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Par EMOTION, le 13/03/2012
Le musée du silence de
Yôko Ogawa
C'est la même chose pour les musées. Beaucoup de gens pensent que ce sont de simples entrepôts d'exposition. Jusqu'à tout récemment, je pensais moi aussi que c'était ça. Mais pour vous, c'est quelque chose de compliqué, qui s'étend à l'infini. Un musée a un univers cohérent de musée. Pourtant, la plupart des gens se contentent de flâner au hasard dans l'entrée. Seule une poignée d'entre eux sont capables de pénétrer vraiment dans l'univers qu'ils représentent.
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La Marche de Mina de
Yôko Ogawa
Comme pour l’histoire de l’éléphant sur la bascule, même s’il s’agissait tout au plus d’étiquettes de boites d’allumettes, les scènes représentées étaient très variées. Grenouille jouant de l’ukulélé, ornithorynque avalant un marteau, poussin fumant la pipe. S’il y avait un facteur naviguant sur la mer à bord d’un coquillage, il y avait aussi le couple Okame-Fukusuke qui s’amusait à monter sur un ballon, un Père Noël se baignant dans une source. Il n’y avait là ni dessin de base, ni perspective, et bien sûr aucune logique. Les choses étaient simplement imprimées grossièrement en couleur dans un petit espace rectangulaire.
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Par Biouwoman, le 23/06/2010
La Formule préférée du professeur de
Yôko Ogawa
Faire ainsi irruption alors que je suis dans une relation d'amour avec les chiffres est aussi inconvenant que si vous me surpreniez aux toilettes, savez-vous?
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Par wictoria, le 27/09/2008
La Formule préférée du professeur de
Yôko Ogawa
Je supposais que pour compenser sa mémoire défaillante au bout de quatre-vingt minutes il notait les choses qu'il ne devait pas oublier, et que pour ne pas oublier où il avait mis ses notes il les agrafait sur son corps, mais de quelle manière accueillir sa silhouette était une question bien plus difficile pour moi que de lui dire ma pointure.
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Yoko Ogawa : Tome 1, La désagrégation du papillon et autres oeuvres de
Yôko Ogawa
J'ai ouvert mon sac avec mes doigts gourds, pour en sortir le papillon...Ah, c'était bien lui. Aucun doute, je l'avais pris dans la main de cette femme. Soyeux comme de la mousseline, les cils transparents, le pollen humide. ...Je l'ai approché de mon oreille... J'entends. J'entends le bruit. Le bruit discret de la respiration de mon bébé entre les replis. Ce bruit qui petit à petit, chaque jour, inexorablement, se précise. Jusqu'où la température de ton corps va-t-elle augmenter? Jusqu'où vas-tu ouvrir mon intérieur? Alors que ce n'est même pas mon véritable moi. ...La fille de la photographie se retourne. Ses cheveux ondulent. La colère monte comme des contractions. Je referme brusquement la main. En un instant le papillon se transforme en poussière. Il reste une douleur lancinante. Les fragments tombés de ma main s'éparpillent sur le calendrier.
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Par caro64, le 14/05/2012
Les tendres plaintes de
Yôko Ogawa
Sans hésiter, systématiquement, Nitta a détruit le clavecin. Il levait haut la hache en esquissant un arc, et après avoir rassemblé ses forces la faisait retomber d'un coup. Les courbes parfaites et les délicats motifs dorés furent aussitôt réduits en morceaux. Les charnières du couvercle ont sauté, la table d'harmonie s'est fendue et le clavier s'est brisé.
Face à cette silhouette tragique de quelque chose qu'il aimait, son expression n'était ni triste ni douloureuse. Ses yeux avaient le calme d'un lac profond, exactement comme celui où nous aurions dû nous rendre ce matin.
A l'inverse, son corps se débattait furieusement. Ses mains qui dans son atelier avaient raboté des pièces avec tant de soin, ses mains qui avaient soigné mes pieds avec tant de tendresse servaient maintenant à détruire. Même Kaoru ne pouvait pas l'en empêcher.
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Par caro64, le 14/05/2012
Les tendres plaintes de
Yôko Ogawa
Il a tendu un sautereau en direction de mes yeux. Sa main s'est approchée en même temps. Une grosse main pleine d'éraflures. Tannée, épaisse et sale.
Il me montrait le sautereau, mais sa main avait plus de signification à mes yeux. Il a fait résonner avec le majeur le bec taillé dans la tige d'une plume. Ping, ping, un son discret. Pour bien l'entendre, j'ai approché encore plus mon visage. J'eus l'impression de ressentir au bout de mes lèvres la température de son corps.
- Touchez-le pour voir, me dit-il.
Sans réticence, il s'apprêtait à me conduire vers l'endroit le plus inaccessible du clavecin. Un endroit, la veille encore, complètement inconnu de moi.
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La Formule préférée du professeur de
Yôko Ogawa
-On peut exprimer les nombres parfaits comme la somme d'une suite de nombres naturels.
6=1+2+3
28=1+2+3+4+5+6+7
496=1+2+3+4+5+6+7+8+9+10+11+12+13+14+15+16+17+18+19+20+21+22+23+24+25+26+27+28+29+30+31
Il tendait son bras au maximum pour écrire la longue addition. La ligne s'étirait, simple et conforme aux règles. Il n'y avait aucun gaspillage, elle débordait d'un tension aiguisée et pure qui engourdissait. Les formules obscures de la conjecture d'Artin et l'addition qui suivait les diviseurs de 28, le tout fondu ensemble nous encerclait. Chaque chiffre formait un des points qui, reliés l'un à l'autre, constituaient la délicate dentelle qui nous entourait. Je n'osais pas bouger, de peur qu'un mouvement d'inattention de mes pieds n'effaçât un seul de ces chiffres.
On aurait dit alors, que le secret de l'univers se révélait à nos yeux. Le carnet de Dieu était ouvert à nos pieds.
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Par joedi, le 05/12/2011
La Formule préférée du professeur de
Yôko Ogawa
Peu après avoir commencé à fréquenter le pavillon comme aide-ménagère, je découvris que le professeur avait l'habitude, lorsqu'il était plongé dans la confusion parce qu'il ne savait pas quoi dire, de proposer des nombres au lieu de mots. C'était le moyen qu'il avait trouvé pour échanger avec les autres. Les nombres étaient la main droite qu'il tendait vers l'autre pour une poignée de main, en même temps qu'ils lui servaient de manteau pour se protéger.
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Cristallisation secrète de
Yôko Ogawa
Mes souvenirs ne sont jamais détruits définitivement comme s’ils avaient été déracinés. Même s’ils ont l’air d’avoir disparu, il en reste des réminiscence quelque part. Comme des petites graines. Si la pluie vient à tomber dessus, elles germent à nouveau. Et en plus, même si les souvenirs ne sont plu là, il arrive que le cœur en garde quelque chose. Un tremblement, une larme