ISBN : 2253038040
Éditeur : LGF - Livre de Poche


Note moyenne : 4.15/5 (sur 167 notes) Ajouter à mes livres
Une grande saga familiale dans une contrée qui ressemble à s'y méprendre au Chili. Entre les différentes générations, entre la branche des maîtres et celle des bâtards, entre le patriarche, les femmes de la maison, les domestiques, les paysans du domaine, se nouent et s... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 21 décembre 2007

    Woland
    Toute « La maison aux esprits » est contenue dans la dédicace de l'auteur :
    « A ma mère, à ma grand-mère et à toutes les femmes extraordinaires de cette histoire. »
    Car ce roman est avant tout celui de cinq femmes .
    L'arrière-grand-mère tout d'abord, Nivea del Valle, l'une des premières suffragettes chiliennes. Comme ses homologues britanniques, cette épouse d'un athée franc-maçon n'hésita jamais à s'enchaîner aux grilles devant les hauts lieux de la vie politique du pays. Prête à seconder activement son mari en politique dans le seul espoir de faire un jour promulguer une loi donnant le droit de vote aux femmes, Nivea est – déjà – une forte personnalité, allergique au clergé catholique et moderne avant l'heure puisqu'elle entend ne pas trop contrarier la Nature dans l'éducation de ses enfants. C'est qu'elle a mis au monde quinze enfants dont onze seulement survivront. Parmi ses filles, l'aînée et la cadette connaîtront un destin étrange : par une farce macabre du Destin, la seconde finira en effet, après le décès de la première, par épouser le fiancé de celle-ci.
    La grand-tante ensuite, Rosa, d'une beauté si sculpturale et si étrange que, bien qu'il appartienne à une famille singulièrement appauvrie par les folies paternelles, Esteban Trueba comprend, dès qu'il la voit, que ce sera elle, et personne d'autre. Pour lui garantir le train de vie auquel elle est habituée, le jeune homme part pour deux ans exploiter une concession minière. Travail ingrat et désespérant qui, le jour même où il porte enfin ses fruits – la découverte d'un filon prometteur – perd sa raison d'être : par un télégramme de sa sœur, Férula, Esteban apprend que Rosa vient de mourir, empoisonnée par erreur pour avoir bu une liqueur destinée à son père et dont on ne saura jamais qui en avait déposé la bouteille chez les del Valle.
    La grand-mère enfin, pivot central du roman, Clara, sœur cadette de Rosa. Pressé par sa propre mère alors aux portes de la Mort et frappé par la beauté de la jeune fille, qui lui rappelle celle de la disparue, Esteban l'épouse dix ans après le décès de Rosa. A cette époque, lui-même est devenu un parti plus que présentable. Outre les bénéfices de la concession minière qu'il continue d'exploiter par ingénieur interposé, il a remis sur pied une propriété qu'il tenait de sa mère, les « Tres Marias. » C'est donc à un homme riche, terre-à-terre et rude que se lie Clara, en toute connaissance de cause puisque ses prémonitions l'en avait avertie. Toute enfant, Clara avait déjà des prémonitions (elle avait annoncé la « mort pour une autre » de Rosa et, terrifiée d'avoir si bien prédit, se refusa par la suite à émettre un seul son pendant les dix ans qui suivirent). Elle parlait aux esprits et, toute sa vie, les esprits accompagneront et chériront ce charmant médium qui, jamais, ne se laissera aller au pessimisme ou au désespoir. Quand elle mourra, après une vie bien remplie, laissant derrière elle un Esteban Trueba inconsolable, « La maison aux esprits, » qui donne son nom au roman, perdra beaucoup de son âme.
    La mère, Blanca, fille de Clara et d'Esteban. Si sa mère ne lui a pas légué son talent pour faire tourner les guéridons et ressentir la présence de l'Au-delà, elle lui a assuré le caractère fort et rebelle aux conventions établies qui, depuis Nivea, semble caractériser les femmes de la famille. A tel point que, le temps venu, Blanca n'hésite pas à devenir la maîtresse du fils de l'un des fermiers de son père, Pedro Garcia III. On imagine la fureur d'Esteban … Comme Blanca se retrouve enceinte, elle doit finalement se résoudre à épouser, pour sauver la face, un aristocrate français qui passait par là, le dénommé Jean de Satigny. Mais, lorsqu'elle finit par découvrir les étranges préférences sexuelles de son époux, elle s'enfuit et s'en retourne chez ses parents. Et c'est dans « La maison aux esprits » que naît la quatrième héroïne du conte …
    … la petite-fille et arrière-petite-fille, Alba, la narratrice principale. C'est elle qui retrouvera les « cahiers de notes sur la vie » que la grand-mère Clara avait commencé à rédiger alors qu'elle n'avait même pas dix ans. C'est elle qui aura l'idée de demander à son grand-père de l'aider à reconstituer ce qu'elle peut encore ignorer du passé familial. Et c'est donc elle qui introduira dans ce roman si dominé par les femmes la seule voix masculine d'envergure qui s'y fera entendre. Cela se passera après le coup d'Etat de Pinochet et de la Junte, après que le vieil Esteban sera parvenu à faire sortir Alba des geôles du pouvoir. le monologue effondré du vieillard, s'en allant demander de l'aide à la seule personne susceptible de faire libérer sa petite-fille, constitue, je trouve, l'un des morceaux de bravoure du livre. Toute l'histoire du Chili, depuis la fin du XIXème siècle jusqu'aux jours sombres de la Dictature post-Allende, défile ici en un saisissant et émouvant raccourci, exposant les faiblesses et les forces non seulement de la classe possédante « traditionnelle » dont Trueba est le rude représentant mais aussi de la classe « prolétaire », symbolisée pour sa part par Miguel, un guerillero gauchiste dont Alba est tombée amoureuse.
    Bref, même s'il faut s'habituer à un style qui privilégie les virgules au détriment des points, ce roman paraît touché par la grâce et on le lit presque d'une traite tant les personnages qui le traversent sont prenants et convaincants. L'auteur est une conteuse-née, la chose ne fait aucun doute et cet art se fait trop rare de nos jours en littérature pour qu'on ne l'apprécie pas comme il se doit. Bonne lecture ! ;o)
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par Akeera, le 20 décembre 2011

    Akeera
    J'ai terminé ce matin dans le métro un roman absolument fabuleux dont je dois vous parler à tout prix! (Rien que ça)
    J'en avais entendu pas mal de bien ces 2 dernières années, je l'avais acheté il y a 6 mois, et puis j'avais reporté sa lecture jusqu'à maintenant, faute de courage pour me lancer dans ce fleuve de pages (500 et quelques), et aussi un peu par manque d'attraction avec la littérature hispanophone...quelle erreur!
    Comment vous dire...La maison aux esprits d'Isabel Allende est une passionnante et magnifique saga familiale qui se déroule dans un pays qui ressemble beaucoup au Chili sans être précisément nommé, et qui couvre la vie d'une grande famille sur plus de 3 générations. Isabel Allende nous brosse le portrait des femmes de cette famille, à la fois fortes, fantasques et pleines de caractère, mais les hommes ne sont pas en reste, rebelles, ambitieux, et parfois célèbres pour leurs flamboyantes colères.
    Les histoires d'amour et les drames de la vie font l'ossature de ce roman fleuve, inattendus et et passionnants, dans un contexte historique et politique très proche de l'histoire du Chili avec le coup d'état de Pinochet et le régime dictatorial qui a suivi.
    L'auteure à une manière d'écrire bien à elle et déroule son histoire de manière particulière car elle soumet ses personnages à une certaine fatalité en nous annonçant très souvent leur destinée dès leur première apparition, tout en entretenant le mystère sur ce qui les y mènera. L'effet est très réussi et ramène aux pouvoirs surnaturels de la femme centrale du roman, la lumineuse Clara dont les prémonitions se réalisent toujours.
    La lecture de ce roman laisse une impression étrange de pouvoir contempler l'histoire d'une famille d'un seul regard et on ne peut cacher le fait qu'on est triste de quitter ces personnages une fois la dernière page tournée, et qu'on repartirai bien pour 3 ou 4 générations de plus!
    En bref, je vous conseille vraiment de tout coeur de vous plonger dans cette histoire incroyable, magnifique et passionnante, vous ne le regretterez pas! Et en plus ça existe en poche à moins de 9€ donc pourquoi se priver?
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par nekomusume, le 23 décembre 2011

    nekomusume
    une histoire forte que celle relaté dans ce roman: l'histoire des femmes de la famille del Valle, durant une période d'environ 70 ans: celle d'Estéban Trueba, fiancé de la première fille del Valle, puis mari de la dernière. l'histoire est écrite à trois voix: Alba, la petite fille d'Estéban Trueba écrit l'histoire de sa famille; d'abord en transcrivant les carnets de Clara, sa grand mère, puis après la mort de celle-ci en ajoutant sa propre histoire, le tout entrecoupé de la version d'Estéban Trueba, seules parties dont la narration se fait à la première personne.
    La cohésion du récit tiens dans les relations entre les personnages et surtout dans celles qu'ils entretiennent tous avec Estéban, homme au caractère fort, amoureux éperdu de sa fiancée, puis de sa femme et dont la seule raison de vivre reste sa petite fille. pourtant ce sont bien les femmes les héroïnes de ce roman: Nivea,la première suffragette, Rosa, belle et éphémère, Clara, extralucide mais sans aucune disposition pour les choses terre à terre, Blanca, amoureuse depuis ses 4 ans du même homme, et Alba qui sera la somme de toutes ces femmes et qui subira le destin de sa famille.
    Parce que c'est une histoire de destin, prédit pour la plupart des centaines de pages à l'avance, mais qui n'enlève rien au rythme du roman, à l'envie de savoir comment cette prédiction prendra forme.
    La politique tiens également un rôle important dans cette saga: ce sera la malédiction de cette descendance, les conflits entre les propriétaires terriens, les classes aisées et les paysans, le conflit gauche/droite, la monté du communisme dans un pays franchement conservateur, Tout celà dans un contexte de guerre froide et quand la gauche prend enfin le pouvoir, le sabotage économique par les grands de pays soutenus par les américains, puis enfin le punch des militaire qui mettra en place une dictature sanglante, un chapitre 13 très bien placé d'ailleurs.
    Un roman d'espoir enfin car malgré tout les revers, les malheurs, c'est toujours l'espoir qui porte les personnages de cette histoire. Malgré des scènes très crues, très dures, parsemées au fil des pages, on se prends à sourire des anecdotes familiales attendrissantes ou simplement amusantes.
    bref un très bon moment, un très bon livre qui nous fait flirté avec le monde du paranormal tout en nous décrivant l'évolution économique et sociale d'un petit pays d'Amérique du sud au travers de gens particulièrement attachants.
    le seul petit bémol serait des erreurs de traductions disséminées de ci, de là, comme ce passage "la relation du soldat" ou relation traduit "el relato" espagnol, l'histoire. Cela est bien dommage pour un grand roman comme celui.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par Lyra, le 08 décembre 2008

    Lyra
    Il est plutôt difficile de donner une description qui se rapproche suffisament de ce roman.. il part dans plusieurs directions autour de plusieurs femmes et des hommes de leur vies, tout en étant centré sur un homme en particulier (même si d'autres sont récurrents et importants également)..
    Esteban Trueba, est, par moment, le narrateur de l'histoire, avec la première personne pour s'exprimer. Les autres moments sont de la narration extérieure. L'histoire, en partie vue par les yeux d'Esteban, se passe quasiment pendant tout le long de la vie de celui-ci.
    Les femmes, très présentes dans la vie d'Esteban, sont Rose, sa soeur Clara, la fille de Clara : Blanca, qui a elle même une fille : Alba. Chacune ont leur rôle dans la vie de celui-ci, plus ou moins long, mais ne l'en marquent pas moins. Ces femmes semblent toutes être sur un nuage, comme détachée de leur vies, toujours un peu ailleurs, désintéressée par le côté matériel des choses.
    C'est à la fois une intrigue sur la politique, la société, le spiritisme et les dons de prémonition, sur la famille, la pauvreté/la richesse.. Une petite touche de fantastique parmi les enjeux de la vie, dans une époque où les classes sociales persistent, entre bourgeois et paysans, dans un pays latino.
    Vraiment, je ne sais pas trop comment être plus précise, parce que c'est difficile de présenter un livre dont l'histoire est très étendue sur plusieurs plans. Je n'étais pas franchement tentée par ce livre quand on me l'a offert, mais je me suis décidée à le lire.. J'ai eu un peu de mal à rentrer dedans, mais après j'étais dans l'histoire, et j'ai fini par apprécier.
    Donner envie de lire un livre comme ça est tout sauf évident car les arguments sont flous, un peu comme les femmes de cette histoire, par moment. Mais je pense vraiment qu'il en vaut la peine, même si je ne le classerai pas parmi mes favoris.
    J'ajouterai que la dédicace se prête plutôt bien au livre (je pense qu'il y a sûrement une part de la vie de l'auteur qui est racontée dans ce livre.. maintenant reste à savoir si c'est une grande part, ou une petite):
    "A ma mère, à ma grand mère et aux autres femmes extraordinaires de cette histoire."

    Et ce petit poème de Pablo Neruda, cité en début d'œuvre :
    "Combien vit l'homme, en fin de compte?
    Vit-il un millier d'années ou bien une seule?
    Vit-il une semaine ou plusieurs siècles ?
    Pour combien de temps meurt l'homme?
    Que veut dire : pour toujours ?"
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Nadael, le 27 mai 2011

    Nadael
    Ce roman nous embarque dans l'histoire d'une famille sur plusieurs générations, en évoquant l'Histoire d'un pays d'Amérique du sud jamais nommé mais facilement identifiable : le Chili.
    Les femmes y tiennent une place considérable. Nivea del Valle, femme étonnante, qui a mis au monde quinze enfants, militant pour le droit de vote des femmes, anticléricale (préférant s'entretenir avec Dieu sans intermédiaire). Très moderne pour son époque, mère attentive à l'éducation de ses enfants et curieuse des progrès techniques. Rosa del Valle, l'ainée de ses filles surnommée Rosa la belle pour sa beauté époustouflante, une sorte d' ondine aux cheveux verts. Si belle qu'elle terrorise qui la regarde. Empoisonnée par erreur, elle meurt très jeune. Clara del Valle, fille cadette de Nivea. Dotée d'un don de double vue, elle est surnommée Clara la clairvoyante. Moins jolie que Rosa, elle possède pourtant un charme indéniable, une sorte d'aura l'enveloppe, elle ne marche pas, elle vole. Elle invoque les esprits, anticipe les événements, de nature plutôt enthousiaste, Clara est le personnage central de la saga. Elle écrira, sur des carnets ses « notes sur la vie », relatant ainsi l'épopée familiale. Blanca, fille de Clara et Esteban, possède comme toutes les femmes de la famille une personnalité forte, elle n'hésitera pas à défier son père à plusieurs reprises, en fréquentant par exemple un homme qui n'est pas de son rang. Elle semble, contrairement à sa mère, avoir les pieds sur terre. D'une grande bonté, elle participe à de nombreuses actions de charité. Alba, fille de Blanca devenue alors fille-mère, est très proche de son grand-père Esteban. Elle sera la personne qui fera le lien entre le passé et le présent, qui racontera l'histoire de cette famille dont elle est le dernier maillon. Elle résistera aux forces armées qui lui feront payer avec violence son silence et son honneur, mais demeurera digne jusqu'au bout, jusqu'aux dernières lignes du roman.
    Esteban Trueba, l'homme du roman, si l'on peut dire, tombe éperdument amoureux de Rosa pour qui il ira travailler dans les mines afin d'accéder à un rang social acceptable. Malheureusement, elle mourra avant qu'il ne revienne. Trueba quittera la ville pour s'installer dans l'ancienne Hacienda de son père, alors en friche : Les trois maria. Devenu après de longues années de labeur, riche propriétaire terrien, il épousera Clara del Valle. Maître tyrannique avec ses employés, il violera de nombreuses femmes et sèmera par la même occasion quelques enfants. Sévère avec Bianca, odieux avec Férula, sa soeur, qui a les faveurs de Clara, il entrera en politique et deviendra sénateur.
    Un roman aux multiples facettes : du fantastique avec les prémonitions de Clara, les esprits qui rôdent, les guéridons qui tournent ; des histoires d'amour parfois douloureuses parce qu'interdites, de l'Histoire avec des passages incroyables sur le coup d'état chilien, de l'enchantement avec les malles de l'oncle Marcos transmises de génération en génération aux petites filles, des atrocités avec l'emprisonnement d'Alba et les violences qui lui sont infligées ; la vengeance d'un batard d'Esteban, la description d'un monde rural puis de la tyrannie moderne... Un foisonnement de personnages souvent haut en couleur : les jumeaux de Clara, un extravagant rêveur et un sérieux médecin ; Férula, soeur de Trueba dévouée corps et âme à Clara ; l'aristocrate Jean de Satigny qui deviendra l'époux de Bianca pour sauver l'honneur ; Miguel, le guérilléro qu'Alba protégera de toutes ses forces ; le colonel Garcia qui toute sa vie échafaudera sa vengeance...Les deux propriétés d'Esteban et Clara : L'hacienda des Trois maria et La maison du coin en ville sont décrites aussi comme des personnages, qui ont une âme, une respiration.
    On ne sort pas indemne d'une telle lecture, on évolue au côté de cette famille à son rythme, on traverse les époques, on est tour à tour complice, émue, joyeuse, triste, révoltée, énervée...on ne peut pas rester insensible à cette histoire que nous raconte Isabel Allende avec une écriture simple et délicate et un don de conteuse incroyable. Ne connaissant pas le Chili, ce pays m'est désormais plus familier, ses épreuves aussi. C'est un grand roman, assurément.

    Lien : http://lesmotsdelafin.over-blog.com/article-la-maison-aux-esprits-73..
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Citations et extraits

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  • Par pleblon, le 18 mars 2011

    Clara passa son enfance et les débuts de sa jeunesse entre les murs de la maison, dans un univers d'histoires merveilleuses, de silences paisibles où le temps ne se décomptait pas sur les cadrans ou les calendriers et où les objets avaient leur vie à eux, où les revenants prenaient place à table et devisaient avec les vivants, où passé et futur étaient de la même étoffe, où la réalité présente était un kaléidoscope de miroirs sens dessus dessous, où tout pouvait survenir. C'est un régal pour moi de lire les cahiers de cette époque où se dépeint un monde magique désormais révolu. Clara habitait un univers conçu pour elle, qui la protégeait des rigueurs de la vie, où se mêlaient indissolublement la prosaïque vérité des choses tangibles et la séditieuse vérité des songes, où les lois de la physique ou de la logique n'avaient pas toujours cours. Clara vécut cette période toute à ses rêvasseries, dans la compagnie des esprits aériens, aquatiques et terrestres, si heureuse qu'en neuf ans elle n'éprouva pas le besoin de parler. Tout un chacun avait perdu l'espoir d'entendre à nouveau le son de sa voix quand, le jour de son anniversaire, après qu'elle eut soufflé les dix-neuf bougies de son gâteau au chocolat, elle étrenna une voix qui était restée remisée pendant tout ce temps-là et qui sonnait comme un instrument désaccordé…
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  • Par gwenlaot, le 17 septembre 2009

    Il s'agissait d'une de ces longues pauses dans le sermon auxquelles le curé, bon connaisseur des effets d'un silence gênant, avait fréquemment recours. Ses yeux enflammés mettaient ces moments à profit pour passer en revue un à un ses paroissiens. (...)Et c'est à cet instant, comme s'en souviendrait encore Nivéa des années plus tard, au beau milieu de cette angoisse et de ce silence, qu'on entendit très distinctement la voix de sa petite Clara: "Pstt! Père Restrepo! Et si cette histoire d'enfer n'était q'un gros mensonge, on l'aurait tous dans le baba...".
    L'index du jésuite, déjà dressé en l'air pour signaler de nouveaux supplices, resta suspendu comme un paratonnerre au-dessus de sa tête.
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  • Par gridou, le 14 septembre 2010

    Lles fleurs ne parvenaient pas tenir jusqu'à la nuit tombée, car la grosse voix de tonnante d'Esteban Trueba et ses coups de canne avaient le don de terroriser la nature. Sur son passage, les animaux domestiques fuyaient, les plantes se recroquevillaient. Blanca faisait pousser un gommier apporté du Brésil, arbuste malingre et timoré dont la seule grâce tenait à son prix: on le vendait à la feuille. Lorsqu'on entendait le grand-père arriver, celui qui se trouvait à proximité courait mettre le gommier en sûreté sur la terrasse, car à peine le vieillard était-il entré dans la pièce que l'arbuste laissait pendouiller ses feuilles et se mettait à exsuder par sa tige un pleur blanchâtre comme des larmes de lait.


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  • Par Nadael, le 14 mai 2011

    Vers minuit, on sut que la gauche avait vaincu. En un clin d'oeil, les groupes épars grossirent, s'enflèrent, s'étirèrent, les rues s'emplirent d'une foule euphorique et bondissante où l'on riait, criait, s'embrassait l'un l'autre(...)On vit alors ce spectacle inhabituel des gens du peuple, les hommes dans leurs godasses de fabrication grossière, les femmes avec leurs gosses dans les bras, les étudiants en manches de chemise, cheminant paisiblement dans cette luxueuse zone réservée où ils s'étaient si rarement aventurés, où ils étaient comme des étrangers. La clameur de leurs chants, leur piétinement, l'éclat de leurs torches pénétrèrent jusqu'à l'intérieur des demeures closes et silencieuses où tremblaient ceux qui avaient fini par ajouter foi à leur propre campagne de trouille, convaincus que le peuple allait en faire de la chair à pâté ou, dans le meilleur des cas, les dépouiller de tous leurs biens et les expédier en Sibérie.
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  • Par Nadael, le 14 mai 2011

    Vois-tu, ma petite fille, dans la plupart des familles il y a toujours un fou ou un idiot, lui certifia Clara en s'absorbant dans son tricot, car malgré tant d'années elle ne savait toujours pas tricoter sans regarder les mailles. Parfois on ne les remarque pas, parce que les gens les cachent comme quelque chose de honteux. Ou les enferment dans les pièces les plus reculées afin que les visiteurs ne les voient pas. En vérité, il n'y a pas de quoi avoir honte, car eux aussi sont l'oeuvre de Dieu.
    – Mais grand-mère, il n'y en a aucun chez nous, répliqua Alba.
    – Non. Ici le grain de folie est réparti entre tous et il n'y en a plus de reste pour que nous ayons notre idiot de la famille.
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