Il s'agit de la plus connue et de la plus ancienne Chanson de Geste que nous possédons (1070). Elle s'inspire de faits historiques qu'elle enjolive. Elle est construite selon deux mouvements: la trahison de Ganelon, le beau-père jaloux de Roland, l'attaque de l'arrière-garde de l'armée franque par les sarrasins, défense héroïque de Roland, d'Olivier, de l'archevêque Turpin et de leurs compagnons, qui meurent jusqu'au dernier; puis retour trop tardif de Charlemagne rappelé par le son du cor de Roland, victoire sur les païens qui venge la mort des héros, et jugement du traître Ganelon.
Les païens fuient, les Francs les poursuivent vivement.
Ils les rattrapent dans le Val Ténebreux.
Vers Saragosse ils les pourchassent à force d’éperons,
à coups redoublés ils les massacrent,
ils leur coupent les routes et les chemins les plus larges.
Et voici devant eux le cours de l’Èbre,
très profond, effrayant et rapide.
Il n’y a là ni canot, ni bateau, ni chaland.
Les païens implorent un de leurs dieux, Tervagant,
puis sautent dans l’eau, mais personne pour les protéger.
Les soldats en armes sont les plus pesants ;
ils coulent à pic en grand nombre ;
les autres flottent à la dérive,
les plus favorisés ont bu tant d’eau
que tous se noient dans d’atroces souffrance.
Les Français s’écrient : « Quel malheur pour vous, Roland ! »