ISBN : 2070326640
Éditeur : Gallimard (1991)


Note moyenne : 3.43/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
Pour nombre de ses premiers lecteurs, Dans la chaleur vacante, livre clair et même spectaculairement aéré, a paru constituer une manière d'énigme. Ces ruptures, ces suspens dont la langue d'André du Bouchet (1924-2001) emprunte au paysage, à l'espace ou au corps sensibl... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 18 septembre 2011

    Seraphita
    « Une glose obscurcit ou éclaire. » (p. 207.)
    C'est ainsi qu'André du Bouchet conclut son opus de poèmes intitulé « Ou le soleil » (1968), qui fait suite, dans cet ouvrage, à l'opus « Dans la chaleur vacante » (1961). A t-il-voulu, à travers ces mots conclusifs, délivrer à son lecteur une clé pour l'aider à donner sens, à rebours, aux mots qu'il s'est efforcé de poser, de disposer à travers une configuration spatiale soigneusement étudiée ? Il est vrai que, de prime abord, ces mots peuvent étonner, surprendre, dérouter un lecteur béotien par leur ésotérisme.
    Il semble être question d'une marche qu'entreprend le poète. Il semble être accompagné (par une femme ? sa femme ?) et se plaît à dire que cette route ne se déploie pas sur un chemin. Il est question de lumière, de soleil, de chaleur, de feu, de jour, mais aussi de nuit. de nouveau résonne, dans l'esprit du lecteur, le point de capiton habilement posé par le poète dans sa phrase conclusive. La route sur laquelle le poète nous invite à cheminer est jalonnée d'étapes : ainsi, André du Bouchet a pris soin de penser le déploiement spatial de ses mots : chaque recueil, titré, est bien structuré, découpé en différentes parties, portées, là aussi, par des titres aux résonances énigmatiques. Ces derniers, d'ailleurs, se font l'écho d'une exigence de forme, d'une découpe, tels : « Fraction », « Nivellement » ou « La lumière de la lame ».
    André du Bouchet se plaît à mettre en tension les éléments de divers paradoxes, le plus saillant figurant dans la dialectique entre « la lumière » et « l'ombre » que souligne le point de capiton final. le poète emporte donc son lecteur sur un chemin que les pas ne portent pas, un itinéraire balisé, jalonné par des mots que le sens semble avoir déserté. Nous invite-t-il à une errance, mieux encore à ce qu'on pourrait nommer une forme d'« itinérance » ? Mais le (un) sens importe-t-il, au final ?
    L'ésotérisme du propos m'a d'emblée séduite. J'ai été touchée par la disposition spatiale des mots dans chaque page, les retours à la ligne incongrus, par les champs lexicaux récurrents : la chaleur / le froid, le soleil, le feu, le jour, la nuit, la montagne, les murs, les pierres, la faux, la route, le chemin, le glacier, …
    La meule de l'autre été scintille. Comme la face de la terre qu'on ne voit pas.
    Je reprends ce chemin qui commence avant moi. (p. 87. « Face de la chaleur – Battant »)
    Voilà des mots qui semblent davantage résonner sous l'angle de signifiants. C'est apparemment ce que le poète souhaitait, ainsi qu'il le souligne dans « Image parvenue à son terme inquiet » (1984), au détour d'une superbe phrase qui parvient à dire, de manière poétique, le rapport arbitraire qui unit le signifiant au signifié :
    Ce feu qui, sans même adhérer au terme qui le désigne, ne tient pas en place (qu'on le nomme froid, aussi bien…). (p. 111.)
    Même si, à travers ses jeux de mots, André du Bouchet semble avoir voulu déconnecter signifiants et signifiés, il a su créer, à mes yeux, de belles images suggestives. La petite phrase qui suit dit bien, pour moi, combien la projection dans un avenir, qui n'est que conjecture au moment où elle se déploie, peut être porteuse d'inquiétude :
    Demain – déjà, comme un nœud dans le jour. (p. 123.)
    Une lecture exigeante, âpre, à l'image de l'écriture du poète, qui m'a d'emblée séduite et touchée.
    « Une glose obscurcit ou éclaire. » (p. 207.)
    souligne André du Bouchet au terme de son œuvre.
    Le présent commentaire est lui aussi tissé de mots qui s'efforcent de dire un sentiment de lecture, de lecteur. de quel côté, ombre ou lumière, se situera mon propos pour le lecteur potentiel de cette œuvre ? Je fais le pari que cette question est par trop manichéenne…
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    • Livres 3.00/5
    Par meyeleb, le 09 août 2011

    meyeleb
    Mort il y a 10 ans, André du Bouchet constitue une figure majeure de la poésie contemporaine (voir le numéro double de la revue Europe Juillet 2011 spécial du Bouchet). Il aura véritablement fait éclater le vers, influencé en cela par le Coup de Dés de Mallarmé, les poèmes en escalier de Reverdy, les audaces cubistes et surréalistes.
    Ce qui fait de lui un grand, c'est que son écriture, au bout du compte, ne ressemble à nulle autre, se reconnait parmi cent.
    On ne lit pas un poème de du Bouchet comme on lirait n'importe quel poème. Il faut le respirer, le laisser entrer en vous, le penser, laisser les mots se dire au-delà de tout ce blanc sur la page. C'est une poésie qui se mérite et qui n'a pas fini de faire parler d'elle, pour le plus grand bonheur des défenseurs de la poésie!
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  • Par dbacquet, le 07 octobre 2011

    dbacquet
    André du Bouchet fait éclater la phrase, nous laisse en suspens dans l'épaisseur du silence.Nous assistons peut-etre à une interminable défaite ou à une quête subtile et parfois inquiète de chaque instant qui nous fait tout à la fois mourir et naître.
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Citations et extraits

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  • Par SamA, le 02 novembre 2010

    LE MOTEUR BLANC

    J'ai vite enlevé
    cette espèce de pansement arbitraire

    je me suis retrouvé
    libre
    et sans espoir

    comme un fagot
    ou une pierre

    je rayonne

    avec la chaleur de la pierre

    qui ressemble à du froid
    contre le corps du champ

    mais je connais la chaleur et le froid

    la membrure du feu

    le feu

    dont je vois
    la tête

    les membres blancs.
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  • Par Seraphita, le 18 septembre 2011

    L’absence qui me tient lieu de souffle recommence à tomber sur les papiers comme de la neige. La nuit apparaît. J’écris aussi loin que possible de moi.
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  • Par Seraphita, le 18 septembre 2011

    La meule de l’autre été scintille. Comme la face de la terre qu’on ne voit pas.
    Je reprends ce chemin qui commence avant moi.
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  • Par Seraphita, le 18 septembre 2011

    Ce feu qui, sans même adhérer au terme qui le désigne, ne tient pas en place (qu’on le nomme froid, aussi bien…).
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  • Par Seraphita, le 18 septembre 2011

    Une glose obscurcit ou éclaire.
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