> Mona de Pracontal (Traducteur)

ISBN : 284337281X
Éditeur : Editions Anne Carrière (2004)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 36 notes) Ajouter à mes livres

Kambili a quinze ans. Son monde est limité aux murs de la résidence luxueuse d'Enugu, au Nigeria, où elle vit avec ses parents et son frère Jaja. Son père, Eugène, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par christianebrody, le 20 janvier 2012

    christianebrody
    Kambili (15 ans) vit à Enugu avec son frère Jaja (17 ans) et ses parents. Jeune fille brillante, aimante, craintive, sa seule ambition est de satisfaire les désirs de son père Eugène érigé en héros, un roc solide vers qui son regard tend.
    Riche industriel, notable respecté par sa communauté, propriétaire d'un journal d'opposition, Eugène est surtout un homme pieux, un fervent chrétien qui n'hésite pas à puiser dans sa fortune personnelle pour aider les plus démunis. Il finance à grands frais la réfection de certains bâtiments, s'implique dans les associations caritatives, participe généreusement aux collectes de son église, entretient une large famille. Un homme intransigeant par bien des côtés. Ardent défenseur du progrès intellectuel, exigeant avec lui-même et les autres, dénonçant violemment les dérives des différents gouvernements nigériens, son besoin d'absolu et d'intégrité pousse cet homme aux confins de la tyrannie et du fanatisme. Vivant dans le respect de la loi de Dieu, il pourchasse sans relâche les signes du pécher. La crainte de l'enfer ou de la damnation éternelle couplée avec l'impérieuse nécessité d'offrir une image exempte de souillure l'incite à mettre son monde en coupe réglée. On ne rit pas à Enugu, dans cette grande bâtisse flanquée d'un jardin luxuriant, ceinte de hauts murs et de barbelés. On ne communique pas non plus. L'emploi du temps bien rempli ne laisse aucune place au divertissement. A la faveur d'une invitation, Kambili et Jaja, qui n'ont vécu jusqu'à ce jour que sous le regard acéré de leur père, débarquent à Nsukkua, chez Tatie Ifeoma et y découvrent une autre vie. Veuve, professeur à l'université, elle élève trois enfants dans un appartement exigu. Ici, il n'y a pas de chauffeur, de domestique, de climatisation,d'eau courante, de moquette dans les toilettes, d'endroit à soi, la peinture s'écaille, les douches sont prises en compagnie des vers de terre, les repas préparés sur un réchaud de fortune, les coupures d'électricité fréquentes, l'essence, le gaz, la viande sont des denrées rares et ce n'est pas avec son maigre salaire -et ce quand elle le perçoit, que Tatie ifeoma fera des folies. Mais il y a de la vie, des rires, des discussions animées, de respect, de l'amour, de l'entraide, un vent de liberté souffle en permanence… Et le jardin de Tatie Ifeoma avec ses hibiscus pourpres qui devient le royaume de Jaja.
    Kambili, très marquée par le dressage paternel, ne trouve pas sa place dans cette famille exubérante, les mots restent coincés au fond de sa gorge. Elle ne comprend pas cette joie de vivre insolente, cette indépendance d'esprit, cette famille où la religion cohabite intelligemment avec la tradition. Elle observe ébahie la transformation de Jaja pendant qu'elle tente coûte que coûte de se raccrocher au souvenir de la figure paternelle. L'arrivée de Papa-Nnukwu, leur grand-père paternel bani de Enugu car jugé comme païen par Eugène l'inquisiteur, finit de fissurer le monde de Kambili et Jaja. Après cet avant-goût de liberté, comment se réconcilier avec le monde d'avant, celui de Enugu?
    L'hibiscus pourpre est un monologue présenté en quatre actes durant lesquels on suit les réflexions de Kambili. La jeune fille timide et apeurée du début n'a plus rien à voir avec la jeune femme qu'elle devient au bout de trois ans. La valse des coups d'état, la peur et ses excès en tout genre entraîneront des décisions radicales pour ces deux familles. le livre avec son arrière-plan d'instabilité politique aborde d'autres thèmes que l'auteure effleure avec discrétion, basée sur l'opposition entre Eugène/ Tatie Ifeoma et Enugu/Nsukkua. Enugu, royaume de l'abondance, du confort matériel n'est qu'une geôle aux mains d'un tyran qui se sent investi d'une mission, celle d'éradiquer le paganisme, le mal en employant des moyens de rétorsions dignes des plus grands tortionnaires. Non content de fermer sa porte à tout ce qui n'est pas chrétien, il pourchasse le malin chez lui n'hésitant jamais entre châtiments corporels et terreur. Eugène est un pur produit colonialiste, un homme reconnaissant de l'éducation pour la moins brutale qu'il a reçu et se faisant, ne peut que reproduire le même schéma. Un homme qui pour atteindre ses objectifs a renié son héritage culturel, va jusqu'à le mépriser. de la parole de Dieu, il a choisi les pires passages ceux qui définissent l'existence et le monde comme une tartine de merde, une malfaisance tapie à chaque coin prête à fondre sur vous si vous n'êtes pas vigilant. Ses outrances pèsent fortement sur la famille, débordent sur un comportement agressif d'une violence rare. A l'opposé, Tatie Ifeoma choisit une approche plus généreuse de la parole divine sans trahir son héritage culturel. le mélange de ces deux mondes qu'elle communique à ses enfants aiguisent leur esprit et leur offre une vue d'ensemble bien plus riche. Figure autoritaire doté d'un caractère bien trempé, elle n'a rien du despote qui recourra à l'abus de la force physique pour s'imposer. Eugène se présente au monde comme un homme vertueux, fort, indestructible alors qu'il n'est finalement qu'un petit garçon terrorisé par quelque chose qui le dépasse entièrement et seule son immense fortune permet de le mettre à l'abri des réels dangers que l'ensemble des nigériens subissent au quotidien. L'idée qu'il se fait de lui-même et du monde environnant le coupe de la réalité. Il glisse, s'enlise vers ces ténèbres qu'il s'est juré de combattre.
    Ce livre est aussi un récit d'initiation, d'une construction de la conscience, de révélations. On quitte difficilement Kambili, Jaja, Tatie Ifeoma. Outre la fluidité de l'écriture, le tact de l'auteure, ce roman m'a touché sur un plan très personnel. Je l'ai vu, je l'ai vécu et j'en suis revenue. Indemne, j'en sais rien mais en tous cas, je bouffe la vie avec un appétit d'ogresse. Contrairement aux discours idéologiques de mon enfance, la vie même si elle recèle encore de nombreux secrets, même si on m'en montre plus d'horreurs que je ne le souhaiterais, eh bien, je la trouve belle et me débrouille toujours pour découvrir du merveilleux partout. Si la vie est un don, vivre est un luxe que l'on doit saisir et admettre que le prix à payer n'est pas si prohibitif que cela au regard de tout ce que cela nous apporte. Après c'est une question de positionnement philosophique: le verre à moitié vide ou à moitié plein accompagné d'un choix que l'on fait depuis le début.

    Lien : http://www.immobiletrips.com/dramatique/lhibiscus-pourpre-1147
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    • Livres 5.00/5
    Par ChezLo, le 11 décembre 2007

    ChezLo
    Kambili a quinze ans et vit au Nigeria avec son frère Jaja, complice, sa mère ultrasoumise et son père, ce père qui terrorise le foyer. A la ville, cet homme est un riche et généreux notable. A la maison, c'est un catholique extrémiste qui n'hésite pas à faire appliquer ses principes rigoureux en se servant de la baguette ou de l'eau bouillante sur ses enfants ou sa femme.
    Le jour où leur tante Ifeoma, professeur universitaire, insiste pour prendre les enfants, Kambili et Jaja, quelques jours chez elle, le père se laisse difficilement convaincre. Mais il cède et c'est le début de grandes découvertes pour Kambili et son frère. Ils vont découvrir un autre monde, étranger même si c'est selui de leur propre famille : leur tante et leurs cousins vivent avec les rires, le dialogue, le bonheur autorisé et la culpabilité rare. Certes le confort et l'opulence des repas ne sont pas là, mais cette vie simple va peu à peu les convaincre, leur souffler l'envie de se libérer de la tyrannie paternelle...
    Autant le dire tout de suite, j'ai adoré ce roman, j'ai été éblouie par le talent de la toute jeune Chimananda Ngozi Adichie, à peine 25 ans, qui nous donne à lire un premier roman d'une grande maturité et d'un réalisme bouleversant. Elle nous ferait mettre notre main au feu que c'est en grande partie autobiographique (et ce n'est pas le cas !)
    C'est Kambili qui s'adresse à nous dans ce roman écrit à la première personne. Elle observe les routines archaïques et les drames étouffés que couve le foyer familial. (...)

    http://chezlorraine.blogspot.com/2006/10/lhibiscus-pourpre.html
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    • Livres 4.00/5
    Par Ladybug, le 06 janvier 2012

    Ladybug
    Un beau roman dans lequel on accompagne Kambili et Jaja dans leurs prises de conscience des carences de leur éducation.
    La vitalité qui règne dans tous les domaines chez la famille de leur tante est séduisante pour des adolescents brimés mais leurs réactions seront différentes. Si l'un s'adapte immédiatement à la liberté qui lui est donnée, l'autre est impressionnée par l'esprit critique et l'audace de ses cousins. Conditionnée par son éducation religieuse rigoriste, elle culpabilise mais sa bonté naturelle la rend également sensible au fait de blesser son père en remettant en cause tout son univers.
    L'auteure fait la part belle à la vie domestique grâce aux scènes saisies dans le quotidien et on a un aperçu de la corruption, des difficultés de la vie quotidienne, (coupures d'eau et d'électricité, le manque d'essence, manque de certaines denrées alimentaires, les obstacles rencontrés par les professeurs d'université, la presse etc).
    Des personnages sensibles dont la psychologie est abordée avec nuance, une belle découverte !
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    • Livres 4.00/5
    Par clarinette, le 04 juillet 2008

    clarinette
    Kambili est une adolescente nigérianne silencieuse et renfermée qui n'est jamais sortie du cocon familial. Son père est un homme puissant et riche. Catholique intégriste et austère, il élève ses enfants d'une main de fer et fait régner la terreur dans sa famille. Lors d'un séjour chez sa tante Ifeoma, Kambili découvre un monde plein de vie, de rires et de liberté...
    Chimananda Ngozi Adichie parle de choses terribles, d'un père qui bat sa femme et ses enfants et qui impose une loi totalement injuste et arbitraire, mais sa plume reste légère, jamais elle ne s'appesantit. le ton est toujours juste. Son écriture est parsemé de termes issus des dialectes ibo, ce qui donne une note particulièrement vivant à ce roman plein de saveurs, de sons et de couleurs africaines...
    la suite sur http://leslecturesdeclarinette.over-blog.com/article-4543506.html
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    • Livres 4.00/5
    Par kathel, le 23 février 2010

    kathel
    Je ressors très émue de la lecture de ce roman, raconté du point de vue de Kambili, jeune fille de 15 ans vivant au Nigéria. Elle et son frère aîné appartiennent à une famille aisée qu'elle considère, au moment où débute le récit, comme entrant dans la norme, mais le lecteur se rend compte qu'elle est entièrement régentée par un père rigide et tyrannique, asservi à des principes religieux fondamentalistes, pour lui-même comme pour sa femme et se enfants. Pourtant il est unanimement loué par tous les membres de leur communauté, pour son courage vis à vis du gouvernement, il est en effet directeur d'un grand journal indépendant. Un bol d'air vient aux deux jeunes gens d'un court séjour chez la soeur de leur père, universitaire vivant dans une autre ville. Ayant déjà fait l'expérience au collège de leur différence, ils découvrent chez leur tante qu'un autre mode de vie est possible et commencent à remettre en cause les principes de leur père. Ceci est très bien écrit, de façon simple et touchante, les progrès de Kambili se font sous les yeux du lecteur, dont le cœur se met à battre avec le sien.
    Je précise que ce n'est pas autobiographique, Chimamanda Ngozi Adichie parle de son propre père dans des entretiens, par exemple pour le magazine Lire, et il ne ressemble pas du tout à celui de Kambili et Jaja.

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-18709059.html
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Citations et extraits

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  • Par litolff, le 16 novembre 2010

    J’étais dans ma chambre après le déjeuner, en train de lire le chapitre V de l’Epître de Jacques parce que j’allais parler des racines bibliques de l’onction des malades pendant le temps familial, quand j’entendis les bruits. Des coups rapides et lourds sur la porte gravée à la main de la chambre de mes parents. Je m’imaginai que la porte s’était coincée et que Papa essayait de l’ouvrir. Si je l’imaginais assez fort, alors ça deviendrait vrai. Je m’assis, fermai les yeux et me mis à compter. Compter donnait l’impression que ça ne durait pas si longtemps que ça, que ça n’était pas si grave. Parfois, c’était fini avant que j’arrive à vingt. J’en étais à dix-neuf quand les bruits cessèrent. J’entendis la porte s’ouvrir. Les pas de Papa sur les marches étaient plus lourds, plus gauches que d’habitude.
    Je sortis de ma chambre au moment où Jaja débouchait de la sienne. Debout sur le palier, nous regardâmes Papa descendre. Maman était jetée sur son épaule comme les sacs de riz en jute que les ouvriers de son usine achetaient en gros à la frontière à Seme.
    « Il y a du sang par terre, dit Jaja. Je vais chercher la brosse à la salle de bains. »
    Nous nettoyâmes le filet de sang, qui s’étirait jusqu’en bas comme si quelqu’un avait descendu un bocal d’aquarelle rouge percé, qui aurait dégouliné tout du long. Jaja frottait, et moi j’essuyais.
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  • Par clarinette, le 04 juillet 2008

    "A la maison la débâcle a commencé lorsque Jaja, mon frère, n'est pas allé communier et que Papa a lancé son gros missel en travers de la pièce et cassé les figurines des étagères en verre. Nous venions de rentrer de l'église. Mama plaça les palmes fraîches, mouillées d'eau bénite, sur la table à manger. Plus tard, elle les tresserait pour en faire des croix, un peu avachies, qu'elle accrocgerait au mur, à côté de notre photo de famille dans son cadre doré. Elles y resteraient jusqu'au mercredi des Cendres, où nous les emporterions à l'église pour les donner à brûler et réduire en cendres. Papa, vêtu d'une longue robe grise comme les autres oblats, aidait tous les ans à distribuer les cendres. Sa file était la plus lente car il appuyait son pouce couvert de cendres bien fort sur chaque front pour tracer une croix parfaite et prononçait posément et avec conviction, en articulant chaque mot, le "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière"."
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  • Par ChezLo, le 11 décembre 2007

    "Avant, notre chauffeur, Kevin, venait d'abord me prendre aux Filles du Coeur Immaculé, puis nous allions chercher Jaja à St Nicholas. Jaja et moi déjeunions ensemble en rentrant à la maison. Maintenant, depuis que Jaja suivait le nouveau programme pour élèves doués de St Nicholas, il avait des cours après l'école. Papa avait modifié son emploi du temps mais non le mien, je ne pouvais donc pas l'attendre pour déjeuner avec lui. Je devais avoir déjà mangé, fait ma sieste et commencé à travailler quand Jaja arrivait à la maison.

    Néanmoins, Jaja savait ce que j'avais à déjeuner tous les jours. Nous avions un menu affiché sur le mur de la cuisine, que Mama changeait deux fois par mois. Mais il me le demandait toujours, de toute façon. Nous faisions cela souvent, de nous poser l'un à l'autre des questions dont nous connaissions les réponses. Peut-être était-ce pour éviter de poser les autres questions, celles dont nous ne voulions pas connaître les réponses."

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  • Par kathel, le 01 mai 2008

    Les vacances scolaires étaient courtes, seulement deux semaines, et le samedi précédant la reprise des cours, Mama nous emmena Jaja et moi acheter des sandales et des cartables neufs au marché. Nous n'en avions pas besoin : nos cartables et nos sandales de cuir brun étaient encore neufs, il n'avaient qu'un trimestre. mais c'était le seul rituel qui n'appartînt qu'à nous, d'aller au marché avant le début de chaque nouveau trimestre, conduit en voiture par Kevin, en baissant les vitres sans avoir à demander l'autorisation à Papa. Aux abords du marché, nos regards s'attardèrent sur les fous à moitié nus qui traînaient autour des dépôts d'ordures, sur les hommes qui s'arrêtaient avec désinvolture pour ouvrir leurs braguettes et pisser dans les coins, sur les femmes qui avaient l'air de marchander bruyamment avec des piles de légumes verts jusqu'au moment où la tête du marchand pointait derrière l'étal.
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  • Par parmifil, le 28 décembre 2008

    Les tyrans continuent de régner parce que les faibles n'ont pas la force de résister.
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Vidéo de Chimamanda Ngozi Adichie

Chronique du livre "L'hibiscus pourpre" au cours d'une soirée "Palabres autour des arts"








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