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Par zazimuth, le 26/09/2010
Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, tome 1 de
Vladimir Jankélévitch
La manière de donner vaut mieux que les dons ; la manière de dire, diction ou lection, vaut mieux que les mots : mais la manière de ces manières vaut mieux que tout, et elle dépasse la donation, la diction et l'opération autant que celles-ci dépassent le don, la chose dite ou l'oeuvre. Et tout de même : la façon de faire est infiniment plus que la chose faite. (p.29)
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Par Piling, le 02/01/2009
Philosophie morale de
Vladimir Jankélévitch
Le pardon est une relation positive et aimante avec l'Autre, car il ne ferme pas les yeux, lui ; il les ouvre, au contraire, tout grands sur la méchanceté et il regarde le méchant bien en face et il l'excuse, non pas bien qu'il soit méchant, mais parce qu'il est le méchant notre frère, c'est-à-dire par scandaleuse, absurde et gratuite charité.
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Par grisette, le 25/08/2010
La mort de
Vladimir Jankélévitch
Quand on pense à quel point la mort est familière, et combien totale est notre ignorance, et qu'il n'y a jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé !
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Par Piling, le 30/01/2009
Philosophie morale de
Vladimir Jankélévitch
Un tableau célèbre de Rembrant, qui est au musée d'Amsterdam nous fera peut-être comprendre la fonction de l'aventure. Dans la Ronde de Nuit, en bas et à droite du tableau, et surgissant des ténèbres où la scène est presque entièrement plongée, il y a un homme vêtu de jaune. Que signifie cet homme d'or dont a parlé en termes admirables un poète contemporain ?
Nous ne nous hasarderons pas à le dire. Mais il sera beau de penser que cet homme d'or est le principe de l'aventure. Dans l'obscurité de la nuit, l'homme introduit de la lumière. Le clair-obscur n'est-il pas l'éclairage ambigu de la démarche aventureuse ? Attirée par la certitude incertaine de l'avenir et de la mort, l'aventure, disions-nous, est à la fois close et ouverte : elle est donc entr'ouverte, comme cette forme informe, cette forme sans forme qu'on appelle la vie humaine ; car la vie de l'homme, fermée par la mort, reste entrebâillée par l'ajournement indéfini de la mort. Pour celui qui est dedans, l'immanence signifie le sérieux, l'absence de forme, la clôture intestinale, la certitude de mourir ; mais pour le joueur l'existence de meure ouverte, et les formes filles du libre arbitre, allègent la fatalité compacte. Ouverte et fermée, claire et obscure, telle apparaît la vie quand on est à la fois dedans et dehors. A la ronde qui tourne dans les ténèbres de la nuit sans déboucher nulle part, l'homme de lumière, l'Ulysse des temps modernes désigne l'ouverture : et ce n'est qu'une entr'ouverture. Mais cette entr'ouverture nous donne déjà une entrevision de l'infini. Le cercle est donc brisé. L'homme de lumière, c'est le principe du temps qui indique à la ronde nocturne le chemin de l'aurore.
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Par Piling, le 14/07/2011
Penser la mort ? de
Vladimir Jankélévitch
on dit par exemple que ce qu'il y a de plus mystérieux, ce n'est pas la nuit profonde, c'est le grand jour à midi, le moment où toutes les choses sont étalées dans leur évidence, où se dénude le fait même de l'existence des choses. Le fait qu'elles sont là est plus mystérieux que la nuit, qui éveille des pensées de secret. Un secret se découvre, mais un mystère se révèle et il est impossible de le découvrir.
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Par Piling, le 24/12/2008
Philosophie morale de
Vladimir Jankélévitch
Il y a du vrai dans cette doléance universelle des hommes et des femmes qui se prétendent méconnus : à les en croire ils vaudraient toujours mieux que leur métier, n'auraient pas le bonheur auquel ils ont droit, ni une importance en rapport avec leurs aptitudes, etc... A la lettre cela est rarement vrai, car je tiens qu'en règle générale les hommes sont tout ce qu'ils pouvaient être. Mais, du point de vue métaphysique, cela signifie que leur ipséité est toujours au-delà. C'est un fait que la méconnaissance étiole, comme la haine qu'on nous porte nous aigrit ; que de rester incompris, ou de n'être jamais cru développe en nous, comme dans le Petchorine de Lermontov, l'envie de tromper ceux-là qui nous soupçonnent. Et de là une espèce de sournoiserie farouche qui est parfois tout près de la pudeur. Mais l'inverse n'est pas moins vrai, et si la méfiance appelle la tromperie, la confiance, faisant boule de neige, induit en l'autre comme un zèle de s'en montrer digne, c'est-à-dire se redouble et justifie elle-même par une franchise, qui, étant son effet ou postulat, devient sa cause. C'est donc bien le lieu de le dire, il y a des fourbes autour de nous et cela ne nous fait pas honneur. A chacun des menteurs qu'il a mérités et qui lui renvoient fidèlement son image, comme au consommateur peu exigeant les médiocres spectacles renvoient fidèlement l'image de sa vulgarité et de son mauvais goût.
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Par Piling, le 04/07/2011
L'Ironie de
Vladimir Jankélévitch
Par la grâce de l'ironie, le lourd devient léger et le léger ridiculement grave. Il y a interversion des poids : Debussy, par exemple, confie aux notes graves du clavier le petit air de Jimbo's Lullaby, la berceuse-plantigrade ; et comme Socrate tantôt badine sur les choses graves, tantôt parle gravement des frivoles, ainsi chez Debussy le lourd devient aérien, tandis que le léger danse le pas bouffon de l'éléphant.
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Par Piling, le 19/12/2008
Philosophie morale de
Vladimir Jankélévitch
L'âme souffrante a juste ce qu'il faut de conscience pour que son affection lui soit objet, pas assez cependant pour que cette affection ne l'intéresse plus : elle va et vient, affolée, entre le "savoir" et le "subir". De là cette espèce de lucidité cruelle, stérile et monstrueuse qui est propre à la douleur - physique ou morale. Il y a dans la douleur une certaine concentration de conscience, une sorte de vaine rumination qui sont étrangères à la joie ; la conscience heureuse jouit de soi parce qu'elle triomphe de soi, parce qu'elle s'évade - sans s'oublier - en actions enthousiastes. Autant la joie est faite pour l'aventure, autant la douleur se complaît dans les délibérations interminables ; et plus elle s'y enlise, plus elle les savoure : on dirait qu'elle y trouve une sorte de délectation spéciale.
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Par Piling, le 20/01/2009
Philosophie morale de
Vladimir Jankélévitch
Satan, le génie du mélange total et le patron des brouillons, n'est-il pas dans nos superstitions le brouilleur par excellence ? C'est lui, le grandissime brouilleur, qui non seulement mélange à l'infini les éléments de l'innommable macédoine, mais encore "brouille" les hommes entre eux : le frère avec le frère, les enfants avec les parents... Il les brouille, c'est-à-dire, à la lettre, complique leurs rapports : car des rapports d'inimitié, des rapports brouillés forment une situation plus confuse que des rapports d'amitié ; au rapport fraternel ou filial, qui est rapport simple, direct et primaire, la brouille subsiste un rapport secondaire et tordu, un rapport passionnel, un rapport ambivalent, celui, par exemple, des frères ennemis ou de la haine filiale, qui est un chiasme d'aversion et d'attraction consanguine ; quelque chose d'opaque embue la transparence du rapport naturel ; des arrière-pensées inavouables, des équivoques, des malentendus entortillent sur elle-même la simplicité unie du premier rapport. Si la bouderie est la forme la plus bénigne de cette tension, la guerre en est le degré le plus aigu, - la guerre, c'est-à-dire la limite extrême de la brouille, la guerre, c'est-à-dire le grand brouillage qui désaccorde violemment le pluriel des personnes hostiles, et en même temps le grand "démêlé" qui débrouille non moins violemment l'enchevêtrement confus de la discorde.
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Par Piling, le 09/01/2009
Philosophie morale de
Vladimir Jankélévitch
Notre langage, taillé pour l'empirie impure, pour la commutation et pour l'alternative, paraît lourd et grossier auprès d'un je-ne-sais-quoi si impalpable ! Parce qu'il est efférence pure, et parce qu'il n' a personne à imiter, l'acte créateur est collation de l'être total, - non point renouvellement partiel et superficiel, ni même innovation complète, mais position de l'être ex-nihilo : Dieu n'est pas un entrepreneur occupé à rafistoler, repeindre, remettre à neuf les façades , - car telle est l'affaire de renouvellement partitif, qui est novation en petit ; et ce n'est même pas un grand novateur qui bâtirait de fond en comble un nouveau palais : car le nouveau ne se définit que par rapport à l'ancien ; c'est un créateur qui pose l'être, l'être tout court dans le non-être de toute préexistence.
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