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ISBN : 2070320979
Éditeur : Gallimard (2006)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 239 notes)
Résumé :
Tapi dans les recoins les plus secrets du Lutetia, un homme voit l'Europe s'enfoncer dans la guerre mondiale. Edouard Kiefer, Alsacien, ancien flic des RG. Détective chargé de la sécurité de l'hôtel et de ses clients. Discret et intouchable, nul ne sait ce qu'il pense. Dans un Paris vaincu, occupé, humilié, aux heures les plus sombres de la collaboration, cet homme est hanté par une question : jusqu'où peut-on aller sans trahir sa conscience? De 1938 à 1945, l'hôtel... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Wolland
Wolland03 septembre 2010
  • Livres 4.00/5
Quand on entre dans le salon d'un fan de Johnny, on sait tout de suite à qui on a affaire. Les posters, les modèles réduits de Harley, le cendrier Sylvie, le sous-verre Laura, la serviette Laetitia, le repose-couteau Jean-Claude Camus. le monsieur n'a pas besoin de vous faire un speech, salut, je suis un fan hardcore de Jean-Philippe, pour qu'on établisse un diagnostic. On sait qu'on peut venir avec un carton de bière sous les bras et du cambouis sous les yeux. Et on sait qu'il ne faudra pas prononcer les mots "Docteur Delajoux" entre le fromage et le dessert.

Avec Pierre Assouline, c'est pareil, on sait très vite où on met les pieds. Sur les patins d'abord, parce que je viens de cirer le parquet. Et ensuite, dans le boudoir, où on se fera servir un thé chinois ou un café turc en croquant un morceau de chocolat, avec le même air digne que si on participait à une réunion d'écrivains diplomates. Oui, c'est ça, plissez les yeux, ça vous donnera un air plus pénétré.
Passou tient un blog littéraire, pas mauvais. Un type qui m'a fait découvrir Kurt Vonnegut, ça vaut reconnaissance éternelle. Ce n'est pas moi qui l'appelle Passou, ce sont les gens qui commentent le blog. Des gens qui ont cette faculté, toujours fascinante, d'atteindre le point de Godwin à une vitesse qui rendrait depressif un accélérateur de particules. Et en ce moment, on en est au stade où on ne comprend plus rien aux commentaires si on ne les a pas lus dans leur intégralité depuis 2006. Se contenter du blog.
Chez Passou, il y a un petit air Bernard Rapp, vous vous souvenez, Bernard Rapp, Bernard Rapp, Bernard Rapp, l'Assiette Anglaise, l'émission qui passait le samedi à l'heure du déjeuner et qu'on regardait, ado, sans comprendre tout, mais dont on aimait bien l'ambiance, les fauteuils clubs, les boiseries, le petit doigt en l'air, mais toujours avec l'oeil qui pétille et le coin de la bouche en forme d'insolence. Chez Passou, c'est ça, une ambiance mi-old england, mi-années 30, de la frise aux murs et de la rosace au plafond. Un doigt de Kirsch ?
Il est comme ça, Passou, un vieux garçon désuet mais charmant, il a des goûts d'un autre siècle et quand on le lit, on oublie qu'on vit à la même époque que Cormac McCarthy, Edgar Hilsenrath et Régis Jauffret.
Regardez dans La cliente, un beau livre, l'enquête d'un homme qui pense avoir mis la main sur la vieille bique qui a dénoncé ses voisins juifs pendant l'Occupation. Il y a une scène assez forte dans un bus parisien. On est au milieu des années 90. Esclandre entre 2 hommes. Un troisième intervient : "Allons, Messieurs, entre français..." Very third republic, non ?
Nous voilà à l'hôtel Lutetia, en 1938, dans la peau du détective du palace. Les clients, le personnel, les histoires de vol, d'adultère, les petites manies des uns et des autres et surtout le lieu lui-même, pas comme les autres, un monde en soi. D'ailleurs, on ne dit pas "je dors ce soir au Lutetia", mais "je dors ce soir à Lutetia", comme pour une ville. Ah, que c'est élégant, que c'est raffiné ! On s'y bat en duel à l'épée devant le drapeau français. On y tient salon littéraire. On y admire la marqueterie et les imparfaits du subjonctifs. C'est beau, c'est cosy, c'est la fin des années 30. le printemps 1789. le paradis. Et Passou qui nous brode sa dentelle comme personne : "Que cela relevât d'un esprit sophiste, d'une morale élastique, voire d'une déontologie à géométrie variable, je n'en disconvenais pas. Mais j'attendais avec intérêt celui qui me jetterait la première pierre, puis une autre et une autre encore, qui me permettraient de construire une maison où les inviter au grand banquet des hypocrites. Car rien n'est suspect comme les donneurs de leçon." Osons le mot : c'est bath !
Parmi les clients, quelques excentriques et des personnages célèbres, des écrivains surtout. Passou ménage ses effets : on décrit d'abord, on portraiture au physique et au moral sur un long passage, et ensuite seulement, on révèle le nom. C'est beau comme une charade. Evocation réussie, émouvante, et trempée dans une légère tasse d'humour, de James Joyce.
"- Monsieur Joyce ? Monsieur James Joyce ?
- Eventuellement.
- Je voulais juste vous remercier.
- Ah... Pour mon oeuvre ?
- Non, je ne l'ai pas lue... Pour avoir sauvé notre ami Hermann Broch.
Inutile de dire que Juin 40 vient quelque peu plomber l'ambiance. le vert de gris jure un peu sur l'acajou. Encore que tous les goûts sont dans la nature. Passés les premiers moments de consternation, Il se trouve toujours des gens qui ne trouvent rien à redire aux claquages de talon allemands au pays de la charentaise. À Lutetia, c'est l'Abwehr qui s'installe. Services de contre-espionnage de la Wehrmacht. Ca pouvait être pire. Au moins, ce sont des militaires, pas les abrutis dégénérés de la SS ou de la Gestapo. La tendance y est plutôt antinazie. Beaucoup d'officiers prussiens, des types instruits, polyglottes, raffinés, parfois francophiles. Mais tout de même au service de la racaille nazie.
Forcément, la clientèle change : on troque M. Joyce contre Joanovici et Skolnikov, deux trafiquants juifs (oui), parvenus et richissimes. On troque le couple Saint-Exupéry contre Bonny et Laffont, les deux flics français ripoux qui se sont conduits ignoblement, magouillant, torturant, exécutant, allant jusqu'à porter l'uniforme allemand. On troque les exilés allemands contre Mohammed El Maadi, un algérien qui veut mettre ses prêches contre les colons au service de la cause hitlérienne. Comme ça, il y en a pour tout le monde. Pour la crapule, tous les râteliers ont la même odeur.
Et dans ce merdier, Edouard Kiefer, le flic de l'hôtel, ni résistant ni collabo, ni résigné ni engagé, écoeuré, désabusé, ni dedans ni à côté ni en dessous, mais au-dessus de tout ça, perché sur son poste d'observation comme sur le toit terrasse de l'hôtel où il aime parfois jouer de la trompe de chasse. le narrateur, notre guide, notre oeil. Au-dessus : le meilleur point de vue pour observer et décrire. Un malin, ce Passou.
Fin 44, l'hôtel est à nouveau réquisitionné, par le Gouvernement Provisoire, cette fois. On accueillera les prisonniers de guerre, les déportés politiques, les résistants, les déportés raciaux, les rescapés des camps. On dit "Rapatriés". L'administration a toujours été championne olympique de l'euphémisme. On met en place des mesures prophylactiques, désinfecter, épouiller, réalimenter. On explique au personnel, aux volontaires, comment s'adresser aux rescapés, on édite un petit manuel psychologique du déporté. On organise des interrogatoires pour détecter les faux rapatriés, les SS en fuite et les collabos traqués. Et puis, ils arrivent.
Le ton change. le récit s'accélère : il y a mille anecdotes et destins à raconter, des tragédies pour la plupart mais aussi des joies, peut-être quelques épisodes comiques. Ça ne sert à rien de les raconter, il faut lire cette troisième partie, elle est humaine. On pourrait dire "magnifique", "sublime", mais qu'est-ce que ça veut dire ? Comment on écrit et comment on lit, c'est ça qui nous intéresse, tout le reste ne nous regarde pas.
Quand je dis que le récit s'accélère, je veux dire que Passou s'attarde moins, qu'il a baissé le petit doigt et reposé sa tasse de Darjeeling. Que les phrases perdent de leur ampleur, que les adjectifs ne sont plus là pour faire beau dans le décor, que celui qui regarde est bouffé par ce qu'il a devant les yeux. Illusion, cape noire, habit de magicien, littérature. On vient de changer de livre sans s'en apercevoir, on vient aussi de changer de monde.
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JeanPierreV
JeanPierreV28 juin 2016
  • Livres 5.00/5
Tout amateur d'Histoire a entendu parler du Lutetia, Hôtel de luxe de la rive gauche, réquisitionné par l'armée nazie pendant l'occupation allemande et qui réquisitionné une nouvelle fois à la Libération, accueillit les déportés de retour en France...Edouard Kiefer responsable de la sécurité de l'hôtel prend le temps de raconter une partie de ses mémoires, de nous faire croiser les clients riches ou démunis de tout qu'il a eu l'occasion de rencontrer au Lutetia..."Flic, je le suis resté dans l'âme lorsque Lutetia m'a engagé comme détective, jusqu'à me confier toute la sécurité de l'hôtel en élargissant sans cesse le champ de mes responsabilités.". Il dispose d'une bonne mémoire et surtout des nombreuses fiches papier qu'il a tenu sur tous les clients...on ne perd pas ses habitudes quand on a travaillé sur la mort du conseiller Prince qui avait enquêté sur l'affaire Stavisky.
"Je connaissais tout le monde, mais peu me connaissaient. Je les voyais tous mais eux ne me voyais et guère. Les nouveaux clients et les hôtes de passage ignoraient ma qualité. Pour les autres, j'étais une silhouette familière, que sa neutralité rend imprécise, une ombre insaisissable sur laquelle on peut compter en toutes circonstances. Parfois juste un nom qui arrange tout, voire un prénom, c'est selon. En tout cas l'inaperçu fait homme."
Il est au courant de tout, on le sollicite pour tous les vols commis dans l'hôtel il rode partout et voit entrer et sortir jeunes grooms ou jeunes filles de la chambre d'auteurs célèbres fréquentant Lutetia, Gide, Saint Ex... Il connait riches collectionneurs d'arts et militaires comme De Gaulle, qui fréquentent l'hôtel, auteurs célèbres...Petites coucheries pour certains mais aussi opposants politiques du chancelier allemand Hitler dont la puissance s'affirme en Allemagne, comme Willy Brandt.
"Tout voir, tout entendre, tout savoir et ne rien dire"...
Avec la réquisition de l'hôtel par l'armée allemande pour le compte de ses services d'espionnage, l'Abwehr, Pierre Assouline poursuivra ce travail d'enquête sur l'entrée en collaboration, une entrée insidieuse pour certains, voulue pour d'autres qui y trouveront un moyen de s'enrichir..Notre ancien flic s'interroge : pendant combien de temps aurait-il pu obéir ? Quatre ans d'occupation vus par notre flic, de moins en moins flic, de plus en plus homme. Quatre ans de luxe et de bonne vie pour ceux qu'il croisera. Quatre ans d'observation de la turpitude de certains, qui seront fusillés à la Libération!
Et quelques mois en dernière partie, pas la moindre, celle que chacun connait, celle pendant l'hôtel de luxe accueillera tous ces déportés perdus, hagards, maigres et pouilleux, qui resteront hôtes du Lutetia quelques jours, quelques jours pour leur redonner si possible le goût de la vie, pour les soigner, les ré-alimenter progressivement, le temps de retrouver leur familles. Quelques mois de notre Histoire au cours desquels l'ancien flic redeviendra flic en tentant de discerner dans cette afflux de déportés vrais et faux déportés.. Quelques mois de témoignages forts, difficiles parfois, sur la vie de hommes, femmes et enfants déportés
"Lutetia" est-il un roman ? Oui, si l'on considère le personnage principal, toutes les personnes qu'il a rencontrées au cour de ces quelques années. Mais c'est avant tout un livre de découverte de la petite et de la grande Histoire, un livre qui nous permet de rencontrer pour des anecdotes de quelques minutes ou pour quelques mois, comme a pu la faire Edouard Kiefer, des dizaines de personnes plus ou moins célèbres, auteurs, acteurs, hommes politiques, pauvres, riches ou salauds...un livre de témoignages sur des faits connus ou inconnus.
Une fois qu'on a refermé la dernière page du livre, nous avons encore la possibilité de lire 3 pages de remerciements de l'auteur, trois pages de références..Trois pages qui nous confirment l'importance et le sérieux du travail d'enquête mené par Pierre Assouline
Un livre, plaisir de découvertes d'une partie du XXème siècle...

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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carre
carre30 mars 2012
  • Livres 4.00/5
L'histoire se déroule en trois parties bien distinctes bien que liées puisque en Europe la seconde guerre mondiale se prépare.Edouard Kiefer, ex flic est devenu responsable de la sécurité du Lutétia. Solitaire, incorruptible, il va être le témoin des trois périodes, avec une question récurrente quelles sont les limites de sa discrétion lié à son poste. le grand hôtel parisien va connaitre les profonds bouleversements de cette époque tragique. Pierre Assouline se fait le biographe du Lutétia avec une précision méticuleuse. Et à travers le portrait de Kiefer nous interroge sur nos consciences, se contenter d'obéir ou choisir la voix de la résistance. La troisième partie est bien évidemment la plus tochante alors que l'hôtel accueillent les déportés des camps et elle ler famille qui errent en espérant un improbable retour. Un roman tout en nuance, qui réussit sa mission, témoigner à travers le Lutetia sur une période
crépusculaire du vingtième siècle.
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oran
oran24 juin 2016
  • Livres 4.00/5
Aujourd'hui, l'hôtel de luxe (de) Lutetia est fermé pour au moins trois ans. de gros travaux de rénovation et de transformation sont engagés.
Edouard Kiefer se retrouve au chômage de longue durée ! ou tout simplement à la retraite !
Il dispose donc du temps nécessaire pour nous confier, par l'entremise de Pierre Assouline, ses souvenirs. En effet, il y sévissait comme « détective en charge de la sécurité ».
Après avoir été inspecteur principal de police, il a démissionné et a été embauché dans cet hôtel prestigieux, pour dit-il « creuser sans fin sous la peau des apparences », et, c'est effectivement ce qu'il fait tout au long de son quotidien professionnel quand il côtoie un monde cosmopolite composé de célébrités ( Roger Martin du Gard, Saint Exupéry et Consuelo, Blaise Cendrars James Joyce qui lui avoue « pour donner du travail aux universitaires pour les trois siècles à venir, au moins »… , d'inconnus , d'exilés fuyant le nazisme, d'étrangers interlopes. Clients et employés, chacun est répertorié, par ses soins, sur un bristol.
Une démission, certes, mais conditionnée plus prosaïquement par une sanction infligée pour avoir rédigé un rapport sur le suicide d'un magistrat lié à l'affaire Stavisky…
Kiefer nous raconte, dans une première partie, les habitudes, les manies, les excentricités de la clientèle.
Puis, en France comme partout en Europe, les écoutes téléphoniques se multiplient, le courrier est piraté, les surveillances se renforcent, à l'extérieur, et dans l'hôtel, prémices à la guerre …
L'hôtel, réquisitionné, comme bien d'autres, il va devenir le siège de l'abwehr - le service de renseignements de l'état-major allemand-
Kiefer conserve son poste, il est désormais au service de ces hôtes très particuliers et va côtoyer Canaris et d'anciens collègues passés dans le camp allemand, notamment Henri Chamberlin-Lafont, chef de la Carlingue autrement dit la gestapo française.
Il retrouvera aussi d'anciens camarades qui, eux, désormais, oeuvrent dans la clandestinité.
Puis l'hôtel va à nouveau être réquisitionné et devenir le lieu d'accueil des déportés.
Nous conservons en tête ces images terribles…
Et la vie reprend peu à peu son cours et le Lutetia, son statut de grand hôtel parisien.
Lutetia est un roman particulièrement bien documenté (travail de journaliste !), les faits qui y sont relatés respectent l'Histoire, et donnent envie de creuser un peu plus certains aspects concernant ce lieu, la clientèle qui le fréquenta aux différentes époques évoquées par notre témoin, Edouard Kiefer.
Et ironie de l'histoire (ou pas !) l'hôtel appartient désormais à un groupe de financiers israéliens…
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thedoc
thedoc17 avril 2015
  • Livres 5.00/5
Le Lutetia, c'est ce mythique palace situé rive gauche à Paris et dont l'histoire est intimement liée à la grande Histoire. Nous sommes en 1938 et aux côtés d'Edouard Kiefer, ancien flic des Renseignements Généraux, aujourd'hui détective et responsable de la sécurité de l'hôtel, nous sommes les témoins des soubresauts de l'histoire de la Seconde guerre mondiale.
Nous découvrons tout d'abord par l'intermédiaire de Kiefer la vie quotidienne de l'établissement, qui avant-guerre accueille une riche clientèle aux lubies souvent extravagantes, des artistes et réfugiés politiques, souvent des habitués qui se lient plus ou moins avec le policier. Kiefer constituera d'ailleurs des fiches sur tous ces clients entrant au Lutetia, les conservant précieusement dans sa chambre. Nul recoin de l'établissement n'a de secret pour cet homme qui sait porter sur chacun des clients un regard attentif.
Vient le temps de l'Occupation. le Lutetia est alors réquisitionné par l'Abwher, le service des renseignements et d'espionnage allemand. de nouvelles figures arrivent, de nouveaux visages, sinistres, et de nouveaux compromis… Artistes et officiers nazis se croisent, le petit personnel côtoie trafiquants et canailles du marché noir. Kiefer, lui, garde ses positions et surtout, sa morale. Il n'est pas dans l'engagement, loin de là. Et il n'est pas non plus de ceux qui se donnent à la collaboration. Neutralité, tel est son mot d'ordre. Dans cette période trouble et malsaine, l'enjeu est de ne pas trahir ses convictions profondes.
Puis vient le temps de la Libération. le Lutetia, antre du mal sous l'Occupation, se transforme en refuge et en accueil des rescapés des camps. Tout un symbole, comme une rédemption pour l'hôtel. Les uniformes SS font place à ces pâles fantômes revenus du royaume des morts. Les murs se recouvrent de photographies où l'on scrute inlassablement, fiévreusement le visage du disparu. Une nouvelle fois, Kiefer est là et observe.
A travers l'histoire du Lutetia, Pierre Assouline nous présente tout son talent de journaliste, de biographe et de romancier. Avec une érudition remarquable mais jamais ennuyeuse, il sait mêler la réalité historique au plaisir de la fiction. Son personnage est de ces héros modestes et pudiques, infiniment humain dans toute son ambiguïté et dans le regard qu'il porte sur ses pairs. Agir ou ne pas agir contre l'Occupant ? Sera-t-on jugé sur ce que l'on a fait ou pas ? Un choix terrible auquel on ne peut s'empêcher de penser. Depuis le hall de l'hôtel, les couloirs, les salles de réception, les sous-sols et les balcons du Lutetia, Kiefer est un témoin de son époque. Avec lui, le lecteur fait un voyage dans le temps et assiste aux sombres épisodes qui ont jalonné l'Occupation : l'antisémitisme, les rafles, les tortures, les déportations. La partie consacrée au retour des déportés est notamment empreinte d'une extrême émotion.
Dire que j'ai aimé ce livre serait peu dire. Guidés par les mots d'un remarquable romancier, nous sommes emportés dans la petite comme dans la grande histoire. Emotion et précision ponctuent tout le récit. Un TRES grand livre.
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Citations & extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
JeanPierreVJeanPierreV28 juin 2016
Encore hagards du voyage, ultime étape de l'interminable pérégrination commencée le jour de leur arrestation, le teint terreux et le visage osseux, ils se retrouvaient projetés dans cette ambiance oppressante, bombardés de questions alors qu'ils avaient parfois du mal à articuler leur propre nom, quand ils n'étaient pas trop essoufflés pour y parvenir. Ils flottaient dans leurs vêtements, lesquels flottaient dans l'espace, et ils flottaient dans la foule, si affaiblis qu'ils se laissaient envelopper et porter par la vague. Ils rentraient d'une autre planète dans un pays méconnaissable. (P. 327)
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JeanPierreVJeanPierreV28 juin 2016
Ce que ces regards racontaient était irracontable. (P. 328)
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JeanPierreVJeanPierreV28 juin 2016
Même sur mon territoire, le périmètre circonscrit de l'Hotel, les ambiguïtés de la France occupée réussissaient à inscrire leur pâle reflet. Dehors les Français attendaient et, en attendant, faisaient avec. Jusqu'où un homme peut-il aller sans perdre son intégrité ? Ce dilemme me poursuivait plus que jamais. Le genre de petite phrase primaire qui contient toute la complexité du monde, et qui vous hante l'air de rien tant son énoncé est simple. Suffisamment en tout cas pour vous faire marcher ou mourir." (P. 220)
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JeanPierreVJeanPierreV28 juin 2016
Nous exigeons le départ de tous les clients. Vous fermerez provisoirement la pâtisserie et la brasserie. Nous avons besoin de deux cent quatre vingt chambres pour commencer. Chaque mois, nous vous donnerons une Bon d'occupation, afin que vous vous fassiez payer par votre autorité municipale. Quand à notre nourriture, nous vous paierons .....au fur et à mesure. C'est tout pour aujourd'hui. Je compte sur vous pour que notre séjour se déroule bien. (P. 187)
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JeanPierreVJeanPierreV28 juin 2016
À tout prendre j'aime mieux me ridiculiser par excès de morale que me faire remarquer par défaut de sens moral (P. 42)
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Videos de Pierre Assouline (62) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Assouline
http://www.librairiedialogues.fr/ Numéro 64 de l'émission Dialogues littéraires de mars 2016, produite par la librairie Dialogues et réalisée par Ronan Loup. Invités : Pierre Assouline venu présenter son roman Golem (Gallimard) et Michka Assayas qui nous raconte son aventure rock & roll avec son fils dans Un autre monde (Rivages), ainsi que la chronique littéraire de Marion au rayon Histoire de la librairie Dialogues. Présentation : Marion le Goascoz. Questions posées par Laurence Bellon.
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