> Pierre Barbéris (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253006300
Éditeur : Le Livre de Poche (1972)


Note moyenne : 3.76/5 (sur 287 notes) Ajouter à mes livres
Raphaël de Valentin est un jeune marquis malchanceux, ruiné et solitaire, au bord du suicide. Il doit sa survie à un antiquaire, chez qui il trouve par hasard un talisman, une « peau de chagrin » censée exaucer le moindre de ses désirs. Désespéré par son odieuse vie, le jeune homme décide de céder aux caprices et aux excès. Il s’accapare la richesse et l’amour qui le fuyaient jusqu’alors. Mais chaque vœu exprimé rétrécit la peau de chagrin, et diminue l’existence de Raphaël. Vieilli, malade, il est terrifié par le pouvoir de cette peau qui emporte avec elle des fragments de sa jeunesse. L’usage inconsidéré qu’il fait de son talisman l’obligera à combattre sa nouvelle dépendance, pour éviter l’accomplissement de cette étrange et inquiétante prophétie.
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 14 décembre 2007

    Woland
    "La peau de Chagrin" se fondant sur une intrigue fantastique, je croyais pouvoir y retrouver le Balzac que j'avais aimé dans "La Rabouilleuse." Mais non : ce n'est pas encore pour cette fois !
    L'action se répartit en trois parties. Dans la première, un jeune inconnu sort d'une salle de jeux parisienne où il vient de perdre son dernier louis et se dirige vers les quais où il croise bien des misères. Désireux de se suicider, il entend cependant le faire discrètement, quand la nuit sera tombée. Désoeuvré, il entre dans un magasin d'antiquités où un vieillard qui semble surgir de nulle part lui propose un bien curieux talisman, une peau de chagrin raide et durcie sur laquelle, en un triangle inversé, est contenue une inscription promettant la réalisation de tous ses voeux à celui qui acceptera que, lors de l'ultime rétrécissement de la peau, la Mort vienne aussi le prendre.
    Sans qu'aucune opération strictement financière ne soit intervenue, le jeune homme se retrouve dehors, avec La peau de Chagrin, brusquement et inexplicablement devenue aussi souple qu'un chiffon, au fond de sa poche. Sur le trottoir passent justement trois de ses amis, qui le cherchaient pour le conduire au souper donné par le banquier Taillefer en l'honneur d'un investissement qu'il vient de faire dans un journal. On apprend alors que le jeune inconnu s'appelle Raphaël de Valentin.
    Chez Taillefer, le souper sombre très vite dans l'alcool et l'orgie. Balzac restitue des dialogues d'hommes complètement ivres et gagnés par une incohérence absolue. Raphaël et l'un de ses amis, Emile, discutent avec deux prostituées, Aquilina et Euphrasia et c'est pour l'auteur l'occasion d'exposer ses propres idées - au demeurant très justes - sur la place laissée aux femmes par la société de 1830. Puis, Emile demande à Raphaël de leur expliquer pourquoi il voulait se suicider.
    Commence alors une seconde partie consacrée à l'enfance et à l'adolescence de Raphaël, partagée entre une mère adorée mais morte trop tôt et un père distant, froid et qui rêve de revivre sa propre vie en imposant un destin d'homme politique au jeune homme. Mais le père décède, les créanciers mangent l'héritage et Raphaël se retrouve à Paris où il tombe amoureux de Pauline, la fille de sa logeuse.
    Il fait aussi la connaissance d'Eugène de Rastignac, jeune fêtard qui lui présente la comtesse Féodora, très mystérieuse beauté dont Raphaël devient aussi complètement fou. Hélas ! Sa passion n'est récompensée que par une froideur quasi polaire qui le plonge au désespoir et l'incite à accumuler dettes et folies.
    Le récit se termine sur le souhait, formulé in petto par Raphaël, de se voir une grosse fortune. De fait, le lendemain, il hérite d'un oncle. Mais quand il sort La peau de Chagrin pour la regarder, celle-ci a rétréci.
    La troisème partie découvre le jeune homme pour ainsi dire terré dans le luxueux hôtel particulier qu'il vient de s'acheter et où il tente de se faire oublier par le Destin. Mais quand Parroquet, son ancien professeur, vient lui demander de l'aider à trouver un nouvel emploi, Raphaël, sans réfléchir, forme un nouveau voeu et La peau de Chagrin en rétrécit d'autant.
    Le même soir, aux Italiens, il rencontre Pauline. Les deux jeunes gens tombent dans les bras l'un de l'autre et, avec une exaltation typiquement balzacienne, s'assurent mutuellement de leur volonté de se marier. La peau de Chagrin ... etc ...
    Fou de détresse, Valentin la jette dans un puits. Mais les domestiques l'y récupèrent. le jeune homme, en désespoir de cause, s'adresse même aux scientifiques de l'époque pour tenter d'enrayer le rétrécissement de la peau diabolique. En vain, bien sûr. Il décide de tout dire à Pauline et la jeune fille, comprenant que le désir de Valentin envers elle risque fort de le tuer, songe à se suicider. Mais Raphaël la poursuit, l'empêche de se suicider et meurt enfin à ses côtés.
    Beaucoup de descriptions - celles du magasin d'antiquités par exemple - sont vraiment superbes : on ne les lit pas, on est dans le magasin, aux côtés de Balzac et de son héros. En revanche, le style ... le style est feuilletonnesque ; à certains moments, on croit lire du Ponson du Terrail. Grandiloquence, élans "sublimes", romantisme véritablement échevelé, tout y est. Sans oublier certains dialogues où - comme dans les feuilletons de l'époque et pour des raisons financières évidentes - il n'y a qu'un seul mot par ligne (mais un mot égalait une ligne ... ;o))
    Quant aux personnages ... Eh ! bien, ils sont un peu trop romanesques pour mon goût, je l'admets.
    Cependant, chez Balzac, en ce qui me concerne, c'est toujours sur le style que je bute avant tout. Les ridicules que j'y vois me font oublier la puissance et la beauté des idées qui s'y pressent. Je dois faire un effort pour continuer à les percevoir. Bref, c'est épuisant.
    Mais ce qui me fait le plus enrager, c'est que je sais qu'il existe au moins un roman de Balzac où il n'a pas usé de tous ces procédés très XIXème. Or, s'il y en a un, on peut penser qu'il y en a peut-être un second, un troisième ... etc ... Quand les rencontrerai-je ? ... ;o)
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Nodamin, le 03 avril 2010

    Nodamin
    chapitre 1 « le talisman »
    C'est long. On s'éternise sur des scènes chargées de dialogues emphatiques, dont le niveau d'érudition pour en saisir tout le sens est très loin du mien. Ce niveau de langage m'écrase et je me sens ignare devant ce flot d'éléments qui m'échappent. Bilan, mon esprit s'égare souvent, au risque de rater des passages clés de l'histoire… Passages noyés sous ces pesants étalages, parfois pédants ou moralisateurs, où l'auteur par ses personnages qui discourent de manière si savante mais si peu naturelle, déverse à la louche l'étendue de ses connaissances sur le pauvre lecteur étouffé. A trop vouloir en faire, il s'y perd d'ailleurs parfois lui-même comme le démontrent certaines notes.
    Le système de note en bas de page est du reste le bienvenu, pour tenter d'éclairer le bête lecteur béotien. Mais sa fréquence et sa quantité, en font, malgré sa nécessité, une digression de plus dont on se serait bien passé si le texte avait été directement plus accessible.
    Je concède tout de même que la question du contexte doit aussi beaucoup jouer, le lecteur de l'époque ayant plus de repères que celui d'aujourd'hui. Il n'empêche que ce procédé d'écriture ampoulé et artificiel me déplait, voire pire, m'ennuie.
    J'apprécie cependant les quelques allusions à la musique et particulièrement l'opéra, notamment lors de la scène du diner, avec quelques parallèles bienvenus.

    Ceci-dit, ce n'est là qu'un petit tiers du roman. Et dans l'intrigue, j'ai l'impression que nous avons à peine dépassé le seuil de l'introduction. Alors même si le style me lasse, peut-être que l'histoire saura me captiver. du nerf, allons lire la suite. C'est un cadeau, j'irai jusqu'au bout. Et puis, je ne peux qu'en être surprise en bien, à présent ! Enfin, le mot préfacé à la main par mon amoureux me motive plus que tout autre appât !
    chapitre 2 « la femme sans cœur »
    Non mais j'exige la tête de l'auteur des annotations, raconter de manière aussi peu subtile des évènements aussi primordiaux à venir par la suite, sans préavis, où est l'intérêt ! Surtout celle sur le futur de Pauline et son incidence sur Raphaël tiens, ça m'a scié ça.
    Bref, j'ai bien fait de poursuivre, plutôt heureuse surprise que ce deuxième chapitre donc, je me suis sentie beaucoup plus impliquée dans l'histoire. J'ai trouvé la ligne plus agréable et captivante à suivre. Peut-être me suis-je faite au style ou vais-je à l'essentiel en ne cherchant pas forcément à décrypter tout ce que je ne saisis pas, peut-être aussi que pour faire avancer l'histoire l'auteur va un peu plus vite et s'attarde moins sur de longues descriptions et dialogues métaphysiques…
    Quoi qu'il en soit, je ne m'attendais pas à ce que ce deuxième tiers soit un flash-back intégral de la vie de Raphaël avant la première partie, par l'intermédiaire de son récit à Emile. du coup, notre peau éponyme est toujours perdue de vue, mais ce développement détaillé des mésaventures passées du héros déroule une belle toile pour une utilisation future.
    Autre point, ce roman est centré sur l'argent, soit, son manque, son besoin, mais quand cela vire à l'obsession, ce retour quasi-systématique au sujet même (et surtout) à propos des passions du héros met mal à l'aise.
    Et parlons des deux femmes. Leur personnalité opposée est peut-être un peu trop poussé à l'extrême (même s'il en ressort un intéressant jeu de contrastes dans plusieurs de leurs façons de faire), mais le caractère de Fœdora est passionnant. Celui de Pauline est un peu moins développé pour le moment, bien qu'elle semble plus classique dans le genre douce-fillette-adorable-et-dévouée. On sent qu'on veut faire d'elle un idéal féminin. Cela ne m'empêche pas de la trouver attachante, c'est depuis son apparition que la lectrice cœur d'artichaut que je suis ne veut plus que Raphaël meure. Avant, cela m'était bien égal à vrai dire, ne trouvant pas le personnage en lui-même des plus attrayants (encore moins depuis qu'il refuse de s'en éprendre parce qu'elle est pauvre ceci-dit, bref).
    chapitre 3 « l'agonie »
    Et c'est finalement touchée et émue que je repose ce livre à présent achevé. J'ai été absorbée par le lyrisme tragique de l'ultime scène, un final magnifiquement pathétique digne d'un opéra. Prévisibles pourtant, j'ai lu ces dernières pages la gorge nouée, les yeux peut-être même humides, tant les errements de Raphaël et le désespoir de Pauline faisaient peine à voir. Pauline…cette façon dont on la fait oublier durant de longs passages, pour que son retour aux côtés de son mari n'en soit que plus tragique, très réussi. Quant au héros, il n'arrive décidément pas à être attachant auprès de moi, mais Elle, y parvient à merveille. Certes elle a toujours ce côté "charmante-ingénue" agaçant, mais l'amour et le dévouement qu'elle porte à Raphaël me font fondre, et elle ne méritait pas de finir ainsi. Pourtant, ces quelques lignes d'épilogue à son sujet sont tellement extraordinaires, avec ce côté nébuleux augmentant la confusion et le drame…
    Toute cette troisième et dernière partie se déroule lorsque Raphaël est riche et marquis. Il a conscience que la peau est à l'origine de la réalisation de ses souhaits et que ceux-ci réduisent sa vie en proportion. Pour éviter d'échapper tout vœu indésirable, il vit reclus, se morfondant, malheureux, dans un état d'esprit au final pire que lorsqu'il était sans le sou : avant obnubilé par le besoin d'argent, maintenant par celui de continuer à vivre. Ce côté est de plus en plus obsessionnel, surtout après ses retrouvailles avec Pauline (rebondissement narratif "quelque peu" gâché par les dix ou quinze annotations préalables annonçant leur rencontre-union-fin tragique). Cette obsession croissante est bien montrée, avec sa manière de chercher par tous les moyens à allonger sa vie : tenter de faire étirer la peau, obtenir les meilleurs traitements de santé… Mais la fatalité vaincra cher monsieur, navrée.
    Bref, un livre dont ce n'est pas tant l'intrigue qui compte, mais la manière dont les protagonistes (et la peau, "personnage" le plus influant d'ailleurs) gravitent autours du personnage central, agissent sur son état d'esprit, et où le héros lui-même n'a rien de séduisant. Son histoire a beau être mélodramatique, on ne parvient pas vraiment à le plaindre, et serait même soulagé que sa vie s'achève si seulement Pauline n'avait pas été à ses côtés. Oui, le tragique des situations, aussi bien dans la deuxième que la troisième partie, se crée par la présence des femmes qui entourent ce bien malheureux héros.
    Conclusion, j'ai bien fait d'aller au-delà de ce premier chapitre à la lecture très pénible, voici un livre marquant au final, et par son final.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Andarta, le 26 mai 2012

    Andarta
    La Peau de Chagrin est l'une des œuvres que j'ai le plus appréciée chez Balzac. C'est également l'une des plus faciles à lire dans l'ensemble de La comédie humaine, à mon avis.
    Raphaël de Valentin, qui a absolument tout perdu, fait un pacte avec un antiquaire. Grâce à La Peau de Chagrin que ce dernier lui remet, il pourra réaliser tous ses vœux, mais cette même peau rétrécira à chaque fois, écourtant d'autant la vie de son propriétaire.
    Ce roman fantastique est plus léger que les autres œuvres habituelles De Balzac, les descriptions moins lourdes et la psychologie des personnages moins poussée. On y retrouve d'ailleurs l'un des personnages récurrents de la Comédie, à savoir Rastignac, jeune homme de mauvais conseil pour Raphaël et qui a accéléré sa chute avant les événements du roman. Cependant, le renversement radical de la situation de Raphaël, qui de jeune homme suicidaire devient la victime de ses vœux et cherche par tous les moyens à reculer l'inévitable, s'accrochant désespérément à la vie, est magistral. D'une ironie mordante, même. Et pourtant, Raphaël a tout eu : richesse, réputation, femmes… mais la peau, elle, rétrécit inexorablement, aliénant du même coup Raphaël qui s'enferme, refuse de désirer, de vouloir, car la mort est là très proche, trop proche… Et nous suivons cette montée d'angoisse, qui prend aux tripes, jusqu'à la scène finale qui termine le roman en apothéose, emportant Raphaël dans un dernier désir foudroyant…
    Une seule question reste sans réponse : qu'est-ce donc que cette peau qui se réduit toute seule et est capable d'exaucer absolument tous les vœux ?
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    • Livres 4.00/5
    Par Corboland78, le 23 mars 2012

    Corboland78
    C'est un téléfilm diffusé par France2 il y a quelques semaines à peine qui m'a donné l'envie de me replonger dans ce classique de la littérature française. Si le thème « fantastique » nous est familier à tous, rien ne vaut la lecture du texte qui bien entendu dépasse ce simple aspect pour le reléguer au second plan – tout le contraire de l'adaptation filmée qui par essence ne peut montrer que ce qui se voit.
    Honoré de Balzac (1799-1850) a 31 ans quand paraît son premier chef-d'œuvre La peau de Chagrin qui sera suivi l'année suivante du Colonel Chabert, premières pierres de la longue litanie de près de 90 romans et 2000 personnages qui constitueront La comédie humaine.
    Ruiné par le jeu et à deux doigts de se suicider, Raphaël de Valentin achète à un vieil antiquaire un talisman, une peau de chagrin aux pouvoirs magiques. On appelle chagrin, un cuir grenu en peau de chèvre ou de mouton utilisé en reliure, ce qui ici constitue une sorte de jeu de mot entre la matière et l'effet obtenu. La peau réalisera tous ses vœux mais en contrepartie, représentant sa durée de vie, elle rétrécira d'autant à chacun de ces désirs comme lui explique le vendeur « Après tout, vous vouliez mourir ? hé ! bien, votre suicide n'est que retardé… ». Raphaël va se jeter dans le luxe et la débauche contaminé par une fièvre du toujours plus qui le mènera inéluctablement vers le tombeau.
    Le roman est composé de trois parties distinctes, « le talisman » nous présente Raphaël au bord du suicide, l'acquisition de La peau de Chagrin, le premier souhait exaucé qui le mène à un grand dîner organisé par un banquier lançant un nouveau journal ; « La femme sans cœur » Raphaël nous raconte sa vie, sa chambre minable louée à la pauvre Mme Gaudin et sa fille Pauline où il écrit son grand œuvre, sa rencontre favorisée par son ami Rastignac avec Foedora, une courtisane, sa vie de débauche, les dettes et la misère, son souhait exaucé et la peau qui rétrécit ; « L'agonie » Raphaël et Pauline devenue riche à son tour se retrouvent et s'avouent leur amour, le temps du bonheur total, la peau qui s'amenuise jusqu'à l'issue fatale.
    Balzac utilise l'aspect du conte – le talisman magique – mais déjà il nous montre son époque (ou la notre ?) faite d'égoïsme (Raphaël en fait ne pense qu'à lui, Foedora n'existe que pour elle-même), où l'argent est le sang qui fait vivre la cité. L'écrivain invite l'esprit de Molière quand il raille les scientifiques et médecins ne pouvant expliquer ni le mystère de la peau, ni la maladie de son propriétaire et l'on retrouve son style fait de phrases riches en descriptions ou précisions sur les dernières découvertes scientifiques de son époque.
    Néanmoins on ne sait pas vraiment ce que Balzac a voulu dénoncer ici, l'excès de la passion chez l'homme ou la puissance du désir ? « Vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit ». A moins qu'il n'ait voulu montrer tout simplement, à travers ses personnages, la naissance d'une société égoïste.
    Enfin j'en terminerai avec une question primaire mais non moins essentielle à mes yeux. Quand Raphaël est presque arrivé au terme de son existence, pourquoi ne fait-il pas un dernier vœu, celui de continuer de vivre ? La situation aurait alors été troublante et paradoxale puisque le talisman pouvant encore exaucer le souhait aurait du sauver le jeune homme, mais par contre étant le dernier vœu exaucé, la peau réduite à rien devait conduire son propriétaire à la mort ! Je suppose qu'il aurait fallu écrire un autre livre et celui-ci dans une collection de Science-Fiction.
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 01 novembre 2010

    chartel
    A lire les critiques de "La Peau de chagrin" déjà présentes sur babelio.com, je m'aperçois des difficultés posées par son roman – et plus généralement par son œuvre (mes premières lectures, comme "Le lys dans la vallée", en sont un bon exemple). Balzac peut agacer aujourd'hui, son mysticisme peut faire sourire et sa grandiloquence lasser. Je pourrais renchérir sur ces reproches si l'auteur de La comédie humaine ne possédait cette distance ironique particulièrement prononcée dans ce récit (voir l'hommage rendu à Molière dans la scène des médecins), s'il n'avait pas la portée philosophique, reprise quelques décennies plus tard par Nietzsche, sur les limites du langage et de l'art, sur les limites mêmes de nos perceptions, troublant ainsi nos certitudes quant à savoir ce qui relève de la fiction ou de la réalité. Car le jeune héros Raphaël est constamment le jouet de son imagination. Cette peau de chagrin existe-t-elle bel et bien ? L'ensemble du récit n'est-il pas le produit des illusions et des chimères de ce personnage romantique et désespéré ?
    Enfin, je n'ai pu que me délecter de l'art avec lequel Balzac a composé, en un temps bien pudibond, une ode indirecte aux plaisirs des sens. La scène de la nuit de débauche, digne du grand Rabelais, ne peut être l'œuvre que d'un bon vivant.
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Citations et extraits

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  • Par Andarta, le 26 mai 2012

    « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m’appartiendra. »
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  • Par Couperine, le 04 mai 2010

    Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dépouiller de votre chapeau. Est-ce une parabole évangélique et providentielle ! N'est-ce pas plutôt une manière de conclure un contrat infernal vous en exigeant je ne sais quel gage ? Serait-ce pour vous obliger à garder un maintien respectueux devant ceux qui vont gagner votre argent ? Est-ce la police tapie dans tous les égouts sociaux qui tient à savoir le nom de votre chapelier ou le vôtre, si vous l'avez inscrit sur la coiffe ? Est-ce enfin pour prendre la mesure de votre crâne et dresser une statistique instructive sur la capacité cérébrale des joueurs ? Sur ce point l'administration garde un silence complet. Mais, sachez-le bien, à peine avez-vous fait un pas vers le tapis vert, déjà votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez à vous-même : vous êtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre manteau. A votre sortie, le JEU vous démontrera, par une atroce épigramme en action, qu'il vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage. Si toutefois vous avez une coiffure neuve, vous apprendrez à vos dépens qu'il faut se faire un costume de joueur. L'étonnement manifesté par l'étranger quand il reçut une fiche numérotée en échange de son chapeau, dont heureusement les bords étaient légèrement pelés, indiquait assez une âme encore innocente.
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  • Par zepherina, le 30 décembre 2010

    [...]Je vais vous révéler en peu de mots un grand mystère de la vie humaine. L’homme s’épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort : Vouloir et Pouvoir. Entre ces deux termes de l’action humaine, il est une autre formule dont s’emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longévité. Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit, mais savoir nous laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme.
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  • Par Corboland78, le 05 octobre 2011

    - Hé ! Hé ! S’écria-t-il en pensant tout à coup à son talisman qu’il tira de sa poche. Soit que, fatigué des luttes de cette longue journée, il n’eût plus la force de gouverner son intelligence dans les flots de vin et de punch ; soit qu’exaspéré par l’image de sa vie, il se fût insensiblement enivré par le torrent de ses paroles, Raphaël s’anima, s’exalta comme un homme complètement privé de raison. – Au diable la mort ! S’écria-t-il en brandissant la Peau. Je veux vivre maintenant ! Je suis riche, j’ai toutes les vertus. Rien ne me résistera. Qui ne serait pas bon quand il peut tout ? He ! Hé ! Ohé ! J’ai souhaité deux cent mille livres de rentes, je les aurai. Saluez-moi, pourceaux qui vous vautrez sur ces tapis comme sur du fumier ! Vous m’appartenez, fameuse propriété ! Je suis riche, je peux vous acheter tous, même le député qui ronfle là. Allons, canaille de la haute société, bénissez-moi ! Je suis pape.
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  • Par brigetoun, le 25 juillet 2010

    Les femmes sont habituées, par je ne sais quelle pente de leur esprit, à ne voir dans un homme de talent que ses défauts, et dans un sot que ses qualités ; elles éprouvent de grandes sympathies pour les qualités du sot qui sont une flatterie perpétuelle de leurs propres défauts, tandis que l’homme supérieur ne leur offre pas assez de jouissances pour compenser ses imperfections. Le talent est une fièvre intermittente, nulle femme n’est jalouse d’en partager seulement les malaises ; toutes veulent trouver dans leurs amants des motifs de satisfaire leur vanité ; c’est elles encore qu’elles aiment en nous ! Un homme pauvre, fier, artiste, doué du pouvoir de créer, n’est-il pas armé d’un blessant égoïsme ? il existe autour de lui je ne sais quel tourbillon de pensées dans lequel il enveloppe tout, même sa maîtresse, qui doit en suivre le mouvement.
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