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Critiques sur Sunset park (18)


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    • Livres 5.00/5
    Par Lulu_Off_The_Bridge le 04/11/2011


    Exilé volontaire hanté par la mort de son demi-frère, piocheur de souvenirs dans les maisons abandonnées pendant la crise des subprimes, Miles Heller se voit contraint se rentrer à New York, qu'il a fui sans laisser d'adresser sept ans auparavant. Incapable de revenir vers ses parents, il élit domicile dans une maison vide de Brooklyn en compagnie de trois autres errants, largués, ballotés, comme lui et dont le drame est d'aller de l'avant sans revenir en arrière, de faire la paix, de demander pardon. Ellen, l'artiste peintre raté hyper-émotive reconvertie en agent immobilier qui tente de renouer avec sa vocation, Bing, sorte de grand prophète du pauvre autoproclamé, Alice thésarde fauchée et mal aimée, et puis à l'arrière-plan, un père en lambeaux qui attend le retour de son fils. Roman-choral couleurs fin d'automne, Sunset park pose la question de l'Après : et maintenant, quoi ?
    J'ai mis longtemps à le lire, très, très longtemps, alors que je lis très vite au contraire et que l'écriture dense et ramassée d'Auster incite à l'immersion totale. Deux mois, au lieu de deux jours, un record. Je me suis souvent arrêtée et j'ai beaucoup pensé, j'ai essayé de mettre en forme, de repêcher ce que je savais déjà, de voir d'un œil neuf. Essayé d'être intelligente. Non que le texte soit ardu, loin de là, même. Poursuivant ses (légères) innovations structurelles de ces dernières années, Auster opte pour une narration-choral, un chapitre par personnage, tout au discours indirect, beaucoup de sommaires, peu de scènes. Rien de stylistiquement sidérant ou particulièrement innovant. Fait nouveau, des tics de langage et d'écriture dont la répétition qui lassent un peu, faciles, clinquant. Et du sexe, ça aussi, c'est nouveau ou bien j'ai mauvaise mémoire, la présence corporelle des gens, les doutes, les frustrations ou la plénitude, des actes, des images. Sans voyeurisme, sans dissertation, juste les choses comme elles sont.
    Bref, de quoi s'agit-il ?
    Un groupe de gens un peu paumés, pas mal secoués, se retrouvent par hasard et pour quelques mois dans une maison abandonnée de Brooklyn. En arrière-plan, la crise de 2008, mais loin, très loin, à peine une ombre, et le monde qui s'effondre. Un fils prodigue, en fil conducteur, catalyseur. Et voilà.
    Et c'est le roman le plus triste que j'ai lu depuis longtemps. Peut-être pas le meilleur, mais je suis assez peu émotive et c'est le genre de chose qui mérite d'être notée, toute cette tristesse qui se communique.
    D'un côté, le monde : des maisons perdues, des quartiers vides qui rendent les gens avides et amers. La culture qui prend l'eau, ce culte de l'éducation, de l'Université, du savoir si cher à l'auteur, de l'élitisme nécessaire qui se désagrège – faillite du cinéma indépendant, faillite de l'édition, faillite de la pensée tout court à travers le personnage d'Alice et de l'association PEN qui lutte pour la relaxe des écrivains dissidents chinois, iraniens, cubains. Au final, c'est l'Amérique rêvée qui se voit menacée d'enlisement et Auster dresse un parallèle insistant avec un film de l'âge d'or, Nos plus belles années. L'Amérique de Sunset park est un monde d'après-guerre, en mal de héros. Ils ne cessent de mourir, les héros, ces héros austeriens typiques que sont les joueurs de baseball d'antan dont Miles et Morris Heller lisent chaque jour les rubriques nécrologiques. Un par un, les piliers tombent, avec eux les légendes, les histoires. Il est d'ailleurs symptomatique que ce roman mette très peu New York en scène, contrairement à l'usage de l'auteur amoureux de sa ville. de Brooklyn ne survivent que des ombres, des fantômes (la maison est adossée à un petit cimetière, par exemple), une sorte de brume de mauvais réveil qui colle aux semelles.
    De l'autre côté, des errants. Ni ici, ni ailleurs, en transit dans leurs propres vies, et tous n'auront pas de réponse, ni gain de cause. Tous ne briseront pas leurs cercles vicieux. Je crois que Sunset park est un roman du passage, du doute. « Perte de repères » est un peu simpliste. Roman d'un homme qui vieillit, également, et se sait bien moins optimiste. Les héros de Paul Auster sont toujours un peu en quête, toujours tributaires du hasard, de l'instant qui trébuche. On retrouve un certain nombre de thèmes austériens, le baseball comme je l'ai dit, le hasard, la filiation, l'errance, mais comme de pâles reflet d'eux-mêmes. Privés de dynamique, peut-être. Arrêtés. Comme si le roman tout entier était privé de moteur, à l'instar de ces personnages. Il y a de jolis parcours personnels, celui d'Helen par exemple, et des moments drôles – toutes proportions gardées – et des personnages attachants (j'ai personnellement un faible pour l'Ours de la maisonnée, Bing Nathan, ami indéfectible de Miles, résistant, comme un rocher face au vent). Mais la symphonie est d'un gris de brume.
    Le temps qui passe, les générations qui s'étiolent, les choses qui ne sont plus mais dont le spectre demeure, que c'est triste tout cela... Sans « pathos » particulier, sans propos novateur, non plus, juste des détails poignants, des rencontres ratées, des silences. le tout engouffré dans une narration compacte qui laisse peu de place aux respirations. Je ne voudrais pas décourager les lecteurs potentiels, cela dit. Je ne sais pas du tout, au final, si le roman plaît aux fans de l'auteur, ceux qui maîtrisent vraiment le sujet, je veux dire. Et je ne sais pas non plus s'il constitue une bonne porte d'entrée dans l'univers de Paul Auster. Je me sens juste un peu plus triste et un peu plus riche après l'avoir fini.


    Lien : http://luluoffthebridge.blogspot.com/2011/11/book-freak-sessions-pau..

    critique de qualité ? (12 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par litolff le 21/11/2011


    Paul Auster est décidemment un chouchou des médias, dès qu'un de ses livres sort, les critiques de la presse se précipitent ignorant des tas d'autres romans passionnants d'auteurs moins connus… et j'avoue que cet engouement me laisse un peu perplexe…
    J'ai lu 5 ou 6 livres de Paul Auster mais j'ai du mal à savoir lesquels car si je les lis en général sans déplaisir, je les oublie également assez vite (à part le voyage d'Anna Blume et Moon Palace, les premiers que j'ai lus).
    Je ne sais pas si Sunset park me restera en mémoire… car si j'ai lu celui-ci encore sans déplaisir, je dois faire partie des lecteurs inattentifs ou trop pressés stigmatisés par Télérama qui n'ont pas décelé le bijou ou le chef-d'œuvre annoncé. D'abord, pour apprécier pleinement ce roman, il faudrait se plonger dans l'histoire et les règles du baseball, ce qui permettrait d'apprécier la vingtaine de pages qui y sont consacrées et auxquelles le lecteur français ne comprend en général pas grand-chose. Il faudrait également visionner auparavant « Les plus belles années de notre vie », film réalisé en 1946 par William Wyler qui a remporté 10 oscars en 1947 et qui raconte la démobilisation de trois soldats américains : ce film revient en fil rouge tout au long du roman et forcément, c'est mieux si le lecteur l'a vu avant !
    En dehors de ces deux détails qui ne gêneront pas tout le monde, j'ai bien aimé cette histoire mélancolique qui met en scène un jeune homme rongé par la culpabilité à cause d'un acte commis consciemment ou pas dans sa jeunesse, et qui décide de rompre avec sa famille le temps de remettre les choses à plat, sur fond de crise économique et morale. Miles coupe les ponts avec New York, son père et sa belle-mère, sa mère, actrice à succès, et après une errance de 7 ans, rencontre Pilar, une jeune fille encore au lycée, une mineure dont il tombe éperdument amoureux et dont la sœur ainée le menace de chantage. Tout cela l'amènera à Sunset park, à Brooklyn, un squatt délabré qu'il partagera avec trois jeunes gens un peu déboussolés, qui ont du mal à se retrouver dans l'absence de valeurs ambiante, en mal d'expression, de logement et de moyens…
    Mélancolique et assez pessimiste…

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison le 20/02/2012


    « Sunset park » est un lieu, vide et délabrée, avec vue sur le cimetière abandonnée. Un endroit squatté par nos 4 protagonistes principaux au centre d'une histoire où chacun porte en lui ses propres et profondes blessures. Cette bande des 4 ont au moins un truc en commun, celui de ne plus avoir foi en soi ni en quoi (ou qui) que ce soit. Nathan Bing, grand organisateur et fondateur d'un « hôpital des objets cassés », le rebus d'une société de consommation voué à la casse et à l'oubli. Alice qui fait une thèse cinématographique dont le sujet unique est un vieux film des années 50, « Les Plus Belles Années de notre vie », film de William Wyler, qu'elle considère comme l'emblème d'une Amérique brisée par les guerres et par la violence. Ellen qui cherche dans la peinture et le dessin une façon de ne pas mourir, une issue pour échapper vers sa voie qui à coup sûr la mènera vers nulle part et qui dessine des nus, des pénis en érection et de vagins en gros plan. Et puis, le dernier à rejoindre la bande, Miles Heller, le « héros » central de cette aventure qui vagabonde depuis sept années sans donner signe de vie à sa famille et qui n'a entretenu qu'une correspondance avec Nathan, un vague camarade de faculté d'antan. Miles a quelque chose à se reprocher, et sa culpabilité l'a conduit à fuir et tout quitter, pour justement ne pas oublier et tenter de se reconstruire pour selon ses propres termes « devenir meilleur ».

    Autour de ces 4, je retrouve le père de Miles, Morris Heller, et sa belle-mère qui l'a certainement plus élevée que sa propre mère, Mary-Lee Swan. Morris est à la tête d'une maison d'édition. Mary-Lee est devenu une grande actrice de cinéma, sitcom et théâtre… Sur fond de crise (crise de l'Amérique et crise de l'édition), tous ces personnages vont tenter d'avancer, de se surprendre, d'oublier les blessures. Et comme toujours avec Paul Auster, je regrette que le livre s'achève aussi vite, comme toujours j'ai envie que le roman se prolonge et s'étire éternellement. Je n'ai pas envie de mettre une fin à ses romans, je n'ai pas le cœur à tourner la dernière page car cela signifie pour moi, la fin de quelque chose, alors que j'étais si bien dans cette histoire. Et je me dis à chaque fois, comment est-ce que je pourrais arriver à jeter deux-trois phrases sur le sujet, comment pourrais-je intéresser d'autres personnes à un auteur qui me plonge dans un univers si personnel et qui engendre de telles émotions que j'ai presque envie de les garder égoïstement pour moi…


    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=2009

    critique de qualité ? (9 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par songtsen le 09/04/2012


    Voici un livre que je referme, désenchanté ! Non pas décu par l'oeuvre en elle-même, même si le récit est sans surprise et les personnages assez banals; mais n'est-ce pas délibéré ? Ne serait-ce pas cela la "force" de ce livre? Nous livrer à chaque page l'immense découragement d'une génération confrontée aux guerres, au terrorisme, au pouvoir déshumanisant de l'argent, à la sécheresse des sentiments, à l'éclatement des liens familiaux et à la perte totale de repères. C'est un constat amer ! Même si ce roman est très américain, il nous parle aussi à nous, européens, car depuis le XXème siècle, l'Amérique a toujours quelques longueurs d'avance quant à affronter les "problèmes de civilisation". C'est un livre qui nous appelle à la vigilance et c'est cela qui fait sa force. Une petite lumière, cependant, dans cette obscurité, réside dans le personnage de la jeune fille mineure, Pilar, qui est le petit détonateur de vie. Et puis, le dernier constat du personnage principal, aux toutes dernières lignes: "il cessera d'espérer quoique soit, il vivra uniquement pour maintenant, pour ce moment..." Vivre l'instant présent sera-t-il le sujet du prochain livre de Paul Auster?

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par kathel le 09/01/2012


    Miles, jeune homme de vingt-sept ans, s'est fait une petite vie en Floride, loin de sa famille qu'il n'a pas revue de puis sept ans, traînant avec lui une vieille culpabilité concernant la mort de son demi-frère. Cependant, sa vie s'éclaircit avec la rencontre d'une jeune lycéenne, Pilar. Mais la famille de Pilar voit leur relation d'un mauvais œil, à tel point que Miles est obligé de quitter la Floride. Par la force des choses, il revient à Brooklyn, occuper avec quelques amis, artistes fauchés, un squat de Sunset park. Cela pourrait être l'occasion de revoir son père et sa mère, qui ne demanderaient pas mieux…
    Sachez que l'on a affaire ici à un roman assez classique, Paul Auster nous ayant habitués à des récits moins linéaires et plus proches du fantastique. Si c'est plus facile à lire c'est aussi moins enthousiasmant, mais bon… quelque jeune auteur l'aurait pondu, on le trouverait génial, mais là, habitués à mieux, on le trouve un peu moins épatant. Pourtant, j'ai bien accroché dès le début avec le personnage de Miles, fort et sortant du commun. Et puis avec l'arrivée d'autres personnages, le roman semble partir dans des digressions, sur le thème du base-ball, ou les films d'après-guerre, le droit des écrivains, le dessin des corps humains, selon les passions de l'un ou l'autre des personnes qui gravitent autour de Miles… Ensuite, j'ai eu l'impression que ces digressions avaient des points communs, le thème du corps blessé, des blessures morales opposées aux blessures physiques et cela m'a paru tout de suite beaucoup plus intéressant. Les relations père-fils ont une place très importante aussi dans le roman. L'ensemble est un portrait très désenchanté, mais fascinant, de la génération des trentenaires. Comme d'habitude avec les romans de Paul Auster, c'est très difficile de disserter dessus, et une dizaine de jours après lecture, un espèce de phénomène d'évaporation a eu lieu, qui m'empêche d'en parler correctement. Par exemple, j'ai noté que la fin m'avait laissée perplexe et je ne me souviens plus du tout de la fin ! Eh bien, il ne vous reste qu'à le lire pour vous faire une idée, n'est-ce pas ?


    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-paul-auster-sunset-park-..

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par ancoline le 06/01/2012


    Miles est un brillant étudiant mais depuis la dispute avec son demi-frère où une voiture le fauche et le tue il n'arrive pas à se détacher de cette question "Est-ce moi le responsable du décès de mon demi-frère ?". de désespoir en désespoir il n'arrive plus à dialoguer. Et lui qui est un élève prometteur abandonne avant la fin ses études et quitte ses parents.
    Il devient alors videur de maison abandonnée précipitamment suite aux "subprimes". Il tombe amoureux d'une jeune lycéenne mineure mais fait attention que leur relation ne se sache. Toutefois la sœur de sa copine profite de cette situation pour le menacer de le dénoncer s'il ne vole pas dans les maisons plus qu'il n'a déjà fait pour elle. Ils fuient tous les deux, rejoindre un ami d'enfance de Miles qui s'est organisé un agréable squat avec de jeunes gens intelligents (une thésarde, un agent immobilière, une artiste). Ils vivent ainsi leur période hors norme, bobos.
    Mais le passé le rattrape et il doit maintenant affronter la vérité sur sa famille qu'il croyait si parfaite.
    J'ai été happé par cette histoire facile à suivre et à lire, je vous la conseille.

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par cprevost le 20/12/2011


    Cela m'arrive plus souvent qu'à mon tour de gouter un peu de guimauve littéraire. Cela s'étire dans ses sucres, cela poisse énormément mais c'est à chaque fois sans déplaisir et sans raison que j'avale cette sacrée mixture.

    Miles Heller, ex brillant étudiant, hanté par sa possible responsabilité dans la mort de son demi-frère et en rupture de ban d'avec son excellente famille, fait dans le déménagement de maisons abandonnées. Ellen, artiste peintre hyper émotive et subissant les affres de la création, est agent immobilier. Alice, thésarde fauchée mais travailleuse, mal aimée mais intellectuelle prometteuse, sévit dans le secrétariat. Enfin, Bing, percussionniste génial réunit tout ce petit monde dans un squat à Sunset park. Tous ces jeunes gens redonnent littéralement vie à la vielle bicoque vermoulue. Leurs regards poétiques portés sur le cimetière voisin, la peinture sur les murs, l'énorme nettoyage, les toiles qui s'entassent, les livres qui s'empilent, les manuscrits qui trainent redonnent aux lieux une âme. C'est une véritable aubaine pour ce quartier déshérité. Ils sont intelligents, jeunes, créatifs, beaux, bobos et en pleine santé. Un peu trop de sucre ? Allez, encore quelques cuillères à soupe. La famille de Miles, fils prodigue, est elle aussi foormidable. La mère, une actrice très célèbre, remporte un immense succès en jouant, excusez du peu, « Oh les beaux jours » de Samuel Beckett. La belle-mère est professeur de lettres anglaises à l'université de New York. Morris Heller le père, doté d'une grande sensibilité littéraire et accessoirement d'une famille fortunée, a créé sa propre maison d'édition. Il est l'ami de grands écrivains. Bon père, bon mari qui a cependant trompé sa femme. [A ce propos, « Sunset park » est également une réponse de Paul Auster au roman de son épouse, Siri Hustvedt. « Un été sans les hommes » raconte l'histoire d'une femme trompée par son mari. Naturellement, vivre par procuration ces scènes de ménage d'écrivains célèbres est inintéressant au possible]

    La raison de vivre des personnages c'est eux-mêmes. Morris ne supporte Pas la génération de sa mère, celle de la dernière guerre qui, au nom de l'intérêt général, ne se plaint jamais. Rassurons-nous, les générations qui ont suivi et l'écrivain lui-même ont largement rattrapé le terrain perdu ! Les maisons abandonnées pendant la terrible crise des « subprimes », Miles ne se contente Pas d'utiliser ses superbes muscles de lanceur de baseball pour les vider, il met aussi à profit son indéniable sensibilité d'artiste pour photographier les objets abandonnés à la suite des expulsions. La crise intériorisée comme œuvre d'art, ne doutons Pas que cela fera un jour l'objet d'une exposition géniale dans un quartier chic de New York et d'une publication non moins luxueuse dans la maison d'édition de Papa. Les écrivains persécutés dans le monde, c'est certes une cause un peu gagnée d'avance pour ces jeunes bohèmes newyorkais, mais c'est aussi un noble idéal qui permet à Alice, la forte en thème, de s'identifier parfaitement à ces artistes martyrisées. C'est mou, très collant mais impossible de résister, on replonge inévitablement la main dans le paquet de friandises pour le happy end. Miles presque trentenaire reprend ses études et retourne chez Papa (nous voilà rassuré) ; Ellen a trouvé sa voie (le Porno artistique) ; Alice a terminé sa thèse et fera dans l'humanitaire (Le Pen club) ; Bing enfin part en tournée. Tout est bien qui finit bien.

    Paul Auster écrit joli comme d'autres peignent impeccablement des fleurs en pot. Chacun des premiers chapitres est consacré à un personnage, les derniers en réunissent plusieurs ; des thèmes récurrents – Disparitions des vedettes du baseball, film réalisé en 1946 par William Wyler – sont des Passerelles entre certains des protagonistes du roman, ils disent joliment la fuite irrémédiable du temps. Pas vraiment de révolution stylistique mais des recettes bien éprouvées. L'auteur tente bien d'innover un peu avec des again sans fin entre Miles et sa petite amie. Quelques taches de couleur, des motifs géométriques prétentieux introduits à la hâte mais avec cent ans de retard ne font Pas, je crois, d'un artisan honnête, un artiste.

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par csapin le 08/12/2011


    Une lecture trop précoce de La trilogie New Yorkaise (j'avais 15 ou 16 ans) m'avait détournée de l'auteur. C'est une amie avec qui je partage de nombreuses impressions sur de nombreux livres et qui aime Paul Auster comme j'aime John Irving qui m'a convaincue de retenter l'expérience. Grand bien lui en a pris !

    J'ai dévoré ce texte sans reprendre mon souffle et j'y ai pris un plaisir non dissimulé...


    Lien : http://gwordia.hautetfort.com/archive/2011/12/06/sunset-park-de-paul..

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe le 11/09/2011


    Dés le début de l'histoire "Depuis presqu'un an maintenant, il prend des photos d'objets abandonnés", le lecteur est happé par le vide intérieur des maisons du sud de la Floride, fuies précipitament en 2008, encore pleines de ces reliquats du passé, preuves d' échec ou faillite de leurs occupants.
    Milles Heller,28 ans,dont le travail consiste à enlever les rebuts, obsédé par ces objets, les photographie.
    Surnommé "El Mudo", "Le muet" par ses coéquipiers, il ne s'étend pas sur ses études universitaires abandonnées aussi, "ses désirs rognés" et le lourd secret qui hante son passé, à savoir sa culpabilité lors de l'accident de son demi-frère Bobby,un ado vif aux mots tout aussi vifs qui traitait Milles de "connard" et son père et lui de "bande de tarés".
    Ce secret, il va le taire également à Pilar(dont la "peau l'ensorcelle) rencontrée dans un parc alors qu'ils lisaient tous deux Gatsby le magnifique.
    Orpheline,vivant avec ses trois soeurs,elle amènage chez lui, mais elle est jeune,bien trop jeune et cette saleté d'Angéla va exercer un horrible chantage pour obtenir gratuitement quelques rebuts.
    Fuite à Brooklin, à Sunset park dans le squatt d'un ami Bing Nathan avec Alice et Ellen.
    Mais à New York, il faut parfois se préparer aux tempêtes. de quel ordre seront-elles?
    L'amour y survivra-t-il? L'amitié? Les liens distendus de Milles avec ses parents divorcés,un père éditeur de Manhattan et une mère comédienne se renoueront-ils?
    Un petit chef d'oeuvre bien écrit et bien ficelé qui évoque les maisons et la troublante alchimie qu'elles impliquent avec leurs occupants ou ceux qui les ont occupées.
    Paul Auster auteur américain contemporain à succés d'une trentaine de romans explore souvent sous une forme policière (La Chambre dérobée 1986) le thème du néant et de la dépossession (cf Léviathan 1992) comme dans Sunset park. A lire et à relire!

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par BMSierre le 27/03/2012


    Miles, jeune étudiant brillant, fuit New York pour la Floride écrasé par un sentiment de culpabilité, il veut s'éloigner de sa famille. En Floride, il trouve un travail consistant à vider et nettoyer des maisons abandonnées par des familles victimes des subprimes. Celles-ci reviendront la propriété des banques qui les reloueront. Il retourne à New York vivre en colocation avec des étudiants. Malgré quelques pages un peu ennuyeux pour les non initiés au base-ball, je suis interpellée par la profonde réflexion sur l'Amérique d'aujourd'hui, celle du jetable et du profit et de la difficulté qu'ont les jeunes à mener à bien leurs études en faisant des petits boulots pour survivre. Un très beau roman empreint de nostalgie et de tendresse. J.B

    critique de qualité ? (3 votes positifs)






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