des tempêtes, droit devant vers l'inconnu. Vers l'inconnu terrifiant toujours.Chaque étape de leur progression était jonchée de cadavres et pourtant ils ont continué jusqu'à couvrir la surface de la terre, et maintenant la terre ne leur suffit plus. Ils sont ensorcelés par les lointains. C'est une force en eux, sans doute semblable à celle qui habite les oies sauvages au printemps. L'étendue les attire, elle les appelle. Et ils se mettent en marche.
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Par kathel, le 12/03/2012
Léna de
Virginie Deloffre
Je m’y suis habituée. Et même je préfère ainsi. Il me semble que l’absence de Vassili serait moins pure sinon, comme entachée par la connaissance du moment exact de son retour. Lorsqu’il tire la porte, puis tourne le coin de la rue, il disparaît dans un monde qui se conserve inconnu. Alors le temps s’enraye, et je m’enfonce en son absence. Elle est telle une longue, longue plaine, facile à marcher. Si haut que l’on cherche à grimper, on ne peut en voir la fin. Et c’est son infini qui me protège. La ligne des montagnes à l’horizon qui clame que la steppe a une borne, il ne faut pas l’imaginer. Abolir en soi l’instant qui ramènera Vassia, l’espérance aux couleurs trop vives et son déchirement, pour se recueillir en attente suspendue, éternelle.
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Par petitours, le 21/07/2011
Léna de
Virginie Deloffre
Le bonheur est-il comme la pâte dont on fait le pain, qui se lève, puis bientôt se rassit ?
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Par litolff, le 16/10/2011
Léna de
Virginie Deloffre
Le rêve s'est effondré. L'homme nouveau s'est révélé aussi égoïste et haineux que le précédent, on n'a pas trouvé de combustible et on n'a fabriqué aucun médicament dans l'espace. On a fait des recherches laborieuses et des progrès scientifiques modestes.
Mais on a relié les hommes entre eux. On leur a donné des moyens de communication dont ils n'avaient jamais disposé, qui tôt ou tard rendront caduques les frontières entre les pays. Et l'ironie du sort, c'est que cela va précipiter notre perte.
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Par litolff, le 16/10/2011
Léna de
Virginie Deloffre
Elle découvrait que la caractéristique principale des familles heureuses, c'est un égoïsme féroce, une indifférence têtue à tout ce qui n'est pas leur bonheur.
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Léna de
Virginie Deloffre
Le seul espoir de survie quand la glace cède sous vos pieds, c'est de lancer au loin un crochet, un harpon, n'importe quoi qui puisse tenir un peu, et d'essayer de se hisser tout doucement, à plat, en rampant sur la plaque. Le problème, c'est le traîneau. Les affaires qu'on tire derrière soi, parce qu'on ne peut vivre sans, la tente, le duvet, le réchaud. Ou encore la petite balle rouge qu'on trimbale partout. Quand la glace se rompt, si le traîneau part aussi c'est fini. Il vous entraîne vers le fond de tout son poids. Il faut le détacher, il n'y a pas d'autre solution de s'en sortir. [...]
C'est cela qu'elle n'avait pas voulu faire. Elle avait cru que Vassia avait suffisamment de force et qu'en s'accrochant à lui, il arriverait à haler le tout, elle et ce passé qu'elle portait, si lourd, dont elle cherchait sans fin le souvenir en restant immobile sur la chaise.
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Léna de
Virginie Deloffre
Mais c'est à cause de lui, aussi. Il vient, puis il repart à la Base. Il vient et il recouvre tout avec sa force, ses tourbillons d'écume, son énergie. Puis il se retire, il ne reste qu'une immensité déserte, jonchée d'instants échoués sur le sable, où je marche seule. Vassia, il est la marée.
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Par litolff, le 16/10/2011
Léna de
Virginie Deloffre
En 1961 la plupart des adultes du pays n'avaient connu que la guerre et les privations, et pour la première fois ils touchaient de leurs mains calleuses cet avenir radieux qu'on leur avait promis, auquel ils ne croyaient plus. Alors petit frère, c'était donc vrai...
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Léna de
Virginie Deloffre
C'est trop grand, ce pays, c'est démesuré à la fin ! C'est ça qui nous porte sur le système. J'ai lu quelque chose là-dessus dans un des livres de Dimitri : le problème en Russie, qu'y avait écrit, c'est que 5 000 kilomètres séparent une idée de la suivante.