Qualifié de « roman », je serais tentée d'attribuer davantage le qualificatif de « nouvelle » à ce court récit qui nous entraîne dans les profondeurs gothiques du XIXème siècle dans une structure narrative digne des meilleurs récits à chute…
L'histoire s'appuie sur un fait historique réel : le séjour en suisse de Byron, des Shelley, de Claire Clermont (demie-sœur de
Mary Shelley) et du docteur
Polidori dans la villa Diodati. Cette villégiature donna lieu à un pari dont l'enjeu passerait à la postérité : lancé par Byron en cet été 1816, il s'agissait d'écrire le récit le plus effrayant possible…Et
Frankenstein naquit ainsi de l'esprit de
Mary Shelley…
Mais l'intérêt du livre réside plutôt dans la focalisation sur le personnage le moins connu de la petite troupe et pourtant bien réel : le docteur
John William Polidori. Ténébreux personnage auquel on s'attache bien malgré nous, parce qu'il incarne l'être humain dans toute sa médiocrité et toute sa fragilité face au gigantisme du génie du trop fameux
Lord Byron… J'avoue avoir été séduite par ce personnage auquel je me suis parfois identifiée, notamment dans sa quête du don d'écriture.
La structure épistolaire entretient vraiment bien le suspense et instaure avec le lecteur une connivence entre lui et
Polidori, seul à recevoir ces mystérieuses lettres cachetées. L'autre personnage, que je ne peux nommer ni développer sans déflorer une partie de l'histoire, est quant à lui fascinant et repoussant, un monstre au sens premier du terme, mais dont l'intelligence et la sensibilité rapproche de l'humain.
Le parti pris de l'auteur de concentrer son intrigue autour de la sexualité est également intéressant dans la mesure où il permet d'associer la littérature, l'instinct de survie et la création littéraire dans une triade gothique maudite et maléfique qui laisse songeur… Pas idiot du tout cette idée, monsieur
Andahazi : il fallait y penser !
La fin ? Deux avis rentrent en conflit dans ma tête : assez convenue dans le sens où elle ne se départit pas du schéma classique de la chute des nouvelles ou court roman noir, et en même temps, follement intelligente et excitante…
En résumé, petit roman à consommer sans modération : rondement mené, il laisse une arrière pensée terrible quand on l'a terminé : et si rien ne s'acquérait sans que l'on y perde quelque chose ?
Terminé le 16 juillet 2006.