ISBN : 9782742799343
Éditeur : Actes Sud (2011)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.74/5 (sur 66 notes) Ajouter à mes livres
Peuplé de personnages qui sont autant d’écorchés vifs sur la scène pleine de bruit et de fureur du complexe roman familial qui les rassemble, Sunset Park explore les capacités de dévastation des traumatismes enfouis lorsque ces derniers viennent, de surcroît, à se trouv... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Lulu_Off_The_Bridge, le 04 novembre 2011

    Lulu_Off_The_Bridge
    Exilé volontaire hanté par la mort de son demi-frère, piocheur de souvenirs dans les maisons abandonnées pendant la crise des subprimes, Miles Heller se voit contraint se rentrer à New York, qu'il a fui sans laisser d'adresser sept ans auparavant. Incapable de revenir vers ses parents, il élit domicile dans une maison vide de Brooklyn en compagnie de trois autres errants, largués, ballotés, comme lui et dont le drame est d'aller de l'avant sans revenir en arrière, de faire la paix, de demander pardon. Ellen, l'artiste peintre raté hyper-émotive reconvertie en agent immobilier qui tente de renouer avec sa vocation, Bing, sorte de grand prophète du pauvre autoproclamé, Alice thésarde fauchée et mal aimée, et puis à l'arrière-plan, un père en lambeaux qui attend le retour de son fils. Roman-choral couleurs fin d'automne, Sunset park pose la question de l'Après : et maintenant, quoi ?
    J'ai mis longtemps à le lire, très, très longtemps, alors que je lis très vite au contraire et que l'écriture dense et ramassée d'Auster incite à l'immersion totale. Deux mois, au lieu de deux jours, un record. Je me suis souvent arrêtée et j'ai beaucoup pensé, j'ai essayé de mettre en forme, de repêcher ce que je savais déjà, de voir d'un œil neuf. Essayé d'être intelligente. Non que le texte soit ardu, loin de là, même. Poursuivant ses (légères) innovations structurelles de ces dernières années, Auster opte pour une narration-choral, un chapitre par personnage, tout au discours indirect, beaucoup de sommaires, peu de scènes. Rien de stylistiquement sidérant ou particulièrement innovant. Fait nouveau, des tics de langage et d'écriture dont la répétition qui lassent un peu, faciles, clinquant. Et du sexe, ça aussi, c'est nouveau ou bien j'ai mauvaise mémoire, la présence corporelle des gens, les doutes, les frustrations ou la plénitude, des actes, des images. Sans voyeurisme, sans dissertation, juste les choses comme elles sont.
    Bref, de quoi s'agit-il ?
    Un groupe de gens un peu paumés, pas mal secoués, se retrouvent par hasard et pour quelques mois dans une maison abandonnée de Brooklyn. En arrière-plan, la crise de 2008, mais loin, très loin, à peine une ombre, et le monde qui s'effondre. Un fils prodigue, en fil conducteur, catalyseur. Et voilà.
    Et c'est le roman le plus triste que j'ai lu depuis longtemps. Peut-être pas le meilleur, mais je suis assez peu émotive et c'est le genre de chose qui mérite d'être notée, toute cette tristesse qui se communique.
    D'un côté, le monde : des maisons perdues, des quartiers vides qui rendent les gens avides et amers. La culture qui prend l'eau, ce culte de l'éducation, de l'Université, du savoir si cher à l'auteur, de l'élitisme nécessaire qui se désagrège – faillite du cinéma indépendant, faillite de l'édition, faillite de la pensée tout court à travers le personnage d'Alice et de l'association PEN qui lutte pour la relaxe des écrivains dissidents chinois, iraniens, cubains. Au final, c'est l'Amérique rêvée qui se voit menacée d'enlisement et Auster dresse un parallèle insistant avec un film de l'âge d'or, Nos plus belles années. L'Amérique de Sunset park est un monde d'après-guerre, en mal de héros. Ils ne cessent de mourir, les héros, ces héros austeriens typiques que sont les joueurs de baseball d'antan dont Miles et Morris Heller lisent chaque jour les rubriques nécrologiques. Un par un, les piliers tombent, avec eux les légendes, les histoires. Il est d'ailleurs symptomatique que ce roman mette très peu New York en scène, contrairement à l'usage de l'auteur amoureux de sa ville. de Brooklyn ne survivent que des ombres, des fantômes (la maison est adossée à un petit cimetière, par exemple), une sorte de brume de mauvais réveil qui colle aux semelles.
    De l'autre côté, des errants. Ni ici, ni ailleurs, en transit dans leurs propres vies, et tous n'auront pas de réponse, ni gain de cause. Tous ne briseront pas leurs cercles vicieux. Je crois que Sunset park est un roman du passage, du doute. « Perte de repères » est un peu simpliste. Roman d'un homme qui vieillit, également, et se sait bien moins optimiste. Les héros de Paul Auster sont toujours un peu en quête, toujours tributaires du hasard, de l'instant qui trébuche. On retrouve un certain nombre de thèmes austériens, le baseball comme je l'ai dit, le hasard, la filiation, l'errance, mais comme de pâles reflet d'eux-mêmes. Privés de dynamique, peut-être. Arrêtés. Comme si le roman tout entier était privé de moteur, à l'instar de ces personnages. Il y a de jolis parcours personnels, celui d'Helen par exemple, et des moments drôles – toutes proportions gardées – et des personnages attachants (j'ai personnellement un faible pour l'Ours de la maisonnée, Bing Nathan, ami indéfectible de Miles, résistant, comme un rocher face au vent). Mais la symphonie est d'un gris de brume.
    Le temps qui passe, les générations qui s'étiolent, les choses qui ne sont plus mais dont le spectre demeure, que c'est triste tout cela... Sans « pathos » particulier, sans propos novateur, non plus, juste des détails poignants, des rencontres ratées, des silences. le tout engouffré dans une narration compacte qui laisse peu de place aux respirations. Je ne voudrais pas décourager les lecteurs potentiels, cela dit. Je ne sais pas du tout, au final, si le roman plaît aux fans de l'auteur, ceux qui maîtrisent vraiment le sujet, je veux dire. Et je ne sais pas non plus s'il constitue une bonne porte d'entrée dans l'univers de Paul Auster. Je me sens juste un peu plus triste et un peu plus riche après l'avoir fini.

    Lien : http://luluoffthebridge.blogspot.com/2011/11/book-freak-sessions-pau..
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    • Livres 3.00/5
    Par cprevost, le 20 décembre 2011

    cprevost
    Cela m'arrive plus souvent qu'à mon tour de gouter un peu de guimauve littéraire. Cela s'étire dans ses sucres, cela poisse énormément mais c'est à chaque fois sans déplaisir et sans raison que j'avale cette sacrée mixture.
    Miles Heller, ex brillant étudiant, hanté par sa possible responsabilité dans la mort de son demi-frère et en rupture de ban d'avec son excellente famille, fait dans le déménagement de maisons abandonnées. Ellen, artiste peintre hyper émotive et subissant les affres de la création, est agent immobilier. Alice, thésarde fauchée mais travailleuse, mal aimée mais intellectuelle prometteuse, sévit dans le secrétariat. Enfin, Bing, percussionniste génial réunit tout ce petit monde dans un squat à Sunset park. Tous ces jeunes gens redonnent littéralement vie à la vielle bicoque vermoulue. Leurs regards poétiques portés sur le cimetière voisin, la peinture sur les murs, l'énorme nettoyage, les toiles qui s'entassent, les livres qui s'empilent, les manuscrits qui trainent redonnent aux lieux une âme. C'est une véritable aubaine pour ce quartier déshérité. Ils sont intelligents, jeunes, créatifs, beaux, bobos et en pleine santé. Un peu trop de sucre ? Allez, encore quelques cuillères à soupe. La famille de Miles, fils prodigue, est elle aussi foormidable. La mère, une actrice très célèbre, remporte un immense succès en jouant, excusez du peu, « Oh les beaux jours » de Samuel Beckett. La belle-mère est professeur de lettres anglaises à l'université de New York. Morris Heller le père, doté d'une grande sensibilité littéraire et accessoirement d'une famille fortunée, a créé sa propre maison d'édition. Il est l'ami de grands écrivains. Bon père, bon mari qui a cependant trompé sa femme. [A ce propos, « Sunset park » est également une réponse de Paul Auster au roman de son épouse, Siri Hustvedt. « Un été sans les hommes » raconte l'histoire d'une femme trompée par son mari. Naturellement, vivre par procuration ces scènes de ménage d'écrivains célèbres est inintéressant au possible]
    La raison de vivre des personnages c'est eux-mêmes. Morris ne supporte Pas la génération de sa mère, celle de la dernière guerre qui, au nom de l'intérêt général, ne se plaint jamais. Rassurons-nous, les générations qui ont suivi et l'écrivain lui-même ont largement rattrapé le terrain perdu ! Les maisons abandonnées pendant la terrible crise des « subprimes », Miles ne se contente Pas d'utiliser ses superbes muscles de lanceur de baseball pour les vider, il met aussi à profit son indéniable sensibilité d'artiste pour photographier les objets abandonnés à la suite des expulsions. La crise intériorisée comme œuvre d'art, ne doutons Pas que cela fera un jour l'objet d'une exposition géniale dans un quartier chic de New York et d'une publication non moins luxueuse dans la maison d'édition de Papa. Les écrivains persécutés dans le monde, c'est certes une cause un peu gagnée d'avance pour ces jeunes bohèmes newyorkais, mais c'est aussi un noble idéal qui permet à Alice, la forte en thème, de s'identifier parfaitement à ces artistes martyrisées. C'est mou, très collant mais impossible de résister, on replonge inévitablement la main dans le paquet de friandises pour le happy end. Miles presque trentenaire reprend ses études et retourne chez Papa (nous voilà rassuré) ; Ellen a trouvé sa voie (le Porno artistique) ; Alice a terminé sa thèse et fera dans l'humanitaire (Le Pen club) ; Bing enfin part en tournée. Tout est bien qui finit bien.
    Paul Auster écrit joli comme d'autres peignent impeccablement des fleurs en pot. Chacun des premiers chapitres est consacré à un personnage, les derniers en réunissent plusieurs ; des thèmes récurrents – Disparitions des vedettes du baseball, film réalisé en 1946 par William Wyler – sont des Passerelles entre certains des protagonistes du roman, ils disent joliment la fuite irrémédiable du temps. Pas vraiment de révolution stylistique mais des recettes bien éprouvées. L'auteur tente bien d'innover un peu avec des again sans fin entre Miles et sa petite amie. Quelques taches de couleur, des motifs géométriques prétentieux introduits à la hâte mais avec cent ans de retard ne font Pas, je crois, d'un artisan honnête, un artiste.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par litolff, le 21 novembre 2011

    litolff
    Paul Auster est décidemment un chouchou des médias, dès qu'un de ses livres sort, les critiques de la presse se précipitent ignorant des tas d'autres romans passionnants d'auteurs moins connus… et j'avoue que cet engouement me laisse un peu perplexe…
    J'ai lu 5 ou 6 livres de Paul Auster mais j'ai du mal à savoir lesquels car si je les lis en général sans déplaisir, je les oublie également assez vite (à part le voyage d'Anna Blume et Moon Palace, les premiers que j'ai lus).
    Je ne sais pas si Sunset park me restera en mémoire… car si j'ai lu celui-ci encore sans déplaisir, je dois faire partie des lecteurs inattentifs ou trop pressés stigmatisés par Télérama qui n'ont pas décelé le bijou ou le chef-d'œuvre annoncé. D'abord, pour apprécier pleinement ce roman, il faudrait se plonger dans l'histoire et les règles du baseball, ce qui permettrait d'apprécier la vingtaine de pages qui y sont consacrées et auxquelles le lecteur français ne comprend en général pas grand-chose. Il faudrait également visionner auparavant « Les plus belles années de notre vie », film réalisé en 1946 par William Wyler qui a remporté 10 oscars en 1947 et qui raconte la démobilisation de trois soldats américains : ce film revient en fil rouge tout au long du roman et forcément, c'est mieux si le lecteur l'a vu avant !
    En dehors de ces deux détails qui ne gêneront pas tout le monde, j'ai bien aimé cette histoire mélancolique qui met en scène un jeune homme rongé par la culpabilité à cause d'un acte commis consciemment ou pas dans sa jeunesse, et qui décide de rompre avec sa famille le temps de remettre les choses à plat, sur fond de crise économique et morale. Miles coupe les ponts avec New York, son père et sa belle-mère, sa mère, actrice à succès, et après une errance de 7 ans, rencontre Pilar, une jeune fille encore au lycée, une mineure dont il tombe éperdument amoureux et dont la sœur ainée le menace de chantage. Tout cela l'amènera à Sunset park, à Brooklyn, un squatt délabré qu'il partagera avec trois jeunes gens un peu déboussolés, qui ont du mal à se retrouver dans l'absence de valeurs ambiante, en mal d'expression, de logement et de moyens…
    Mélancolique et assez pessimiste…
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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 20 février 2012

    le_Bison
    « Sunset park » est un lieu, vide et délabrée, avec vue sur le cimetière abandonnée. Un endroit squatté par nos 4 protagonistes principaux au centre d'une histoire où chacun porte en lui ses propres et profondes blessures. Cette bande des 4 ont au moins un truc en commun, celui de ne plus avoir foi en soi ni en quoi (ou qui) que ce soit. Nathan Bing, grand organisateur et fondateur d'un « hôpital des objets cassés », le rebus d'une société de consommation voué à la casse et à l'oubli. Alice qui fait une thèse cinématographique dont le sujet unique est un vieux film des années 50, « Les Plus Belles Années de notre vie », film de William Wyler, qu'elle considère comme l'emblème d'une Amérique brisée par les guerres et par la violence. Ellen qui cherche dans la peinture et le dessin une façon de ne pas mourir, une issue pour échapper vers sa voie qui à coup sûr la mènera vers nulle part et qui dessine des nus, des pénis en érection et de vagins en gros plan. Et puis, le dernier à rejoindre la bande, Miles Heller, le « héros » central de cette aventure qui vagabonde depuis sept années sans donner signe de vie à sa famille et qui n'a entretenu qu'une correspondance avec Nathan, un vague camarade de faculté d'antan. Miles a quelque chose à se reprocher, et sa culpabilité l'a conduit à fuir et tout quitter, pour justement ne pas oublier et tenter de se reconstruire pour selon ses propres termes « devenir meilleur ».
    Autour de ces 4, je retrouve le père de Miles, Morris Heller, et sa belle-mère qui l'a certainement plus élevée que sa propre mère, Mary-Lee Swan. Morris est à la tête d'une maison d'édition. Mary-Lee est devenu une grande actrice de cinéma, sitcom et théâtre… Sur fond de crise (crise de l'Amérique et crise de l'édition), tous ces personnages vont tenter d'avancer, de se surprendre, d'oublier les blessures. Et comme toujours avec Paul Auster, je regrette que le livre s'achève aussi vite, comme toujours j'ai envie que le roman se prolonge et s'étire éternellement. Je n'ai pas envie de mettre une fin à ses romans, je n'ai pas le cœur à tourner la dernière page car cela signifie pour moi, la fin de quelque chose, alors que j'étais si bien dans cette histoire. Et je me dis à chaque fois, comment est-ce que je pourrais arriver à jeter deux-trois phrases sur le sujet, comment pourrais-je intéresser d'autres personnes à un auteur qui me plonge dans un univers si personnel et qui engendre de telles émotions que j'ai presque envie de les garder égoïstement pour moi…

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=2009
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    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 22 mars 2012

    Corboland78
    Paul Auster est un écrivain américain né le 3 février 1947 à Newark, New Jersey, aux États-Unis. Une partie de son œuvre évoque la ville de New York. D'abord traducteur de poètes français, il écrit des poésies avant de se tourner vers le roman. Il travaille également pour le cinéma. Il réside maintenant à Brooklyn et Sunset park est son dernier roman paru.
    Miles Heller vingt-huit ans, personnage principal du roman, cache en lui une angoisse tue depuis la mort accidentelle de son demi-frère Bobby dont il se sent coupable, alors qu'ils étaient à peine adolescents. Abandonnant famille et études, il travaille en Floride au déblaiement des maisons abandonnées par les épargnants victimes de la crise économique. Un beau jour il tombe amoureux de Pilar, une jeune fille encore mineure d'origine Cubaine, qui vit avec ses deux autres sœurs. « Notons ici, pour mémoire, que Miles n'est pas quelqu'un qui fait spécialement une fixation sur des jeunes filles ». Victime d'un chantage portant sur sa relation avec Pilar risquant de l'envoyer en prison, il quitte la Floride pour revenir à New York, à Brooklyn dans le quartier de Sunset park, pour vivre en communauté avec un ancien camarade, Bing Nathan, le seul avec lequel il ait gardé un contact et qui squatte une petite maison avec deux jeunes femmes. Désormais plus proche de ses parents, géographiquement parlant, va-t-il prendre l'initiative de renouer avec eux ?
    Les romans de Paul Auster sont toujours pleins de personnages qui se croisent, s'éloignent, mènent leur vie dans leur coin tout en interférant les uns avec les autres. Ce roman n'échappe pas à ce procédé narratif qui entraîne le lecteur dans des digressions nombreuses mais savamment orchestrées par l'écrivain. Tous ont des problèmes de toutes sortes, Miles trimballe son fardeau de culpabilité, Pilar est confrontée à la vénalité de sa sœur aînée, les parents de Miles divorcés, se sont remariés et vivent tant bien que mal leur vie avec le secret espoir de revoir leur fils un jour tout en se coltinant les tracas du quotidien, pour son père éditeur, des problèmes financiers, pour sa mère actrice, le retour à la scène. Son ami Bing Nathan à l'origine du squat, « rêve de forger une réalité nouvelle sur les ruines d'un monde qui a échoué » et ses colocataires, Alice qui écrit une thèse sur les rapports entre hommes et femmes juste après la Seconde Guerre mondiale, Ellen artiste névrosée par sa solitude sexuelle, ceux-là aussi se démènent pour survivre au milieu de leurs angoisses existentielles et du mal-être qui les habite.
    Paul Auster mêle à ces destinées aux tourments intemporels, des faits précis et bien de notre époque, par petites touches discrètes. Décor de fin d'un monde qu'on pensait éternel, l'Amérique blessée (à mort ?), les Twin Towers évoquées par une ellipse « il pense aux bâtiments manquants, aux bâtiments qui brûlent et n'existent plus », la crise financière qui exproprie les plus faibles, les maisons encore meublées abandonnées dans l'urgence, les petits boulots pour survivre ou payer ses études, les loyers exorbitants…
    Un livre dense, peuplé de multiples vies qui souffrent, un roman choral et familial, celle du sang et celle du squat, où tous se mettent à nu avant de se clore sur cette pensée désabusée de Miles qui « se demande s'il vaut la peine d'espérer en un avenir alors qu'il n'y a pas d'avenir ». Un très beau roman, très sombre, car qu'y a-t-il de plus sombre que le manque d'espoir. Mais est-ce un roman ?
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Critiques presse (7)


  • Bibliobs , le 25 novembre 2011
    Dans un monde en voie de décomposition sociale avancée, on ne s'étonnera nullement de voir Paul Auster s'inquiéter, par personnages interposés, de la montée des injustices et des précarités. La vie peut-elle être réparée? C'est la question posée par un livre qui refuse le jetable en toutes choses - humains compris.
    Lire la critique sur le site : Bibliobs
  • LePoint , le 28 octobre 2011
    Sunset Park est bien un roman purement austérien, c'est-à-dire le lieu de relations complexes et de réflexions imbriquées au sein d'une histoire campée par de vrais personnages.
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  • Lexpress , le 20 octobre 2011
    Paul Auster réaffirme son habileté dans la construction, le récit, l'art de distiller du suspense. Il excelle plus que jamais à installer une atmosphère à la fois langoureuse et tendue. A donner corps à des personnages tous justes et incarnés qui avancent à contre-courant et luttent pour tenir bon.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeMonde , le 07 octobre 2011
    Entre ce début et cette fin, nous aurons suivi avec empathie cinq personnages liés à la vie de Miles Heller, chaque partie du roman épousant le point de vue et le langage de celui qui en est le centre, ce qui constitue une très belle réussite littéraire.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • Lexpress , le 19 septembre 2011
    A travers ces êtres "sans domicile", l'auteur de la Trilogie new-yorkaise brosse le portrait d'une génération flouée. Et signe un roman terriblement désenchanté, un requiem où il prophétise l'effondrement du vieux monde intellectuel - comme la maison d'édition du père de Miles, bientôt torpillée par la crise.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeSoir , le 12 septembre 2011
    Chronique de l'Amérique en crise économique et morale. Avec « Sunset Park », le romancier new-yorkais signe son roman le plus pessimiste.
    Lire la critique sur le site : LeSoir
  • Telerama , le 07 septembre 2011
    Si délicatement et pleinement maîtrisé, si peu spectaculaire ou criard qu'un lecteur inattentif ou trop pressé risquerait d'y voir un « petit » Auster, en demi-teinte. Alors qu'à l'opposé de cela, Sunset Park est à sa façon un bijou, un livre d'art, mélancolique et navré, empathique et humain.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par csapin, le 08 décembre 2011

    C'est le chevalier de l'indignation, le champion du mécontentement, le pourfendeur militant de la vie contemporaine, et il rêve de forger une réalité nouvelle sui les ruines d'un monde qui a échoué. Contrairement à la plupart des dissidants de son espèce, il ne croit pas à l'action politique. Il n'adhère à aucun mouvement, à aucun parti, il n'a jamais pris la parole en public et n'a aucun désir de conduire dans les rues des hordes en colère qui mettront le feu à des bâtiments et renverseront des gouvernements. Sa position est purement personnelle, mais s'il mène sa vie selon le principe qu'il s'est fixé, il est certain que d'utres suivront son exemple.

    Et donc, quand il parle du monde, il se refère à son monde à lui, à la petite sphère limitée de sa propre vie et pas au monde en général qui est trop vaste et trop délabré pour que Bing ait le moindre effet sur lui. Par conséquent, il concentre ses efforts sur des choses locales, particulières, sur les détails presque invisibles du quotidien. Nécessairement, il ne prend que de petites décisions, mais petites ne signifie pas toujours sans importance, et, jour après jour, il se démène pour se conformer à la règle fondamentale de son mécontentement : maintenir son opposition à l'état actuel des choses, résister au statu quo sur tous les fronts. Il soutient volontiers que depuis la guerre du Viêtnam - laquelle a débuté presque vingt ans avant sa naissance - le concept connu sous le nom d'Amérique a fait long feu, que le principe même de ce pays n'est plus viable, mais s'il y a bien quelque chose qui continue à unir les masses fracturées de cette nation défunte, si l'opinion publique américaine est encore unanime sur une idée, c'est sur sa croyance en la notion de progrès. Il prétend que cette opinion se trompe, que les avancées technologiques des dernières décennies n'ont en réalité fait que diminuer les possibilités de vie. Dans une culture du jetable engendrée par la cupidité de sociétés commerciales mues par la recherche du profit, le paysage global est de plus en plus miteux, de plus en plus aliénant, de plus en plus vide de sens et de dessein unificateur.
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  • Par kathel, le 09 janvier 2012

    Depuis presque un an, maintenant, il prend des photos d’objets abandonnés. Il y a au moins deux chantiers par jour, parfois jusqu’à six ou sept, et chaque fois que ses acolytes et lui pénètrent dans une nouvelle maison, ils se retrouvent face aux objets, aux innombrables objets jetés au rebut que les familles ont laissés en partant. Les absents ont tous fui précipitamment dans la honte et la confusion, et il est certain que, quel que soit le lieu où ils vivent à présent (s’ils ont trouvé un endroit où vivre et ne sont pas en train de camper dans les rues), leur nouveau logement est plus petit que la maison qu’ils ont perdue. Chacune de ces maisons est une histoire d’échec – de faillite, de cessation de paiement, de dette et de saisie – et il s’est chargé personnellement de relever les dernières traces encore perceptibles de ces vies éparpillées afin de prouver que les familles disparues ont jadis vécu là, que les fantômes de gens qu’il ne verra ni ne connaîtra jamais restent présents dans les débris qui jonchent leur maison vide.
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  • Par csapin, le 08 décembre 2011

    Elle travaille avec une sorte de ferveur nourrie par le sentiment d'agir selon la morale, parce qu'elle sait que des hommes tels que Liu Xiaobo sont le socle de l'humanité, que peu d'hommes ou de femmes sont assez courageux pour se dresser et risquer leur vie pour autrui, et qu'à côté d'eux nous autres ne sommes rien, nous déambulons dans les chaînes de notre faiblesse, de notre indifférence et de notre morne conformisme, et quand un homme de cette enverure est sur le point d'être sacrifié à cause de la foi dont il fait preuve envers les autres, ces autres doivent faire tout ce qu'ils peuvent pour le sauver, (...).
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  • Par litolff, le 19 novembre 2011

    Pourtant elle est réellement belle, pense-t-il, encore belle même maintenant, et contrairement à la plupart des actrices de sa génération, elle ne s'est pas gâché le visage en recourant à de la chirurgie esthétique ou à des injections antirides, pour la simple raison qu'elle a l'intention de travailler aussi longtemps qu'elle le pourra, jusque dans son grand âge si possible, et comme elle le lui a dit un jour sur le ton de la plaisanterie, si toutes les nanas de soixante ans en viennent à avoir l'air de trentenaires bizarres, qui va rester pour jouer les mères et les grand-mères ?
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  • Par Lucie16, le 03 décembre 2011

    Telle est l’idée avec laquelle il joue, dit Renzo, celle d’écrire un essai sur les choses qui ne se produisent pas, sur les vies non vécues, les guerres qui n’ont pas été livrées, sur ce monde d’ombre qui s’étend parallèlement au monde que nous prenons pour le monde réel, le non-dit et le non-fait, le non-remémoré. Un terrain hasardeux, peut-être, mais qui vaudrait peut-être la peine d’être exploré.
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Les carnets de route de François Busnel, France 5
Paul Auster parle de New York et de ses romans
François Busnel rencontre des écrivains new-yorkais, d'origine ou de coeur, qui puisent dans l'âme de la métropole la matière de leurs romans. Paul Auster, Colum McCann, Toni Morrison, Jay McInerney et Jonathan Franzen dressent le portrait d'une ville où se concentrent les rêves et les doutes de l'Amérique.
François Busnel propose de découvrir les Etats-Unis à travers le regard de ses écrivains. Il débute son périple par New York, ville la plus européenne du continent, qui n'en est pas moins un reflet de l'Amérique. Reflet de son immensité, de ses contrastes et de sa mixité. C'est aussi le lieu où s'épanouit une scène artistique foisonnante. François Busnel rencontre certains de ces New-yorkais d'origine ou de coeur, qui puisent dans l'âme de la métropole la matière de leurs romans. Paul Auster, Colum McCann, Toni Morrison, Jay McInerney et Jonathan Franzen dressent le portrait d'une ville où se concentrent les rêves et les doutes de l'Amérique.








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