j'ai été intriguée et émue par ce Monsieur Blank, vivant une expérience extrême, et ne s'en sortant pas.
Il est confronté à la vieillesse, à l'amnésie, à la maladie, à l'enfermement, et il s'accroche comme un beau diable à la quête de sens pour sa vie.
Il se hisse à sa triste réalité, réduite au strict minimum, et prend conscience qu'il n'a peut-être même plus la force de l'explorer dans son entier.
Y-a-t-il une porte, un placard ? Il se rend compte qu'il ne l'a peut-être pas encore remarqué...
Une seule chose semble maintenir son désir d'exister : le bureau, sur lequel est posé un manuscrit qui lui fait peur mais auquel il arrive à se confronter courageusement, et des photos, sur lesquelles il tente de reconstituer l'histoire qu'a du être sa vie.
Dans le scriptorium, il voit des mots écrits sur des bandelettes et qui disent ce que sont les choses qui l'entourent. Sans ces "pense-bêtes", serait-il encore capable de les appréhender ces objets qui sont sa réalité ?
Où est-il, Que fait-il ? Qui a-t-il pu bien être ?
Nous le suivons dans cette quête désespérée qui le maintien en vie mais nous comprenons bien qu'il ne peut pas arriver au bout. Il est soumis à un étrange protocole de soins qui le laisse hagard à cause des médicaments administrés.
D'ailleurs, est-ce un soin ou une punition ? et si c'est une torture, de quoi l'accuse-t-on ? et que veulent ils savoir ?
Nous comprenons bien que les personnages qui viennent soit le réconforter, soit le questionner sont des héros de romans. Ils ont pris chair alors que celui qui leur a donné vie est en train de disparaître.
Son existence se réduit à être l'objet d'un texte écrit consignant le plus méticuleusement possible ses moindres gestes, bruits, paroles et réactions. Ce "rapport" est rédigé à partir d'une monstrueuse installation qui le filme et l'enregistre en permanence dans sa cellule blanche...
Cette construction en abîme m'a intriguée.
J'ai été touchée par ce questionnement qui nous donne à tous le vertige : qui nous encre dans la réalité ? le mot ou la chose ? le signifiant ou le signifié ? l'évènement ou le récit ?
L'écrivain est-il celui qui crée le vide entre les deux au risque de s'y perdre ?
Mais je m'égare sans doute un peu là... Il y a beaucoup de choses dans ce roman qui m'ont complètement échappées, et donc je vous renvoie aux excellents billets des uns et des autres, que je cite en bas de page.
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/04/dans-le-scriptorium-paul-auster.html