« Où commence ma mémoire ? Parfois il me semble que ce n'est que vers quatre ans, lorsque nous partîmes pour la première fois, ma mère, mon père et moi, en villégiature dans les forêts sombres et humides des Carpates. D'autres fois il me semble qu'elle a germé en moi avant cela, dans ma chambre, près de la double fenêtre ornée de fleurs en papier. La neige tombe et des flocons doux, cotonneux, se déversent du ciel. le bruissement est imperceptible. de longues heures, je reste assis à regarder ce prodige, jusqu'à ce que je me fonde dans la coulée blanche et m'endorme. »
Histoire d'une vie ne sont pas des mémoires. C'est un travail sur la Mémoire, que l'auteur a beaucoup occultée. Ainsi, c'est par bribes, à l'aide de chapitres parfois courts, que l'auteur évoque sa traversée des années, sa résilience.
Le thème de la mémoire est omniprésent, presque obsédant.
« le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu'il pleut, qu'il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m'ont abrité longtemps. La mémoire, s'avère t-il, a des racines dans le corps. »
Histoire d'une vie, c'est surtout l'histoire d'une résilience d'un homme confronté dès l'enfance aux horreurs nazies.
Sa résilience passera par le silence et la contemplation.
« La contemplation me procurait le plaisir que l'on trouve dans la sensation d'être oublié de tous. (…) Une vraie contemplation, comme la musique, est dénuée de contenu matériel. »
La langue est également, dans ce livre, un thème cher à l'auteur, lui qui aura été façonné par 4 d'entre elles : l'allemand, sa langue natale ; le Yiddish, la langue par laquelle se transmet le judaïsme ; le ruthène et le roumain parlés dans sa région natale. Il consacre un long passage à l'apprentissage de l'hébreu à son arrivée en Palestine.
« Sans langue un homme ne parle pas. Ma langue maternelle, que j'aimais, ne vivait plus en moi après deux années passées en Israël. »
« Ce que j'avais possédé-les parents, la maison, et ma langue maternelle -m'était perdu pour toujours, et cette langue qui promettait d'être une langue maternelle n'était rien d'autre qu'une langue adoptive. »
Il y aurait tant à dire, cet ouvrage, pourtant court, est d'une grande richesse. Dans un style accessible, et bien écrit,
Aharon Appelfeld parvient à nous émouvoir à plusieurs reprises ; en particulier le chapitre 11 dans lequel il évoque la cruauté des camps. Il a également su aiguisé ma curiosité en évoquant longuement les auteurs qui comme lui, issus de la diaspora ont inspiré l'écrivain respecté qu'il est devenu, avec en particulier, Yosef Agnon.
Il est finalement difficile de mettre en mots tout ce qui transpire de ce livre. le parcours de cet homme, et la vision positive qu'il a gardé de l'humain malgré tout le reste forge le respect, et incite à le découvrir davantage.
Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/07/histoire-dune-vie.html