Ce plaidoyer matérialiste, rationaliste et radicalement démocratique, répond à Voltaire et à son « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer » par « Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître ». Pour Bakounine, l’idée de Dieu est étroitement liée... > voir plus
Ouvrage d'un des grands théoriciens de l'anarchisme, assez concis. Un peu trop même parfois, j'ai eu de temps en temps l'impression d'être face à des arguments d'autorité, sans justification particulière, mais je suppose que c'est un défaut inhérent aux livres courts. Bakounine expose que l'idée de la divinité s'arrache progressivement du monde matériel pour rejoindre un monde idéalisé, emportant avec elle toutes les qualités, et en ne laissant aux hommes que les vices. L'auteur constate que même chez les gens qui se détachent de la religion officielle, cette idée que les «bonnes choses» ne peuvent venir que du monde de l'esprit, tandis que les mauvaises ne viennent que du monde matériel persiste. Pour se réapproprier les vertus, Bakounine propose de se baser sur la logique et la science, et de rejeter toutes les sources d'autorité absolue, y compris d'ailleurs celle venant des savants. Certains morceaux de l'essai parlent de thèmes que je ne maîtrise pas du tout, et la concision laisse parfois un goût de trop peu, mais dans l'ensemble, la lecture a été agréable et instructive.
Excellente synthèse, très facile à lire, de la pensée de ce premier grand théoricien de l'anti-autoritarisme. (Anarchie) Si la société anti-autoritaire idéale semble difficile à atteindre en l'état culturel actuel, les grands principes présentés ici, tant négatifs (décortiquage et critique de l'instauration du pouvoir sur la base d'un élément transcendant, récapitulatif historique de la prise de pouvoir des intérêts bourgeois lors de la révolution prétendument populaire de 1789 et le système ploutocratique vers lequel cela ène - ô combien actuel ! -, etc.) que positifs (diffusion de la culture et de la science comme biens communs non-marchandise) méritent d'être abordés par tous, à l'heure où le Grand Marché (le nouvel élément transcendant qui intronise l'instauration du pouvoir tyranique des intérêts égoïstes d'un petit nombre d'individus) nous fait croire à une liberté "libérale" absolument fictive...
"Le plus grand stratagème du Diable fut de faire croire qu'il n'existait pas." Dans la guerre de tous contre tous (G.Châtelet), le Grand Marché est l'élément de croyance mis en avant, par ceux qui y ont intérêt, comme l'horizon nécessaire et indépassable. Plus : concis, percutant, éloquent, actuel.
Moins : court. Mais il n'y a qu'à lire le reste ! ... et Stirner.
Jéhovah [...] ayant créé Adam et Eve, par on ne sait quel caprice, sans doute pour tromper son ennui qui doit être terrible dans son éternellement égoïste solitude, ou pour se donner des esclaves nouveaux, avait mis généreusement à leur disposition toute la terre, avec tous les fruits et tous les animaux de la terre, et il n'avait posé à cette complète jouissance qu'une seule limite. Il leur avait expressément défendu de toucher aux fruits de l'arbre de la science. Il voulait donc que l'homme, privé de toute conscience de lui-même, restât une bête, toujours à quatre pattes devant le Dieu éternel, son Créateur et son Maître.
Mais voici que vient Satan, l'éternel révolté, le premier libre penseur et l'émancipateur des mondes. Il fait honte à l'homme de son ignorance et de son obéissance bestiales ; il l'émancipe et imprime sur son front le sceau de la liberté et de l'humanité, en le poussant à désobéir et à manger du fruit de la science.
S’ensuit-il que je repousse toute autorité ? Loin de moi cette pensée. Lorsqu’il s’agit de bottes, j’en réfère à l’autorité du cordonnier ; s’il s’agit d’une maison, d’un canal ou d’un chemin de fer, je consulte celle de l’architecte ou de l’ingénieur. Pour telle science spéciale, je m’adresse à tel savant. Mais je ne m’en laisse imposer ni par le cordonnier, ni par l’architecte, ni par le savant. Je les écoute librement et avec tout le respect que méritent leur intelligence, leur caractère, leur savoir, en réservant toutefois mon droit incontestable de critique et de contrôle.
La liberté de l’homme consiste uniquement en ceci qu’il obéit aux lois naturelles parce qu’il les a reconnues lui-même comme telles, et non parce qu’elles lui ont été extérieurement imposées par une volonté étrangère, divine ou humaine, collective ou individuelle, quelconque.
Trois éléments, ou si vous voulez, trois principes fondamentaux constituent les conditions essentielles de tout développement humain, tant collectif qu'individuel dans l'histoire :
1° l'animalité humaine;
2° la pensée;
3° la révolte.
A la première correspond proprement l'économie sociale et privée; à la seconde, la science; à la troisième, la liberté.