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Par nadejda, le 05/11/2011
La tourmente de
Vladimir Georgievic Sorokin
Il menait l'attelage, jetant, çà et là, des coups d'oeil au nez réchauffé du médecin.
Ce grand nez qui, peu auparavant, semblait perdu-transi, qui avait bleui et gouttait, qui se cachait, peureux, dans le col en mouton doré, distillait à présent tant de certitude et d'énergie, fendant victorieusement, telle la quille d'un navire, l'espace tourbillonnant, que le guide se sentit soudain empli d'une joie espiègle. p 116
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Par nadejda, le 05/11/2011
La tourmente de
Vladimir Georgievic Sorokin
--- Et tu livres le pain ?
--- Ben oui.
--- Ça ne t’ennuie pas de le faire seul ?
--- Non. On est ben mieux, tout seul , barine ! Les vieux porteurs, ils l’disaient : «Tu cours la route seul, t’as un ange sur chaque épaule. Tu la cours à deux, t’as pus qu’un ange pour toi, et à trois, c’est l’diab’ dans la charrette !» p 27
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Par nadejda, le 05/11/2011
La tourmente de
Vladimir Georgievic Sorokin
Epigraphe
Et s'étend le défunt pour sommeiller
Sur la couche blanche,
A la fenêtre, s'en vient tourbillonner,
Paisible, la tourmente.
Alexandre Blok
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Roman de
Vladimir Georgievic Sorokin
Esturgeon et saumon, caviar pressé et jambon fumé, sandre en aspic et brochet farci, tomates au sel, lactaires délicieux, bolets, pommes macérées, chou aigre aux airelles, tout s’entassait sur des assiettes et des plats à touche-touche, formant un fantastique paysage, au milieu duquel pointaient, ici ou là, les tours de cristal multicolore des carafons de vodka, de vins, de liqueures en tous genres
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Par lexote, le 15/01/2009
Le trentième amour de Marina de
Vladimir Georgievic Sorokin
“ Derrière la porte richement matelassée, on entendit enfin des pas traînants et rapides. Marina soupira et, soulevant la manche de son imperméable, regarda sa montre. Les aiguilles dorées se rejoignaient sur midi. Les bruits étouffés des serrures se firent entendre longuement, puis la porte s’ouvrit juste assez pour laisser passer Marina:
- Pardon mon chat, entre.
Marina entra, la porte se ferma d’un claquement léger, laissant apparaître la silouhette massive de Valentin. Il sourit d’un air mi-coupable mi-condescendant, tourna le bouton argenté de la serrure et de ses énormes mains, attira Marina vers lui :
- Mille pardons, ma chérie (en français dans le texte -ndt)
D’après le temps qu’il avait mis à ouvrir et la vague odeur d’excrément qui s’échappait des plis de sa robe de chambre de velours moiré, l’arrivée de Marina devait l’avoir surpris dans les toilettes.
Ils s’embrassèrent.
- J’espère que vous vous êtes bien soulagé, se moqua-t-elle en s’écartant de son visage large et racé et en parcourant délicatement de son ongle la cicatrice qu’il portait à son menton rasé de frais.
- Toi, tu es une fille illégitime de Pinkerton - il sourit encore plus largement, tenant son visage entre ses paumes chaudes et douces.
- Tu es arrivée sans encombres ? Quel temps il fait ? L’air est-respirable ?
Marina gardait le silence, tout en souriant et en le dévisageant.
Elle était arrivée rapidement, dans un taxi d’après-midi peu pressé, qui sentait l’essence et son chauffeur, il faisait un temps de mars et l’air était toujours lourd dans cet appartement grand et poussiéreux.
- Tu me regardes avec les yeux d’un portraitiste débutant, dit soudain Valentin en lui pressant tendrement les joues avec ses paumes, Mon chat, c’est un peu tard pour changer de profession [...]
http://lexote.wordpress.com/2006/11/19/lecture-3/
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Roman de
Vladimir Georgievic Sorokin
Est-il rien de plus beau, de plus charmant et de plus simple qu'un bouquet d'herbes et de fleurs des champs, au temps brûlant de la fenaison ?
Ni les roses éclatantes,ni les somptueux glaïeuls, ni les lys, ni les orchidées ne sauraient éclipser cette beauté unique, cette ample gamme de formes et d'inflorescences : campanules d'un bleu sombre, frémissant timidement, innocemment penchées sur leurs tiges fines; marguerites aimables dans leur simplicité; gracieuses renoncules aux fleurs jaune tendre, baignées de larmes, trèfles confiants, duveteux, d'un doux rose; millepertuis généreux, dense comme le tilleul épanoui; turbulent chardon-aux-ânes, à la magnificence princière; modeste épilobe; gueule-de-loup grisante de tendresse; laiteron frugal et droit, évoquant un guerrier moyenâgeux; solide et fielleux colza; orchis alambiqués, comme taillés dans du bois de santal; mille-feuille que l'on remarque à peine; stupéfiante fougère, enfin, qui enroule ses feuilles sculptées.
Que d'harmonie dans cette sorte de bouquet !
Cueilli de frais dans le pré que l'on n'a pas encore fauché, lié d'une herbe, il enchante les yeux, exhale le parfum entêtant de la prairie, attire les insectes qui zonzonnent au-dessus.
Nul besoin, pour lui, de coupe ou de vase. Un verre à facettes ou une flûte étroite souligneront qu'il est unique.
Roman aimait les fleurs des champs.
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Roman de
Vladimir Georgievic Sorokin
Le champignon, humide, exhalait son inimitable arôme, qui fit palpiter le coeur de Roman, lui rappelant aussitôt son enfance et le plaisir de la cueillette. Un côté du chapeau marron clair était rongé par une limace, la courbe harmonieuse, élégante, du pied solide était un enchantement. Roman approcha le cèpe de son visage en fermant les yeux.
"Quelle merveille ! se dit-il, examinant le champignon reposant sur sa paume. Quel travail d'orfèvre pour une si petite chose ! D'ailleurs, qu'est-ce qu'un champignon ? Cela sort de terre, invisible dans l'herbe. Et qui en a besoin ? Hommes et animaux peuvent s'en passer. Est-il possible qu'il soit créé uniquement pour les limaces, avec ses pores minuscules, son délicieux chapeau à doublure blanche, son incomparable arôme ?
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