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Par Woland, le 26/12/2007
Le Bruit et la fureur
de
William Faulkner
The Sound & the Fury
Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
Avant d’aborder « Le Bruit et la Fureur », ami Lecteur, mieux vaut prendre vos précautions.
Sachez donc avant toute chose que vous mettez les pieds dans une chronologie bouleversée de fond et comble et que son auteur laisse, pantelante, derrière lui. Le roman comporte en effet quatre parties. Mais attention : sur ces sections, seule la dernière, qui se déroule le 8 avril 1928, occupe la place qui lui revient.
D'un point de vue strictement chronologique, la première partie du roman, qui décrit la folie croissante menant Quentin Compson au suicide, se situe le 2 juin 1910 mais Faulkner la place en seconde position dans son plan. Les événements du 6 avril 1928, qui ont pour héros principal Jason II Compson, l’un de ses frères, se situent quant à eux en troisième position. Enfin, ceux du 7 avril, qui révèlent la vision du monde de Benjy Compson, l’autre frère du suicidé, nous sont racontés d’entrée, dans la première partie.
Le lecteur averti voit déjà l’intérêt qu’il y a à lire « Le Bruit et la Fureur » tel que son auteur l’a conçu et puis, quelques mois plus tard, en remettant un peu d’ordre dans cette chronologie en apparence insensée mais qui se calque en fait sur l'esprit du "narrateur" principal : Benjy.
Autre embûche de taille, volontairement placée là par Faulkner : la confusion des prénoms. Qui a lu ne serait-ce que le très classique « Sanctuaire » sait déjà que l’auteur sudiste éprouvait un malin plaisir à semer le doute sur l’identité à laquelle se rapportent dans ses œuvres tel ou tel pronom personnel. Mais dans « Le Bruit et la Fureur », ce procédé atteint le summum.
Faulkner a pourtant opté pour un trompe-l'oeil des plus simples : il a pris deux prénoms, « Jason » et « Quentin », et les a donnés dans chacun des cas à deux personnages de génération différente.
Le premier Jason, c’est le père de la nichée, un père dont on entrevoit de temps à autre la silhouette accablée par les événements et volontiers tentée par l'alcool. Aristocrate sudiste, il a épousé une jeune fille de son monde et a eu d'elle quatre enfants : trois garçons et une fille.
Le premier Quentin est le fils qui doit aller à Harvard. Malheureusement, il a reçu de sa mère névrosée une tendance à se créer des mondes imaginaires un peu trop envahissants. Pour sauver sa soeur bien-aimée d'un mariage avec un homme qu'elle déteste, il a l'idée de se prétendre le père de l'enfant qu'elle a conçu de son amant. Mais son père, à qui il avoue un inceste non accompli mais qu'il appelle de tous ses voeux, ne le croit pas et le renvoie à ses études. Désespéré par le mariage-sauvetage de sa soeur, Quentin se suicide. La seconde partie du roman nous retrace son cheminement lent et obstiné vers la folie auto-destructrice.
Maurice était au départ un bébé comme les autres. Puis, la vérité atroce s'est fait jour : Maurice, le second fils, ainsi nommé en l'honneur du frère de sa mère, est en réalité un enfant handicapé. Alors, on le dépossède de son prénom , dont il n'est plus digne et on lui substitue celui de Benjamin (Benjy). Et puis on le laisse grandir, avec toujours un serviteur noir à ses côtés pour le surveiller. Au début du roman, Benjy a trente-trois ans et à la suite d'un incident avec une fillette, sa famille l'a fait castrer.
Jason, le troisième fils, est celui que l'on a sacrifié pour payer des études inachevées à Quentin et dénicher un mariage réparateur pour sa soeur. Aigri, fielleux mais responsable, il n'a plus qu'une passion - ou presque : l'argent. Personnage énigmatique à plus d'un titre, il exaspère le lecteur et l'attendrit pourtant car, qu'on le veuille ou non, Jason est bien une victime, au même titre que Benjy.
La fille, Candace, dite « Candy », qui était particulièrement attachée à son frère handicapé, a failli déshonorer la famille en se faisant faire un enfant par un amant dont elle refuse de livrer le nom. En 1910, elle se résoud à faire un mariage de convenance qui assurera un nom à son enfant mais divorce après la Grande guerre. Menant désormais une vie plus ou moins cosmopolite, elle se résigne à laisser sa fille - qu'elle a baptisée "Quentin" en souvenir de son frère disparu - à sa propre mère, à charge pour celle-ci de l'élever comme doit l'être une Compson.
C'est avec le personnage tout en bouillonnements et en révoltes de Quentin II que Faulkner nous dévoile l'autre passion de Jason, son oncle. Même s'il hait sa nièce au point de lui soutenir que sa mère ne s'intéresse pas à elle et ne participe en rien à son entretien (en réalité, il s'arrange pour encaisser les mandats envoyés par Candy) Jason semble bien nourrir au plus profond de lui-même une attirance inexplicable pour Quentin - comme une ombre de la passion incestueuse jadis éprouvée par son frère Quentin envers leur soeur.
Une fois que le lecteur s’est familiarisé tant bien que mal avec cette valse du temps et des identités ainsi qu'avec le dédale des monologues intérieurs, il lui reste encore à affronter le personnage de Benjy qui, dans la première comme dans la dernière partie, nous conte l’histoire de sa famille, ces Compson si orgueilleux et si riches, peu à peu réduits à la portion congrue, mais vue par lui, l’handicapé mental. Une vision par conséquent fragmentée et kaléidoscopique mais non dépourvue de logique – pour peu, évidemment, qu’on n’ait pas trop de mal à suivre celle de Benjy.
Avec Benjy, Dilsey, la vieille servante noire qui assure l’intendance de la maison, demeure le personnage le plus touchant – le plus déchirant aussi. Pilier vivant de cette famille en pleine décomposition, elle veille à ce que nul n’abuse de cet innocent qui, à trente-trois ans, se révèle incapable d’exprimer les joies et les peines qu’il ressent autrement que par des grognements et des hurlements. Elle n’y parvient pas toujours mais au moins, elle s’y efforce. Et sa bonté résignée, qui ne comprend ni le pourquoi, ni le comment de cette malédiction pesant sur un être sans défenses, constitue la seule trouée de lumière de ce livre que William Faulkner plaça sous le patronage de la tirade désespérée de « Macbeth » :
« … […] La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui, son heure durant, se pavane et s’agite
Et puis qu’on n’entend plus : un histoire contée
Par un idiot, pleine de bruit et de fureur
Et qui ne veut rien dire. […] … »
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Par chartel, le 28/12/2008
Absalon, Absalon!
de
William Faulkner
Ce roman de Faulkner, "Absalon, Absalon !", est fabuleux. Oui, il est l’œuvre d’un auteur d’exception, qui aura forcément ouvert de nouveaux champs à la littérature : sémantique, poétique ou même historique. On pourrait objecter qu’il serait pompeux, voire même précieux, de définir du nom de génie un auteur qui plonge son lecteur dès le début du roman dans un gouffre de perplexité, dans une espèce de labyrinthe intérieur, nous engonçant dans ce dédale pour nous forcer à trouver nos propres clés et ouvrir nos propres brèches afin de ne pas s’installer dans la position facile et tentante du lecteur passif et inerte, mais plutôt dans celle du lecteur explorateur et chercheur, créant son propre chemin, ou, encore plus intéressant, ses propres chemins, dans la masse immense et vertigineuse proposée par Faulkner. "Absalon, Absalon !" est donc une œuvre qui se lit patiemment, bien qu’elle devrait aussi, idéalement, se lire d’une traite (ce ne fut pas mon cas, le roman fait plus de quatre cent pages), car elle demande attention et suppositions. Elle ne plaira sûrement pas aux adeptes des romans formatés qui n’attendent de leurs lecteurs que de sortir les gros billets des poches, de mettre le cerveau en veille et enfin d’oublier le livre dans une bibliothèque de décorum ou mieux encore dans le fond d’une fumeuse décharge. Faulkner n’a pas écrit pour nous divertir, nous faire rire un bon coup. On sent qu’il y avait chez lui comme une nécessité impérieuse d’écrire. Ce roman en est un reflet car il traite à la fois de son histoire personnelle, celle du Sud des Etats-Unis, de la Guerre de Sécession et de ses conséquences sur les générations qui lui succédèrent, et traite aussi de la question même de l’écriture, de son processus, de sa lente et difficile maturation et enfin de son essence, de sa substance.
Au delà du récit d’un homme débarquant de je ne sais où, un certain Sutpen, s’installant à Jefferson, Mississippi, dans la seconde moitié du XIXe siècle, pour y bâtir une plantation cotonnière, avec une vingtaine de sauvages à son service et un curieux architecte et ayant pour projet d’initier une sorte de dynastie familiale, une lignée Sutpen, au delà de ce récit ce roman est avant tout celui de la distanciation face aux principes de la fiction. Les différents narrateurs, témoins ou protagonistes de l’histoire, ne cessent en effet de nous signaler leurs incertitudes et leurs interrogations sur la réalité de ce qu’ils nous racontent. Souvent, les personnages apparaissent comme des ombres, des entités troubles et indéfinies, exposant ainsi magistralement les mécanismes du processus d’écriture de Faulkner. Enfin, comme le dit très bien la belle préface de François Pitavy, ce roman est l’expression d’un fardeau, le fardeau de l’esclavage des Noirs des anciens Etats confédérés. Un fardeau perpétuel parce qu’il ne fut jamais assumé. Il est d’ailleurs très intéressant de lire aujourd’hui les dernières pages du livre au regard de l’actualité politique américaine et de la récente élection à la présidence de Barack Obama. William Faulkner était donc bien un génie de la littérature, puisqu’il nous parle encore, il parle à Obama, il parle aux Américains. Je ne sais pas si Marc Lévy, Dan Brown ou Amélie Nothomb leur parlent, parlent-ils d’ailleurs ? Non ! ils bavardent.
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Par 270778, le 13/07/2010
Le Bruit et la fureur
de
William Faulkner
Un roman magnifique qui porte bien son titre. Attention : lecteur inattentif et adepte des lectures faciles et divertissantes où l'auteur te prend par la main en surlignant les actions d'un coup de violon et qui fait régulièrement un rappel des épisodes précédents, passe ton chemin. Avec Faulkner, on n'est pas sur l'auto-route balisée menant au fast-food de la littérature à emporter. Il faut s'accrocher pour gravir à mains nues cette montagne mais quand on arrive au sommet, on est récompensé au centuple par la profondeur du champs de vision qui s'offre à nous. Un conseil de lecture : faites vous un petit arbre généalogique avec repères chronologiques dès le début, ça vous aidera par la suite à vous y retrouver.
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Par JPB, le 17/01/2012
Lumière d'août
de
William Faulkner
Comment décrire ce livre, dense, complexe, à nul autre pareil ? Il commence par la longue marche de Léna, enceinte, à la recherche de son ami qu'elle devait rejoindre dès qu'il le lui dirait et a évidemment oublié. Et c'est aussi avec elle que se termine le livre. Mais entre ces deux passages, 600 pages de la genèse d'un meurtre, de l'histoire de Christmas, du récit de Byron Bunch, de la lente descente du pasteur Hightower et tant d'autres personnages hauts en couleur. L'Amérique décrite ici est puritaine, craintive de Dieu et des péchés, écrasée de chaleur, pauvre, haineuse, détestant les "nègres" et sans beaucoup d'avenir. La traduction doit sans doute influer beaucoup, mais elle semble coller à l'atmosphère pesante de cette petite ville de Jefferson du sud esclavagiste. On y retrouve la chaleur épouvantable des romans de Steinbeck. C'est de la littérature de haut vol. Magnifique.
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Par Madamedub, le 03/02/2012
Sartoris
de
William Faulkner
Dans l’Amérique du sud qui lui est familière, William Faulkner narre une nouvelle fois les thèmes qui lui sont chers: les grandes familles du Sud déchues par la guerre de Sécession, les communautés et la ségrégation, les drames familiaux et leurs lots de confusion, la passion des hommes qui leur donne ardeur et ambition, et leur folie, qui les en éloigne. Pour beaucoup, « Sartoris » est le roman le plus « représentatif » de Faulkner, s’il n’est pas son plus brillant.
A côté d’un « Tandis que j’agonise« , d’un « Absalon!Absalon! » ou d’un « Lumière d’août« , « Sartoris » est un roman certes plus discret, mais il n’en n’est pas moins aussi fort et intense que les autres titres de l’écrivain. « Sartoris » est d’ailleurs son troisième roman, écrit en 1929, on dit que Faulkner eut du mal à le faire publier et reconnaître, alors qu’il le présentait comme « le » roman qui présageait tous les autres. Et pour cause. Matrice même de la conception familiale de la vieille Amérique aristocratique, les Sartoris sont le type de la famille réputée, renommée, mais au destin tragique, turbulant et surtout poussiéreux.
Descendant de soldats héroïques, les Sartoris sont des braves, des travailleurs, des valeureux…mais on dit qu’aucun d’eux n’est mort de fin naturelle. Dans cette confusion des générations qui est propre à Faulkner, les hommes se prénomment John et Bayard de père en fils, et ainsi semble descendre d’enfant, en petit-enfant, ce goût du risque et de la démesure. Car l’ubris est bien le propre de ces héros d’une autre époque, des héros qui ne seraient plus d’une réalité nouvelle, qui les rejette, et les fait paraître désuet.
Le vieux colonel Sartoris voit son petit-fils Bayard revenir après la guerre en Europe. Ce dernier, passionné d’aviation (comme Faulkner lui-même) fait face au deuil de son frère John, avec une attitude désinvolte et dangereuse, notamment en s’enivrant de la vitesse des nouvelles automobiles alors disponibles. Dans un engrenage douloureux, Bayard essaie de s’auto-détruire pour noyer sa culpabilité, entraînant malgré lui le colonel, et ceux qu’il aime.
Telle la Cassandre de la famille, Miss Jenny, la tante des Sartoris, prévoit avec pessimisme et rancune la fin de cette lignée de garçons d’un autre temps. Mais alors qu’une nouvelle ère s’ouvre, elle s’attache malgré elle à parler à ces fantômes, des hommes que l’on n’aime finalement mieux sur les portraits que l’on chérit, sur leurs tombes que l’on fleurit, que dans une réalité où ils sont finalement insupportables.
Faulkner dépeint avec intensité cette époque de mutation pour l’Amérique, qui peine à se dessiner une nouvelle cohérence sociale après la guerre de Sécession, et qui entre en guerre de l’autre côté de l’Atlantique. Les rapports entre les différentes communautés Noires et Blanches sont encore terriblement marqués par les ravages de l’esclavage, et la cohésion sera effectivement plus lente dans les Etats du Sud.
Figure d’une Amérique vieillissante, hésitante, « Sartoris » est la poussière d’une époque, la nostalgie poétique de grandes figures devenues détestables, la déchéance d’une classe qui n’en n’a pas moins marqué l’imaginaire américain.
« Sartoris » est donc sans conteste le roman d’un déclin douloureux, une fresque sociale juste et puissante, qui nous rappelle que bien souvent, la société préfère ses héros lorsqu’ils sont morts, sans quoi elle ne les assumerait pas.
Lien : http://madamedub.com/WordPresse3/
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Par zohar, le 21/03/2011
Tandis que j'agonise
de
William Faulkner
Principalement des drames psychologiques, les romans de William Faulkner mettent l’accent sur les émotions des personnages, via le procédé du monologue intérieur, à l’instar de James Joyce ou encore de Virginia Woolf. « Tandis que j’agonise » illustre cet aspect là, mais aussi et surtout, la vie tragique et désespérée dans les états du sud Américain.
L’intrigue se déroule dans le Mississipi où, Addie Bundren, doit être enterrée auprès des siens à Jefferson. Son mari, Anse, et ses cinq enfants s’apprêtent à se rendre dans la ville d’origine de son épouse défunte.
Des scènes incongrues et loufoques encadrent la trame évènementielle des Bundren. Cash, charpentier de formation et fils aîné de cette famille de fermiers, ne se préoccupe que de ses outils (il a, par ailleurs, la charge de fabriquer le cercueil de sa mère) et la jeune fille des Bundren, Dewey Dell, ne pense qu’à sa grossesse.
Quant à Vardaman, le dernier des enfants, confond sa mère avec un poisson (« Ma mère est un poisson »).
Et le père, en dehors de sa promesse (enterrer sa femme auprès de sa famille), il ne pense qu’à l’achat d’un dentier, etc.
Dans ce convoi funéraire, W.Faulkner nous dessine un tableau comico-tragique (des scènes théâtrales qui ressemblent par moments à du Beckett), où il souligne tout le côté primitif et absurde que la vie est capable de nous offrir (mais en aucun cas, le récit se voudrait misérabiliste, loin de là).
Dans un style d’écriture baroque et une prose tortueuse (mais subtile). W.Faulkner, avec l’usage de la narration multiple (il n’y a pas qu’un seul narrateur dans ce roman) et par l’utilisation du courant de conscience, (Absalon, Absalon!, du même auteur, illustre très bien cette technique d’écriture…) sait parfaitement bien dans ce récit transcrire, avec une grande ironie, les pensées désordonnées de ses personnages pour mieux traduire, en fin de compte, leur état intérieur.
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Par sandrine57, le 31/12/2011
Si je t'oublie, Jérusalem
de
William Faulkner
Deux histoires se croisent en chapitres alternés. D'abord celle de Charlotte Rittenmeyer qui par amour, ou plutôt par passion, quitte son mari, ses enfants et une vie plus que confortable pour un artiste fauché et une vie de misère. Par ailleurs, un forçat, au hasard d'une crue du Mississippi, se découvre sauveteur et héros mais n'a qu'un seul but, retrouver la routine de son pénitencier.
Je dois confesser que je n'ai rien aimé dans ce livre, ni sa construction, ni son style, ni ses personnages. Je n'ai rien ressenti durant ma lecture. Aucune des deux histoires, pourtant tragiques, ne m'a émue. J'ai trouvé le style lourd et emprunté. Je me suis ennuyée à mourir et j'ai terminé en lisant en diagonale. Mais après tout, qui suis-je pour critiquer William FAULKNER...?!
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Lumière d'août
de
William Faulkner
Lumière d'août : analyse de la genèse d'un meurtre.
Voilà ce que l'on peut lire en dessous d'un court extrait sur le quatrième de couverture de cette oeuvre écrite par William Faulkner.
Cela reste vague, flou, alors pourquoi lire ce livre ? Est-ce parce que la couverture m'a plu ? Le titre peut-être ? Ou bien le nom de Faulkner tout simplement ?
Quoi qu'il en soit il s'agit bel et bien de la genèse d'un meurtre, mais pas seulement.
Faulkner s'attache à la genèse d'une meurtre mais également à celle des relations, rencontres et décisions qui ont des répercussions sur plusieurs années, voire décennies.
Il est difficile de décrire ce livre car il ne faut pas trop en dire.
Cet un ouvrage a plusieurs voix et voies, construisant une histoire, des destins.
La lecture est lente, parfois laborieuse, on ressentirait presque la chaleur oppressante du livre s'abattre sur nos épaules, une oeuvre dont on ne se rend compte de la puissance qu'en ayant atteint la dernière page. Car en effet, lorsque l'on ferme le livre on se sent presque habité : dans le sens où Faulkner et sa plume ont réussi à s’immiscer au plus profond de nous, nous laissant en tête des images brutales, une ambiance moite et sexuelle, et une poésie à couper le souffle.
Nous sommes ainsi abandonnés avec le sentiment dérangeant de s'être fait avoir.
Je le recommande sans réserve.
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Par Thyuig, le 29/09/2011
Pylône
de
William Faulkner
Drame.
Pas de pylônes dignes d'un agent edf ou des telecom, ici le pylône est celui de tous les dangers, le catapulteur d'adrénaline, celui qui délimite la course et la peur. Ces avions qui se lancent dans ce premier quart du XXème siècle dans des courses folles lors de meeting, qui se tordent d'un pylône jusqu'à l'autre, voilà les deux épingles que Faulkner tend à rompre au dessus de la trame de son roman.
Trame pour drame et quatre ou cinq personnages pour ce théâtre fou. Car c'est la folie qui dirige ici ne vous y trompez pas, Faulkner ne souhaite nul salut pour vos âmes éperdues, ils veut vous perdre bien au contraire. New Valois pour Nouvelle Orléans, mais peu importe, Faulkner assène le drame d'une écriture de dégénéré, fou, et nous livre un pilote, un parachutiste, leur femme, son enfant, un mécano et un reporter, ce funambule sans nom, jouant sa vie sur le fil de sa prose, les événements floutant sa perception, l'alcool aidant, et réalisant lui-même cette histoire. Il est Faulkner parce qu'il construit la déchéance des personnages qui l'entoure.
Pylône est un roman fou, impitoyable pour le lecteur tant le rythme vacille à chaque page, tant l'action ne noie dans un flux de paroles, dans l'inintelligibilité, tant les personnages grandissent comme des ombres au fil de la lecture venant noircir de leur pauvres ongles le peu de cohérence qu'on aurait pu ici distinguer, grattant les lignes et les paragraphes, nous éloignant du sens, peu à peu, à mesure que le drame se noue.
Pylône est un roman de William Faulkner qui, à cours d'inspiration dans la rédaction d'Absalon, Absalons ! décida de livrer un opus sur les courses d'aviations, théâtres de héros modernes. Lui-même pilote mais frustré de guerre, il dirige le roman comme une charge, vers qui, pourquoi ? Qui sait ? Pylône est un roman difficile qui heurt longtemps le rythme que l'on croyait pouvoir tenir un livre en main, voilà aussi pourquoi c'est un livre essentiel pour le moins.
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Par mimipinson, le 07/08/2011
Sanctuaire
de
William Faulkner
Il m’aura fallu une lecture commune, une vraie (celle que l’on choisi ensemble, sans se cacher, que l’on lit en même temps à son rythme, et pour laquelle on accepte d’échanger en temps direct ses impressions, ses doutes, ses incompréhensions pour mieux progresser et aborder une lecture délicate), pour qu’enfin j’ose aborder Faulkner .
Seule dans mon coin, j’aurais probablement abandonné ce livre sans l’intelligence d’autres lecteurs qui n’ont pas peur, eux d’être influencés……
Cela faisait longtemps que je voulais régler un « petit compte » comprenne qui voudra…..
Faulkner, c’est de la littérature de haute volée, une littérature qui vous prend à la gorge. Ce n’est pas une petite lecture facile, ou comme disent certains, « une lecture détente ».
Faulkner a bien un style, une patte. Il a une manière bien à lui d’emmener son lecteur et les racoins de l’âme humaine. Il a l’art de vous illuminer tout d’un coup sur une chose, et tout aussi vite de vous replonger dans le brouillard. Il suggère plus qu’il ne révèle. Il sait attendre avant de préciser les choses, laissant le lecteur de longs moments à ses doutes et questions.
Faulkner ne nomme pas franchement les choses, ni les personnages ; souvent il multiplie les appellations….glisse des évènements anodins…
La narration chez Faulkner est précis, et fourmille de détails .Les dialogues sont parfaitement adaptés aux personnages et aux situations.
Le roman pose d’emblée l’ambiance générale. « Quelque part, caché, mystérieux, et pourtant tout proche, un oiseau lança trois notes, puis se tut. » Les trois coups avant la pièce de théâtre.
On y boit beaucoup, l’alcoolisme fait partie du décor.
André Malraux, dans sa préface prévient : « Sanctuaire est donc un roman d’atmosphère policière sans policiers, de gangs aux gangsters crasseux, parfois lâches, sans puissance. »
Il ne faudra donc pas chercher dans ce roman de folles embardées, des rebondissements fracassants. Le rythme n’est est pourtant pas lent ni ennuyeux, c’est seulement qu’il est construit à la manière d’un roman noir, avec comme toile de fond toute époque, tout un contexte social et sociétal.
Il faut simplement accepter de se laisser aller, de se laisser perdre, de ne pas comprendre ou savoir pendant un moment, pour mieux se retrouver ensuite. Une lecture fine et attentive s’impose. Chaque mot, chaque ligne a son importance. Moi qui ne relis pas mes livres, me suis surprise à en relire des pans entiers et à découvrir des choses qui m’avaient échappées.
Que vous dire de l’intrigue, si ce n’est qu’en dire si ce n’est un peu, c’est déjà trop en dire.
Les personnages sont mystérieux, glauques, patibulaires, franchement antipathiques pour certains : Tommy, Popeye (drôle de nom, tout de même…..) Godwin…
Seul Horace Benbow montre un visage « humain » ; c’est l’avocat, qui cherche à faire la lumière sur l’affaire, et qui croit encore à la justice. « Je ne puis rester les bras croisés quand je vois l’injustice… », Répond-il à sa sœur, petite bourgeoise.
Et puis Temple Drake, fille de juge, étudiante qui se laisse embarquer par Gowan complètement ivre, et qui va échouer dans la pire bicoque qui soit….et ce sera descente aux enfers. Temple/Sanctuaire……faut-il y voir un lien. ?
Elle reste un mystère pour moi, cette fille….pourquoi en arrive-t-elle là ? Pourquoi ne se sauve t-elle pas ? Qu4est-ce qui la retient dans ce bordel tenu par Miss Reba alors qu’elle fricote avec Red ? Pourquoi protège t-elle son bourreau ?
Elle a d’emblé des comportements, et des attitudes quelques peu équivoques qui laissent penser au lecteur que les choses n’en resteront pas là…. « Sans cesser de courir, elle eut l’air de s’arrêter. Le pan de son manteau qui battait derrière elle n’eut pas le temps de la rattraper ; toutefois, pendant une fraction de seconde, elle regarda Popeye en face avec un sourire aguichant et crispé qui découvrit ses dents. »
Faulkner sème ici où la des idées, des détails qui semblent insignifiants, mais que l’on retrouve parfois longtemps après pour éclairer ou pour insister….Ce sont ces élément là qui me font affirmer que ce livre nécessite une lecture fine et attentive.
Ce livre est un coup de cœur, non pas pour le scénario en lui-même, mais pour l’immense qualité littéraire, le style, et ce qu’il me laisse à l’esprit .Je relirai Faulkner, c’est certain.
Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/08/sanctuaire.html
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Par babebibobu, le 04/06/2010
Le Bruit et la fureur
de
William Faulkner
Un roman qui donne la parole tour à tour à chacun de ses personnages, une construction parfaite, bref de la grande et belle littérature ! J’ai beaucoup aimé Le Bruit et la fureur, mais je dois avouer qu’il faut s’accrocher… Je pense que sans la préface expliquant la chronologie de l’histoire (la narration n’est pas linéaire) … ben j’aurais pas compris ! Un de ces livres qui laisse admiratif et qui me font me sentir toute petite. Allez, promis, je le relis dans un an !
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Par chartel, le 06/06/2009
Treize histoires
de
William Faulkner
Je pensais naïvement que les récits de Faulkner ne se déroulaient que dans le fameux comté faulknérien de Yoknapatawpha dans le Mississippi, et ce recueil de nouvelles, "Treize histoires", s’il ne déroge pas totalement à la règle puisque la deuxième partie de ce recueil a bien pour toile de fond la région de Jefferson, transporte le lecteur, une première fois, en Europe à la fin de la Première Guerre mondiale, et, pour sa dernière partie, en Italie plus particulièrement, pour finir par une ultime nouvelle étonnante, proche de la poésie, effaçant tout paysage, tout point de repère, mais paradoxalement intitulée « Carcassonne. »
Si le génie de Faulkner a transformé l’art romanesque du XXe siècle, il a sûrement transformé les codes de la nouvelle. Car l’éternelle ou réglementaire chute finale ne vient pas. La surprise arrive à cause de cette absence d’un schéma narratif normé et formaté. Le récit faulknérien, bien que traitant de thèmes universels et bien que s’appuyant sur les plus belles œuvres de la littérature, ne cherche pas à clore la narration, car un récit en appelle un autre, comme un père appelle un fils, comme des ancêtres appellent une lignée. L’œuvre de Faulkner s’apparente à un éternel recommencement, l’éternel retour de Nietzsche, d’une humanité lancée rageusement vers un avant improbable, mais ne voyant pas qu’elle ne fait que tourner sur elle-même.
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Par Thyuig, le 25/09/2011
Une Rose pour Emily et autres nouvelles
de
William Faulkner
Quatre nouvelles tirées du recueil "Treize histoires", regroupées ici parce que toutes tournent autour d'un personnage féminin. Au-delà de la classe de Faulkner, l'intérêt de ce choix éditorial réside sans doute dans le sens que ce rapprochement dégage, ces quatre nouvelles se répondent chacune dans leur noirceur d'abord mais aussi par l'extrême sensibilité qui en résulte.
Il y a toujours le style chez Faulkner, maître d'oeuvre infatiguable de la langue, qui doit toujours être implacable, ronde mais dure, une écriture qui ne ment pas lorsqu'elle décrit Miss Emily et sa taille : " c'est peut-être pour cela que ce qui chez une autre n'aurait été que de l'embonpoint, était chez elle de l'obésité. Elle avait l'air enflé, comme un cadavre qui serait resté trop longtemps dans une eau stagnante, elle en avait même la teinte blafarde".
Cruel ? Je ne pense pas. Extrémement réaliste et pointilleux, semblant s'acharner sur sa proie, oui, chasseur de failles, de felures et de rêves brisés, voilà Faulkner dans tout son génie.
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Par Aela, le 08/02/2011
Le Bruit et la fureur
de
William Faulkner
Un texte très difficile et très neuf à l'époque dans la littérature américaine.
La chronique d'une famille du Sud qui se défait.
"Tout a commencé par une image mentale" disait Faulkner, l'image de Caddy, une enfant jouant dans le ruisseau.
Le roman comprend quatre parties, trois parties qui sont des monologues des trois frères de Caddy: Benjy (simple d'esprit), Quentin et Jason. La quatrième partie est un récit à la 3ème personne.
Caddy se marie, le frère Quentin se suicide.
Le monologue de Quentin est le plus poignant: centré sur le temps qui passe inexorablement; la perte de la soeur (qui se marie), la sexualité et la mort.
Un récit difficile qui consacre les multiples talents de Faulkner pour l'expérimentation langagière et technique.
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Par InColdBlog, le 09/09/2010
Sanctuaire
de
William Faulkner
Voilà plusieurs mois déjà que je suis sorti de ce Sanctuaire.
Et alors que j’ai retardé, depuis, le moment d’écrire ce qui suit, j’ai encore beaucoup de mal à mettre mes impressions au net.
S’il est supposément le texte le plus abordable de Faulkner, Sanctuaire, dans sa globalité, exige néanmoins une attention de tous les instants, de toutes les phrases.
Je le savais, j’étais prévenu. C’est pour cela que j’avais attendu le moment propice pour le lire, au désespoir sans doute de Lilly qui me l’avait offert des mois auparavant (et dire qu’il m’aura fallu pratiquement autant de temps après ma lecture pour pouvoir en parler ici !)
Quand je repense à cette lecture, un mot me vient instantanément à l’esprit : brouillard.
J’ai retrouvé cette même sensation éprouvée lors de la lecture de The wild palms, au programme de mon U.V. Littérature américaine. A l’époque, j’avais mis cela sur le compte de mes lacunes en anglais.
Force est de constater que, même en français, Faulkner m’est tout aussi nébuleux : tout au long de ma lecture, j’ai eu ce sentiment de marcher à travers une forêt dense, par une nuit de brouillard épais. J’avançais d’un pas mal assuré, sans savoir où je me dirigeais, un détail distingué de temps à autre m’encourageant à progresser plus profondément encore dans la brume.
Pas à pas, je me suis frayé un chemin et j’ai fini par me retrouver hors du bois, dans la lumière, sans savoir comment j’avais réussi à en sortir, à la fois soulagé et attristé pourtant d’en avoir fini.
Temple Drake, fille d’un juge renommé, s’échappe de l’université en compagnie de Gowan Stevens, un jeune homme porté sur la bouteille. Son état d’ébriété avancée sera la cause de leur accident de voiture. Indemnes mais sous le choc, les deux tourtereaux trouvent refuge dans une vieille bicoque à l’écart de la route, qui s’avèrera être un repaire de trafiquants d’alcool de contrebande, commerce florissant dans cette Amérique de la Prohibition.
Alors que Gowan, dans un état semi comateux, est emmené cuver dans une chambre à l’étage, Temple va se retrouver seule en compagnie d’un groupe d’individus peu recommandables, aux intentions peu louables.
Pour elle, le cauchemar peut alors commencer.
Ce qu’il se passe réellement dans ce roman, je serais bien embêté s’il me fallait l’exposer dans le détail car rien n’est jamais clairement énoncé. Faulkner use volontiers de l’ellipse et fait exploser la chronologie de son récit, laissant au lecteur le soin de recomposer certains pans de l’intrigue laissés volontairement dans le flou.
Ajoutant à la confusion et à la tension permanentes, Faulkner place d’entrée son lecteur en présence d’une foule de personnages à peine esquissés, certains désignés de façon vague et indéterminée (« l’homme », « il », « elle »). Si bien qu’il est parfois difficile de savoir du premier coup de quel protagoniste il est question.
Paradoxalement, au milieu de ce flou artistique, l’auteur peut parfois s’embarquer dans des descriptions d’une extrême précision. Généralement, il s’agit d’actions anodines qui, ainsi rapportées, finissent par sembler bien plus compliquées qu’elles ne le sont en réalité. J’ai en tête le souvenir de la description par le détail du mouvement de l’un des personnages, geste banal et insignifiant, décomposé à la façon d’une photo de Muybridge.
Cette profusion de détails qui exige du lecteur une attention décuplée… pour finalement pas grand-chose. Faulkner ou de la minutie comme facteur de confusion !
Il subsiste de cette aventure faulknérienne le récit noir et pessimiste de la face la plus obscure de la nature humaine. Quelle que soit la couche de la société à laquelle ils appartiennent, les personnages se révèlent des êtres veules, violents, demeurés, immoraux, corrompus. Aucun d’entre eux n’est pleinement défendable, pas même Temple, victime certes, mais qui n’en reste pas moins une sainte-nitouche allumeuse et capricieuse.
En ne portant aucun jugement sur ses personnages, Faulkner rend son propos encore plus désespéré et désespérant. Impuissants, tous sont de simples jouets d’un destin sans espoir sur lequel ils n’ont aucune prise, à l’image du jeune avocat, Horace Benbow, engagé dans un combat perdu d’avance.
Et c’est l’ironie du sort qui aura le dernier mot.
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Par BlueGrey, le 27/08/2009
Sanctuaire
de
William Faulkner
"Sanctuaire" est un roman intense, noir et dur, inspiré d'un fait divers sordide. L'habileté du récit consiste à faire admettre, sans les moraliser, le viol d'une jeune fille, le meurtre d'un homme, le lynchage d'un innocent, soit des formes de violence extrême, les faits, difficilement soutenables, étant énoncés sans jamais porter de jugement de valeur.
Mais plus que de l'histoire elle-même, la puissance du récit vient de sa construction, magistrale, et de son style, chaotique, tendu, qui ne laisse aucun répit au lecteur. Sa technique narrative est subtile, les chapitres se focalisent à tour de rôle sur le destin des différents protagonistes, et le noyau de l'intrigue n'est révélé qu'à la fin du roman. Pas même révélé d'ailleurs, puisque le lecteur doit plutôt le déduire, ce qui s'est réellement passé n'étant jamais dit explicitement, mais évoqué par bribes. Ce n'est que peu à peu que, l'intrigue se resserrant, les clés pour comprendre le déroulement des faits sont données. Cette construction non linéaire, avec sa chronologique bouleversée et sa narration disloquée, déroute certainement, mais force l'admiration devant son habileté, le lecteur restant incertain jusqu'au bout sur les faits. C'est un livre difficile, qui requiert une attention soutenue et qu'on lit partagé entre fascination et répulsion.
« Temple ne vit pas, n'entendit pas s'ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d'un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur l'oreille. Sans bruit, il entra, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu'au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s'approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d'une église. Elle sourit à Popeye d'un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l'émail de ses dents. »
On referme ce livre sonné, à bout de souffle, exsangue, sans savoir comment en parler... J'ai attendu quelques jours, quelques semaines même, le temps de reprendre mon souffle et de chercher mes mots. Je ne suis pas sûre de les avoir trouvés. Mais l'impression généralement qu'il m'en reste aujourd'hui est un sentiment diffus et persistant de violence, de bassesse, de corruption, d'impuissance, de désespérance et... de consternation.
Lien : http://descaillouxpleinleventre.blogspirit.com/archive/2009/06/08/sanctuaire-...
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Par chartel, le 21/06/2008
Pylône
de
William Faulkner
Beaucoup pensent que Faulkner a donné un grand coup dans le derrière ronflant de la littérature de son époque par son écriture cinglante, acerbe et tranchante, par sa forme déstructurée, délinéarisée, composée de manques, de zones d’ombre qui, quand ils sont éclairés et comblés, le sont bien après, le temps de laisser le lecteur dans l’incertitude et la perplexité ; et par la vérité et l’intensité de ses tragédies.
De ce fait, lire Faulkner est une véritable aventure, un véritable travail. On ne s’amuse pas lorsqu’on lit Faulkner. On s’interroge, on s’énerve, on s’irrite, mais au bout du compte on est bouleversé parce qu’on se laisse toujours prendre au piège de ses pathétiques récits, on se laisse toujours attendrir par ses personnages insignifiants, décalés, marginaux, et idiots qui choisissent toujours le mauvais chemin, celui qui les amènera vers le précipice.
"Pylône" , écrit en 1934, fait partie des grandes œuvres de Faulkner, récit du passage d’aviateurs saltimbanques et acrobates dans une ville ressemblant à la Nouvelle Orléans, venus célébrer l’inauguration du nouvel aéroport. La fête peut sembler belle, mais à y regarder de plus près, les guirlandes défraîchies et les confetti maculés de vomissures croupissants près des caniveaux nous montrent que les héros de ses réjouissances en sont aussi les victimes.
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Par Woland, le 26/12/2007
Tandis que j'agonise
de
William Faulkner
As I lay dying
Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
Faulkner était le premier à déclarer que, après le refus du premier manuscrit de « Sanctuary », il avait conçu « As I lay dying » comme un « tour de force » accompli pour le bénéfice d'un lecteur bien ébahi de constater que le récit tout simple du voyage d’un cercueil, dans une charrette brinquebalante, par les plaines du Texas, le tient en haleine pendant un peu plus de deux-cent-quarante pages.
C’est que, dans le cercueil, git Addie Bundren, épouse d’Anse à qui elle a donné quatre enfants légitimes, Cash, Darl, Vardanan et Dewey Dell – seule fille de la nichée – ainsi qu’un fils adultérin et né de ses amours éphémères avec le pasteur Whitfield : Jewel. Or, si pauvre et si triste qu’elle eût vécu, Addie était bien le véritable chef de la famille Bundren. Ainsi que beaucoup de paysannes, aux USA comme ailleurs, elle laissait officiellement les rênes du pouvoir à son époux. Mais en réalité, c’était elle qui menait la maisonnée : l’amour et le respect que ses enfants continuent à lui témoigner dans la mort sont là pour le prouver.
Dès le départ – et la fin du roman nous le confirmera – Anse, son mari, apparaît comme ce mélange de ruse et d’entêtement qui est le lot de tant de ruraux de sexe mâle, du moyen-âgeux « Aucassin et Nicolette » jusqu’à l’œuvre de Faulkner lui-même en passant bien sûr par les féroces portraits de paysans normands que brossa Maupassant.
Ayant promis à Addie mourante qu’il la ferait enterrer à plus de quarante miles de leur domicile, auprès de ses parents, à Jefferson, Anse met donc tout en œuvre pour ne pas se dédire. A croire qu’il estime déjà que, s’il tient parole, il pourra ensuite faire ce qu’il lui conviendra … (A ce propos, si vous lisez l’édition Folio, mieux vaut passer la préface de Valéry Larbaud afin de mieux goûter toute la férocité de la chute – férocité qui m’a évoqué sur le fond quelques uns des meilleurs textes de Jacques Brel.)
Déjà, c’est le fils aîné, Cash, qui construit le cercueil dans lequel sera enterrée sa mère, alors que celle-ci est encore vivante. Pourquoi lui ? Parce que la famille est pauvre et, ainsi que le rabâche Anse, parce qu’Addie en personne l’a demandé. (Mais le lecteur n'aura pas confirmation de la chose puisque, quand il ouvre le roman, Mrs Bundren ne peut plus dire un mot.) La visite bien tardive du Dr Peabody, appelé à la dernière minute, quand les dés sont jetés, s’effectue d’ailleurs avec le bruit du rabot et de l’erminette en fond sonore mais sans une seule phrase ou plainte de la part d'Addie.
Après le repas funéraire qui voit débarquer les voisins, Mr Tull et sa bigote d’épouse, Cora, toute la famille grimpe dans la charrette avec le cercueil et c’est le départ. Malheureusement, des pluies ont contraint la rivière à sortir de son lit et deux ponts ont été détruits. Ce qui fait qu’un voyage prévu pour durer un minimum va s’échelonner sur une dizaine de jours, sous un soleil de plomb, escorté par les busards qui suivent le convoi car, évidemment, vu le peu de moyens dont il dispose, Anse n’a pu demander à un embaumeur de s’occuper du cadavre et a couché celui-ci tel quel dans le cercueil.
Anse Bundren appartenant malheureusement à cette catégorie de gens qui, à force de gémir et s’attendrir sur leur sort, finissent toujours par attirer sur eux l’attention d’un Destin exaspéré, contretemps et accidents s’accumulent : les mules se noient au niveau du gué où elles n’avaient plus pied et il faut se procurer un nouvel attelage ; dans l’accident des mules, Cash, le fils aîné, se casse à nouveau la jambe et le vétérinaire consulté au hasard de la route ne fait pas grand chose pour améliorer son état ; du coup, on le couche sur le cercueil qui exhale de telles vapeurs que, toutes les fois que l’étrange cortège s’arrête pour passer la nuit, ceux à qui ils demandent asile ont vraiment bien du mérite à le leur accorder affraid ; dans l’espoir de soigner la jambe du malheureux Cash et sur instigation d’Anse, on achète pour dix sous de ciment que l’on touille avec un peu d’eau et l’on verse le tout sur la fracture …
Enfin, après que le cercueil ait failli périr dans l’incendie de la grange du fermier Gillepsie – je vous laisse découvrir dans quelles circonstances le feu s’est propagé – la dernière étape est franchie : Jefferson est en vue. Anse, qui nous serine depuis déjà deux cents pages que ni lui, ni sa défunte ne veulent « rien devoir à personne », descend pour négocier le prêt de deux bêches destinées à creuser la tombe - en effet, s'ils ont emporté le cercueil, aucun n'a pensé à se munir au moins d'une bêche ...
Pendant ce temps, dans la charrette, Cash souffre de plus en plus de sa jambe qui se gangrène. Dewey Dell profite également de la halte pour se procurer une drogue abortive et Vardanan se pose bien des questions sur l’arrestation de son frère Darl par des infirmiers ayant pour mission de le mener à l’hôpital de Jackson où l’on soigne les gens qui ont perdu la raison.
Le cercueil ayant rejoint la Mère-Terre, on peut s’attendre à ce que tout rentre dans l’ordre. Mais Faulkner qui, dès les premières pages, a misé avec un maximum de férocité sur les scrupules d’Anse, partagé entre son désir d’acquérir un dentier et celui de maintenir sa famille à flots, n’en a pas fini avec son lecteur …
Moins puissant que « Sanctuaire », tout aussi impitoyable envers la nature humaine mais bien plus ironique, « Tandis que j’agonise » est encore l’un de ces romans où l’on entre en hésitant, voire en se demandant pourquoi diable on l’a acheté et que l’on finit de lire avant l’aube parce que l’on veut à tout prix en connaître la fin. En 1962, Julien Green disait d'ailleurs à son sujet :
« Il y a là-dedans une sorte de délectation funèbre, mais chaque page est d’une beauté saisissante. C’est une des très rares réussites de ce temps où l’on crie au chef-d’œuvre à tant de livres insignifiants. » ;o)
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Par Woland, le 26/12/2007
Sanctuaire
de
William Faulkner
Sanctuary
Traduction : Maurice-Edgar Coindreau
De « Sanctuaire », André Malraux a dit qu’il symbolisait « l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier. » De la tragédie antique, Faulkner a en effet retenu l’exceptionnelle rigueur de la construction et son « Sanctuaire » est vierge de ces monologues intérieurs, de ces tentatives de déstructuration du récit en vue d’une recréation joycienne du mode d’écriture – et du mode de lecture. « Le Bruit et la Fureur » sont à mille lieues de là et, n’était la volonté délibérée du romancier de nous dissimuler pratiquement jusqu’à la fin la terrible infirmité dont souffre Popeye et qui a conditionné les trois-quarts de son destin, le déroulement du récit serait absolument classique.
Nous sommes dans les années vingt, dans ce « vieux Sud » où Faulkner a situé l’essentiel de son œuvre. La Prohibition bat son plein et les gangs prospèrent. Quant aux ivrognes, même s’ils sont tenus de boire en cachette, ils sont légion. Parmi eux, Gowan Stevens, qui aime à se définir comme un « gentleman de Virginie » et qui, en tant que tel et en dépit de son jeune âge et de l’excellente famille qui est la sienne, trouve élégant et même indispensable de se saouler à mort plus souvent qu’à son tour.
Gowan doit à sa belle prestance et à son sens certain du baratin la grâce de sortir avec la jeune et jolie fille du juge Drake, Temple, plus préoccupée de virées nocturnes dans les night-clubs que de ses études universitaires. A l’issue de l’une de ces sorties, Gowan promet de la raccompagner le lendemain au train qui doit la ramener à son université. Mais, déjà fortement imbibé et taraudé par le besoin de boire à tout prix, le jeune homme, au lieu de la conduire directement à la gare, entraîne Temple dans la ferme isolée qui abrite les alambics de Lee Goodwin. Celui-ci revend évidemment une partie de son alcool clandestin à un gang de Memphis et il se trouve que, une livraison étant justement à l’ordre du jour, deux hommes de main du gang doivent passer la soirée chez Goodwin.
Si Temple réussit tant bien que mal à survivre à une nuit de beuverie qui rend Gowan tout-à-fait incapable de la défendre des entreprises de Van, l’un des deux gangsters ; si la compagne de Goodwin, Ruby Lamar, d’abord hostile à l’égard de la jeune fille, fait ensuite tout pour la protéger des violences d’hommes que la boisson livre à leurs pires instincts ; en définitive, elle n’échappera pas à Popeye, malfrat solitaire, asocial, adepte des pistolets automatiques et qui, dès le premier chapitre du roman, est assimilé par son créateur à « cette chose noire qui sortit de la bouche de Mme Bovary et se répandit sur son voile de mariée quand on lui souleva la tête. »
Mais avant de violer Temple, Popeye a eu le temps d’abattre Tommy, le garçon de ferme un peu simplet de Goodwin, qui cherchait à protéger la jeune fille. Lorsque, après le départ de Popeye qui a embarqué Temple dans sa Packard, Goodwin se retrouve avec le cadavre du malheureux, il comprend qu’il n’a d’autre choix que de prévenir la police. Comme il a malheureusement un casier judiciaire déjà assez chargé, il échoue dans la prison du comté, sous inculpation d’homicide volontaire.
Un jour qu’il s’était égaré et avait débarqué dans sa ferme, Goodwin avait sympathisé avec Horace Benbow, un avocat à l’âme de poète qui, dans le roman, fait manifestement référence au sens de l’honneur et au code quasi chevaleresque qui étaient de mise dans certaines classes de la société sudiste, avant la Guerre Civile. Persuadé de l’innocence de Goodwin, Benbow décide de le défendre. Mais, comme son client ne tient pas à « moucharder » Popeye, il en est réduit à entreprendre son enquête personnelle qui le fera remonter jusqu’au gangster et jusqu’à Temple.
Dès qu’il apprend la présence de Temple à la ferme au moment du meurtre, Benbow comprend qu’il lui faut à tout prix retrouver celle qui, d’après ce que lui en a dit Ruby, est bel et bien le seul témoin oculaire de l’assassinat de Tommy. D’indice en coup de chance, l’avocat parvient à la localiser dans le bordel de Memphis où Popeye loue à demeure une chambre la pittoresque et maternelle Miss Reba, veuve inconsolable d’un certain Bedford et qui, depuis le décès de celui-ci, vit seule entre ses deux chiens – rebaptisés avec un humour discutable « Reba » et « Mr Bedford » - ses « filles » et sa fidèle domestique, Minnie.
C’est là que Popeye a amené un soir la pauvre Temple. C’est là que Miss Reba a fait venir son médecin attitré pour panser l’important saignement de la jeune femme. C’est là que Popeye est venu et revenu bien souvent pour couvrir Temple de bijoux et de toilettes de luxe. C’est là aussi qu’il n’a pas arrêté de se disputer avec elle et de la frapper. C’est là encore que, pendant quatre jours, il a amené Red, un jeune et beau garçon qui a passé une nuit, puis une autre, suscitant la désapprobation, puis les soupçons de Minnie et de Miss Reba. Miss Reba en effet est anglo-saxonne et, en tant que telle, n’entend pas tenir « une maison à spécialités » - dans le texte original, un « bordel français. » Or, quand deux hommes se retrouvent avec une femme et que l’un d’entre eux se contente de regarder, il y a « spécialité » - et donc « bordel à la française » …
Ainsi se délite lentement le personnage de Popeye. Ainsi le lecteur est-il amené peu à peu à comprendre, jusqu’à l’épi de maïs final et ensanglanté que l’Attorney général brandira en plein tribunal, au dernier jour du procès Goodwin.
Aussi implacable que dans les grands drames shakespeariens, l’horreur est absolue puisque Goodwin est condamné pour un crime qu’il n’a pas commis et que la foule, révoltée par les conditions dans lesquelles s’est déroulé le viol de Temple, met le feu à la prison pour s’emparer de lui et le lyncher d’une façon particulièrement atroce.
Pendant ce temps, Temple, qui a sombré dans une semi-démence, s’éloigne au bras de son père, vers la vie brumeuse et décalée qui sera désormais la sienne. Faulkner ne nous dit pas si son témoignage, imputant de façon formelle le meurtre de Tommy au malheureux Goodwin et non à Popeye, est le résultat de son état psychique ou le signe d’un attachement sado-masochiste à son tortionnaire.
Horace, quant à lui, complètement laminé par l’échec, rentre au bercail, auprès de l’épouse qu’il avait quittée. Et Popeye … Popeye paiera malgré tout ses dettes à la société : on le pendra en Alabama pour le meurtre d’un policier. Mais auparavant, Faulkner nous aura rapporté ce qui fut son destin : naissance malvenue, enfance déséquilibrée, les premières cruautés contre les animaux, puis son entrée dans la pègre où la Prohibition le rendit extrêmement riche alors que, par une étrange ironie du sort, sa santé lui avait toujours interdit d’absorber une seule goutte d’alcool.
Ainsi, en parfait accord avec la tradition de la Grèce ancienne qui voulait que les dieux eux-mêmes n’échappassent pas au Destin, la Fatalité aura mené l’intrigue de « Sanctuaire » à son dénouement sans espoir. Et c’est à la sœur d’Horace Benbow, Narcissa la bien nommée, toujours habillée de blanc, que revient ce rôle impitoyable et décisif.
Je vous laisse découvrir pourquoi ...
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Par chartel, le 12/09/2007
Sartoris
de
William Faulkner
William Faulkner est l’un de mes auteurs favoris. Je suis extrêmement sensible à sa façon de retranscrire les paysages qui entourent ses personnages. Il s’agit toujours de la même région, le sud des Etats-Unis et plus particulièrement l’Etat du Tennessee. William Faulkner est particulièrement prolixe dans l’analyse des rapports sociaux entre les blancs et les noirs, entre les pauvres et les riches, les paysans encore accrochés à l’ancien système économique d’avant la révolution industrielle et les citadins acquis aux systèmes salarial et industriel. J’y pioche aussi des informations sur la faune et la flore de cette région : savez-vous ce qu’est un opossum et un oiseau-moqueur ? Sauriez-vous définir ce qu’est le chèvrefeuille et le caroubier ? Ce décor très rural dans cette Amérique de la culture du coton s’identifie remarquablement bien aux personnages de William Faulkner. Ce sont des gens qui ne sont tendre ni envers les autres ni envers eux même. Renfermés, austères, brutaux, alcooliques, racistes et colériques, ils contiennent en eux une violence diffuse terriblement angoissante et l’on s’attend à tout moment à ce quelle éclate d’une manière ou d’une autre au cours de notre lecture.