En le prenant, je savais que je n'allais pas rire. Pas même sourire. Dénoncer quelqu'un n'est jamais anodin. C'est une sentence. En temps d'occupation, c'est une condamnation à mort. Je ne pensais quand même pas pleurer. Quand même pas. Quand même.
"On peut tout dire, mais peut-on tout entendre ? Pour le savoir, j'avais décidé d'aller trop loin mais pas au-delà." Cette phrase résume bien la quête du narrateur. Biographe et chercheur, c'est en voulant écrire sur un auteur de la période de l'occupation, qui se disait lui-même menacé, qu'il tombe le nez dans des archives classées sensibles. Au détour d'un banal carton il croise des milliers de lettres de dénonciation, anonymes, laissées à l'abandon, en vrac, attendant patiemment d'éclater à la vue de leur futur lecteur. Tous ces bons Français qui avaient donné voisins, amis, collègues de travail, membres de la famille, Juifs.
C'est par hasard qu'il découvre que des amis à lui ont fait les frais de la Révolution Nationale. Les Fechner, fourreurs dans le 15ème Arrondissement de
Paris, estampillés Juifs. La conséquence ne s'est pas faite attendre : arrestation, déportation. Qui a bien pu perpétrer un acte aussi lourd de conséquences à une telle époque ? Quels mobiles ont pu animer cette personne ? Si mobiles il y a eu, s'entend.