Elise est une jeune adulte devenue handicapée suite à un attentat à Belfast dans lequel elle s'est retrouvée piégée avec son ami Benoît qui, lui, est décédé. Elle est tétraplégique, aveugle et muette. Mais elle entend et peut lever un index, ce qui va lui être d'une grande utilité pour la suite. C'est ainsi qu'un jour, elle est abordée par une petite fille de 7 ans, Virginie, qui lui parle, dans un langage énigmatique, de la « Mort des Bois » qui s'est déjà emparée de son frère Renaud et qui vient tout juste de faire une nouvelle victime. S'agit-il d'une mythomanie enfantine ? Ou bien Virginie dit-elle la vérité ? Peu de temps après, on découvre le cadavre atrocement mutilé d'un petit garçon. Comment mener l'enquête quand on a si peu de sens et de mobilité à sa disposition ?
Voici le deuxième thriller de Brigitte Aubert que je lis après «
Une âme de trop » qui fut un vrai coup de cœur. Au départ, j'ai été très emballée par le pari fou de l'auteur : nous livrer l'enquête d'une jeune adulte handicapée, privée de mobilité, sauf celle d'un index, privée de la vision et de la parole. L'histoire allait-elle se révéler captivante malgré tout ?
Au début, je trouve que le pari est réussi : la narratrice est bien sûr incarnée par Elise. le lecteur suit toutes ses pensées les plus intimes, les plus secrètes, celles qui concernent son quotidien, marqué par l'appui constante de sa gardienne dévouée, Yvette, celles ayant trait à son vécu douloureux du handicap, de ce qu'elle peut, mais surtout de ce qu'elle ne peut plus faire depuis son accident ; puis arrivent progressivement les raisonnements, ponctués de beaucoup de résumés (salvateurs pour le lecteur tant les événements s'enchaînent, complexifiant l'intrigue), concernant l'enquête, les déductions de notre infatigable Elise.
Mais au milieu du thriller, mon intérêt s'est amoindri : il m'a semblé que la situation devenait de moins en moins crédible : Elise devient vite la confidente de tous les protagonistes du roman, alors même qu'elle ne peut pas parler, elle ne peut pas interagir avec ses interlocuteurs, hormis en levant son index. A la fin, au moment du dénouement, les événements sont encore moins plausibles, même si on se laisse entraîner par l'auteur.
Le suspens monte crescendo, l'étau se resserre autour d'Elise. Je me suis souvent prise à avoir peur pour elle, sachant qu'elle ne pouvait ni bouger ni se défendre. Brigitte Aubert prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs en nous donnant à voir tous les états d'âme d'Elise, y compris dans les pires moments.
Je voudrais parler du style de l'auteur, un style qui m'avait déconcertée dans «
Une âme de trop » : là encore, j'ai été assez décontenancée par sa plume : on peut souligner tout d'abord l'humour noir qui teinte le roman et la tendance à l'autodérision de la narratrice, qui commente, comme une voix off tous les dialogues auxquels elle assiste, se moquant souvent d'elle-même et de son handicap, enrageant contre une mobilité réduite et des sens perdus. le ton semble assez désinvolte comme dans «
Une âme de trop », mais le sujet reste tragique.
Les ressorts menant vers la compréhension de la vérité sont complexes. Les rebondissements, une des spécialités de Brigitte Aubert, sont multiples et maintiennent l'intérêt du lecteur. Les cadavres se succèdent, avec parfois des détails atroces, qui sont rapportés à Elise. L'auteur aime les ambiances glauques.
Un livre effrayant, dont on peut reprocher le côté peu crédible, mais qui s'avère au final divertissant.