Anna
Blume est arrivée par la mer dans une ville où a disparu son frère William. Elle comprend vite qu'elle ne le retouvera pas et tâche de s'adapter au monde dans lequel elle se retrouve plongée sans trop d'espoir de retour.
Quel monde !
"Je n'ai aucune idée de la manière dont la ville se maintient, et même si je devais explorer ces choses là, il me faudrait sans doute tellement de temps que toute la situation aurait changé pendant que je serais parvenue à mes découvertes.(...) Les gens parlent de n'importe quoi, ici, surtout de ce dont ils ne savent rien. Ce qui me paraît surprenant, ce n'est pas que tout se désagrège, mais que tant de choses continuent à exister. Il faut longtemps pour qu'un monde disparaisse, bien plus longtemps qu'on ne le suppose. Les vies continuent à être vécues et chacun d'entre nous reste le témoin de son propre petit drame."
Au début elle gagne de quoi vivre en devenant "charognard" ; ce qui signifie qu'elle récupère tout ce qui peut avoir une valeur à la vente : du bouton au livre, de la chaussure au bout de métal. Elle doit se garder de multiples dangers, surtout ne pas tomber (on lui volerait se chaussures, indispensables pour marcher dans les rues défoncées ou barrées). Elle rencontre Isabelle et habite avec elle quelque temps. Mais je ne vais pas raconter tout ce qui arrive à Anna et qu'elle écrit à une personne restée dans son pays, sans savoir si cette lettre lui parviendra.
Paul Auster ne dit pas où et quand se situe cette histoire, qui a une force incroyable. La situation empire, on ignore comment et pourquoi cette désagrégation a commencé. Un monde hallucinant, où la survie tient à pas grand chose.
Des passages sur les choses et les mots :
"Ce n'est pas seulement que les choses disparaissent - mais lorsqu'elles sont parties, le souvenir qu'on en avait disparait aussi. Des zones obscures se forment dans ton cerveau, et à moins que tu ne fasses un effort constant pour te rappeler les choses qui ont disparu, elles se perdent aussi pour toi à jamais."
"Les mots ont tendance à durer un peu plus que les choses, mais ils finissent aussi par s'évanouir en même temps que les images qu'ils évoquaient jadis. (...) Petit à petit les mots deviennent des sons (...) jusqu'à ce qu'enfin le tout s'effondre en charabia."
Ce "Pays des dernières choses" (c'est le titre réel en anglais) est à découvrir absolument. Les pages se tournent sans s'en apercevoir, à la découverte de ce monde fascinant où règnent à la fois l'arbitraire et un certain ordre logique.
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