ISBN : 2715229291
Éditeur : Mercure de France (2009)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 26 notes) Ajouter à mes livres
Je ne sais pas quand je me suis dit pour la première fois « mon père est fou », quand j’ai adopté ce mot de folie, ce mot emphatique, vague, inquiétant et légèrement exaltant, qui ne nommait rien, en fait, rien d’autre que mon angoisse, cette terreur infantile, cette pa... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 23 octobre 2011

    brigittelascombe
    Personne: l'alphabet d'un enfant qui pleure au fil des mots,l'alphabet d'une femme qui mitraille à l'aveuglette quitte à choquer, un alphabet qui tape fort sur la lettre N,celle d'un Napoléon d'opérette, pour écrire en catimini le nom de François Xavier Aubry, célèbre juriste inconnu d'une fille en manque de père et de repères, un alphabet qui tape tendre sur la lettre G, celle du gisant qui réveille d'affectueux souvenirs.
    Personne: un puzzle fait d'éclats de folie entre le A génial d'Antonin Artaud Gwenaëlle Aubry glisse la plume en souffrance qui cherchait son envol sur des "cahiers noircis" et le Z de Zélig "l'homme caméléon" tour à tour conspué,acclamé,psychotique.
    Personne: un portrait éclaté, sorte de tableau pointilliste, celui d'un James Bond au nez rouge, éternel enfant mort avant l'heure, mi-flic mi-voyou au profil à la Dustin Hoffman,illuminé en attente de chatiment, chercheur de terre promise au visage bouffi par les médicaments, mouton noir anticonformiste, inventeur d'enfance idéale, habitué des divagations, homme sans qualité déchu par son goût de la déchéance, maître du vide, triste inconnu.
    Personne: un étrange jeu de piste, celui de Gwenaëlle Aubry qui décrie ce Personne en gros,en gras,en dur sur la première de couverture pour lui donner le fin mot et cloturer le débat en écrivant sur cette Personne, cette figure du père: "peut-être a-t-il trouvé dans le désert blanc de la mort,ce que depuis toujours il cherchait:le droit,enfin,de ne plus être quelqu'un?
    Personne et quelqu'un résonnent-ils en écho?
    Livre exutoire, fait de copiés-collés originaux qui délivre des non-dits tout en recollant les morceaux d'une enfance brisée?
    Emouvant!
    Un livre qui rappelle Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan qui raconte sa mère maniaco-dépressive, suite à son suicide, pour la réhabiliter.
    Rappel:Gwenaëlle Aubry (agrégée et docteur de philosophie,auteur de plusieurs autres ouvrages) a obtenu le Prix Fémina 2009 pour Personne.
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    • Livres 4.00/5
    Par smiroux, le 27 janvier 2012

    smiroux
    "Personne" est le portrait en vingt-six chapitres que Gwénaëlle Aubry dresse de son père.
    Vingt-six chapitres comme les vingt-six lettres de l'alphabet, l'abécédaire de la vie d'un homme, du regard que sa fille porte sur lui.
    Et cette fille, qui reprend le manuscrit d'un père, mort aujourd'hui, et tente de faire se joindre toutes les facettes, les personnalités de cet homme au moi éclaté, dispersé.
    Et ce lien qui se dit ici, indéfectible, par delà la mort, en dehors de toute généalogie.
    "Je ne sais pas quand je me suis dit pour la première fois "Mon père est fou", quand j'ai adopté ce mot de folie, ce mot emphatique, vague, inquiétant et légerement exaltant, qui ne nommait rien, en fait, rien d'autre que mon angoisse, cette terreur infantile, cette panique où je basculais avec lui et que toute ma vie d'adulte s'employait à recouvrir"
    Le père, avocat, fils de médecin et de grands-bourgeois, qui peu à peu déchoit - non pas "déchoir" puisqu'il faudrait qu'il y ait eu UN homme et non cette multitude, il aurait fallu qu'il y ait une conscience de son unité.
    Ce père, bi-polaire, abonné aux cliniques et hôpitaux psychiatriques, ce père qui se sent "frère" de la déchéance, de l'oubli de soi, de la marginalité.
    Ce père qui revit sous la plume de Gwénaëlle Aubry, qui avoue - entre parenthèses, presque malgré elle - au milieu du livre : "Je ne fais rien d'autre, finalement, écrivant ce livre, que prononcer son nom."
    L'écriture est magnifique, ample et dense. de longues phrases, faites d'accumulations et de juxtapositions ; comme si, une fois le flot lancé, rien ne pouvait le contenir.
    Comme si, à l'image de ce père, multiple et insaisissable, le texte donnait à voir tous les visages, tous les masques, visibles, en creux, rêvés, impossibles.
    Et cette phrase, en exergue, qui reste obscure, et qui fait son chemin en moi :
    "On doit porter le deuil sept jours pour un mort, pendant tous les jours de sa vie pour un fou".
    Saint Augustin.
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 21 janvier 2012

    carre
    Avec Personne, Gwenaelle Aubry dresse un bel hommage en forme d'abécédaire, au père disparu, mais déjà absent de son vivant victime de crise maniaco-dépressive. Cet homme cultivé , grand juriste, professeur à la Sorbonne, socialement reconnu à glissé petit à petit mais inéxorablement vers le néant, d'absences en fugues rien n'a pu empêcher l'inéductable . Aubry fait appel à ces souvenirs, à des lettres de son pére, des photos pour tenter de retrouver la faille qui à fait basculer ce père aimé. Sans pathos, avec beaucoup de justesse et d'émotion, Gwenaelle Aubry tente de trouver l' apaisement en écrivant cette souffrance. Prix Fémina 2009.
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    • Livres 4.00/5
    Par jostein, le 02 juin 2010

    jostein
    Le hasard des lectures m'a une nouvelle fois guidée vers un hommage d'une fille à un parent disparu.
    Gwenaëlle Aubry retrace la mémoire de son père, François-Xavier Aubry, éminent juriste et professeur, en un abécédaire. C'est donc vingt-six facettes de sa vie, remémorée par la lecture et la transmission des mémoires à romancer que son père a écrit tout au long de sa vie.
    L'auteur reste vague sur la maladie de son père, qu'elle nomme "folie". En fait, son père souffrait d'une psychose maniaco-dépressive qui l'a conduit à sa perte.
    On comprend que son père est devenu "fou" par la dissonnance entre sa nature et son état.Il refusait le côté bourgeois de sa famille, le sérieux de son métier d'avocat. Il a choisi de passer de l'autre côté, du côté des marginaux, de sombrer dans l'alcool et la malnutrition.
    Il est resté figé à l'âge de cinq ans puis il s'est composé d'une multitude intime ("le troupeau de son âme") face "à son moi toujours échappé".
    L'auteur, en évoquant ses souvenirs "change l'absence en mémoire". Elle évoque les différents "masques" (personna en latin) de son père.
    Le style de l'auteur est très littéraire avec de longues phrases poétiques. C'est un écrit intelligent et admirable.
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    • Livres 4.00/5
    Par luocine, le 11 décembre 2009

    luocine
    J'ai rarement été aussi bouleversée par un livre. J'en ai lu chaque page, chaque ligne, chaque mot avec une intensité de plus en plus forte au fur et à mesure des chapitres.
    La quatrième de couverture l'annonce, l'auteure cherche à cerner la folie de son père au fil des 26 lettres de l'alphabet.
    Elle s'aide du journal qu'a tenu son père et de ses souvenirs d'enfance entièrement marqués par la maladie de son père maniaco-dépressif.
    Pour moi, dans ce livre tout n'est que souffrance et comme aucune solution ne semble possible, ni l'intelligence de son père, ni l'amour de ses filles, ni l'amour que les femmes lui ont porté, on se sent terrassé.
    Il faut aussi souligner la beauté de l'écriture qui rend cette histoire lisible.


    Lien : http://luocine.over-blog.com/
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Citations et extraits

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  • Par luocine, le 11 décembre 2009

    Quand je disais « mon père » cette année-là, les mots tenaient bon, je ne sais pas comment le dire autrement, j’avais l’impression de parler la même langue que les autres, d’habiter un monde commun (alors que d’ordinaire, prononçant ces deux mots, je voyais s’ouvrir un écart infranchissable …… « mon père » c'est-à-dire mon délire, ma détresse, mon dément, mon deuil, mon disparu).
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  • Par canel, le 21 novembre 2011

    On ne perd pas un père, encore moins un père qui était, ou qui s'était, lui-même perdu. C'est de son vivant, peut-être, qu'on l'avait perdu, qu'on ne savait plus qui il était, où il était. A présent qu'il est mort, on réunit ce qu'il a laissé, miettes et cailloux semés dans les forêts de son angoisse, trésors et épaves, on construit le vide, on sculpte l'absence, on cherche une forme pour ce qui, en nous, demeure de lui, et qui a toujours été la tentation de l'informe, la menace du chaos, on cherche des mots pour ce qui, toujours, a été en nous la part secrète, la part muette, un corps de mots pour celui qui n'a pas de tombe, un château de présence pour protéger son absence. (p. 20)
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  • Par Lencreuse, le 26 juillet 2010

    On raconte, je ne sais plus où, cette histoire du Golem qui, parce que chaque matin il oubliait où était ses vêtements, décide un soir de noter leur emplacement. Au réveil, il parvient enfin à remettre la main sur chacun, passe pantalon, veste et chapeau, mais soudain il s’aperçoit qu’il lui manque encore quelque chose : moi-même, se demande-t-il soudain, où me suis-je laissé, où suis-je donc ? Voilà, je crois, ce que faisait mon père chaque matin : il attrapait cigarette, stylo et cahier, et il se demandait où il s’était laissé. Il tendait la main, saisissait des défroques, des costumes rapiécés, des manteaux d’Arlequin. Sur la page blanche surgissaient les masques de sa scène intérieure, un peuple nombreux, bariolé, titubant, le Fils prodigue et l’Amoureux éconduit, le Clown et le Pirate, le Flic et le Truand, le Moine et le Débauché, le Bourgeois et le Clochard, le Sage et le Fou. Mais lui dans tout cela, il n’y était pas. Parfois aussi il tentait un portrait, il énumérait ses qualités, nom prénom date de naissance signes particuliers, puis il s’arrêtait net, comme s’il n’y croyait pas : lui-même, où s’était-il laissé, où était-il donc ?
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  • Par luocine, le 11 décembre 2009

    …comme si, après toutes ces années, au seuil de sa nuit, il avait appris à jouer avec l’ombre en lui, renoncé à « faire comme tout le monde », à faire comme si, accepté cette figure imposée, ce portrait de lui en brebis galeuse, en bouc émissaire, en mouton à cinq pattes, que sais-je encore, accueilli sa folie et trouvé par là le désir et l’espoir de ne plus en souffrir, seul, toujours, différent, encore, mais apaisé
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  • Par jostein, le 02 juin 2010

    il ne lui reste alors qu'à regrouper le troupeau de son âme, tous, le mouton noir et le cheval blanc, le renard apprivoisé et les moineaux ivres, la mule harassée et les poissons volants, les recueillir, les abriter, se dépouiller de leurs crocs, de leurs griffes.....
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Personne, Gwenaëlle Aubry .
Gwenaëlle Aubry est née en 1971. Philosophe et romancière, elle est l'auteur, entre autres, de Le Diable détacheur (Actes Sud, 1999), L'isolée (Stock, 2002), L'isolement (Stock, 2003), et Notre vie s'use en transfigurations (Actes Sud, 2007).








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