Monsieur Vertigo tranche quelque peu avec les autres romans d'Auster, car ce dernier, et notamment, avec sa Trilogie new yorkaise, privilégie plutot l'intimiste et le contemporain auxquels il agrémente un peu de merveilleux. Rien de cela dans Monsieur Vertigo. Dans cette saga qui suit, du début des années 20 à la fin des années 1980, la vie d'un jeune garçon, Walter, né dans le dénuement le plus complet et qui va se réveler aux yeux du public grâce à un homme. Ce dernier, dénommé, Maître Yéhudi
Mr Vertigo voudra coute que coute lui faire déveloper ce don qu'il a senti chez lui dès les premiers instants de leur rencontre : le pouvoir de voler et tutoyer les oiseaux et les anges, par la lévitation transcentale.
On voit donc que l'ambition de
Paul Auster est à la fois de nous raconter une fable à la Grimm ou à la Andersen, mais également, dans le même récit, de nous narrer l'histoire des états Unis à la façon de
Mark Twain ou Steinbeck.
Et la réussite est, selon moi, à la hauteur du défi, tant la lecture de Monsieur Vertigo est un vrai enchantement et un plaisir à différents niveaux.
Celui, en premier lieu, de faire connaissance avec des personnages haut en couleurs : Maitre Yehudi évidemment, qui parait d'abord comme un gourou sans scrupule et qui, à la fin de l'épopée, paraitra comme un père spirituel à la sensibilité exacerbée, mais aussi Maman Sioux et Eusope, personnalités hors du commun que rencontrera Walter au cours de sa destinée.
Suivre les traces du jeune Walter, c'est aussi aller à la rencontre de cette Amérique mythique, gangrenée par la violence et le racisme, mais qui est aussi une terre d'asile des laissés-pour-compte. Pays de tous les contrastes et de tous les possibles, dans lequel un jeune garçon peut renaître plusieurs fois de ses cendres, nonobstant les coups du sort qui se dresseront sur sa route, tel le fameux Phénix.
Tout cela est absolument passionnant, car pourvu d'une intensité dramatique dans les situations et dans les personnages qui possèdent une consistance et une sincérité extraordinaire.