Avant la fin du spectacle, quand l'océan de musiques et de prières sera au plus fort de sa houle, Mortimer tuera son fils. Pour le sauver. Et pour sauver le monde.... Après tout ce qu'il vient de vivre, ces mois de chagrin et de doutes, d'espoi... > voir plus
L'histoire est celle d'un musicien aux paroles de feu que d'antiques prophéties présentent comme un nouveau Sauveur. Son propre père bouleversé à la fois par ce qu'il tient au départ comme un délire, et par l'éclatement de sa famille, entreprend un voyage qui le mènera de Prague à Jérusalem à la recherche de la vérité sur son fils - lequel fils accomplit son propre voyage initiatique entre des capitales européennes dévastées et l'Afrique de son enfance. Au-delà de toutes les réminiscences bibliques que le lecteur doit déméler s'il s'y retrouve dans l'écheveau de ce roman à codes et à tiroirs, au-delà des légendes de faux sauveurs de l'humanité, l'auteur dépeint avec cynisme un futur terriblement proche, effrayant et réaliste. On y trouve à l'excès toutes les dérives et tous les maux incurables d'aujourd'hui : le résultat des inégalités et des déséquilibres phénoménaux, l'écart qui se creuse entre monstrueusement riches et hordes de parias, le règne de la finance et la soumission des économies aux rumeurs boursières qui font s'écrouler des empires, les mouvements de colère de la Terre saccagée qui saccage plus encore, l'incapacité des gouvernements à faire face, la fin des alliances politiques. Dans Paris en lambeaux, seules les chansons de Jonathan apportent un peu de lumière à des miséreux affamés et sans espoir. D'ailleurs, Jonathan signifie "cadeau de Dieu" en hébreu.
Par cette somptueuse nuit d'été, à la veille de son concert au grand stadium, Jonathan ajuste encore ses mots. Pour qu'il n'y ait pas de douleur sans partage, pas de blasphème sans réponse, pas d'injustice sans scandale. Pour que la frontière tienne entre le bien et le mal. Pour que plus d'équité rende moins improbable la non-violence. Pour que nul homme n'assigne le bonheur pour horizon aussi longtemps qu'un enfant sera victime d'une injustice. Pour qu'émerge un monde sans humiliation. Pour cela, ne rien tenir pour acquis, ne jamais prendre une affirmation pour une vérité, ni une vérité pour une arme. Renvoyer aux puissants la question élémentaire : à quoi sert votre pouvoir ?
Jamais la violence ne viendra à bout de la violence. Jamais le pouvoir ne mettra fin au pouvoir. Quand un ordre est allé au bout de lui-même, il est remplacé par un autre, c'est tout. La politique ne sert à rien. Et il est criminel de laisser espérer le contraire. Peux-tu me dire ce qu'elle a jamais fait contre l'apathie, la trahison, le mensonge, l'égoïsme ? Elle ne fera que remplacer par d'autres fous ceux qui contrôlent aujourd'hui les arsenaux.
Enfle la rumeur, roulent les tambours, filent les étincelles. Le ciel de suie, sillonné de cerfs-volants, prend des allures de carnaval de deuil.
"Il viendra dans un firmament de ténèbres."
Avant la fin du spectacle, quand l'océan de musiques et de prières sera au plus fort de sa houle, Mortimer tuera son fils. Pour le sauver. et pour sauver le monde.