Roman publié en 1945,
Le Pont sur la Drina est l'humble ambassadeur d'une Europe multiculturelle.
"A Visegrad, c'est sur le pont reliant les deux rives de la Drina - mais aussi la Serbie et la Bosnie, l'Orient et l'Occident - que se concentre depuis le XVIe siècle la vie des habitants, chrétiens, juifs, musulmans de Turquie ou " islamisés ". C'est là que l'on palabre, s'affronte, joue aux cartes, écoute les proclamations des maîtres successifs du pays, Ottomans puis Austro-Hongrois.
C'est la chronique de ces quatre siècles que le grand romancier yougoslave Ivo Andrić, prix Nobel de littérature en 1961, nous rapporte ici, mêlant la légende à l'histoire, la drôlerie à l'horreur, faisant revivre mille et un personnages : de Radisav le Serbe empalé par le gouverneur turc, à Fata qui se jette du pont pour éviter un mariage forcé, et au vieil Ali Hodja, le Turc traditionaliste, qui voit avec consternation surgir les troupes de l'empereur François-Joseph.
En 1914, le pont endommagé dans une explosion demeure debout. Sinistre présage, cependant, grâce auquel ce roman paru en 1945, oeuvre d'un écrivain bosniaque par sa naissance, croate par son origine et serbe par ses engagements d'alors, nous paraît aujourd'hui mystérieusement prophétique."
Vraiment passionnant ! Pas loin du roman historique, il dépeint en instantanés les moments de joie et les moments de douleur de cette région. Tous les récits gravitent autour du pont, construit sur ordre d'un vizir turc, ancien paysan serbe enlevé dans son enfance. Cette construction transformera aussi bien le paysage que la vie des autochtones et elle même changera de fonction selon les mœurs et les époques. Il y a là dedans des moments d'éclats, qui viennent illustrer la complexité des relations entre les différents peuples. Mais également quelques sombres scènes de tortures insoutenables pour ne pas oublier que la cruauté n'a d'égal que l'imagination de l'homme. le pont fait office de charnière entre le monde chrétien et le monde musulman. Par moments il est unificateur et permet à ceux-ci de cohabiter, à d'autres il symbolise la frontière sur laquelle se heurtent les idéaux. Dans ce récit que nous traversons, nous suivons la lente évolution des mentalités de générations en générations. Si le temps détruit tout, l'édifice lui reste immuable.
Je recommande tout particulièrement cette lecture à ceux qui s'intéressent aux Balkans et veulent en comprendre la réalité géo-politique. Mais également à ceux qui aiment s'imprégner d'une culture différente.
Lien : http://piston.hautetfort.com/archive/2009/02/09/le-pont-sur-la-drina..