La sagesse vulgaire, qui simplifie tout, veut qu’un homme soit tout bon ou tout mauvais. L’homme réel fait voir tout à fait autre chose. Méchant dès qu’il a peur, et bon à l’ordinaire. Scrupuleux au jeu et trompeur dans le commerce, ou bien tout au contraire. Exact aux paiements commerciaux, mais trompant l’état. Sûr associé, mais trichant aux balances. Prodigue, négligent, oublieux des dettes par l’habitude du déficit ; le même administrant très bien la richesse, si elle lui tombe. Paresseux aux actions faciles, diligent aux difficiles ; brutal un jour, et l’autre jour héroïque. Menteur jusqu’à l’impudence s’il s’y met ; franc jusqu’à l’imprudence en une autre occasion et sur un autre départ. Tel prendra dans votre bourse, à qui pourtant vous pourriez confier votre bourse. La guerre fait voir de ces contrastes ; un homme courageux, dévoué, simple et cordial dans les dangers, héroïque aux blessés ou pour éteindre les poudres ; le même tient les plus vils propos sur la prostitution des femmes, dont il avoue qu’il vit à l’ordinaire. Soucieux d’un certain honneur, et nullement d’un autre honneur.Tel chef, ombrageux, violent, blessant, ailleurs juste et sage, et même compatissant et bon. Le même homme.
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