ISBN : 2742797254
Éditeur : Actes Sud (2011)


Note moyenne : 3.86/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres

C’est un immeuble au coeur d’une capitale, le genre d’endroit que l’on ne choisit pas d’habiter : on y naît ou on y échoue. Une famille vit là, autour, ou plutôt à côté, de la mère veuve. L’aînée, Sarah, est revenue au bercail avec sa fille et son mari car c... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par constance93, le 09 avril 2012

    constance93
    Une jeunesse à la dérive
    Jeune Algérienne installée aujourd'hui à Paris, Kaouther Adimi signe avec son premier roman une fiction névrotique et très noire. Elle y donne la parole à une famille enfermée dans son appartement algérois, véritable étouffoir qui semble parfois représenter une société murée dans son silence, en pleine crise.
    Notre rencontre avec Adel et Yasmine, ce frère et cette soeur à la relation fusionnelle qui se sont séparés peu à peu en grandissant, choisissant des chemins différents, est bouleversante. le duo est à la fois uni, s'entendant l'un à l'autre à travers la fine cloison de leur chambre, et divisé, Adel se réfugiant dans son introspection, Yasmine s'ouvrant au monde. Partager leurs pensées nous montre une jeunesse désillusionnée, qui essaye d'exister tant bien que mal dans un monde où elle n'est pas la bienvenue, un monde où l'individu, surtout celui qui est en quête d'affirmation, n'existe pas.
    L'un après l'autre, ils se confient, souffrant de la disparition du lien qui les unissait, ce lien qui les protégeait contre le monde extérieur, les faisait exister dans leur relation à l'autre. En très peu de pages, on perçoit cette impression de ne pas exister, et pour Adel de ne pas avoir d'espoir. Angoissé par cela, il est pris dans cette nuit blanche que nous partageons avec lui d'une “envie de vomir, de se vomir”. Toute la difficulté de vivre, est là, en quelques mots, quelques phrases. La souffrance est vive chez ce personnage que nous voudrions voir sortir de ce malaise qui semble éternel. Il n'a pas de remède.
    Sarah, leur grande soeur, trouve le sien dans la peinture. Elle s'y réfugie pour échapper à la folie de son mari, redevenu un petit enfant quand elle a déjà leur fille à sa charge. Elle voudrait peindre, mais elle doit s'occuper de son fou de mari. Elle est revenue vivre chez sa mère avec eux, n'ayant plus aucun moyen pour vivre. Rêves brisés, avenir sans aucune perspective, tristesse du quotidien : seule la recherche de l'art semble pouvoir sortir Sarah de son enfermement quotidien, de ses obligations familiales, de son désespoir.
    D'autres prendront la parole : des jeunes du quartier parlant d'avenir impossible et fumant du crack au pied de l'immeuble d'Adel et de Yasmine, médisant sur leur compte et défendant parfois la belle jeune femme dont l'un d'eux est amoureux ; Mouna, la fille de Sarah et d'Hamza, une écolière déjà désabusée par l'avenir, ne voyant pas l'utilité d'apprendre, rêvant juste de se marier avec Kabel, le vendeur de frites ; la mère, silencieuse avec ses enfants et qui prend tout à coup la parole, seule, pour juger leur différence avec une âpre dureté, ces enfants étant pour elle “demeurés”, “inconscients”, “imbéciles” ; un voisin aux secrets mieux cachés que ceux de la famille protagoniste ; et puis Hamza-le-fou, le mari de Sarah, qui renversera totalement le miroir de la réalité, jusqu'à ce que nous nous demandions qui est le fou dans cette famille, si tous ne le sont pas un peu. Chacun semble s'y réfugier dans cette folie, qui prend sous la plume de Kaouther Adimi des accents pathétiques ou, à l'inverse, éclate de beauté.
    Véritable tableau de la jeunesse algéroise telle qu'elle se voit, telle qu'elle est vue et finalement telle qu'elle est, L'Envers des autres est un récit bouleversant mettant à nu un mal-être et une souffrance généralisée de la jeunesse à travers quelques personnages d'une même famille, écrasés par leurs différences qui les isolent de la société. Seule la conformité pourraient la sauver, mais dans une famille déjà marginalisée, à la fois plainte et moquée par les gens du quartier, les personnages ne peuvent pas. Traditions, famille et convenances les noient dans un monde où leur personnalité et où les circonstances les ont fait différents les uns des autres, les uns contre les autres. le silence pèse dans l'appartement, chaque personnage tente de s'y réfugier plutôt que de s'y perdre, mais le dialogue n'émergera jamais. le monde extérieur, vu des yeux de Yasmine, étudiante, est lui aussi dur et violent. Tous refusent l'existence de l'individu, ne le reconnaissent pas pour lui-même mais par les groupes auxquels il appartient : famille, quartier, cercle d'amis, génération, origine sociale… On comprend peu à peu le malaise de celui qui n'est pas comme les autres, étouffé par le regard d'une société à la violence sourde et au regard meurtrier.
    En très peu de pages, Kaouther Adimi nous fait vivre un état de mal-être intense dans lequel le rêve et la méditation semblent des échappatoires temporaires à un musellement par la société. Les différents points de vue des personnages, agencés par chapitres, oscillent entre difficulté de vivre et espoir, lucidité et folie, rêve et réalité. A travers des phrases très courtes au rythme à la fois doux et âpre, nous partageons ainsi avec les personnages cet équilibre précaire qu'ils tentent de garder pour survivre, ne sachant pas trop s'ils sont déjà tombés ou se tiennent sur la corde raide. Plongé dans le cauchemar d'une réalité, on ressent à chaque page le malaise d'une jeunesse enfermée dans les traditions et les convenances, la classification de chacun dans des cases qui, souvent, ne correspondent pas à ce qu'ils sont vraiment. A la fin, on souhaiterait juste revenir aux méditations d'Adel, son refuge mélancolique à la dureté du monde qui a cédé à force d'être opprimé.
    Un premier roman à la maturité étonnante, à la plume très belle et qui reflète une réalité intérieure complexe, que seule la littérature pouvait percevoir et révéler. Une révélation de la richesse de la littérature francophone au delà des frontières hexagonales dont le territoire est parfois enlisé dans son passé. A son opposé, L'Envers des autres resplendit d'une maitrise insolente de la plume pour transmettre des émotions humaines complexes et intenses et à laquelle la voix d'un jeune écrivain s'affirme et impressionne. A lire.
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    • Livres 4.00/5
    Par chroniquesassidues, le 19 janvier 2012

    chroniquesassidues
    Kaouther Adimi est née en 1986 à Alger. Elle y fait des études de langue et de littérature françaises avant de s'installer à Paris. Remarquée pour ses nouvelles (elle a obtenu le prix du jeune écrivain francophone de Muret en 2006 et 2008), elle publie son premier roman, Des ballerines de Papicha, aux éditions Barzakh en Algérie en 2010, repris sous le titre L'Envers des autres aux éditions Actes Sud en 2011.
    L'Envers des autres est un roman polyphonique. Les chapitres se succèdent et donnent la parole à des personnages différents qui racontent une partie de leur vie à Alger, à notre époque.
    L'histoire commence avec Adel qui n'arrive pas à dormir. Il pleure "des larmes de honte et de frustration" et porte un regard très noir sur lui-même. Il sait ce que l'on pense de lui : qu'il n'est pas à la hauteur, qu'il est une femmelette. Pour tromper son désespoir, il passe ses journées à boire et à oublier dans un café. Les journées se succèdent et se ressemblent.
    Sa sœur Yasmine est remarquée partout pour sa grande beauté. Étudiante, elle porte un regard cynique sur sa ville, sur la communauté universitaire et étudiante, sur les relations amoureuses, que l'on observe à travers ses yeux. Elle fréquente un jeune homme, Nazim, mais c'est pour oublier son frère qu'elle aime plus que tout.
    Leur sœur aînée, Sarah, peint à longueur de journée. Coincée dans cette maison avec son mari Hamza, qui est devenu fou, elle cherche à s'échapper en s'adonnant complètement et pleinement à son art. Leur fille, Mouna, se plaît à être une papicha (une minette) avec ses ballerines bleues toutes neuves. Elle veut se marier avec Kamel, un voisin, et ne prête pas attention aux moqueries de ses camarades de classe.
    Enfin, il y a la mère, sans nom, qui a perdu son mari "fauché par une balle aveugle". Elle sait bien ce que les gens disent de ses enfants, trop beaux, trop différents et qui aspirent à plus de liberté. Elle a élevé ses enfants comme il faut mais elle ne comprend pas pourquoi Sarah ne s'occupe plus de son mari et passe ses journées à mélanger des couleurs et pourquoi Yasmine ne se contente pas de trouver un bon travail, un mari et de fonder une famille.
    Autour d'eux gravitent des voisins, obnubilés par cette famille étrange. Des jeunes voisins passent leurs nuits à boire et à fumer du shit, partagés par l'envie de quitter leur pays pour l'Europe, promesse d'un meilleur avenir, ou rester pour aider à construire l'Algérie. A partir de l'histoire d'une famille algérienne, c'est une histoire de la jeunesse algérienne posant la question de l'avenir de ces jeunes que pose Kaouther Adimi. Une histoire sombre d'ailleurs, et qui se termine brutalement. La fin est surprenante et laisse des questions en suspens.
    J'ai beaucoup aimé l'écriture limpide de Kaouther Adimi : les dialogues sont naturels et les descriptions rendent bien l'atmosphère particulière de l'Algérie. On est totalement plongés dans cet univers et dans le désespoir de ces personnages qui s'interrogent sur leur avenir. Je regrette juste que le roman soit si court et se lise si vite : vivement un autre texte de Kaouther Adimi à découvrir !

    Lien : http://leschroniquesassidues.blogspot.com/2011/12/lenvers-des-autres..
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    • Livres 4.00/5
    Par mimipinson, le 08 décembre 2011

    mimipinson
    Avec une écriture à la fois ciselée, sensuelle, et abrupte par moment, Kaouther peint indépendamment 9 personnages en leur donnant à tous de rôle la parole. Ces personnages, de par la construction choisie par l'auteur, semblent ne jamais se croiser. Ils sont cependant tous liés les uns aux autres, et ce parfois légèrement.
    Ils sont tous les représentants d'une société hétérogène, à la croisée des chemins ; entre l'ordre ancien régi par des traditions et croyances séculaires, et un élan de liberté et de modernité encore pris en tenaille par l'ancienne génération.
    Ces jeunes gens sont à la fois soucieux de faire évoluer les choses, et pressés de partir. C'est l'ennui, la jeunesse désabusée, un monde adulte perdu, des plus anciens qui ne comprennent plus leurs enfants, que l'auteur, tente de nous montrer avec beaucoup de finesse.
    « Je n'ai ni passé, ni avenir, juste un présent qui s'étire comme un chewing-gum à cinq dinars. »
    A celles et ceux qui cherchent une histoire, passez votre chemin. En revanche, si, comme moi, vous parvenez à considérer ce livre non pas comme un livre, mais comme une toile que l'on regarde tantôt de près, tantôt de loin, en laissant aller l'imagination, alors le voyage vaudra la peine.


    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/12/lenvers-des-autres.html
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    • Livres 5.00/5
    Par MelleShang, le 17 juillet 2011

    MelleShang
    Je viens de terminer ce livre et je suis encore sous le charme de l'écriture. Parfois poétique et sensible, parfois vif et violent, on imagine trés bien la ville d'Alger et ces personnages du livre.
    Une description de chaque personnage...de ce qu'ils pensent, de comment ils vivent "dans leur tête", de leur souffrance et leur questionnement...
    On sent le "quand diront-on" des voisins, les yeux qui épient, les oreilles qui se tendent et les bouches qui chuchotent.
    On sent l'enfermement d'une famille, d'un immeuble...d'une société.
    Parfois un peu d'humour, mais toujours avec cette sensibilité si puissante dans l'écriture.
    Un livre qui se lit d'une traite, si l'on se sait se projeter loin, loin dans Alger.
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  • Par de, le 01 mars 2012

    de
    Les hurlements sont une sorte de routine nécessaire au bon fonctionnement de la journée
    Quelques personnages : Adel, sa sœur Yasmine, l'autre sœur Sarah et son mari Hamza, Mouna, Tarek Hadj, Youssef, la mère.
    La beauté, la folie, le mal-être, la révolte ou le conformisme. Un immeuble, son balcon.
    La peinture aussi. Un monde fait d'incompréhension, de silence, d'amour peut-être.
    De petits chapitres au nom des personnages, seul-e-s Adel et Yasmine auront deux monologues.
    100 pages de sensibilité sans sensiblerie, sous les mots, une violence évoquée avec lucidité.
    Et la violence brute…
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Citations et extraits

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  • Par chroniquesassidues, le 19 janvier 2012

    Il y a dans la nuit quelque chose qui m'attire. Un silence qu'on ne peut retrouver dans le jour. Une sensation d'épaisseur et de lourdeur difficile à définir. Une impression de finitude. J'aime attendre le lever du jour, voir d'un coup la ville s'éveiller. Il est plus raisonnable de dormir toute l'après-midi et de rester debout la nuit.
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  • Par chroniquesassidues, le 19 janvier 2012

    Mes enfants sont des imbéciles. Des demeurés. Des inconscients. Je ne sais s'ils manquent de maturité, d'intelligence ou simplement de bon sens. Ils doivent être limités. Intellectuellement parlant, s'entend. Parce que physiquement, j'ai l'impression que tout se passe bien pour eux. Et même trop bien. Il aurait mieux valu qu'ils soient handicapés, qu'ils aient par exemple tous les muscles du ventre jusqu'à l'extrémité des orteils paralysés. Ils feraient moins de conneries, ces imbéciles
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  • Par mimipinson, le 08 décembre 2011

    « Je n’ai ni passé, ni avenir, juste un présent qui s’étire comme un chewing-gum à cinq dinars. »
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par jostein, le 12 décembre 2011

    Faire l'autruche n'est pas de tout repos, mais ça nous permet de continuer à vivre sous le même toit sans détourner sans cesse les yeux.
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  • Par de, le 01 mars 2012

    Les hurlements sont une sorte de routine nécessaire au bon fonctionnement de la journée
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