La question de l'identité et de sa confrontation aux autres est majeure. Bien qu'exploitée à des fins peu louables par les plus nauséabonds politiciens de l'UMP, l'identité, qu'elle soit nationale, culturelle ou sociale, n'en demeure pas moins essentielle et mérite d'être la cause de débats fréquents et de réflexions nouvelles.
Michka Assayas y participe à sa façon par ce roman autobiographique. Comme il le dit lui-même : "ce livre n'est ni une confession ni une thérapie, mais le surgissement de la conscience face à un destin qui, brusquement, m'écrase."
Quel est ce surgissement du destin ?
Un coup de tonnerre qui le ramène à ses origines : hongroise par sa mère et ottomane par son père. Un refus d'obtention d'un passeport par les administrations de la République française. On se croirait dans la Russie moribonde d'une fiction de
Gogol, mais on est bien au XXIe siècle dans un pays qui se targue de figurer parmi les grandes puissances de ce monde.
L'intérêt du roman n'est pas dans cette « anecdote » administrative, mais plutôt dans la prise de conscience par sa victime de son "destin". Cette marque indélébile qui le suivra jusqu'à sa mort : son origine généalogique. C'est une belle réflexion sur la construction d'une identité par rapport aux parents, aux frères et aux lieux, aux paysages, aux ambiances.
Bien que souvent trop explicatif,
Michka Assayas réussit à émouvoir par instant, notamment vers la fin du roman, à l'occasion de deux scènes, l'une avec sa mère, l'autre avec un agent de l'administration, où le récit personnel et égo-centré devient universel. C'est en cela que la littérature est indispensable.