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ISBN : 2070424111
Éditeur : Gallimard (2002)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 139 notes)
Résumé :
1492, où Grenade tombe aux mains des Chrétiens, est aussi l'année de la découverte des Indes Occidentales par Christophe Colomb : ainsi se font en même temps les comptes du passé et ceux de l'avenir. Les Maures d'Espagne, dont la langue ignore le futur, n'ont en fait plus de lendemain à attendre. Parmi eux se reflètent tous les schismes de l'Islam et se débat la question de l'origine du Mal. Cependant un vieillard, un chanteur de rues qu'on appelle le Medjnoûn, c'es... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
vincentf
vincentf12 novembre 2011
  • Livres 5.00/5
Le voyage à travers le temps, l'espace et les mots se fait mystique d'un amour, d'une femme au nom attendu, mystère, futur et présent, passé mélangé d'aujourd'hui. Qui parle ? le fou d'hier, ce medjnoûn de Grenade au temps de Boabdil, au parfum d'Islam et d'Andalousie, ou celui d'aujourd'hui, dans ce demain jamais touché, ce maintenant d'Elsa, femme avenir de l'homme? Tout est sans cesse mélangé. Grenade tombe, et la splendeur d'Orient qui s'y dégradait fait place à une catholique refondation. le Fou ne s'en aperçoit pas, il délire d'amour, et lui seul ne change pas, tourné, révolutionnaire, vers ce nom d'Elsa, cette femme, ce sacrilège à toutes les religions, ce trésor caressé, évaporé, adulé. L'amour fou, entre extase et désespoir, donne sens à tout, aux mots musulmans qui m'échappent, aux prisons de chansons, aux philosophes incompris, aux rois déchus. le voyage, dans l'inattendu des langages nombreux, dans la quête du mot de l'amour, ce je t'aime qui dit tout et qui ne dit rien, donne au désabusé la nostalgie ou l'espoir d'un temps où tout dépend d'une femme, d'une Elsa rêvée, entrevue, échappée, peut-être morte.
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raton-liseur
raton-liseur25 mai 2015
Je suis peu versée en poésie, et je m'attendais à un recueil de poésies d'amour, confondant peut-être avec Les Yeux d'Elsa, c'est dire mon peu de connaissance de l'auteur…
Quelle ne fut donc pas ma surprise de tomber sur un poème historique, une grande fresque de la chute de Grenade lors de la Reconquista espagnole de 1492. Destinée, liberté, toutes les grandes questions de la condition humaine sont abordées dans ces vers. L'amour bien sûr aussi, avec cette belle vision d'un amour qui est avant d'avoir été, bien plus beau et plus original que l'amour qui durera toujours, juste un amour qui est.
Etrange lecture, à laquelle je ne suis pas habituée, pour laquelle je ne dispose pas de cadre de référence, et c'est une expérience dont je sors toute secouée, sans pouvoir véritablement expliquer tout cela en mots. Je ne saurais pas non plus résumer les thèses de l'auteur, je suis certaine qu'il y en a mais je ne pourrais pas les extraire de la gangue poétique dans laquelle elles sont prises.
Une drôle d'expérience, difficile à expliquer, encore plus difficile à partager. Je ne renouvellerai pas souvent ce genre de lecture trop loin de mes habitudes, mais j'ai apprécié cette incursion inattendue dans un domaine nouveau pour moi.
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docline
docline01 décembre 2014
Pfff Je picore de ci de là quelques jolis passages, mais je suis incapable de rentrer dans ce texte (alors que j'étais persuadée que l'histoire de Boabdil m'intéresserait). Je retenterai dans une période de meilleure disponibilité...
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MademoiselleA
MademoiselleA18 avril 2015
  • Livres 4.00/5
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Citations & extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette13 mars 2011
Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire
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MalauraMalaura02 août 2012
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
+ Lire la suite
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OrpheaOrphea06 novembre 2012
Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
+ Lire la suite
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OrpheaOrphea06 novembre 2012
La croix pour l'ombre

Les gens heureux n’ont pas d’histoire
C’est du moins ce que l’on prétend
Le blé que l’on jette au blutoir
Les bœufs qu’on mène à l’abattoir
Ne peuvent pas en dire autant
Les gens heureux n’ont pas d’histoire

C’est le bonheur des meurtriers
Que les morts jamais ne dérangent
Il y a fort à parier
Qu’ on ne les entend pas crier
Ils dorment en riant aux anges
C’est le bonheur des meurtriers

Amour est bonheur d’autre sorte
Il tremble l’hiver et l’été
Toujours la main dans une porte
Le cœur comme une feuille morte
Et les lèvres ensanglantées
Amour est bonheur d’autre sorte

Aimer à perdre la raison
Aimer à n’en savoir que dire
A n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaître de saison
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison

Ah c’est toujours toi que l’on blesse
C’est toujours ton miroir brisé
Mon pauvre bonheur ma faiblesse
Toi qu’on insulte et qu’on délaisse
Dans toute chair martyrisée
Ah c’est toujours toi que l’on blesse

La faim la fatigue et le froid
Toutes les misères du monde
C’est par mon amour que j’y crois
En elle je porte ma croix
Et de leur nuit ma nuit se fonde
La faim la fatigue et le froid
+ Lire la suite
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genougenou07 septembre 2013
Les Yeux d'Elsa.

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le cœur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa


Louis Aragon (1897-1982)
Extrait du "Fou d'Elsa".
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