Par Couperine, le 28/11/2011
La nef des loups de
Yann Kervran
" Grand pardon de vous interrompre, messires, mais moi aussi je pourrais m'avérer utile."
Régnier et Herbelot se retournèrent et découvrirent Ernaut, les mains sur les hanches, le sourire aux lèvres et le regard plein d'espoir. Et si Régnier fut amusé par cette vision, il n'en fut pas de même pour Herbelot, qui se renfrogna, mécontent d'avoir été coupé dans son élan. Il lança un œil noir à l'adolescent : "Pour ta gouverne, garçon, apprends qu'il n'est pas correct de s'immiscer de pareille façon dans une conversation. Je ne doute que chez toi cela puisse se concevoir, pas avec un clerc de la chancellerie de l'archevêque de Tyr, ou un chevalier du roi Baudouin."
Ernaut ne se laissa pas démonter par la rebuffade.
"Soyez assuré que les miens parents m'ont enseigné que cela ne se faisait pas. Mais il me semble important de me signaler à vous, même au prix d'une impolitesse. Il en va tout de même du meurtrissement d'un homme."
La réponse arracha un sourire à Régnier, vite effacé, au cas où Herbelot l'aurait regardé. Il s'efforça de prendre un air sérieux et autoritaire lorsqu'il répondit.
"A quel titre pourrais-tu être utile ? J'ai déjà valet.
- Il a un travail, ce me semble : vous servir. Moi c'est en tant qu'homme libre que je m'offre. Vous êtes tous deux notables de premier plan, on a tendance à se comporter différemment en votre présence. Moi, je ne suis pas grand-chose, alors je peux plus facilement guetter les gens..."
Herbelot leva les yeux au ciel, abasourdi de l'innocence du garçon qui pensait passer inaperçu malgré sa taille gigantesque. Le chevalier, lui, prit le temps de réfléchir à ces arguments. Le jeune homme n'avait pas tort.
(P182-183)
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