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> Bertrand Abraham (Traducteur)

ISBN : 2070785033
Éditeur : Gallimard (2009)


Note moyenne : 3.55/5 (sur 47 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Helmer van Wonderen vit depuis trente-cinq ans dans la ferme familiale, malgré lui. C'est Henk, son frère jumeau, qui aurait dû reprendre l'affaire. Mais il a disparu dans un tragique accident, à l'âge de vingt ans. Alors Helmer travaille, accomplissant les mêmes gestes... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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  • Par InColdBlog, le 07 avril 2011

    InColdBlog
    « Les ânes ne s'approchent pas immédiatement de la barrière, mais viennent, flanc contre flanc, bien tranquillement, dans ma direction. Ces bêtes sont à moi, vraiment à moi, je les ai achetées. Tout le reste, ici, n'est pas véritablement à moi ; les vaches, les brebis et même les poules Lakenvelder font partie de la succession. Quant à la vieille Opel Kadett, au tas de fumier, et aux saules têtards, je roule avec la première, j'évacue mon fumier sur le deuxième, j'étête les troisièmes, mais ils ne sont pas à moi. Je suis un métayer, et ce que je fais, quelqu'un d'autre aurait dû le faire. »
    Depuis trente-cinq ans, Helmer van Wonderen tient la ferme familiale.
    Là-haut, dans les tourbières du plat pays du Waterland, au nord des Pays-Bas, tout est calme. La vie s'écoule, immuable, au rythme des travaux de la ferme et des saisons.
    « Durant toute une moitié de mon existence, je n'ai pensé à rien. J'ai remis tous les jours ma tête sous les vaches. En un sens, je les maudis, ces vaches, mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand, front appuyé contre leur flanc, on leur met la trayeuse. Rien n'est aussi rassurant, rien n'est aussi protecteur qu'une étable remplie de vaches respirant paisiblement, par un soir d'hiver. Jour après jour, été, automne, hiver, printemps. »
    Fermier malgré lui, Helmer s'est vu contraint d'abandonner ses études de littérature à Amsterdam à la mort de son frère jumeau, Henk. le préféré de son père, celui qui était appelé à reprendre l'exploitation familiale.
    « Quand Henk est mort, papa a été obligé de faire avec moi, mais je suis toujours resté à ses yeux le second choix. »
    La disparition de son jumeau a laissé Helmer sans repère, privé de son mètre étalon.
    « Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps. »
    Trente-cinq ans plus tard, il n'arrive toujours pas à décider de sa place dans le monde.
    La ferme van Wonderen semble d'une autre époque, comme si le temps s'était figé en 1967, à la mort de Henk : les trayeuses mises à part, aucun matériel moderne ; les tâches sont réalisées manuellement. L'agencement intérieur de la maison n'a pas bougé depuis des décennies : les mêmes vieux meubles, le même papier-peint défraîchi, pas de télé ni d'ordinateur…
    « La pendule ronronne, tout est calme là-haut, il reste quelques gorgées de café froid dans ma tasse. Il n'y a pas que là-haut que c'est calme, c'est calme partout, la pluie bat doucement sur le rebord de la fenêtre, la route est mouillée et déserte. Je suis seul, je n'ai personne contre qui me blottir. »
    Seuls les rires de Ronald et Teun, les jeunes enfants de la maison voisine, qui passent de temps à autre voir les ânes, troublent le silence ouaté de la ferme et lui donnent un semblant de vie.
    Cette routine quotidienne, à peine perturbée par les visites du collecteur de lait ou du vendeur de bestiaux, anesthésie l'insatisfaction d'Helmer qui aspirait à une autre vie. Comme de visiter le Danemark voisin, là-haut où tout est calme. Un eldorado dont il rêve depuis longtemps.
    Un matin, Helmer transfert son père grabataire, dans une chambre à l'étage. Depuis des années qu'il meurt de faire table rase du passé, il décide de passer à l'acte. Il entreprend de donner un coup de neuf au rez-de-chaussée qu'il compte occuper seul ensuite : il remise les vieux meubles et les tableaux dans une pièce, récure les parquets, repeint les murs, achète du mobilier neuf…
    « Suffit-il que tout soit nickel question peinture, et qu'il n'y ait pas une tuile de travers ? Que les saules soient impeccablement étêtés, et que les ânes soient au chaud et bien nourris dans leur écurie ? »
    Pendant ce temps, en haut, tout est calme. Plus les jours passent, plus la santé du père impotent décline. Désormais, il n'espère rien d'autre que d'être en mesure d'assister une dernière fois à l'arrivée du printemps, avant de gagner le paradis… où tout est calme pour l'éternité. Mais alors qu'on serait tenté de le prendre en pitié, le vieillard n'est qu'un homme autoritaire, qui toute sa vie a imposé sa domination à ses enfants et à sa défunte épouse.
    Helmer n'en peut plus de la charge, chaque jour plus lourde, que représente son père : il le lave, le porte jusqu'aux toilettes, lui cuisine ses repas… sans recevoir en échange une quelconque reconnaissance, le moindre témoignage d'affection ou de complicité. En retour, ravalant sa rancœur et sa colère, il ne lui témoigne que froideur et détachement, et reste sourd à ses exigences et à ses caprices.
    Un jour, le passé dont le fermier cherche à s'affranchir va se rappeler à lui, sous la forme d'une lettre. Elle est signée de Riet, la fiancée à l'origine de l'accident qui a coûté la vie à Henk.

    Expérience singulière que celle que je viens de vivre avec Là-haut, tout est calme.
    Au début, j'étais plutôt décontenancé : le récit n'avait rien à voir avec l'idée que je m'en étais faite. J'avais bien lu plusieurs billets sur ce roman, mais la seule chose que j'en avais retenu est qu'il s'agissait de l'histoire de deux frères. Et je me retrouvais avec un fermier quinquagénaire, solitaire et taciturne ! Qui plus est, la vie à la ferme van Wonderen était aussi mouvementée que les Ramblas de Barcelone à l'heure de la sieste ! Les faits les plus triviaux se succédaient dans toute leur monotonie.
    Bref, il ne se passait rien, ou si peu. Et pourtant, je n'arrivais pas à me défaire de ce livre. Pour la bonne raison que le plus important - et le plus prenant - n'est pas ce qui est dit mais tout ce qui couve, qui bouillonne en profondeur et qui n'est pas exprimé.
    Malgré son apparente noirceur, Là-haut, tout est calme est un roman troublant, d'une beauté lumineuse. de son style au premier abord banal et sans relief particulier (à l'image des champs, des canaux et de la vie à la ferme), Gerbrand Bakker fait jaillir la poésie.
    Avec pudeur et sobriété, il dit la complexité des relations humaines, les non-dits, la difficulté à communiquer avec ceux que l'on aime : père, fils, frère, ami… Surtout, il montre qu'il n'est jamais trop tard pour prétendre au bonheur. Toute son existence, Helmer a fait ce que les autres attendaient de lui. A cinquante-cinq ans, il décide de reprendre sa vie en main, de faire enfin ce dont il a envie et réaliser son vieux rêve : visiter le Danemark et revoir Jaap, le garçon de ferme qui lui a appris à patiner quand il était enfant.
    Là-haut, tout est calme est de ces romans qui touchent leur lecteur sans en avoir l'air, profondément et durablement.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2011/03/31/Het-Boek-Van-Wonderen%2A
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    • Livres 3.00/5
    Par Maphil, le 16 septembre 2012

    Maphil
    Ce roman psychologique sur le sens et la solitude de l'existence est exactement comme le paysage dans lequel il se déroule : calme et sobre, avec le vert des prairies et le gris des nuages qui se réfléchissent dans la rivière. C'est là-haut, dans ce paysage du nord des Pays-Bas, où un ciel bleu recouvre parfois la terre, que vit Helmer van Wonderen. Tout ce qui est arrivé à ce cinquantenaire introverti est expliqué : son frère jumeau bien-aimé mort dans un accident de voiture à 20 ans, la fin de ces études littéraires, le décès de sa mère complice, son attachement à Jaap, le garçon de ferme que son père a mis à la porte et surtout son étrange relation avec ce père très âgé, grabataire et proche de la mort, qu'il soigne cependant consciencieusement mais avec lequel il maintient un certain silence. le contact qu'Helmer a avec le monde extérieur est minimal. Helmer vit la « tête sous les vaches » et 'il « ne l'a plus jamais sortie de là.» Mais en lui sommeille le profond désir d'une relation moins passive avec le monde et avec les autres. Cet état résigné s'agite alors et l'amorce du changement brusque se traduit par l'installation de son père au premier étage. le mort ou presque mort qui a dominé jusqu'à présent sa vie figure alors pour Helmer « là-haut » tandis qu'en bas, il modifie, transforme, peint… améliorant non seulement la partie habitable de la ferme mais également son existence. A cause d'un contact inattendu avec l'ancienne petite amie de son frère et du fils de celle-ci qui vient travailler pour lui à la ferme, il se détache de l'ombre de son frère malchanceux. Son existence se rempli de lumière ou de nuages et s'anime enfin.
    Le roman se termine par la modeste perspective qu'i réalisera enfin son idéal.
    Le style est comme le paysage : informel et concis.
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    • Livres 5.00/5
    Par yv1, le 29 avril 2011

    yv1
    Ça y est me voilà sur le coup ! Bien après tout le monde, je lis ce fameux roman très encensé. Me voici comblé : je n'aime pas avoir l'impression que nous lisons tous en même temps les mêmes livres ; j'ai donc pris mon temps pour accéder à celui-ci. Et bien m'en a pris, parce que du temps, il en faut pour savourer ces presque 400 pages de lenteur, de nature, de petites choses du quotidien, de questionnements. Parce qu'il ne se passe quasiment rien dans ce roman. Bon, certes, il y a des morts, mais sur quarante ans, c'est un peu prévisible, et à part une mort accidentelle, les autres sont plus normales, si je puis dire. C'est lent, c'est excessivement lent, mais ça n'est pas long. Jamais je ne me suis ennuyé à lire les journées d'Helmer. Il y a même des descriptions de gestes banals qui durent et qui se lisent très bien, notamment la préparation du café ou des repas pour le père d'Helmer avant de les lui porter dans sa chambre.
    Gerbrand Bakker écrit donc sur un vieux garçon qui a toujours subi, lui "le second choix", puisque son père lui a toujours préféré Henk, et qui enfin se pose des questions qui vont le faire avancer. Ou plutôt qui ose avoir des réponses jusque là bien enfouies. Il écrit surtout sur la gémellité, sur la souffrance qu'a ressenti Helmer lorsque son frère, pour Riet, s'est éloigné de lui :
    "Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps.
    Mais il y a eu Riet. Lorsqu'en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m'a renvoyé. "Fous le camp", a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. "Idiot", m'a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l'entendais pousser des soupirs de mépris. J'ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d'après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps." (p.215)
    Cette séparation le met très mal à l'aise, lui, déjà pas forcément très sûr de lui. Ensuite, à la mort de Henk très proche de ce jour néfaste, Helmer sera bien incapable de s'opposer à son père lui imposant de reprendre la ferme. Il lui faudra trente-cinq années pour réagir et se rebeller. Pour prendre sa vie en mains.
    Dans le même temps, l'auteur dit la différence entre ces jumeaux : pourquoi l'un est le préféré du père ? Pourquoi Riet préfère Henk à Helmer ? Sont-ils si ressemblants ? Et quid de la question importante de leur différence sexuelle : Henk était amoureux de Riet, très belle jeune femme. Helmer est beaucoup plus troublé par les hommes qui l'entourent, notamment Jaap, le garçon de ferme. Peut-être me trompé-je, mais il me semble y voir là plus que l'amitié entre deux hommes.
    Très bien écrit, ce livre tient son lecteur jusqu'au bout, sans suspens, sans rebondissement, juste en racontant la vie de cet homme ordinaire. J'ai espéré tout au long du livre en un changement pour Helmer. Chaque lecteur -dont moi- a dû, j'imagine, suivre sa "quête du bonheur" (4ème de couverture) avec l'envie forte qu'il le trouve.
    On dit souvent -voyons, je pourrais prendre mes responsablilités et dire : "Je dis souvent..."-des personnages qu'ils sont attachants, et c'est souvent le cas, mais s'il doit y en avoir un qui l'est un peu plus que les autres, c'est bien Helmer -dans la seconde qui suit ce que je viens d'écrire, je peux vous en trouver au moins douze autres qui le sont tout autant que lui, comme quoi, ce que j'écris n'est pas toujours vérité !
    Un texte envoûtant bien que sans artifice (des phrases simples, des mots simples), des paysages et une nature nordiques très présents, des questionnements existentiels sur le sens de la vie, de la sienne et de celles des autres font que ce roman charme, captive et fascine (c'est sans doute un peu fort comme terme, mais il y a un peu de cela quand même pour nous tenir 400 pages.) Comme quoi, quand c'est bien écrit, je peux m'intéresser à des livres lents !

    Lien : http://lyvres.over-blog.com
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    • Livres 4.00/5
    Par Nadouch, le 05 mars 2013

    Nadouch
    Une plongée dans un moment de la vie d'un homme, dont le père vieillit, à qui le frère jumeau mort 30 ans auparavant manque toujours autant et qui se demande pourquoi il fait ce qu'il fait, c'est-à-dire s'occuper de la ferme familiale. Autour de lui, des personnages entiers et farouches, de ses voisins à son nouveau garçon de ferme, des relations humaines tout en nuances...
    Vraiment un beau moment de lecture, pas ennuyeux pour deux sous en dépit du côté parfois introspectif et routinier. ce roman m'a fait penser à la trilogie des Neshov de Anne B. Ragde, ou aux Chaussures Italiennes de Mankell : solitude, vie à la campagne, mais aussi questionnements de l'homme face à sa vie, à son avenir, à son passé... le tout sans pathos ni prise de tête. Très belle ambiance.
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    • Livres 5.00/5
    Par ivredelivres, le 04 juillet 2010

    ivredelivres
    Nous sommes dans le Waterland, un plat pays de tourbières au nord de la Hollande. Helmer van Wonderen est un agriculteur de 55 ans, pas encore l'âge de la retraite mais atteint par une grande lassitude, il travaille sur son exploitation depuis ses vingt ans, trente-cinq ans sans vacances, sans sorties, sans amour.
    Les seules visites qu'il reçoit sont celles du ramasseur de lait, du marchand de bestiaux.
    La vie s'est arrêtée pour lui un jour de 1967 à la mort de son frère jumeau Henk. Helmer a abandonné ses études de littérature et a pris la place de son frère, depuis il travaille sans relâche " la tête sous les vaches". Ce jumeau l'accompagne toujours, il n'a jamais oublié le temps béni de l'enfance « Nous étions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps. »
    Il a vécu une vie par procuration, il a vécu la vie de quelqu'un d'autre, il s'est résigné, il a rangé ses livres et plus jamais n'a soulevé le couvercle du passé.
    Un matin, sans raison, sans signes prémonitoires, Helmer va décider de changer, changer son père grabataire d'étage en l'installant "là haut" changer la couleur des murs, changer ses meubles. Une lettre reçue de l'ancienne fiancée de Henk vient réveiller les sentiments enfouis, la venue sur l'exploitation d'un autre Henk va faire resurgir le passé, les souvenirs mis sous le boisseau.Helmer va tenter de reprendre la direction de sa vie.
    J'ai beaucoup aimé cee roman qui nous fait vivre sous la protection des peintres hollandais, les canaux, le patinage sur les lacs gelés, les pâturages, les nuages à l'infini, la lumière qui baigne tout mais le calme du paysage ne peut masquer la haine longtemps retenue, le refoulement, la solitude écrasante. Helmer va tenter de casser son isolement, de combler les manques et les désirs inassouvis. A travers lui Gerbrand Bakker nous dit qu'il n'est jamais trop tard pour changer, pour aimer, pour vivre tout simplement.


    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2009/09/19/la-haut-t..
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Citations et extraits

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  • Par odorata, le 01 octobre 2009

    - Comment c'est d'avoir un frère jumeau ?
    - C'est la plus belle chose qui soit, Henk.
    - À présent, tu te sens diminué de moitié?
    Je veux dire quelque chose, mais n'y parvient pas. je suis même obligé de m'agripper à l'une des barres métalliques pour ne pas tomber. J'ai toujours été ignoré, j'étais le frère, papa et maman comptaient davantage, Riet a revendiqué - si peu que cela ait duré - son veuvage, et voilà le fils de Riet ici, face à moi, en train de me demander si je me sens diminué de moitié. Henk m'attrape par les épaules, je lui fais lâcher prise.
    - Pourquoi pleures-tu ? demande-t-il.
    -Pour tout, dis-je.
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  • Par kathel, le 26 février 2011

    Avant de peindre les boiseries, j’ai blanchi les murs et le plafond du séjour. Il a fallu deux couches pour faire disparaître les rectangles qui ressortaient une fois décrochés les tableautins, les photos et les marquoirs. J’ai acheté de la peinture et un nouveau pinceau chez le marchand de peinture, puis je suis allé au supermarché de bricolage Praxis, où j’ai trouvé des stores vénitiens en bois des dimensions exactes des fenêtres du séjour et de la chambre. Les normes en vigueur il y a un siècle et demi ont manifestement toujours cours. Avant de les installer, j’ai débarrassé les rebords de fenêtre des plantes qui restaient, pour les jeter à leur tour sur le tas de fumier. A présent, les deux pièces sont vides et gris-bleu, la lumière y pénètre en bandes horizontales. Le matin, je ne remonte pas les stores vénitiens, mais j’actionne l’ouverture des étroites lamelles.
    Equipé d’une boîte en carton pleine de clous, d’un marteau et d’une grande et lourde caisse à pommes de terre, je monte l’escalier.
    « Qu’est-ce que tu fais ? » demande papa .
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  • Par InColdBlog, le 07 avril 2011

    Les ânes ne s’approchent pas immédiatement de la barrière, mais viennent, flanc contre flanc, bien tranquillement, dans ma direction. Ces bêtes sont à moi, vraiment à moi, je les ai achetées. Tout le reste, ici, n’est pas véritablement à moi ; les vaches, les brebis et même les poules Lakenvelder font partie de la succession. Quant à la vieille Opel Kadett, au tas de fumier, et aux saules têtards, je roule avec la première, j’évacue mon fumier sur le deuxième, j’étête les troisièmes, mais ils ne sont pas à moi. Je suis un métayer, et ce que je fais, quelqu’un d’autre aurait dû le faire.
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  • Par InColdBlog, le 07 avril 2011

    Durant toute une moitié de mon existence, je n’ai pensé à rien. J’ai remis tous les jours ma tête sous les vaches. En un sens, je les maudis, ces vaches, mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand, front appuyé contre leur flanc, on leur met la trayeuse. Rien n’est aussi rassurant, rien n’est aussi protecteur qu’une étable remplie de vaches respirant paisiblement, par un soir d’hiver. Jour après jour, été, automne, hiver, printemps.
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  • Par yv1, le 12 mai 2011

    Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps.
    Mais il y a eu Riet. Lorsqu'en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m'a renvoyé. "Fous le camp", a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. "Idiot", m'a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l'entendais pousser des soupirs de mépris. J'ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d'après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps. (p.215)
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