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Jan Karski de
Yannick Haenel
Lorsque une fois dans sa vie on a été porteur d’un message, on l’est pour toujours. Au moment où vous fermez l’œil, à ce moment précis où le monde visible se retire, où vous êtes enfin disponible, les phrases surgissent. Alors la nuit et le jour se mélangent, à chaque instant le crépuscule se confond avec l’aube, et les phrases en profitent. La voix tremble un peu, comme une petite flamme. On y croit à peine, on a du mal à la concevoir, mais elle est bien vivante, et quand elle se met en mouvement, ça fait une brève incandescence, quelque chose de timide et rapide à la fois, d’incontestable, qui passe par le chas d’une aiguille. Vous reconnaissez tout de suite la voix des deux hommes du ghetto de Varsovie : comme tous les messagers, vous êtes devenu le message. Jamais un seul jour de ma vie je n’ai réussi à penser à autre chose qu’au message du ghetto de Varsovie, toute ma vie je n’ai fait que penser à ça : penser au message de Varsovie, et lorsque je croyais penser à autre chose, c’est au message de Varsovie que je pensais.
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Par Nanne, le 14/11/2009
Jan Karski de
Yannick Haenel
On a laissé faire l'extermination des Juifs. Personne n'a essayé de l'arrêter, personne n'a voulu essayer. Lorsque j'ai transmis le message du ghetto de Varsovie à Londres, puis à Washington, on ne m'a pas cru. Personne ne m'a cru parce que personne ne voulait me croire. Je revois le visage de tous ceux à qui j'ai parlé ; je me souviens parfaitement de leur gêne. C'était à partir de 1942. Étaient-ils aussi gênés, trois ans plus tard, lorsque les camps d'extermination ont été découverts ? Ça ne les gênait pas de se proclamer les vainqueurs, ni de faire de cette victoire celle du "monde libre". Comment un monde qui a laissé faire l'extermination des Juifs peut-il se prétendre libre ? Comment peut-il prétendre avoir gagné quoi que ce soit ? Il n'y a pas eu de vainqueurs en 1945, il n'y a eu que des complices et des menteurs.
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Jan Karski de
Yannick Haenel
Moi, Jan Karski, né en 1914 à Lodz, en Pologne, dans la pire ville du pire pays du monde, un pays-mal aimé,maltraité, je n'oublie pas, je continue obstinément à ne pas oublier.
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Par Cath36, le 31/01/2011
Jan Karski de
Yannick Haenel
Et puis j'ai découvert que seul le silence est libre. Lorsqu'on fait voeu de se taire, on tranche les dernières attaches, on échappe à tout ce qui retient. Il y a quelque chose d'absolu dans le silence, une fierté qui m'a sauvé la vie.
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Jan Karski de
Yannick Haenel
[…] j’ai compris qu’il ne serait plus jamais possible d’alerter la « conscience du monde », comme me l’avaient demandé les deux hommes du ghetto de Varsovie ; j’ai compris que l’idée même de « conscience du monde » n’existerait plus. C’était fini, le monde entrait dans une époque où la destruction ne trouverait bientôt plus d’obstacle, parce que plus personne ne trouverait rentable de s’opposer à ce qui détruit.
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Par luocine, le 30/01/2010
Jan Karski de
Yannick Haenel
Au milieu de la rue, deux adolescents en uniforme des jeunesses hitlériennes. Leurs cheveux blonds brillent au soleil, note Karski. Visages ronds, joues roses, ils bavardent joyeusement. D’un coup, le plus jeune sort son révolver de sa poche. D’un coup, le plus jeune sort un revolver de sa poche. Ses yeux cherchent une cible. Il a, dit Jan Karski, la « concentration amusée d’un gamin à la foire ». Les yeux du garçon s’arrêtent sur un point qui échappe à an Karski. Il lève le bras, vise, on entend la détonation, suivie d’un verre brisé, et du cri d’un homme. Joie du garçon, l’autre le congratule. Puis ils continuent leur chemin.
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Par carre, le 01/03/2012
Jan Karski de
Yannick Haenel
Ce tombeau où Dieu et l'extermination sont face à face, où l'extermination regarde silencieusement l'absence de Dieu .
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Par mustango, le 07/03/2011
Jan Karski de
Yannick Haenel
Au procès de Nuremberg, dis je, personne n'a soulevé la question de la passivité des Alliés:le procès de Nuremberg, savamment orchestré par les Américains, n'a jamais été qu'un masquage pour ne pas évoquer la question de la complicité des Alliés dans l'extermination des Juifs d'Europe.
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Par Cath36, le 31/01/2011
Jan Karski de
Yannick Haenel
Seule la solitude est digne d'amour, et lorsqu'on aime une personne, c'est toujours à ce qu'il y a de plus seul en elle que s'adresse cet amour. j'ai compris ce soir-là, tandis qu'une femme défiait l'abîme qui s'ouvre sous chacun de nos gestes, que la seule chose qui peut tenir face à l'abîme c'est l'amour ; seul quelque chose comme l'amour est capable de tenir face à l'abîme, parce que précisément l'amour n'existe que comme abîme.
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Par mustango, le 07/03/2011
Jan Karski de
Yannick Haenel
le monde entrait dans une époque où la destruction ne trouverait bientôt plus d'obstacle, parce que plus personne ne trouverait rentable de s'opposer à ce qui détruit. Ainsi la destruction suivrait-elle son cours, en se cachant de moins en moins, et sans plus rencontrer aucune limite; et il n'existerait plus rien de bon pour s'opposer à ce qui est mal, mais seulement du mal - partout.