> Galia Ackerman (Traducteur)
> Pierre Lorrain (Traducteur)

ISBN : 2709619148
Éditeur : J.-C. Lattès (1998)


Note moyenne : 4.2/5 (sur 20 notes) Ajouter à mes livres

" Des bribes de conversations me reviennent en mémoire... Quelqu'un m'exhorte : - Vous ne devez pas oublier que ce n'est plus votre mari, l'homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. V... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ahasverus, le 16 mai 2012

    ahasverus
    "Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl" , prévient l'auteure.
    Svetlana Alexievitch laisse la parole aux anonymes. Ce qu'ils ont à dire édifie. L'Evènement, raconté par plusieurs, devient l'histoire. Journalistes, ingénieurs, responsables du parti, voisines, parents, chasseurs, enseignants, ils complètent un puzzle qui commence joliment :
    "Certains faisaient des dizaines de kilomètres en bicyclette ou en voiture pour voir cela. Nous ignorions que la mort pouvait être aussi belle." - "Savez-vous, demandait l'académicien, père de la bombe H soviétique, qu'après une explosion atomique, il y a une fraîche odeur d'ozone, qui sent si bon ?" Tchernobyl commence comme Suite française, d'Irène Nemirovsky. On regarde derrière les fenêtres l'arrivée de l'occupant. de prime abord, il semble civilisé, distingué et charmant. Il y a une esthétique de la guerre et une beauté du Diable.
    Tchernobyl est une guerre. "Les monuments de Tchernobyl ressemblent à des monuments de guerre." Les souvenirs de Tchernobyl sont des souvenirs de guerre.
    Au premier plan, les héros et les Justes : "Les visages des premiers pompiers, noirs comme du charbon. Et leurs yeux... Les yeux de gens qui savent qu'ils nous quittent..." - "Une femme faisait partie de notre groupe. Elle était radiologue. Elle a eu une crise d'hystérie quand elle a vu des enfants jouer dans le sable."
    Puis viennent les victimes innocentes : "Maman, est ce que je meurs déjà ?", demande une enfant.
    En second rideau, derrière le front, les einsatzgruppen nettoient le terrain repris : "Il vaut mieux tuer de loin, pour ne pas supporter leur regard." - "Nous n'avions plus de balles, alors nous l'avons repoussé dans la fosse et l'on a jeté de la terre par dessus. Je le regrette encore à ce jour."
    Les menaces pour obtenir la collaboration : " - Les volontaires iront sur le toit et les autres chez le procureur."
    Les promesses : "On disait que la peine encourue était de Deux ou trois ans. En revanche, si le soldat chopait plus de vingt cinq röntgens, c'est le commandant qui allait en taule."
    Les profiteurs : "Je sais que l'on a volé et sorti de la zone contaminée tout ce qui était transportable. En fait, c'est la zone elle-même que l'on a transportée ici. "
    Les justifications des responsables et des sachants : "Dans les meetings, on exigeait la vérité ! Mais c'est mauvais, très mauvais ! Nous allons tous bientôt mourir ! Qui a besoin d'une telle vérité ?" - "Nous avions l'habitude de croire." - "Dès que l'on perd la foi, on n'est plus un participant, on devient un complice et l'on perd toute justification."
    Les culpabilités : """J'ai compris plus tard, quelques années plus tard, que nous avions tous participé... A un crime... A un complot."""
    Un vocabulaire de guerre ; des traumatismes de guerre. Tchernobyl est un ennemi aussi traumatisant que le nazisme.
    "J'ai regardé très loin. Peut être plus loin que la mort." dit la femme d'un irradié dont le visage se décompose.
    Tchernobyl est un conflit jeté à la face de l'humanité. Par ses héroïsmes individuels, ses sacrifices volontaires ou non, consentis en tous cas par le froid calcul de la multitude, l'homme a gagné. Tous les hommes.
    La Supplication est le journal d'une guerre que l'homme a menée contre un Autre (l'Anderer) nommé Tchernobyl.
    Tchernobyl, sublimé, n'est plus l'oeuvre de l'homme. Il est seul coupable de lui même.
    Le bien a triomphé du mal. Un peu malgré lui. Tchernobyl est un mythe.
    """A part nous, personne ne sait ce qui s'est vraiment passé là bas. Nous n'avons pas tout compris, mais nous avons tout vu."""
    Un recueil de témoignages irremplaçables.
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    • Livres 4.00/5
    Par Eric75019, le 02 octobre 2011

    Eric75019
    Svetlana Alexievitch est une journaliste et écrivain biélorusse. Nous connaissons assez mal la Biélorussie, petit pays devenu indépendant en 1990 avec l'effondrement de l'URSS. Pourtant, le 26 avril 1986, la Biélorussie est durement frappée par la catastrophe de Tchernobyl. La centrale ukrainienne déverse sa radioactivité dans toute la région et, le nuage ne s'arrêtant bien sûr pas à la frontière, la Biélorussie reçoit 70 % des retombées radioactives.
    Dix ans plus tard, Svetlana Alexievitch a mené l'enquête auprès des rescapés et des survivants. Son livre est la juxtaposition des témoignages – tous poignants – formulés directement par les personnes interrogées ayant vécu de près les événements : les liquidateurs, les femmes des liquidateurs, les enfants, les paysans, les militaires, les scientifiques, les politiques…
    Ce livre n'est ni une tentative d'explication, ni le récit de la catastrophe. Vous n'y trouverez ni la chronologie des événements, des décisions ou des erreurs commises, ni les chiffres de la catastrophe, ni les théories scientifiques ou les dossiers techniques décryptant l'accident et ses conséquences.
    Cet essai est centré sur l'humain. Svetlana Alexievitch donne la parole aux victimes. On pense à ces reportages vus à la télévision, où les témoins parlent tour à tour, se souviennent et racontent, sans que l'on devine la présence de la journaliste qui n'intervient pas. On imagine ces témoins assis à la table de leur cuisine, dans leur salon ou sur leur lit d'hôpital, répondant aux questions posées.
    Fidèle à cette méthode, Svetlana Alexievitch n'expose aucune analyse ou conclusion, c'est donc bien au lecteur de se faire sa propre opinion : sur les failles d'un système, sur la désinformation, sur le manque de transparence, sur la corruption des uns et l'héroïsme des autres.
    L'Europe a failli être totalement inhabitable si l'explosion nucléaire avait eu lieu (car elle n'a pas eu lieu, grâce au sacrifice des liquidateurs). Svetlana Alexievitch ne tire aucune leçon, n'élabore aucune théorie… ce qui donne envie d'en savoir plus ! Où en est-on aujourd'hui ? Va-t-on enfin construire le nouveau sarcophage au dessus du réacteur (l'ancien étant en train de s'effondrer) ? Et pourquoi nul ne sait vraiment ce qui se passe en ce moment même, à des milliers de kilomètres de là, du côté de Fukushima ?
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    • Livres 5.00/5
    Par Apikrus, le 23 janvier 2012

    Apikrus
    26 avril 1986 : un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Biélorussie, est détruit par une série d'explosions, envoyant des quantités importantes d'éléments radioactifs dans l'athmosphère.
    Le sol de la Biélorussie, alors peuplée de 10 millions d'habitants, est contaminé et de la radioactivité diffusée sur l'ensemble de la planète, au gré des vents. En Biélorussie, près de 500 villages ont ensuite été déclarés inhabitables, dont environ 300 enterrés, et 264 000 hectares interdits à l'agriculture. Auparavant, des milliers de soldats, appelés liquidateurs ou "robots verts" (car les robots mécaniques, eux, ne résistaient pas aux radiations le temps de l'intervention) ont dû éteindre l'incendie et confiner le réacteur (par le dessus et par le dessous), et les populations atteintes ont continué à vivre quelques jours comme s'il ne s'était rien passé. En effet, les autorités de l'époque ont d'abord tout fait pour minimiser l'évènement, préférant organiser des cérémonies du 1er mai (fête du travail) et du 9 mai (fête de la victoire), plutôt que de donner à la population des recommandations élémentaires (notamment l'absorption d'iode, pourtant disponible alors, pour en saturer la thyroïde avant qu'elle n'absorbe la radioactivité ambiante, précaution que les responsables du Parti les mieux informés n'omettaient pas de prendre). Les évacuations décidées tardivement ont été un traumatisme pour les personnes qui les ont vécues : officiellement censées partir pour quelques jours, elles devaient emporter le minimum d'objet, laisser leurs animaux familiers,... et ont souvent été accueillies comme des "pestiférés" (comme des personnes radioactives).
    L'auteur ne décrit pas cela à la manière d'un essai, il a simplement compilé des témoignages de ces évènements qu'il a recueillis. le résultat en est effrayant.
    Commentaires personnels :
    - le livre révèle un mélange d'organisation (de la censure notamment) et d'inorganisation qu'on peut qualifier de criminel. Gorbatchev prétendra ensuite que les informations nécessaires aux bonnes décisions ne sont pas remontées jusqu'à lui.
    - 2011, Fukushima, Japon : nouvelle catastrophe
    - 2012, France : nos autorités poursuivent des personnes qui ont démontré que l'on entre dans nos centrales nucléaires grâce à de simples pinces coupantes et que l'on peut y séjourner une nuit entière...
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    • Livres 5.00/5
    Par crochette, le 09 mai 2011

    crochette
    Attention il faut être prêt pour lire ce livre. je crois n'avoir jamais rien lu de plus violent. Cette violence est celle des faits, racontés sans filtre par ceux qui les ont vécus.Difficile de continuer à envisager sereinement l'avenir nucléaire après ça.
    Le premier texte, témoignage de la jeune compagne d'un liquidateur qui a vu agoniser son compagnon dans d'atroces souffrances, est à la limite du soutenable. L'image des militaires envoyés dans une nature intacte Post Tchenrnobyl belle et luxuriante, chargés d'abattre les chats et chiens qui restaient sur place est aussi hallucinante.
    Un livre à faire lire urgemment à ceux qui seraient tentés de croire (encore) que ça n'arrive qu'aux autres (surtout aux pays jugés "non fiables" comme les pays émergents). La piqûre de rappel japonaise rend urgente cette re-lecture.
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    • Livres 4.00/5
    Par alicejo, le 02 mai 2011

    alicejo
    Dix ans après la catastrophe de Tchernobyl, Svetlana Alexievitch, journaliste biélorusse, part à la rencontre de ses compatriotes, témoins de cette tragédie : voisins de la centrale, résidents non autorisés, liquidateurs, femmes de liquidateurs, intellectuels, membres du parti ...
    Ce livre est une suite de monologues bruts (la journaliste n'intervient jamais) racontant l'incompréhension d'une population rurale complètement ignorante du danger encouru et volontairement désinformée, la violence des évacuations précipitées rappelant les années sombres de la deuxième guerre mondiale, la propagande d'un Parti prêt à tout, même au sacrifice humain, pour garder la face auprès de son peuple et du monde, le traumatisme de ces « enfants de Tchernobyl » marqués au fer rouge et désormais porteurs de ce fléau à vie et sur plusieurs générations, la colère de ces ingénieurs conscients de l'ampleur de la catastrophe impuissants face à un parti qui censure leur parole...
    Des témoignages encore empreints, 10 ans après, d'incompréhension, de colère mais aussi d'une certaine forme de résignation de la part d'un peuple traumatisé par des années de guerre et ayant perdu ses repères à la chute du communisme.



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Citations et extraits

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  • Par Eric75019, le 02 octobre 2011

    Nous nous sommes rendus dans la zone. Les statistiques sont bien connues : il y a huit cents "sépulcres" autour de Tchernobyl. Il s'attendait à des fortifications d'une complexité inouïe alors que ce ne sont que de simples fosses. C'est là que l'on a enterré la "forêt rousse" abattue sur cent cinquante hectares autour du réacteur (dans les deux jours qui ont suivi la catastrophe, les sapins et les pins sont devenu rouges, puis roux). Là gisent des milliers de tonnes de métal et d'acier, des tuyaux, des vêtements de travail, des constructions en béton. Il m'a montré une vue aérienne publiée par un magazine anglais... Des milliers de voitures, de tracteurs, d'hélicoptères... Des véhicules de pompiers, des ambulances... C'était le plus important sépulcre, près du réacteur. Il voulait le photographier dix ans après la catastrophe. On lui avait promis une bonne rémunération pour cette photo. Mais nous avons tourné en rond, d'un responsable à l'autre, et tous refusaient de nous aider : tantôt il n'y avait pas de carte, tantôt il manquait une autorisation. Et puis, j'ai fini par comprendre que le sépulcre n'existait plus que dans les rapports. En réalité, tout a été pillé, vendu dans les marchés, utilisé comme pièces détachées par des kolkhozes et des particuliers.
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  • Par canel, le 23 avril 2012

    [Tchernobyl]. Pour la petite Biélorussie de dix millions d'habitants, il s'agissait d'un désastre à l'échelle nationale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sur la terre biélorusse, les nazis avaient détruit 619 villages et exterminé leur population. A la suite de Tchernobyl, le pays en perdit 485. Soixant-dix d'entre eux sont enterrés pour toujours. La guerre tua un Biélorusse sur quatre ; aujourd'hui, un sur cinq vit dans une région contaminée. Cela concerne 2,1 millions de personnes, dont sept cent mille enfants. Les radiations constituent la principale source de déficit démographique. (p.7-8)
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  • Par dandoune, le 05 novembre 2011

    Avez-vous entendu parler des hibakushi de Hiroshima ? Les survivants de l’explosion… Ils ne peuvent se marier qu’entre eux. On n’en parle pas, chez nous. On n’écrit rien à ce sujet… Mais nous existons, nous autres, les hibakushi de Tchernobyl…
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  • Par dandoune, le 25 octobre 2011

    On vit... On est un homme ordinaire. Un petit homme. Comme tout le monde, on va au travail et on rentre du travail. On reçoit un salaire moyen. Et on part en vacances une fois l'an. Un homme normal, quoi ! Et puis, un beau jour, on se transforme en un homme de Tchernobyl, en une curiosité !
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  • Par alicejo, le 28 avril 2011

    Vous ne devez pas oublier que ce n'est plus votre mari, l'homme aimé, qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination.
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"ENSORCELÉS PAR LA MORT" DE SVETLANA ALEXIEVITCH / EXTRAIT / HERVINE DE BOODT Témoignage d' Anna M., ancienne membre du parti communiste d'URSS, ayant tenté de se suicider, par nostalgie de sa vie d'avant...








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