Le Maître et MargueriteLe Maître et Marguerite

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Ajoutée le : 2008-06-20 18:06:28 par : Mamzelle
  • Livres 5.00/5

J'ai déjà évoqué, il y a quelques temps, mon amour de la littérature russe.
Même si je ne saurais pas définir exactement ce qui me plaît en elle, cela pourrait s'apparenter au mélange parfaitement dosé entre technique parfaite et richesse impressionnante de vocabulaire.
Il y a quelques temps, j'ai donc reçu par la Poste un chef d'oeuvre du genre à côté duquel j'étais pourtant passée.


"Le Maître et Marguerite" est le livre d'une vie.
Celle de Mikhail Boulgakov, écrivain dont les pièces et les écrits en général ont été, année après année, refusés par la censure féroce appliquée en URSS à l'art en général et à la littérature en particulier dans les années 1930.
Boulgakov, malade, réprimé, désespéré, entame la première ébauche du "Maître et Marguerite" en 1929 et en brûle la majeure partie en 1930, projetant ainsi le destin de Gogol (qui brûla lui-aussi certaines de ses oeuvres) sur le sien. Il en reprendra la rédaction en 1932 pour l'achever en 1940.
Je suis d'ailleurs persuadée que la richesse d'un tel roman est intrinsèquement liée à la propre richesse en émotions de l'existence de l'auteur.
Attention par contre, ce n'est pas un livre par lequel commencer sa découverte de la littérature russe. Sa construction diabolique nécessite qu'on se soit auparavant familiarisé avec la richesse parfois "lourde" de cette littérature car elle atteint ici son paroxysme.

Si "Le Maître et Marguerite" a souvent été présenté de façon réductrice comme un "énième livre sur le diable", il n'en est rien.
Ce roman est certes un roman fantastque qui met en scène le diable mais aussi un écrivain suicidaire, un chat géant, Jesus et Ponce Pilate et dans lequel on trouve pêle-mêle des meurtres, des crucifixions, une description merveilleuse de l'enfer, un tramway, des billets de 10 roubles qui disparaissent, un appartement damné rue Sadovaïa et un poète dans un asile psychiatrique.
Mais "Le Maître et Marguerite" est surtout une magnifique histoire d'amour, de celles qui sont écrites.

On peut certes être rebuté par la richesse des descriptions, l'accumulation de détails ou encore les mouvements de flash-back dont Boulgakov nous abreuve mais au final, "Le Maître et Marguerite" est le roman qui arriverait à me faire définir exactement pourquoi j'aime autant les univers de la littérature russe.

Satire acerbe de la société moscovite des 30's et panorama splendide de la scène artistique de cette période, je comprend aujourd'hui pourquoi ce roman est cité comme étant un livre culte... A dévorer donc!

Ajoutée le : 2008-04-16 15:35:56 par : yo
  • Livres 5.00/5

Voici pourquoi il y a longtemps que je n'ai pas écrit de billets sur un livre : je m'étais plongé dans un gros roman, Le Maître et Marguerite.

Une nouvelle fois, faire un résumé de cette oeuvre est difficile, et je vais me contenter d'esquisser le tout début du livre.

A Moscou, dans les années 30, un poète et un journaliste se promènent du côté du Lac du Patriarche, et discutent de la meilleure manière d'exprimer leur athéisme. Leur discussion est interrompue par l'apparition d'un homme, qui se présente comme un étranger en visite. Mais cet étranger aura une influence néfaste : il annonce au journaliste qu'il va bientôt mourir, décapité. Les deux camarades rejettent cette prédiction, jusqu'à ce que le journaliste, par un enchaînement funeste de circonstances, se fasse écraser par un tramway, sa tête étant détachée du corps. Qui est donc cet étranger ? Et qui sont ces drôles de personnages qui lui tournent autour, notamment ce gros chat qui prend le tramway comme n'importe quel être humain ?

Le Maître et Marguerite est un roman foisonnant : c'est un récit fantastique où les références sont extrêmement nombreuses. On y retrouve le diable et ses acolytes, il y des scènes de messes noires, des détournements des symboles religieux (notamment du baptême,...). Boulgakov puise son inspiration chez Goethe et dans les récits fantastiques russes du XIXeme. Malheureusement, la plupart de ces références m'étaient inconnues, et ce n'est qu'après avoir lu un petit appareil critique que certains détails se sont révélés signifiants.

La suite ici : http://livres-et-cin.over-blog.com/article-14497147.html


Ajoutée le : 2008-02-28 23:55:59 par : Woland
  • Livres 5.00/5

Titre original : Мастер и Маргарита
Traduction : Claude Ligny

"Le Maître et Marguerite", que Mikhaïl Boulgakov commença à rédiger en 1928, sous le titre de "Le Sabot de l'Ingénieur", ne devait être publié pour la première fois qu'en 1966. Pourtant, cette oeuvre, achevée le 13 février 1940, un peu plus de trois semaines avant le décès de son auteur, est assurément l'un des "romans-phares" de la littérature russe du XXème siècle et c'est elle qui contient, entre autres phrases inoubliables, le fameux "Les manuscrits ne brûlent pas !" que l'on peut considérer comme un symbole de la victoire de la liberté de penser face à l'acharnement totalitaire.

Résumer l'intrigue de ce roman onirique et fiévreux, cynique autant que merveilleux, est chose trop réductrice pour que je m'y essaie. Disons essentiellement qu'il fait alterner deux actions, l'une moderne et qui se déroule dans le Moscou de l'ère stalinienne, l'autre "antique" et ayant pour cadre la Judée pré-chrétienne qu'Hadrien n'a pas encore rebaptisée Palestine.

La deuxième intrigue est la vision gnostique de la rencontre de Jésus de Nazareth, appelé Yeshoua Ha-Nozri par Boulgakov, avec Ponce Pilate, procurateur romain de la région, et aussi de son supplice - Boulgakov délaisse la crucifixion traditionnelle pour le pilori - sur le Mont Chauve - ou Mont du Crâne-Golgotha. Yeshoua y apparaît comme un illuminé mais au sens bouddhique du terme, un homme paisible et doux, capable de deceler la Bonté dans le coeur du plus cruel des centurions et suivi depuis le début de ses errances par un certain Matthieu Lévy qui, selon Yeshoua lui-même, déforme pour les recopier les propos qu'il tient[/b]. Juda de Kairoth et Caïphe, le Grand Prêtre du Sanhedrin, sont évidemment de la partie avec un Bar-rabbas qui ne fait que croiser bien fugitivement celui qui deviendra le Christ.

Comme Boulgakov aurait pu éviter d'accepter l'aide que lui fournit Staline pour survivre à l'interdiction de ses oeuvres au début des années 30 , Pilate aurait pu sauver Yeshoua. Mais si l'un n'eut pas le courage d'affronter le goulag ou le procès après tortures si chers au successeur de Lénine, le second, dans un instant de faiblesse, préféra préserver sa carrière en laissant supprimer la vie d'un innocent.

Pour Boulgakov, le prix à payer sera une existence désormais hantée par la conscience de sa veulerie et l'avortement systématique de tous ses essais de publication. En silence cependant, en cachette aussi, inlassablement, il reprend et remanie ce qu'il nomme son "manuscrit sur le Diable" - on ne comptera pas moins de cinq remaniements en douze ans. Tourmenté par ses angoisses, et aussi par un corps qui, peu à peu, l'abandonne, l'écrivain gribouille dès 1931, au bas d'un extrait que vous pourrez lire dans l'édition POCKET du "Maître et Marguerite", ces mots qui émeuvent encore singulièrement le lecteur par delà les années : "Seigneur, aide-moi à terminer mon roman."

Pour le Pilate qu'il recrée, Boulgakov façonne un châtiment qui perdure au-dela les siècles, une espèce de Purgatoire hors du temps où le puissant fonctionnaire romain, "qu'il fasse sombre ou que luise la lune", ne peut connaître la paix bien qu'il soit mort depuis près de deux mille ans. Invariablement, Pilate rêve qu'il annonce au peuple juif sa décision de laisser la vie sauve à Yeshoua. Invariablement, il se réveille et se rend compte que Yeshoua est mort et que lui, Pilate, n'a pas reçu son pardon.

Et, inlassablement, ce fantôme pose et repose cette question qui dut bien souvent torturer Boulgakov :"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime qui soit ?"

A la fin du roman, bien sûr, Pilate sera enfin libéré et, dans une très belle image onirique, rejoindra Yeshoua sur un rayon de lune et s'en ira avec lui vers l'Eternité.

Entretemps, l'intrigue moderne aura laissé le champ libre à un Satan là encore plus proche de l'interprétation gnostique que de l'interprétation traditionnelle, et à qui Boulgakov a donné le nom de Woland.

L'accompagnent et le servent deux démons familiers, l'inénarrable rouquin Béhemoth-Koroviev et le non moins extraordinaire Azazello, lequel se présente sous l'aspect d'un énorme chat noir capable de s'habiller comme un homme et de jouer aux échecs.

Les trois compères s'en donnent à coeur joie dans un Moscou diurne et surtout nocturne, règlent au passage les comptes de l'écrivain Boulgakov avec les critiques stalinistes, causent mille et un accidents, acculent plusieurs malheureux à l'asile psychiatrique, décapitent un homme, en poignardent un autre, tranchent, taillent, tourbillonnent ... démontent en un mot l'implacable machine totalitaire avec une vigueur en effet démoniaque et ce sens de l'humour propre à l'âme slave.

Au coeur du cyclone diabolique, le Maître, écrivain enfermé parmi les fous après la dénonciation d'un voisin désireux d'accaparer son appartement (les appartements, la convoitise qu'ils inspirent aux pauvres Moscovites obligés de se contenter des "maisons communautaires", les déboires que Boulgakov lui-même connut avec le sien occupent dans le livre une place bien révélatrice du mode de vie imposé à la majorité par le régime bolchevique) et son hégérie, Marguerite, qui quitte tout pour le rejoindre et le suivre au-delà la Mort. Un couple d'amoureux, par conséquent, où la femme prédomine - elle prend l'initiative de suivre les directives de Woland et d'assister au Grand Bal donné par Satan - mais où c'est elle également qui se montre la plus accessible à la pitié.

Ce livre fascinant, qui n'est pas sans rappeler parfois les meilleurs moments du nonsense d'un Lewis Carroll et qui mêle avec génie le fantastique, la poésie, la religion, l'histoire et la philosophie, est irracontable. Il faut donc le lire et ne pas hésiter à le placer bien haut dans votre Panthéon livresque car, né de la souffrance et de la révolte d'un homme qui désespérait d'écrire, il nous prouve avec panache que, quelque sombres que puissent être les tourmentes de l'Histoire, le Génie survit toujours à leurs ténèbres.

Lisez Boulgakov ! Jamais vous ne regretterez d'avoir fait sa connaissance ... ;o)


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