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Critiques sur Une si longue lettre (48)
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zazy
zazy06 janvier 2016
  • Livres 5.00/5
« Aïssatou,
J'ai reçu ton mot. En guise de réponse, j'ouvre ce cahier, point d'appui dans mon désarroi : notre longue pratique m'a enseigné que la confidence noie la douleur. »
Ainsi commence le livre et ma plongée dans la vie de Ramatoulaye.
« Amie, amie, amie ! Je t'appelle trois fois. Hier, tu as divorcé. Aujourd'hui, je suis veuve. » Dans cette longue lettre de souffrance, Ramatoulaye déroule le fil de sa vie. Sa rencontre avec celui qui sera son époux et qu'elle a choisi contre l'avis de sa mère. Sa vie de première épouse, ses tourments avec en fond, les us et coutumes du Sénégal musulman.
Les Sénégalaises ploient sous le poids de la tradition. Ainsi, Ramatoulaye a-t-elle appris la polygamie de son mari par les frères et le meilleur ami de son mari, le jour du mariage. Imaginez ! Ils sont venus en délégation pour lui annoncer la « bonne nouvelle » ! le mari ne lui a rien dit, rien de rien !! Oui pour nous c'est incroyable. Elle pourrait faire comme son amie Aïssatou et divorcer, mais, non, elle restera par amour, malgré l'avis de ses filles et continuera de travailler et d'assumer les enfants.
Mariama Bâ décrit la misère ou l'envie de plus de richesse, qui poussent les mères à « vendre » leur fille comme seconde voire troisième épouse à un homme riche mais plus très jeune. C'est d'ailleurs ce qui arrive à Binetou, la seconde épouse.

Bien qu'elle ait 50 ans, le frère de son mari tout juste enterré vient la demander en mariage, car il hors de question qu'elle reste seule ou que sa fortune passe entre d'autres mains. D'autres hommes la demanderont en mariage pour de très bonne raisons ou de moins bonnes. La tradition, la tradition !

Ramatoulaye renâcle devant la dégradation, l'occidentalisation des moeurs, « Notre société actuelle est ébranlée dans ses assises les plus profondes, tiraillée entre l'attrait des vices importés, et la résistance farouche des vertus anciennes… La pollution s'insinue autant dans les coeurs que dans l'air. » Pourtant la modernité a ses charmes car le mari de sa fille partage les tâches de la maisonnée « Daba est ma femme. Elle n'est pas mon esclave, ni ma servante. »
J'ai senti beaucoup de tristesse, de chagrin, de colère, de dignité et d'amour dans cette lettre où une femme, même lettrée, indépendante financièrement est entièrement soumise au mâle et à sa belle-famille. Même si Ramatoulaye accepte à son corps défendant, la polygamie de son mari, elle est résolument moderne dans ses rapports avec ses enfants et sa vie sociale.
J'ai aimé cette si longue lettre entre tradition et modernité, entre joie et souffrance, entre colère et acceptation. J'ai découvert ce titre sur le blogue d'Yv et me suis empressée de le commander à la bibliothèque. Bien m'en a pris.
Comme Yves en lisant le nom de l'auteur, j'ai aussitôt pensé à Madame Bâ d'Eric Orsenna. Maintenant, je comprends mieux l'hommage qu'il lui a rendu dans ce livre.
Le livre se termine sur une superbe phrase : « le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n'est-ce pas? J'irai à sa recherche. »

Lien : http://zazymut.over-blog.com..
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irenelec
irenelec28 août 2012
  • Livres 4.00/5
Un court roman qui change de nos lectures habituelles : un roman écrit par une Sénégalaise et qui sent bon l'Afrique.
C'est aussi un roman de transition entre une époque qui fut coloniale et un monde actuel. Ce monde est tiraillé entre l'islam et l'appel de la modernité. Notre narratrice est une femme de traditions mais consciente que le monde qu'elle a connu va disparaître. En femme moderne elle a oeuvré pour les changements mais elle reste au fond d'elle-même éprise des traditions qui sont pour elle le socle de la personnalité de chacun.. C'est aussi le roman d'une femme tout simplement qui par une lettre qu'elle écrit à sa meilleure amie juste après le décès de son mari nous fait partager ses joies et ses peines et l'on est admiratif de sa constance et sa droiture malgré une vie qui n'a pas toujours été ce qu'elle aurait voulu qu'elle soit.
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Tymothy
Tymothy03 janvier 2011
  • Livres 5.00/5
un texte remarquablement écrit sur la condition de la femme musulmane au Sénégal.
L'auteure de cette lettre vient de perdre son mari. Elle détaille tout au long de ce texte
ses épreuves, ses bonheurs, ses joies et jusqu'à un certain point ces choix.
Texte écrit il y a plusieurs décennies. Reste t-il d'actualité aujourd'hui ? .. on en tremble.
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Myrinna
Myrinna26 janvier 2015
  • Livres 4.00/5
Chef d'oeuvre du roman épistolaire sur les conditions de la femme en Afrique.
Ramatoulaye confie ses tourments à sa meilleure amie dont nous sommes les spectateurs.Style direct et poignant, l'auteure dénonce la discrimination faite aux femmes.Une très belle découverte .
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yv1
yv103 janvier 2014
  • Livres 4.00/5
L'an dernier, en classe de seconde, mon fils a étudié ce livre. Je lui avais dit que je le lirai et puis, les autres livres venant, j'ai reculé et oublié. Et puis, cette année (bon en fait, techniquement, ce sera l'an prochain, puisqu'en janvier) pour la prochaine rencontre du club de lecture de la bibliothèque, le thème est les auteures africaines, et cette longue lettre est dans la liste. Ni une ni deux, je fonce dans la chambre du fiston et je lui pique son bouquin dans lequel je me plonge. Un peu laborieux au départ, j'avoue n'avoir commencé à aimer qu'au bout d'un certain nombre de pages et que d'autres ont été survolées. Mais malgré cela, c'est un livre fort qui va droit au but et dit clairement l'absence de droits des femmes, leur obligation de se soumettre à l'autorité masculine, leur mise à l'écart lorsqu'elles osent dire non, les mariages forcés, la polygamie. Certaines, de la génération de Ramatoulaye, se rebellent
Cette lettre fait aussi le point sur les différentes classes sociales, sur ce que sont prêtes à faire certaines femmes pour monter dans la société : véritablement vendre leurs filles à des hommes plus âgés et riches bénéficiant d'une position sociale enviable, elles deviendront des co-épouses, leurs mères accédant ainsi à une vie plus facile : maison, nourriture, argent, … Elles joueront leurs cartes au détriment de celles de leurs filles (elles pensent à elles bien sûr, arrangent leurs mariages pour leur bien, pour qu'elles aient une vie moins difficile que les leurs). Les premières épouses acceptent, contraintes, la concurrence, se consolant comme elles peuvent
Lorsque Ramatoulaye se retrouve veuve, elle est, malgré ses cinquante ans, ses nombreuses grossesses qui l'ont déformée, la cible d'attentions masculines dues plutôt à son rang et à l'argent que son mari lui a laissé. Elle refuse toute demande
Ecrites en 1979 certaines pages sont encore criantes d'actualité en Afrique sûrement (je ne suis point spécialiste de ce continent, mais j'imagine que les femmes ont encore du boulot pour atteindre l'égalité des droits) mais aussi chez nous où les écarts de salaires perdurent, les tâches ménagères ne sont pas équitablement partagées (chez moi non plus, c'est moi qui m'y colle !), etc., etc., je vous la fais courte. Un paragraphe pourrait expliquer le manque d'engagement des femmes en politique (avis que je partage entièrement) : "Je ne veux pas faire de politique, non que le sort de mon pays et surtout le sort de la femme ne m'intéressent. Mais à regarder les tiraillements stériles au sein d'un même parti, à regarder l'appétit de pouvoir des hommes, je préfère m'abstenir." (p. 137)
A méditer. Comme une très grande partie de cette longue lettre. Moi qui ai du mal à écrire une simple carte postale. Un livre à mettre en miroir avec le Madama Bâ d'Erik Orsenna que j'ai lu il y a un petit moment et qui lui est une sorte d'hommage.
Lien : http://lyvres.over-blog.com/
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Renatan
Renatan22 mars 2016
« Mon coeur est en fête chaque fois qu'une femme émerge de l'ombre. Je sais mouvant le terrain des acquis, difficile la survie des conquêtes : les contraintes sociales bousculent toujours et l'égoïsme mâle résiste. Instruments des uns, appâts pour d'autres, respectées ou méprisées, souvent muselées, toutes les femmes ont presque le même destin que des religions ou des législations abusives ont cimenté »

Il y a des lettres d'amour, de désamour aussi. Des mots passion, des lettres émotions. Mais celle qu'adresse Ramatouyalé à Aïssatou, sa meilleure amie, est aussi noire que 30 années de colère contenue. Ce roman épistolaire est le cri d'une femme que des générations avant elle ont soumise au silence. Des femmes amputées de leur dignité. Reléguées ou échangées ; des femmes-objets que l'on se passe d'une main à l'autre. Des femmes au service des hommes qu'elles épousent. Et de toutes celles qui n'attendaient que la liberté de vivre et de jouir d'une indépendance de sentiments et de moeurs.

Cette oeuvre est majeure pour ce qu'elle raconte de la condition des femmes dans l'Afrique du Sénégal des années 70. Elle a été écrite entre deux périodes historiques, correspondant à l'éclosion d'une République et de l'Indépendance acquise. Mariama Bâ, Sénégalaise et mère de neuf enfants, s'est hautement engagée dans le militantisme associatif. Elle a lutté contre les castes et la polygamie dont elle se refusait d'être l'alliée. Elle s'est battue pour le droit des femmes, faisant d'elle une icône des luttes pour l'égalité et l'accès au pouvoir. Elle est morte deux ans après nous avoir livré cette lettre…

C'est donc dans ce contexte que s'inscrit Une si longue lettre. On dit que la confidence noie la douleur. Que de livrer ses secrets les plus intimes efface un peu de la blessure qu'ils laissent en nous. Au lendemain de la mort de Modou, son mari, Ramatouyalé fera voeu d'épancher ce chagrin à travers les mots. Des mots porteurs d'incompréhension, des mots de douleur, de frayeur aussi, de tendresse, d'un peu d'espoir?

Ses souvenirs sont habités d'amertume. Elle cherche à déceler la cassure du fil à partir de laquelle tout s'est dévidé. Se demande de quels bouleversements intérieurs était habité Modou pour ainsi tout abandonner en épousant une autre. Pourquoi avoir accepté ce statut de coépouse et de se voir nivelée du jour au lendemain au même niveau que l'autre, nonobstant les enfants et les années d'amour. Folie ou manque de coeur? Binetou, une enfant pas plus vieille que Daba, l'une de leurs filles. À peine sortie de l'enfance, belle et désirable, « Un agneau immolé comme beaucoup d'autres sur l'autel du matériel ». On vient de l'installer dans la demeure de Ramatouyalé, selon la coutume des funérailles. Et sa désinvolture laissera un goût amer…

Nous sommes loin des odeurs rafraîchissantes de la mangue verte pimentée, de la couleur des boubous ou du son des tam-tams. Quand Mariama Bâ écrit son Afrique natale, c'est de la solitude des femmes dont elle nous parle. de la dépression qui les guette et de trop d'années de soumission. Elle nous montre que la vie n'est pas lisse et que ces petites aspérités, sur lesquelles on bute, nous façonnent. Mais surtout, que l'amitié est plus forte que tout. Et qu'on est mère pour comprendre l'inexplicable...

« L'amitié a des grandeurs inconnues de l'amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l'amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l'amour »

« Et puis, on est mère pour comprendre l'inexplicable. On est mère pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin »
Lien : http://www.lamarreedesmots.c..
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Malice
Malice08 juillet 2013
  • Livres 5.00/5
Au coeur de ce roman, la lettre d'une jeune sénégalaise à son amie pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage. Elle y évoque leurs souvenirs heureux d'étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Complicité entre femme Ramatoulye et Aïssatou malgré leur différence.
Elle rappelle aussi les mariages forcés, l'absence de droits des femmes, la polygamie. C'est un livre très touchant car il parle de la condition de la femme en Afrique, le problème de la polygamie, des traditions musulmanes.
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oassita65
oassita6518 juin 2011
  • Livres 5.00/5
Une si longue lettre est un grand roman,très grand qui traite de la société africaine dans son ensemble,à travers la société sénégalaise,la culture les traditions et les problèmes famillaux.
Je prends le cas de Mawdo Bâ médecin qui épouse sa cousine parce que sa mère le veut,en ces temps là ,la parole paternelle et maternelle pesait plus lourdement qu'aujourd'hui dans l'orientation des destinées,on se pliaient à des exigences familiales qui allaient parfois à l'encontre de nos désirs et intérêts.Les femmes acceptent la polygamie quand c'est elles qui viennent s'ajouter dans la masse,mais la prémière épouse n'accepte jamais,elle si consente quand elle a beaucoup d'enfants comme c'est le cas de Ramatoulaye,moi je ne suis pas contre la polygamie si le respect y est.

J'attends avec impatiente la biographie de MARIAMA BÂ ET LES ALLEES D'UN DESTIN;
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boreale
boreale26 septembre 2010
  • Livres 3.00/5
Voici un court livre qui se lit comme un témoignage.
On y découvre combien les femmes, bien que fortes ( car finalement dans les situations de crises présentées c'est elles qui portent leur famille ), se trouvent écrasées par le poids de certaines traditions ( cérémonies, éducation, relations avec la belle famille ... ) et doivent subir le comportement et les décisions parfois égoïstes/immatures de leur époux ( polygamie, négligence ... ) .
Une lecture intéressante ! ( la suite est à lire ici : http://blabliblo.canalblog.com/archives/2010/09/26/19165894.html )
Lien : http://blabliblo.canalblog.c..
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Belem
Belem12 mars 2013
  • Livres 4.00/5
Cette si longue lettre pour dire le si long silence de la femme musulmane, qui doit s'effacer dans une société où tout est fait pour l'homme. Ramatoulaye, une veuve sénégalaise, se confie dans cette lettre à sa meilleure amie. Première épouse délaissée lorsque son mari en prend une seconde, c'est avec beaucoup de sensibilité que cette femme décrit ce qu'elle ressent, face au poids de la coutume et des traditions, qui pèse principalement sur les femmes, évidemment. Il y a de la résignation, souvent, mais aussi un indéniable désir d'une autre vie, pour soi-même et pour changer la condition féminine en Afrique.
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