Francesca (la blonde ), Anna (la brune), deux bombasses de quatorze ans, bientôt lycéennes étrennent leur jeunesse et leur insolente beauté sur la plage de Piombino, zigzagant entre les ordures, les algues, les bouches d'égouts, la rouille. Voisines et amies depuis l'enfance, des rêves plein la tête, elles se projettent dans l'avenir, quelque chose qui n'aurait rien à voir avec le quotidien morose parfois morbide qu'elles partagent.
Du haut leur enthousiasme juvénile, témoins d'un monde en pleine dégénérescence, elles font le vœu de ne pas finir comme leurs copines enceintes à un si jeune âge, mariées de force pour sauvegarder les apparences, ou travailler dans l'une de ces supérettes pour un salaire misérable, ou encore finir putes de bas étage dans ces bouges infâmes qui attirent tous les habitants de Pombiono. Et par dessus tout, éviter de marcher dans les chaussures de leurs parents. S'en sortir que coûte que coûte car si on ne peut pas maîtriser une économie en pleine débâcle, on se doit de ne pas gâcher sa vie.
Pombiono n'a pas toujours été cette ville triste où chacun promène sa misère. Il fut un temps où elle offrait un espoir de vie meilleure aux petites gens venues de partout avec pour seul bagage la force de leur bras et leur endurance. Les entreprises Lucchini, fabriquant
D'acier pour le monde entier, ont recruté jusqu'à sept générations de travailleurs, ont été le poumon économique de toute la région. Pour ces tous ces ouvriers, des bâtiments- barres de béton ont été construits avec vue sur la mer.
Quarante ans plus tard, il ne reste plus rien. Juste une jeunesse désillusionnée qui tient le coup entre les sorties le week-end, la drogue qui permet de continuer un boulot usant, les prostituées, les petites combines qui autorisent l'achat de nouveaux gadgets, les virées en voiture, et le rêve d'un avenir meilleur qui s'effrite.
Pombiono ressemble à toutes ces villes qui ont émergé, grandi, grossi, nourri des générations entières, ville eldorado qui a fini par s'essouffler puis mourir grâce à une politique économique toujours plus vorace et devenir un cimetière, une zone de non-vie.
Un livre sec qui s'inscrit parfaitement dans notre présent. Ce n'est pas un réquisitoire mais une histoire qui colle à l'air du temps, le nôtre. Tous les personnages de
Silvia Avallone sont touchants; de la femme soumise à la plus parfaite des ordures, elle leur rend une certaine dignité, une humanité que le quotidien leur ôte.
Des hommes, des usines, les barres de fer, la plage cradingue et au loin, à quatre kilomètres, l'île d'Elbe, le paradis de ceux qui ont réussi, le graal à portée de brasses pour Francesca et Anna. Elles se le sont promis d'y aller elles aussi. Un jour.