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Critique de laupaulons


laupaulons
14 février 2016
★★★★★
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Svetalana Alexievitch est journaliste, c'est aussi notre dernier Prix Nobel de littérature, et nous pouvons en être fiers, même si on peine à appliquer le mot roman sur ses écrits. Qu'importe, la littérature peut être documentaire, et elle est assez vaste et grande pour englober aussi sa démarche salutaire, généreuse, empathique, assez unique finalement. C'est en journaliste qu'elle nous offre un kaléidoscope de témoignages d'une richesse inouie, qui donne le tournis tant il y a d'émotion, de compréhension de l'autre : des sentiments, des voix singulières, des vies, tout simplement, qui parlent de l'homo sovieticus dans toute sa complexité, tellement attachant et effrayant à la fois, comme nous tous. Car les Soviétiques ont eu leur comptant de souffrances , happés par le communisme, d'abord, puis le capitalisme. Elle les a écoutés, tous, les a compris, tous, sans juger, victimes et bourreaux ( car les victimes d'un jour sont parfois les bourreaux de demain), pleuré avec eux, et mis des mots sur leurs paroles... On en ressort transformé, en vigilance, conscient plus que jamais que la barbarie peut se nicher en chacun de nous, qu'une étincelle suffit, des temps troubles, qui alimentent la peur des autres. La lecture est parfois insoutenable, nécessite des pauses pour les plus sensibles, mais elle est toujours salutaire, à faire en sorte que tous ces témoignages ne sombrent pas dans l'oubli, à rappeler que l'histoire est faite par très peu de personnes, mais subie par tous, et à nous offrir, à nous qui la lisons, ce supplément d'humanité : de lecteurs, nous devenons acteurs, car la lecture consentie, y compris du plus horrible, nous permet de ramener, par notre compassion et notre empathie, dans le cercle de l'humanité tous ces hommes et femmes qui en ont été privés, d'une façon ou d'une autre. Toutes les victimes le disent, ou pas, justement, faute d'oreilles à qui le confier : en plus de la souffrance liée à ce qu'ils ont vécu, se rajoute la douleur de ne pouvoir en parler, tant ce qu'ils ont à raconter dépasse l'imagination, et nous effraie. Nous ne voulons pas savoir, et en cela, nous les excluons, de nouveau, nous rajoutons de la souffrance à la souffrance. Alors, oui, grâce à Svetlana Alexievitch, nous savons, nous sommes aguerris, et plus à même de faire face, à tout, y compris à notre ennemi intime. Moi, c'est les autres, parfois victimes, parfois bourreaux, et ainsi nous tenons à distance la barbarie, qui rôde, jamais très loin. Ce livre sert à ne pas l'oublier. Oui, nous pouvons être fiers de notre Prix Nobel de Littérature.
Laurence Hounieu, pour Lire le monde
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