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ISBN : 2253038040
Éditeur : Le Livre de Poche


Note moyenne : 4.15/5 (sur 374 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Une grande saga familiale dans une contrée qui ressemble à s'y méprendre au Chili. Entre les différentes générations, entre la branche des maîtres et celle des bâtards, entre le patriarche, les femmes de la maison, les domestiques, les paysans du domaine, se nouent et s... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par KATE92, le 03 octobre 2012

    KATE92
    Magnifique roman très bien écrit, avec une vraie et belle histoire.
    Les personnages de temps à autre imaginaires, quelquefois très réalistes ne nous abandonnent plus et les suivre m'a été très agréable, tout comme ce voyage au Chili et la découverte de son Histoire.
    Saga familiale à lire et à relire absolument.
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    • Livres 5.00/5
    Par Akeera, le 20 décembre 2011

    Akeera
    J'ai terminé ce matin dans le métro un roman absolument fabuleux dont je dois vous parler à tout prix! (Rien que ça)
    J'en avais entendu pas mal de bien ces 2 dernières années, je l'avais acheté il y a 6 mois, et puis j'avais reporté sa lecture jusqu'à maintenant, faute de courage pour me lancer dans ce fleuve de pages (500 et quelques), et aussi un peu par manque d'attraction avec la littérature hispanophone...quelle erreur!
    Comment vous dire...La maison aux esprits d'Isabel Allende est une passionnante et magnifique saga familiale qui se déroule dans un pays qui ressemble beaucoup au Chili sans être précisément nommé, et qui couvre la vie d'une grande famille sur plus de 3 générations. Isabel Allende nous brosse le portrait des femmes de cette famille, à la fois fortes, fantasques et pleines de caractère, mais les hommes ne sont pas en reste, rebelles, ambitieux, et parfois célèbres pour leurs flamboyantes colères.
    Les histoires d'amour et les drames de la vie font l'ossature de ce roman fleuve, inattendus et et passionnants, dans un contexte historique et politique très proche de l'histoire du Chili avec le coup d'état de Pinochet et le régime dictatorial qui a suivi.
    L'auteure à une manière d'écrire bien à elle et déroule son histoire de manière particulière car elle soumet ses personnages à une certaine fatalité en nous annonçant très souvent leur destinée dès leur première apparition, tout en entretenant le mystère sur ce qui les y mènera. L'effet est très réussi et ramène aux pouvoirs surnaturels de la femme centrale du roman, la lumineuse Clara dont les prémonitions se réalisent toujours.
    La lecture de ce roman laisse une impression étrange de pouvoir contempler l'histoire d'une famille d'un seul regard et on ne peut cacher le fait qu'on est triste de quitter ces personnages une fois la dernière page tournée, et qu'on repartirai bien pour 3 ou 4 générations de plus!
    En bref, je vous conseille vraiment de tout coeur de vous plonger dans cette histoire incroyable, magnifique et passionnante, vous ne le regretterez pas! Et en plus ça existe en poche à moins de 9€ donc pourquoi se priver?
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 21 décembre 2007

    Woland
    Toute « La maison aux esprits » est contenue dans la dédicace de l'auteur :
    « A ma mère, à ma grand-mère et à toutes les femmes extraordinaires de cette histoire. »
    Car ce roman est avant tout celui de cinq femmes .
    L'arrière-grand-mère tout d'abord, Nivea del Valle, l'une des premières suffragettes chiliennes. Comme ses homologues britanniques, cette épouse d'un athée franc-maçon n'hésita jamais à s'enchaîner aux grilles devant les hauts lieux de la vie politique du pays. Prête à seconder activement son mari en politique dans le seul espoir de faire un jour promulguer une loi donnant le droit de vote aux femmes, Nivea est – déjà – une forte personnalité, allergique au clergé catholique et moderne avant l'heure puisqu'elle entend ne pas trop contrarier la Nature dans l'éducation de ses enfants. C'est qu'elle a mis au monde quinze enfants dont onze seulement survivront. Parmi ses filles, l'aînée et la cadette connaîtront un destin étrange : par une farce macabre du Destin, la seconde finira en effet, après le décès de la première, par épouser le fiancé de celle-ci.
    La grand-tante ensuite, Rosa, d'une beauté si sculpturale et si étrange que, bien qu'il appartienne à une famille singulièrement appauvrie par les folies paternelles, Esteban Trueba comprend, dès qu'il la voit, que ce sera elle, et personne d'autre. Pour lui garantir le train de vie auquel elle est habituée, le jeune homme part pour deux ans exploiter une concession minière. Travail ingrat et désespérant qui, le jour même où il porte enfin ses fruits – la découverte d'un filon prometteur – perd sa raison d'être : par un télégramme de sa sœur, Férula, Esteban apprend que Rosa vient de mourir, empoisonnée par erreur pour avoir bu une liqueur destinée à son père et dont on ne saura jamais qui en avait déposé la bouteille chez les del Valle.
    La grand-mère enfin, pivot central du roman, Clara, sœur cadette de Rosa. Pressé par sa propre mère alors aux portes de la Mort et frappé par la beauté de la jeune fille, qui lui rappelle celle de la disparue, Esteban l'épouse dix ans après le décès de Rosa. A cette époque, lui-même est devenu un parti plus que présentable. Outre les bénéfices de la concession minière qu'il continue d'exploiter par ingénieur interposé, il a remis sur pied une propriété qu'il tenait de sa mère, les « Tres Marias. » C'est donc à un homme riche, terre-à-terre et rude que se lie Clara, en toute connaissance de cause puisque ses prémonitions l'en avait avertie. Toute enfant, Clara avait déjà des prémonitions (elle avait annoncé la « mort pour une autre » de Rosa et, terrifiée d'avoir si bien prédit, se refusa par la suite à émettre un seul son pendant les dix ans qui suivirent). Elle parlait aux esprits et, toute sa vie, les esprits accompagneront et chériront ce charmant médium qui, jamais, ne se laissera aller au pessimisme ou au désespoir. Quand elle mourra, après une vie bien remplie, laissant derrière elle un Esteban Trueba inconsolable, « La maison aux esprits, » qui donne son nom au roman, perdra beaucoup de son âme.
    La mère, Blanca, fille de Clara et d'Esteban. Si sa mère ne lui a pas légué son talent pour faire tourner les guéridons et ressentir la présence de l'Au-delà, elle lui a assuré le caractère fort et rebelle aux conventions établies qui, depuis Nivea, semble caractériser les femmes de la famille. A tel point que, le temps venu, Blanca n'hésite pas à devenir la maîtresse du fils de l'un des fermiers de son père, Pedro Garcia III. On imagine la fureur d'Esteban … Comme Blanca se retrouve enceinte, elle doit finalement se résoudre à épouser, pour sauver la face, un aristocrate français qui passait par là, le dénommé Jean de Satigny. Mais, lorsqu'elle finit par découvrir les étranges préférences sexuelles de son époux, elle s'enfuit et s'en retourne chez ses parents. Et c'est dans « La maison aux esprits » que naît la quatrième héroïne du conte …
    … la petite-fille et arrière-petite-fille, Alba, la narratrice principale. C'est elle qui retrouvera les « cahiers de notes sur la vie » que la grand-mère Clara avait commencé à rédiger alors qu'elle n'avait même pas dix ans. C'est elle qui aura l'idée de demander à son grand-père de l'aider à reconstituer ce qu'elle peut encore ignorer du passé familial. Et c'est donc elle qui introduira dans ce roman si dominé par les femmes la seule voix masculine d'envergure qui s'y fera entendre. Cela se passera après le coup d'Etat de Pinochet et de la Junte, après que le vieil Esteban sera parvenu à faire sortir Alba des geôles du pouvoir. le monologue effondré du vieillard, s'en allant demander de l'aide à la seule personne susceptible de faire libérer sa petite-fille, constitue, je trouve, l'un des morceaux de bravoure du livre. Toute l'histoire du Chili, depuis la fin du XIXème siècle jusqu'aux jours sombres de la Dictature post-Allende, défile ici en un saisissant et émouvant raccourci, exposant les faiblesses et les forces non seulement de la classe possédante « traditionnelle » dont Trueba est le rude représentant mais aussi de la classe « prolétaire », symbolisée pour sa part par Miguel, un guerillero gauchiste dont Alba est tombée amoureuse.
    Bref, même s'il faut s'habituer à un style qui privilégie les virgules au détriment des points, ce roman paraît touché par la grâce et on le lit presque d'une traite tant les personnages qui le traversent sont prenants et convaincants. L'auteur est une conteuse-née, la chose ne fait aucun doute et cet art se fait trop rare de nos jours en littérature pour qu'on ne l'apprécie pas comme il se doit. Bonne lecture ! ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par AlexLiernais, le 17 avril 2012

    AlexLiernais
    Sur la jaquette du livre on peut lire : «Une contrée qui ressemble au Chili, du début de ce siècle à son actualité la plus brutale. La chronique de ce pays est retracée à travers une dynastie familiale. Il y a Esteban Truba (sic), parti de rien, propriétaire terrien et sénateur musclé, potentat familial ; Clara, son épouse, hypersensible et extralucide, confidente des esprits qui hante leur grande maison ; les enfants légitimes et naturels d'Esteban, les rejetons de ceux-ci et de ceux-là, dont les destins s'entrecroisent dans les jeux de l'amour et du hasard, les vestiges de la révolte et des passions clandestines. Entre les différentes générations, à tous les niveaux de l'échelle sociale, se nouent et se dénouent des relations marquées par l'absolu de l'amour, la familiarité de la mort, la folie douce ou bestiale des uns et des autres, qui reflètent les vicissitudes d'un pays passé des traditions rurales aux affrontements fratricides. Un roman qui, par son inspiration, son architecture, sa prose tantôt enchantée, tantôt mordante, est à inscrire parmi les révélations de la littérature latino-américaine d'aujourd'hui.» Texte qui correspond aux lois du genre, mais qui est bien tapé.
    Quelques indications sur l'histoire. Esteban Trueba se propose d'épouser Rosa del Valle, Rosa la belle. Ils se fiancent et Esteban part deux ans travailler dans les mines où il finira par découvrir un bon filon. Il revient pour apprendre que Rosa est morte empoisonnée (c'était en fait le père del Valle, lancé en politique qui était visé). Esteban quitte alors sa sœur Férula qui s'occupe de leur mère gravement malade pour remettre sur pied un domaine, les Trois Maria, dont il devient le patron intransigeant. Il culbute d'ailleurs à qui mieux mieux tout ce qui porte jupon et engrosse la fille de son régisseur (Pedro Garcia) qui donnera naissance à un Esteban Garcia.
    Esteban épousera Clara, la sœur de Rosa, de laquelle il aura les jumeaux Jaime et Nicolas et Blanca. Une passion inaltérable va unir dès leur enfance Blanca et Pedro III Garcia aux Trois Maria, passion à laquelle Trueba s'opposera toujours, finissant par marier sa fille alors enceinte d'Alba à un certain Jean de Satigny. Pedro III est un artiste, chanteur, qui prêche la révolution et finira ministre du Président. Il perdra par ailleurs trois doigts lors d'une rixe avec Esteban.
    Esteban se lance dans la politique, il devient un sénateur conservateur des plus durs, adversaire implacable de tout communisme. La famille réside alors à la Maison du coin, délaissant les Trois Maria. Cette maison est peuplée d'une foule d'originaux adeptes des pratiques de spiritisme de Clara.
    Nicolas vit une vie quelque peu désordonnée sans grands objectifs, tandis que son frère Jaime, médecin, se dévoue corps et âmes pour les plus démunis. Il deviendra un ami du Président et fréquente Miguel, frère d'Amanda -amie de Nicolas dont Jaime sera un moment platoniquement amoureux-, qui prône la révolution par la violence.
    Le coup d'état de septembre 73 surprend tous ses personnages et le livre se termine sur Alba, la narratrice qui a reconstitué l'histoire grâce notamment aux notes que sa grand-mère Clara prenait dans des cahiers.
    Ceci constitue un résumé honteux de l'histoire, mais il à pour but de me permettre de ne pas oublier les grandes lignes. on pourrait aussi évoquer la pute Tránsito Soto qui traverse tout le récit et qui joue un rôle important dans la libération d'Alba à la fin.
    Tout ceci pour dire que le livre est vraiment assurément génial. L'écriture est extraordinaire : mot juste, métaphore pétillante, construction syntaxique alléchante. Surtout, humour, gravité se côtoient donnant une crédibilité au récit qui lui-même n'a pas l'air d'en vouloir tellement certaines situations sont farfelues : comment croire aux inventions de l'oncle Marcos en début de récit ? Comment pouvoir croire aux salières qui se déplacent ? Néanmoins, on marche, et on marche peut-être pour cela : le texte se montrant explicitement comme fiction, permet de faire passer les idées sans peser.
    Par ailleurs, rien n'est daté ; on ne cite pas le Chili. On dit le Président, alors qu'il s'agit d'Allende ; on parle du Poète pour Pablo Neruda.
    Il s'agit aussi d'une fresque sociale qui permet de comprendre les positions en présence lorsqu'il s'agit de la démocratisation d'un pays. A ce propos, sont intéressantes les quelques interventions en «je» de Esteban Trueba qui par ailleurs est un personnage infâme et violent, mais dont l'expression du point de vue permet de comprendre une certaine classe ou une certaine forme de pensée. Par exemple, son obsession anti-marxiste le pousse à soutenir le coup d'état dans la mesure où il croit sincèrement que c'est un bien pour le pays, avant de se rendre compte que les militaires vont trop loin. de même, il est convaincu de l'incapacité et de l'ignorance des paysans et affirme avec force que s'il n'était pas là, il n'y aurait jamais rien eu pour eux, ce qui, si l'on s'accorde à sa logique peut s'avérer cohérent. On comprend comment une dérive de classe est facile. Bref, bref et rebref, génial. Fort. Un livre à avoir lu.
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    • Livres 5.00/5
    Par nekomusume, le 23 décembre 2011

    nekomusume
    une histoire forte que celle relaté dans ce roman: l'histoire des femmes de la famille del Valle, durant une période d'environ 70 ans: celle d'Estéban Trueba, fiancé de la première fille del Valle, puis mari de la dernière. l'histoire est écrite à trois voix: Alba, la petite fille d'Estéban Trueba écrit l'histoire de sa famille; d'abord en transcrivant les carnets de Clara, sa grand mère, puis après la mort de celle-ci en ajoutant sa propre histoire, le tout entrecoupé de la version d'Estéban Trueba, seules parties dont la narration se fait à la première personne.
    La cohésion du récit tiens dans les relations entre les personnages et surtout dans celles qu'ils entretiennent tous avec Estéban, homme au caractère fort, amoureux éperdu de sa fiancée, puis de sa femme et dont la seule raison de vivre reste sa petite fille. pourtant ce sont bien les femmes les héroïnes de ce roman: Nivea,la première suffragette, Rosa, belle et éphémère, Clara, extralucide mais sans aucune disposition pour les choses terre à terre, Blanca, amoureuse depuis ses 4 ans du même homme, et Alba qui sera la somme de toutes ces femmes et qui subira le destin de sa famille.
    Parce que c'est une histoire de destin, prédit pour la plupart des centaines de pages à l'avance, mais qui n'enlève rien au rythme du roman, à l'envie de savoir comment cette prédiction prendra forme.
    La politique tiens également un rôle important dans cette saga: ce sera la malédiction de cette descendance, les conflits entre les propriétaires terriens, les classes aisées et les paysans, le conflit gauche/droite, la monté du communisme dans un pays franchement conservateur, Tout celà dans un contexte de guerre froide et quand la gauche prend enfin le pouvoir, le sabotage économique par les grands de pays soutenus par les américains, puis enfin le punch des militaire qui mettra en place une dictature sanglante, un chapitre 13 très bien placé d'ailleurs.
    Un roman d'espoir enfin car malgré tout les revers, les malheurs, c'est toujours l'espoir qui porte les personnages de cette histoire. Malgré des scènes très crues, très dures, parsemées au fil des pages, on se prends à sourire des anecdotes familiales attendrissantes ou simplement amusantes.
    bref un très bon moment, un très bon livre qui nous fait flirté avec le monde du paranormal tout en nous décrivant l'évolution économique et sociale d'un petit pays d'Amérique du sud au travers de gens particulièrement attachants.
    le seul petit bémol serait des erreurs de traductions disséminées de ci, de là, comme ce passage "la relation du soldat" ou relation traduit "el relato" espagnol, l'histoire. Cela est bien dommage pour un grand roman comme celui.
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Citations et extraits

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  • Par KATE92, le 26 septembre 2012


    C’était une longue semaine de pénitence et de jeûne, on ne jouait pas aux cartes, on ne faisait pas de musique, qui eût incité à la luxure et à l’oubli, et l’on observait dans les limites du possible les plus grandes tristesses et chasteté, quoiqu’en ces jours précis l’aiguillon du démon tentât avec plus d’insistance que jamais la faible chair catholique. Le jeûne consistait en de mœlleux feuilletés, de savoureuses ratatouilles de légumes, des omelettes bien baveuses et de larges fromages rapportés de la campagne, avec lesquels les familles commémoraient la Passion du Seigneur, se gardant de toucher le moindre morceau de viande ou de poisson gras, sous peine d’excommunication, ainsi que le proclamait instamment le père Restrepo. Nul ne se serait hasardé à lui désobéir. Le prêtre était pourvu d’un long doigt dénonciateur pour désigner publiquement les pécheurs et d’une langue bien entraînée à susciter les remords.
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  • Par KATE92, le 19 septembre 2012

    "… c’est pourquoi je vous prie de faire quelque chose pour ma petite fille avant qu’il ne soit trop tard, car cela fait des semaines que je ne dors plus, j’ai couru tous les bureaux, tous les ministères, toutes mes anciennes relations sans que personne ait rien pu pour moi, à présent ils ne veulent plus me recevoir, ils m’obligent à faire le pied de grue pendant des heures, moi qui ai rendu tant de services à tous ces gens, par pitié, Transito, demandez-moi ce que vous voulez, je suis encore riche, même si les choses ont été plus difficiles pour moi du temps du communisme (…) je ne veux pas vous faire perdre votre temps, l’important est que ma situation est bonne, mes affaires ont le vent en poupe, aussi suis-je en mesure de vous donner ce que vous demanderez, n’importe quoi, pourvu que vous retrouviez ma petite-fille Alba avant qu’un fou furieux ne se remette à m’envoyer d’autres doigts coupés ou n’ait l’idée de m’expédier des oreilles et ne finisse par me rendre cinglé ou par me tuer d’un infarctus, excusez-moi de me mettre dans un état pareil, mes mains tremblent, je suis à bout de nerfs…"
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  • Par pleblon, le 18 mars 2011

    Clara passa son enfance et les débuts de sa jeunesse entre les murs de la maison, dans un univers d'histoires merveilleuses, de silences paisibles où le temps ne se décomptait pas sur les cadrans ou les calendriers et où les objets avaient leur vie à eux, où les revenants prenaient place à table et devisaient avec les vivants, où passé et futur étaient de la même étoffe, où la réalité présente était un kaléidoscope de miroirs sens dessus dessous, où tout pouvait survenir. C'est un régal pour moi de lire les cahiers de cette époque où se dépeint un monde magique désormais révolu. Clara habitait un univers conçu pour elle, qui la protégeait des rigueurs de la vie, où se mêlaient indissolublement la prosaïque vérité des choses tangibles et la séditieuse vérité des songes, où les lois de la physique ou de la logique n'avaient pas toujours cours. Clara vécut cette période toute à ses rêvasseries, dans la compagnie des esprits aériens, aquatiques et terrestres, si heureuse qu'en neuf ans elle n'éprouva pas le besoin de parler. Tout un chacun avait perdu l'espoir d'entendre à nouveau le son de sa voix quand, le jour de son anniversaire, après qu'elle eut soufflé les dix-neuf bougies de son gâteau au chocolat, elle étrenna une voix qui était restée remisée pendant tout ce temps-là et qui sonnait comme un instrument désaccordé…
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  • Par gwenlaot, le 17 septembre 2009

    Il s'agissait d'une de ces longues pauses dans le sermon auxquelles le curé, bon connaisseur des effets d'un silence gênant, avait fréquemment recours. Ses yeux enflammés mettaient ces moments à profit pour passer en revue un à un ses paroissiens. (...)Et c'est à cet instant, comme s'en souviendrait encore Nivéa des années plus tard, au beau milieu de cette angoisse et de ce silence, qu'on entendit très distinctement la voix de sa petite Clara: "Pstt! Père Restrepo! Et si cette histoire d'enfer n'était q'un gros mensonge, on l'aurait tous dans le baba...".
    L'index du jésuite, déjà dressé en l'air pour signaler de nouveaux supplices, resta suspendu comme un paratonnerre au-dessus de sa tête.
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  • Par KATE92, le 19 septembre 2012

    Barrabas arriva dans la famille par voie maritime, nota la petite Clara de son écriture délicate. Déjà, à l'époque, elle avait pris le pli de consigner les choses importantes et plus tard, quand elle devint muette, de mettre par écrit les banales, sans se douter que cinquante ans plus tard, ses cahiers me serviraient à sauver la mémoire du passé et à survivre à ma propre terreur. Le jour de l'arrivée de Barrabas était Jeudi saint. Il débarqua dans une cage indigne, couvert de ses propres excréments et urines, avec un regard égaré de prisonnier misérable et sans défense, mais on pressentait déjà –à son port de tête royal et aux proportions de son ossature- le géant légendaire qu'il allait devenir. C'était un jour de torpeur automnale qui ne laissait en rien présager les événements que la fillette consigna pour en garder souvenir et qui se produisirent durant l'office de midi, à la paroisse de Saint-Sébastien, auquel elle assista avec toute sa famille. En signe de deuil, les saints étaient recouverts de chiffes violettes que les bigotes dépoussiéraient annuellement de l'armoire de la sacristie, et sous ces housses funèbres l'assemblée céleste avait l'air d'un capharnaüm de meubles en instance de déménagement, sans que cierges, encens et gémissements de l'orgue pussent contrecarrer ce déplorable effet. Se dressaient de sombres masses menaçantes en lieu et place des saints en pied avec leurs visages interchangeables à l'expression enchifrenée, leurs perruques soignées en cheveux de morts, leurs rubis, leurs perles, leurs émeraudes de verroterie et leurs accoutrements de nobles florentins. (Début du livre)
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