Alors qu'ai-je pensé de cet ouvrage ? Et bien c'est assez complexe, et selon le point d'observation que je choisis, mon opinion change pratiquement du tout au tout ! Je vais essayer de m'expliquer sur cette bizarrerie, pour tenter de conclure sur une appréciation globale.
Commençons par être désagréable, en abordant l'aspect « archéologique » du roman.
Eliette Abecassis débite tout simplement un fatras d'imbécilités sur le travail des archéologues. Je pourrais modérer mon propos, mais non. Je suis trop touchée par le sujet. Lire le comportement qu'elle prête à ses archéologues et l'image qu'elle se fait de leur métier m'a mise hors de moi. Tout le monde n'est pas sensé connaitre les réalités du métier, certes, mais quand on prétend rédiger un livre dont c'est l'ingrédient principal, on se renseigne, non de Zeus ! Non mais qui prendra les archéos, les vrais au sérieux après avoir lu ce tissu de bêtises ? Non, nous ne disposons pas des artefacts selon notre bon plaisir, et avoir la possibilité de date une US, à la fois de façon relative par rapport à celles qui l'entourent et à la fois de façon absolue grâce aux techniques radiométriques et à la présence d'une inscription datée, comme si c'était monnaie courante, relève quasiment du pur fantasme. Il y a aussi tout un tas d'imprécisions quant aux fonctions réelles de l'Ecole biblique… Et puis épigraphie et archéologie sont certes deux professions proches, souvent en rapport l'une avec l'autre, mais l'assimilation n'est pas acceptable ! Bref, refermons ce paragraphe fâcheux et passons tout de suite à autre chose, avant que je ne m'emporte encore d'avantage (et pourtant, je n'ai même pas écrit mon article à chaud; un mois s'est presque écoulé depuis ma lecture).
L'intrigue, heureusement m' a vraiment bien plu. Bon, il y a bien quelques longueurs à mi-parcours, et quelques éléments vraiment trop rocambolesques, beaucoup de libertés prises par rapport à la réelle histoire des manuscrits mais le final est tellement bluffant et génial que ces détails sont bien vite oubliés ! La révélation finale est juste merveilleuse. Certes totalement improbable, mais absolument fantastique ! Contrairement aux autres thrillers ésotériques, où la fin est souvent décevante et trop cartésienne, banale à mon goût ; ici
Eliette Abecassis joue le jeu jusqu'au bout et nous offre un truc énormissime qui a très clairement fait remonter en flèche l'opinion que je me faisais de ce roman. Cette fin est juste absolument parfaite, j'avais des étoiles plein les yeux, même si les ultimes pages sont un peu trop empreintes de mysticisme à mon goût. Je suis un esprit désespérément scientifique, qui s'émerveille devant l'Evolution, débat de la beauté de la science par rapport aux religions avec sa prof' préférée, passe une bonne partie de son temps à étudier des ossements, et est persuadé qu'il n'y a rien après la mort (ce qui est beaucoup plus rassurant que ce que nous proposent toutes les religions, si vous voulez mon avis). Alors les histoires de Messie, toussa…voilà quoi. Sincèrement, il m'est beaucoup plus plaisant et facile de croire à l'existence de Poudlard et de la Terre du Milieu. Mais je m'égare.
Sur le plan de la forme, deux choses m'ont marquée. Tout d'abord, j'ai aimé que chaque grande partie corresponde à un rouleau. La forme des deux derniers rouleaux est particulièrement intéressante, et leur lecture n'est pas du tout rebutante comme je le craignais. Cela renforce l'impression de mysticisme évoquée plus haut, qui si elle m'a parfois agacée est quand même nécessaire à l'ambiance globale du récit, et en même temps ça coule tout seul. J'ai également trouvé que ce roman n'était pas sans rappeler le nom de la rose, avec ses nombreuses digressions instructives, ses nombreuses citations bibliques, son style, son rythme rappelant bien souvent celui de l'hébreu ancien (bien sûr, il s'agit du latin dans l'ouvrage de U. Eco). Mais le résultat est ici beaucoup plus accessible au grand public. Toutes les citations sont données en français, et puis les digressions ne sont pas interminables et sont très concrètes. Elles nous apprennent un nombre certes, beaucoup plus limité de choses mais au moins on les saisit, les comprend et les retiens sans risquer la migraine.
Enfin, au vu du cadre dans lequel est publié ce billet, je voudrais insister sur ce que cet ouvrage nous apprend d'Israël. En réalité, peu de thèmes sont abordés, mais c'est plutôt pas mal fait du tout. On croise essentiellement deux groupes humains : les bédouins et les juifs orthodoxes de Mea Shearim. Sur le plan géographique, c'est essentiellement Jerusalem et le nord du désert de Judée, où se trouve
Qumran. On a bien sûr droit à quelques évocations de l'armée, des guerres, du caractère carrément mécréant de la plupart de la population, mais sans insistance. Les passages auprès des Bédouins m'ont tout particulièrement plu ; on apprend énormément sur leurs traditions, leur croyance, au-delà de ce que l'on peut connaitre d'eux habituellement. On a beau les côtoyer régulièrement, connaitre quelques-unes de leurs habitudes, ils restent vraiment un groupe assez isolé au sein du pays, dont le citoyen lambda ne sait pas forcément grand-chose. le travail fait sur Mea Shearim est également particulièrement intéressant, parce que ce groupe, pourtant plus connu en apparence, recèle en réalité des trésors de pratiques et traditions totalement ignorées.
Eliette Abecassis ne se contente pas de nous en donner une description extérieure. Elle nous fait réellement découvrir les choix de vie de ses habitants, leur mode de pensée, leurs conventions. Et alors, même si l'on est bien loin de partager leurs opinions ‘et que l'on ne passe pas même une journée sans les maudire, parce qu'ils ont une légère tendance à emmerder le monde), l'on comprend au moins leur comportement, comment et pourquoi ils arrivent encore en plein XXIème siècle à vivre hors du monde. beaucoup d'informations sont également données sur le judaïsme, comment ça n'est pas seulement une religion mais une culture, une identité. Peu de découvertes pour moi de ce côté là, depuis le temps que j'étudie et côtoie le sujet, mais j'imagine qu'il y a beaucoup à apprendre pour le lecteur lambda.
Bref, je crois pouvoir dire au terme de ce billet que c'est finalement un ouvrage qui m'a beaucoup plu malgré ses défauts. La fin, magistrale a vraiment su me faire oublier tout ce qui m'avait déplu. La suite m'attend malheureusement dans ma PAL française, car sinon c'est avec plaisir que je l'aurais déjà entamée, même si ce roman constitue une unité parfaitement indépendante qui se suffit à elle-même.