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ISBN : 2264023813
Éditeur : 10-18 (1999)


Note moyenne : 4.16/5 (sur 1111 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Injustement privées de leur héritage, Elinor et Marianne Dashwood sont contraintes de quitter le Sussex pour le Devonshire, où elles sont rapidement acceptées par la bourgoisie locale étriquée et à l'hypocrisie feutrée.
L'aînée, Elinor a dû renoncer à un amour qu... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 21 avril 2012

    Aline1102
    Suite au décès de Mr Dashwood, sa femme et ses filles se font littéralement jeter à la porte de Norland, leur ancienne propriété, par John Dashwood, le fils issu du premier mariage de Mr Dashwood, et Fanny, l'épouse de John. Cette dernière est particulièrement pressée de se débarasser de Mrs Daswhood et de ses trois filles, car l'aînée de celles-ci, Elinor, semble plaire à Edward Ferrars, le frère de Fanny. Et Elinor n'est bien entendu pas assez riche pour être fréquentable.
    Heureusement, un parent de Mrs Dashwood, Sir John Middleton, possède un cottage sur ses terres et se propose d'y accueillir ses parentes. La proposition de Sir John est acceptée avec reconnaissance et les Dashwoods deviennent donc les voisines de cet homme accueillant, mais aussi envahissant et curieux.
    C'est dans ce cottage de Barton Park que Marianne Dashwood va rencontrer celui qu'elle voit comme le grand amour de sa vie, John Willoughby. Mais Marianne a également attiré l'attention du Colonel Brandon, un ami de longue date de Sir John. Lequel des deux choisira-t-elle?
    Elinor, quant à elle, reçoit de mauvaises nouvelles en ce qui concerne Edward: le jeune homme serait déjà secrètement fiancé. Parviendra-t-elle a surmonter cette déception, tout en cachant ses sentiments à son entourage, qu'elle ne veut pas impliquer dans ses histoires de coeur?

    Jane Austen nous régale avec cette histoire romantique et dramatique, qui cache de nombreuses scènes humoristiques parmi ses pages.
    Car tout ne tourne pas autour de la romance des deux demoiselles Dashwood. le texte se concentre aussi sur les personnages secondaires, parmi lesquels la fameuse Mrs Jennings. Et cette brave femme et sa curiosité maladive amusent bien souvent le lecteur. Grande spécialiste des commérages, Mrs Jennings sait tout ce qu'il y a à savoir sur la bonne société de son époque et n'hésite pas à partager ses connaissances avec qui veut bien l'entendre. C'est d'ailleurs bien souvent grâce à elle que l'on en apprend plus sur certains personnages de l'histoire.
    Mais le thème central du roman reste la réflexion que Jane Austen développe au sujet de la Raison et des Sentiments, comme le montre le titre.
    La Raison, c'est Elinor, l'aînée des filles Dashwood. Contrairement à sa mère et à sa Marianne, Elinor ne se laisse jamais emporter par ses sentiments ou ses instincts. C'est donc souvent elle qui prend les décisions importantes et qui rappelle Marianne à l'ordre.
    Marianne représente les Sentiments. Elle se laisse guider par sa passion pour annalyser toute situation et désire vivre intensément chaque instant de son existence. Elle juge les gens assez rapidement et, bien souvent, injustement, car elle méprise tous ceux qui ne se laissent pas dominer par leurs sentiments. Et, persuadée qu'une grande passion ne peut se vivre sans de nombreuses démonstrations, sa conduite lors de sa relation avec Willoughby est bien souvent proche de l'inconvenance, à tel point qu'Elinor doit souvent la rappeler à l'ordre.
    Mais, au fur et à mesure de l'évolution du récit, les deux jeunes filles vont être confrontées à certaines déceptions qui vont les obliger à changer et à revoir leurs réactions face aux événements auxquels elles seront confrontées.
    Ainsi, Marianne va peu à peu apprendre à ne plus se laisser submerger par ses émotions. Si ce calme n'est qu'apparent au début et révèle plus une indifférence totale pour les personnes qui l'entourent, ce trait de caractère va toutefois se développer de plus en plus. A tel point que Marianne va se rapprocher de la Raison de son aînée. Cela ne la rendra que plus sympathique.
    De son côté, Elinor va apprendre à montrer ses sentiments. le choc de certaines révélations au sujet d'Edward vont développer le côté sensible de cette jeune fille qui avait l'habitude d'analyser froidement toute situation se présentant à elle. Submergée plus d'une fois par ses émotions, Elinor va comprendre la manière dont "fonctionne" sa cadette et changer peu à peu, elle aussi.
    La fin du récit nous montre donc deux jeunes femmes ayant atteint un équilibre entre la Raison et les Sentiments. Une belle leçon de vie, en somme.
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    • Livres 4.00/5
    Par darkmoon, le 24 mars 2014

    darkmoon
    Raison et Sentiments … Un roman conventionnel certes, tout comme l'univers étriqué de la bonne société anglaise dans laquelle nos héroïnes évoluent, mais sous la plume de la grande Jane Austen, ironie, esprit et cynisme s'en mêlent, fines analyses psychologies aussi de l'esprit féminin et de la naissance de l'amour, sentiment si délicat et imprévisible qui change sans cesse la donne.
    Raison et Sentiments distille ainsi un parfum persistant de romance, étranglé sous les convenances et le rang social. A l'époque, quand on aime, on le fait éperdument ou en silence. La retenue conjuguée à la passion. Jane Austen a su conjuguer élégance et frivolité, délicatesse et complexité des nœuds et des liens qui se font, et se défont, dans un livre qui fait partie de ma bibliothèque fétiche. Découpé en tranches de vie tour à tour dramatiques, ou tendres, le roman s'articule surtout sur nos deux héroïnes principales, Marianne, la jeune idéaliste passionnée, qui vibre à chaque seconde et sur tous les tons, et Elinor, douce, discrète et plus modérée. Deux sœurs, aussi différentes l'une de l'autre, qu'unies par une même volonté d'aimer et d'être aimées en retour. Elinor n'ose avouer ses sentiments par peur d'être repoussée, alors que Marianne les affiche fougueusement sans se soucier du retour de bâton. Tout sonne juste, le style d'écriture est en lui-même vraiment magnifique, et exhale un doux parfum de nostalgie bucolique propre à nous transporter plus de 200 ans auparavant.
    Qu'il est doux de pouvoir apprécier pleinement de telles œuvres, pleines de tact et de vérité cachée sous le vernis.
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    • Livres 4.00/5
    Par afleurdemots, le 24 septembre 2013

    afleurdemots
    Après le décès du dernier descendant Dashwood, son neveu, Henry Dashwood, sa femme et ses trois filles se voient privés de leur héritage au profit de John Dashwood, le fils d'Henry, né d'une première union (et déjà considérablement fortuné).
    Avant sa mort, Henry Dashwood fait promettre à son fils de prendre soin de sa belle-mère et de ses trois demi-soeurs, notamment en leur assurant une certaine sécurité financière leur permettant une vie décente. Ces dernières se retrouvant, faute d'héritage, dans une situation financière particulièrement délicate. C'est sans compter sur l'avarice et la force de Persuasion de Fanny, l'épouse de John qui convainc ce dernier qu'il ne leur doit rien ou du moins pas grand chose.
    De surcroît, Henry et sa femme s'approprient rapidement la demeure familiale de Norland et Mrs Dashwood ainsi que ses trois filles supportant mal cette cohabitation imposée se retrouvent contrainte de trouver un nouvel hébergement. Sir John Middleton, un cousin de la famille leur propose alors de leur louer un cottage. A Barton cottage, les Dashwood rencontreront l'épouse de John, lady Middleton, la mère et la soeur de cette dernière (respectivement Mrs Jennings et Mrs Palmer ainsi que son mari), sans oublier Anne et Lucy Steele... Et surtout, Marianne fera la connaissance de John Willoughby dans des circonstances ô combien romanesques et en tombera éperdument amoureuse tandis que le colonel Brandon, un ami de Sir John, sera lui-même séduit par l'enthousiasme et la vivacité de Marianne. Elinor, quant à elle continuera à nourrir de profonds sentiments envers Edward Ferrars, le frère de sa belle-soeur, Fanny.
    Comme l'indique le titre, les soeurs Dashwood ont des caractères tout à fait différents. Elinor, l'ainé est une jeune fille posée, calme, réfléchie, et réservée, qui maîtrise ses sentiments. C'est une fille raisonnable, sa mère n'hésitant pas d'ailleurs à lui demander conseil. Intelligente, intègre, pleine de tact, généreuse, elle sait garder son sang-froid et prend énormément sur elle pour ne pas blesser les gens qui l'entourent et préserver sa soeur.
    A l'inverse, sa soeur cadette, Marianne, est impulsive, incapable de maîtriser ses émotions, n'agit que selon son coeur. Elle a des idées préconçues sur l'amour et sur les gens qui vont être mis à mal tout au long de l'intrigue.
    Les deux soeurs vont ainsi voir leurs sentiments amoureux mis à rudes épreuve et chacune va réagir de façon différente aux obstacles qui vont tour à tour se dresser devant elles. Alors qu'Elinor va affronter les aléas avec dignité et sang-froid, sa soeur Marianne qui va voir son rêve du grand amour et tous ses préjugés s'écrouler va peu à peu se noyer dans son chagrin.
    On remarque assez rapidement que l'auteure a décidé de nous présenter l'intrigue plutôt du point de vue d'Elinor, un personnage que j'ai beaucoup apprécié et admiré pour sons sang-froid, son sens des valeurs, son pragmatisme… et c'est terrible de voir toute l'attention se porter sur Marianne qui se morfond sur son sort tandis qu'Elinor qui doit elle aussi faire face à ses propres déboires sentimentaux, affronte tout ça en silence et avec un sang-froid incroyable. Et non seulement, elle gère ses propres soucis mais en plus, elle fait passer ceux de sa soeur en priorité.
    Sur le style, difficile de chroniquer ce livre sans faire de comparaison ou de parallèle avec « Orgueil et préjugés » qui avait été un véritable coup de cœur pour moi.
    « Raison et Sentiments » est le deuxième livre de Jane Austen que je lis (mais publié avant « Orgueil et préjugés ») et autant dire qu'avec le premier, elle avait mis la barre haute.
    J'ai été ravie de retrouver la plume pleine de vie de Jane Austen, l'ambiance victorienne, une palette de personnages toujours aussi variée, et leurs déboires sentimentaux qui nous font vibrer su début à la fin sans qu'on sache avant la dernière page qui va finir avec qui!
    Je dois avouer, que selon moi, « Raison et Sentiments » est un cran au-dessous d' « Orgueil et préjugés » mais ça reste un excellent roman qu'on dévore avec plaisir!
    En effet, en comparaison de ce dernier, (désolé, j'étais obligée), les personnages m'ont semblé moins attachants et aux personnalités moins marquées; notamment les personnages masculins tels qu'Edward (limite transparent, passif, sans parler de son attitude… d'ailleurs il ne mérite selon moi pas du tout l'amour d'une fille comme Elinor) ainsi que Willoughby. Bref, heureusement que le colonnel Brandon relève un peu le niveau de ces messieurs…
    Outre les personnages, j'avais, dans « Orgueil et préjugés » aussi gardé en mémoire des scènes de bals renversantes, une atmosphère chaleureuse qui m'enveloppait toute ma lecture durant et que là encore, je n'ai pas spécialement retrouvée. L'intrigue avance surtout sur fond de dialogues, de conversations et d'évènements rapportés, ça manque un peu d'action « en direct » mais l'ensemble a un bon rythme le tout est loin d'être une déception!
    Concernant les dialogues, les scènes sont moins empreints d'humour bien qu'on retrouve ces petites pointes de sarcasme et d'ironie si désopilantes dans les descriptions mais néanmoins plus faiblement dosés.
    Moins conquise donc qu'avec « Orgueil et préjugés » mais dans la même verve que ce dernier qui est selon moi plus abouti. Ceci étant, je suis toujours aussi friande de l'univers et de la plume de Jane Austen !
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    • Livres 4.00/5
    Par Koneko-Chan, le 05 mai 2013

    Koneko-Chan
    Un livre qui me fait envie depuis un bon moment, mais je n'avais pas encore trouvé la force de le lire, ayant été assez déçue par le film, qui m'avait ennuyé à l'époque. Je n'en avais par ailleurs gardé aucun souvenir, cette lecture fut donc une totale redécouverte, bien plus agréable ! J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le livre dès le début, je retrouvai le même ennui que j'avais trouvé pour le début d'emma. Cependant, je me suis dit que c'était bien le style de Jane Austen, et comme pour emma, j'ai persévéré jusqu'à vraiment apprécier et dévorer le livre. On retrouve un peu ce qui a fait le succès d'Orgueil et préjugés, du moins pour moi : cette magnifique époque Géorgienne et l'aspect relationnelle mis en avant. Parce que voilà, quand on lit du Jane Austen, on ne doit pas s'attendre à lire tout un tas de dialogue et de description à la Tolkien. Non. On lit surtout une description complète et parfois complexe des différentes relations qui lient tous les personnages, allant de la belle-soeur insipide à la femme indifférente de Sir George Lucas, sans oublier de passer par la case focus en la personne de Lucy Steels (que je déteste cet odieux personnage !). Ça ce n'est que pour les personnages féminins. Et encore, je suis gentille ^^
    Donc, passé cet ennui du début, qui dure quand même une bonne partie du roman, les demoiselles Dashwood quittent le domicile familial pour un petit cottage . Elles s'adaptent facilement à leur nouvel environnement et se trouve entourées d'un voisinage charmant. C'est à partir de là que se situe l'action. Et l'apparition de Willoughby me semble être le déclencheur. En effet, on a affaire à un jeune homme très moderne et plein de vie, qui plait aussitôt à Marianne Dashwood. Tout semble rose pour eux, trop même... Willoughby est une sorte de Wickham, trop parfait pour être honnête, bien qu'il ait plus de mérite que l'autre, vu qu'il ne simule rien. Et puis, il est amené ailleurs et Marianne se complaint dans un amour inconditionnel qui finira par la faire flétrir, elle qui est encore dans la fleur de l'âge. Je dois avouer que j'ai eu beaucoup de mal avec ce personnage. Combien de fois ai-je eu l'envie de lui dire "mais ouvre les yeux espèce d'idiote, arrête de trouver des excuses à cet idiot de Willoughby là !!" ah là là et ça empirait à chaque fois.. Mais je dois avouer que je l'ai tout de même admirée d'avoir ainsi supporter toute cette peine, tout en essayant de faire passer le bonheur de sa soeur avant elle quand elle réalise combien celle-ci souffre.
    Parce que oui, Elinor, cette chère Elinor, souffre d'un amour perdu qu'elle pensait réciproque. Elle pour qui la raison domine essaie de faire de justes choix afin de ne pas entrainer son entourage - surtout sa soeur - dans sa souffrance. La pauvre, j'aurai tant aimé parfois qu'elle se confie et ne se borne pas à la droiture. Mais c'est son caractère et c'est ainsi qu'on l'aime. J'adore Elinor, et j'attachais beaucoup plus d'importance à son histoire avec Edward que Marianne et Willoughby. Après, il faut dire que je suis assez réservée, je me sens plus proche d'Elinor sur le point sentimental.
    Mais je n'ai pas encore parlé de mon personnage préféré ! le colonel Brandon ! Ce cher colonel. Ne serait-ce que parce qu'il est joué par Alan Rickman, je l'adorerais. M'enfin, il n'y a pas que ça, j'admire la beauté de son caractère et l'expérience de la vie qu'il a pu acquérir tot au long de ses périples. J'aime beaucoup l'amitié qui le lie à Elinor et l'attachement qu'il éprouve pour Marianne le rend tellement attachant ! Il est un peu le Mr Darcy de Raison et Sentiments, j'ai eu et j'ai toujours cette pensée. Lui aussi a eu sa période révélation ou on apprend que lui aussi a eu des différents avec un imbécile qui ne pense quà l'argent (enfin presque...).
    J'ai regardé et beaucoup plus apprécié le film après avoir lu ce livre ! Après Orgueil et préjugés et emma, Jane Austen m'a une fois de plus convaincue et il me tarde de lire ses autres livres (que je vais sans doute chaparder à ma soeur, aussi passionnée par cette grande femme que moi). J'ai déjà lu Lady Susan aussi, un court roman épistolaire mais j'ai moins aimé...

    Lien : http://miyu-neko.blogspot.fr/2013/05/raison-et-sentiments.html
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 24 décembre 2007

    Woland
    Sense & Sensibility
    Traduction : Marcelle Sibon
    Henry James et Virginia Woolf l'ont célébrée à l'envi : il faut bien admettre que Jane Austen ne ressemble à personne lorsqu'elle s'avise de disséquer la société dans laquelle elle est née. Ses dialogues, qui dissimulent autant qu'ils en disent, sont de véritables chefs-d'oeuvre, aussi travaillés que ceux - d'un tout autre genre mais eux aussi britanniques - de P.G. Wodehouse.
    Pourtant, le monde qu'elle n'a cessé de dépeindre dans ses livres demeure un monde aussi clos que celui que l'on rencontre dans les Romans dits "à l'eau de rose" ou encore "pour jeunes filles de bonne famille." Les valeurs qu'elle défend, force morale, discrétion, réserve, bonne éducation, on les retrouve par exemple chez des auteurs plus humbles, comme Delly en France. Un même parallèle peut s'établir quant aux thèmes repris, plus nettement féeriques chez Delly mais qui, chez Austen, descendent eux aussi des histoires de jeunes filles mal aimées ou méconnues qui, pourtant, finissent un jour par atteindre au bonheur.
    Dans "Raison & Sentiments", qui fut son premier ouvrage de grande ampleur, le lecteur assiste au véritable parcours du combattant qui attend Elinor Dashwood, jeune fille de bonne mais modeste famille, amoureuse du fils aîné de Mrs Ferrars, vieille femme de caractère snob et méprisant qui s'oppose, bien entendu, à tout mariage considéré par elle comme inférieur à La Condition et à la fortune de son fils Edward.
    Comme si cela ne suffisait pas, la pauvre Elinor, à la suite d'un concours de circonstances que je vous laisse découvrir, est prise comme confidente par Lucy Steele, laquelle affirme être fiancée secrètement à Edward depuis que celui-ci a séjourné chez son père.
    Vous imaginez le martyre ? ...
    Mais un martyre bien entendu subi dans la plus grande dignité par la sage et très raisonnable Elinor.
    En contrepoint, sa soeur cadette, Marianne, laisse parler ses sentiments envers le beau mais tout aussi libertin Willoughby. Marianne est en effet une nature excessive et l'on peut voir en elle une caricature très fine des sentiments romantiques de l'époque qui prenaient alors leur essor - Jane Austen mourut en 1817, probablement des suites De la maladie d'Addison, sur laquelle on n'avait pas encore mis de nom.
    Surviennent évidemment la découverte des véritables intentions de Willoughby - épouser une fille fortunée - puis la dépression de Marianne et son repli sur soi. Si elle souffre en silence, nul ne peut en tous cas ignorer sa douleur tant celle-ci est visible. Jusque dans le malheur, les deux soeurs sont aux antipodes l'une de l'autre et il faudra près de 370 pages en édition de poche pour que la cadette comprenne toute la grandeur de l'attitude de sa soeur.
    Comme toujours chez Austen, les seconds rôles sont irremplaçables : Mrs Jennings, qui nous apparaît tout d'abord comme une insupportable bavarde mais nous révèlera peu à peu une nature attachante et généreuse ; son beau-fils, sir John Middleton, petit hobereau brouillon mais sympathique ; ses deux filles, lady Middleton et Charlotte Palmer, toutes deux sottes comme des oies mais chacune dans un registre différend ; le dévoué colonel Brandon et, telles deux cerises d'un rouge agressif sur une montagne de crème, Mr et Mrs John Dashwood, demi-frère et (demi-)belle-soeur d'Elinor et Marianne. C'est à eux que Jane Austen a confié l'ouverture du roman, en un dialogue (chapitre 2) allègre et grinçant où elle dénonce pour la première fois le triste sort qui était fait à son époque aux veuves et aux filles laissées sans grand héritage par leur père.
    Avec "Orgueil et Préjugés" et sans doute "Northanger Abbey", "Raison & Sentiment" reste à mes yeux le plus plaisant des six Romans achevés par Jane Austen dans sa courte vie. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par letteratura, le 25 mai 2011

    Chère Mademoiselle,

    Je viens d'avoir l'honneur de recevoir votre lettre et vous prie d'accepter en échange mes sincères remerciements. Je suis navré d'apprendre qu'il ait pu y avoir quelque chose dans ma façon d'agir hier soir qui n'ait pas rencontré votre approbation? Bien que je sois dans le grand embarras pour découvrir par quel détail de mon comportement j'ai pu avoir le malheur de vous offenser, je vous conjure de me pardonner, ce qui, je vous l'assure, s'est produit sans aucune mauvaise intention de ma part. Je ne penserai jamais aux relations que j'ai eues autrefois avec votre famille dans le Devon sans les sentiments les plus vifs de plaisir et de gratitude, et je me flatte qu'ils n'auront point à disparaître sous l'effet de quelque méprise ou de quelque interprétation erronée de mes actions. L'estime que je porte à tout votre famille est des plus sincères. Mais si j'ai eu le malheur de donner à croire davantage que je ne ressentais ou que je ne cherchais à exprimer, je me reprocherai de ne pas avoir été plus circonspect dans la manière dont j'ai fait connaître cette estime. Que j'aie jamais voulu laisser entendre davantage est une chose dont vous reconnaîtrez l'impossibilité quand vous comprendrez que mon coeur est depuis longtemps promis à une autre et que beaucoup de semaines ne s'écouleront pas avant que cet engagement soitjane austen,raison et sentiment,sense and sensibility,lettre,letter,marianne,willoughby tenu. C'est avec beaucoup de regrets que j'obéis à vos ordres de retourner les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser et la mèche de cheveux que vous m'avez si obligeamment accordée.

    Je suis, chère Mademoiselle, votre très obéissant et très humble serviteur,

    John Willoughby"
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  • Par Morgouille, le 22 juin 2009

    — Quatre mois ! et cependant vous l’aimiez !
    — Oui, mais je n’aime pas que lui, et, le bonheur des autres m’étant cher, j’étais heureuse de leur épargner le spectacle de mes souffrances. Maintenant, je ne veux pas que vous vous inquiétiez à cause de moi, car je vous assure que je ne souffre plus vraiment moi-même. J’ai, pour me soutenir, beaucoup de choses. J’ai conscience de n’avoir provoqué ma déception par aucune imprudence et je l’ai supportée de mon mieux sans l’augmenter. Je n’impute à Edward aucune faute véritable. Je voudrais qu’il fût très heureux. Et je suis sûre qu’il fera toujours son devoir, que, bien qu’il puisse ressentir en ce moment quelque regret, je pense qu’à la fin cela pourra s’arranger. Lucy ne manque pas de bon sens et, sur ce fondement, on peut bâtir beaucoup de bien. Et, après tout, Marianne, quand on réfléchit à ce qu’il y a d’admirable dans l’idée d’un attachement constant et unique, et quand on imagine tout ce qui est inclus dans cette idée que le bonheur d’une personne dépend entièrement d’une autre, n’est-il pas concevable, n’est-il pas possible qu’il en soit ainsi ? Edward épousera Lucy et il épousera une personne supérieure physiquement et moralement à la moitié de son sexe ; et le temps et l’habitude l’amèneront à oublier qu’il ait jamais pensé à une autre qui valait mieux qu’elle.
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  • Par iarsenea, le 09 juillet 2012

    - Il ne faut pas chercher trop loin, Marianne. Rappelez-vous ; je ne connais rien au pittoresque et je vous choquerai par mon ignorance et mon manque de goût si j'en viens au détail. Je dirai des collines qu'elles sont escarpées alors qu'il faudrait les qualifier d'imposantes ; du relief, qu'il est étrange et bizarre tandis que vous le qualifierez de sauvage et de romantique ; des lointains qu'ils sont hors de vue au lieu d'être fondus dans une molle brume. Il faut vous contenter de l'admiration que je puis honnêtement vous offrir. Je trouve ce pays tout à fait à mon goût. [...] Je n'ai pas l'âme d'un peintre.
    - J'ai peur que ce ne soit que trop vrai, dit Marianne ; mais pourquoi vous en moquez vous ?
    - Je soupçonne, dit Elinor, que, pour éviter un genre d'affectation, Edward tombe ici dans un autre. Parce qu'il est persuadé que beaucoup de gens affichent plus d'admiration pour les beautés de la nature qu'ils n'en ressentent réellement, et que leur prétention l'irrite, il affecte une plus grande indifférence et moins de perspicacité à les découvrir que ce n'est réellement le cas. Il est délicat et veut avoir son genre d'affectation personnel.
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  • Par Lea25, le 15 janvier 2013

    Je me suis souvent surprise moi-même à faire ce genre d'erreur, dit Elinor, à me méprendre sur quelque aspect d'un caractère; on s'imagine que les gens sont plus gais ou plus graves, plus ingénieux, plus stupides qu'ils ne le sont en réalité, et il est difficile de dire comment et en quoi l'erreur a pris naissance. Parfois, on se fonde sur ce qu'ils disent eux-même et, plus fréquemment, sur ce qu'en disent les autres, sans se donner à soi-même le loisir de réfléchir et de juger.
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  • Par wictoria, le 17 avril 2010

    Elinor ne répondit rien. Elle méditait silencieusement sur le mal irréparable qui découlait d'une indépendance prématurée. La paresse, la dissipation, le luxe qui en avaient été la conséquence avaient anéanti l'esprit et le caractère, détruit le bonheur d'un homme doué de tous les avantages du corps et de l'esprit. Avec des dispositions naturelles à la franchises et à l'honnêteté et un coeur sensible et aimant, le monde l'avait rendu d'abord extravagant et vain; et, peu à peu, insensible et égoïste. La vanité, en lui faisant rechercher un triomphe coupable aux dépens d'une autre, l'avait mis sur la route d'un amour sincère que son emportement vers les plaisirs l'avait forcé à sacrifier. Chaque concession en l'inclinant vers le mal l'avait également conduit au châtiment. L'amour qu'il avait volontairement repoussé contre son honneur, son propre sentiment et son véritable intérêt, le possédait tout entier, maintenant qu'il lui était interdit.
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