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Les preuves ne manquent jamais ; toute forme signifie ; et la forme humaine, vivante et en agitation, envoie, dans l'espace autour, des milliers de télégrammes. Les naïfs croient que le difficile est de déchiffrer ces télégrammes, c'est-à-dire de remonter des signes aux pensées; mais le sage les jette au panier.
Nous nommons pressentiments ces pensées que nous admirons après coup ; et nous les admirons parce qu'elles se sont trouvées vérifiées. Naïveté des passions, chacun y est pris.
Il faut (…) savoir que la fabrique de notre corps peut produire des suites de paroles et de gestes par le simple jeu de l'excitation et de la fatigue, jointes aux innombrables coutumes, qui sont comme des sentiers dans nos nerfs et dans nos muscles. D'où il faut refuser que de tels mouvements signifient des pensées.
Nous sommes bien fous dans les passions, et bien loin de nous croire fous. Mais quel beau mouvement d'arrêt lorsque nous jugeons ce mécanisme comme vide de toute pensée. C'est le moment du rire ; c'est le plus beau moment du rire. Et au contraire quand vient le sondeur d'âme et l'interprète des songes, qui me tient sous son regard noir, et me condamne à avoir pensé tout ce que j'ai dit, alors c'est fini de rire.
Il n'est rien de plus commun que de prendre pour sa propre pensée ce qu'on a dit d'abord sans y penser…
Les émotions se communiquent directement par les signes, et non pas parce que nous comprenons les signes, mais simplement parce que nous les percevons. (…) Tous les signes troublent ; tous les mouvements troublent. Et souvent vous vous étonnez que l'autre soit en défense contre vos arguments, alors qu'il est en défense contre vos sourcils.
Je lisais la Psychanalyse de Freud ; ce n'est qu'un art de deviner ce qui n'est pas.
Comme la charrue fait son bruit de ferraille, comme l’épée fait son cliquetis, le vent son sifflement et la porte son grincement, ainsi un homme agité fait un bruit de discours. Je plains celui qui essaie de comprendre ; encore plus celui qui croit comprendre ; il n’y a rien à comprendre.
Tous les hommes, ou presque, ont des parties de pure vertu, par un certain genre d’honneur auquel ils ne manquent jamais. On peut se fier à la promesse d’un voleur, dès qu’il la donne de manière à se croire engagé ; j’entends à l’égard de lui-même.
Bien voir la chose et la changer comme on veut, cela fait un bonheur plein.
La sagesse vulgaire, qui simplifie tout, veut qu’un homme soit tout bon ou tout mauvais. L’homme réel fait voir tout à fait autre chose. Méchant dès qu’il a peur, et bon à l’ordinaire. Scrupuleux au jeu et trompeur dans le commerce, ou bien tout au contraire. Exact aux paiements commerciaux, mais trompant l’état. Sûr associé, mais trichant aux balances. Prodigue, négligent, oublieux des dettes par l’habitude du déficit ; le même administrant très bien la richesse, si elle lui tombe. Paresseux aux actions faciles, diligent aux difficiles ; brutal un jour, et l’autre jour héroïque. Menteur jusqu’à l’impudence s’il s’y met ; franc jusqu’à l’imprudence en une autre occasion et sur un autre départ. Tel prendra dans votre bourse, à qui pourtant vous pourriez confier votre bourse. La guerre fait voir de ces contrastes ; un homme courageux, dévoué, simple et cordial dans les dangers, héroïque aux blessés ou pour éteindre les poudres ; le même tient les plus vils propos sur la prostitution des femmes, dont il avoue qu’il vit à l’ordinaire. Soucieux d’un certain honneur, et nullement d’un autre honneur.Tel chef, ombrageux, violent, blessant, ailleurs juste et sage, et même compatissant et bon. Le même homme.
La connaissance craque, aussi bien que l'amour, aux hommes sans courage.