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Pierre Barbéris (Préfacier, etc.)Patrick Berthier (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070411184
Éditeur : Gallimard (1999)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 932 notes)
Résumé :
Chabert ! Un nom dur à porter pour cet homme foudroyé.
Célèbre, certes, mais qui passe désormais pour un imposteur. Car Chabert, colonel, comte d'Empire, est mort à Eylau, et son décès, historique, est consigné dans les actes militaires. Enseveli vivant ! Tel fut le sort de Chabert. Jeté dans une fosse au milieu des cadavres, sortant de ce charnier par miracle pour rester pendant six mois entre la vie et la mort. Un espoir ultime reste à ce malheureux : retro... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B22 décembre 2014
  • Livres 5.00/5
Le Colonel Chabert est l'un des trésors que nous a légué Balzac et auquel je témoigne le plus grand respect. On y sent souffler les accents sublimes qui deviendront, sous la plume d'Hugo, Les Misérables.
Dans ce petit roman, l'auteur nous mène sur les sentiers d'une quasi résurrection, celle d'un brillant et brave grognard de Napoléon que tout le monde a cru mort et enterré à la bataille d'Eylau. L'histoire se corse lorsque réapparaît le vieux colonel bien des années plus tard et que sa légitime épouse, remariée, devenue comtesse et richissime s'aperçoit que l'essentiel de son bien pourrait être revendiqué par son ancien mari...
Honoré de Balzac cisèle dans la dentelle une narration impeccable, et dresse un portrait surprenant de l'avoué Derville, qu'on sent mi honnête homme, mi canaille, pouvant verser de l'un ou l'autre côté selon d'où vient le vent, à l'image de Petit-Claud dans les Illusions Perdues, mais qui, pris d'une commisération, rare en cette engeance, et tel que nous le connaissons par ailleurs, dans Gobseck par exemple, va tout mettre en oeuvre pour secourir le vaillant vieux soldat.
J'en ai assez dit si je ne veux pas trop déflorer cette perle, ce grand chef-d'oeuvre de littérature, mais bien sûr, tout ceci n'est que mon avis, dont la validité ne tient qu'à un coup de sabre, plus ou moins bien placé, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Nastasia-B
Nastasia-B26 mai 2013
  • Livres 5.00/5
J'aime quand un choix éditorial s'appuie sur une réelle concordance d'oeuvres. Les petits romans De Balzac se prêtent bien à ce jeu des associations, pas toujours très heureux.
Ici, il est difficile de prétexter qu'il y ait quoi que ce soit de révolutionnaire car le rapprochement avait été effectué par l'auteur lui-même dans l'effort de catégorisation qu'il avait entrepris pour son chef-d'oeuvre, La Comédie Humaine.
Néanmoins, ce n'est pas une raison pour ne pas saluer cette décision éditoriale de garder le lien étroit qui unit ces deux brefs romans ayant de nombreux éléments comparables : similitudes ou complémentarités.
1) Les similitudes ou points communs :
- un homme de bien est mis en difficulté par la justice, simplement dans le fait de prouver son bon droit.
- le principal obstacle à l'homme de bien est sa légitime épouse, dame raffinée et assez intéressée aux choses de l'argent.
- un homme de loi intègre prend le parti de l'homme de bien.
- un élément du passé datant de nombreuses années explique la mise en difficulté de l'homme de bien.
- l'homme de bien ne veut absolument pas nuire à son épouse.
- l'homme de loi est positivement ému par le destin et la personnalité de l'homme de bien.
- la morale et la justice ne se situent pas forcément du même côté.
2) Les complémentarités ou parallélismes :
- dans le premier cas la requête émane de l'homme de bien, dans l'autre elle émane de l'épouse ennemie.
- dans un cas l'homme de bien est déchu de son statut social, dans l'autre, on cherche à le déchoir.
- dans un cas, homme de bien cherche à réunir le couple, dans l'autre, il est source de la séparation.
- dans un cas l'homme de bien est seul face à une épouse entourée de sa famille, dans l'autre, l'homme de bien est entouré de sa famille face à son épouse seule.
Je ne sais pas si je vous ai convaincu du bienfondé de proposer ces deux romans conjointement. Je n'entrerai pas plus avant dans les histoires en elles-mêmes car je leur ai déjà consacrées l'une et l'autre un avis distinctif. En outre, sachez tout de même que je considère ce livre comme une excellente porte d'entrée chez le si redouté et pourtant bien peu redoutable et génial magicien des mots qu'est notre Honoré de Balzac.
À tout le moins, c'est mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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Mimeko
Mimeko11 mai 2016
  • Livres 4.00/5
Déclaré mort à la bataille d'Eylau, en 1807, le Colonel Chabert, comte d'Empire réapparaît en 1817 après plusieurs années de soins à l'étranger et pense ingénument qu'il va recouvrer son identité, son patrimoine et son mariage, mais malheureusement pour lui, les temps ont changé, le nouveau régime a oublié l'Empire. Sa femme, héritière de l'ensemble des biens s'est remariée avec le comte Ferraud issu d'une famille de la vieille noblesse et elle n' a pas l'intention de changer sa situation et encore moins reconnaître comme son mari ce vieil homme réapparu de nulle part...
Le Colonel Chabert apparaît comme l'empêcheur de tourner en rond. Résigné et généreux, il abandonnera ses droits pour éviter le scandale qui pourrait rejaillir sur sa première femme, sans aucune reconnaissance de cette dernière.
Une nouvelle émouvante où, au travers du destin du vieux Colonel Chabert, Balzac confronte deux mondes qui ne peuvent plus cohabiter : celui de Chabert un homme du peuple, incarnant la réussite par le mérite, symbole des valeurs de l'Empire, une société qui permet l'ascension par l'engagement, le courage et le respect de la parole et l'autre, la Restauration qui a remis en selle les aristocrates, revenus pour la plupart d'exil qui ne cherchent qu'à reconquérir leur prestige passé.
Avec cette nouvelle Balzac propose une étude moeurs en épinglant la médiocrité de Mme Ferraud et avec elle le régime de la Restauration en lui opposant la grandeur d'âme de son premier mari et celle du régime d'Empire.
Un texte poignant qui rend hommage aux perdants qui gardent la tête haute.
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Luniver
Luniver18 décembre 2013
  • Livres 4.00/5
Imaginez deux secondes votre retour au pays, alors que tout le monde vous croyait mort sur le champ de bataille depuis plusieurs années. Des exclamations de joie seraient les bienvenues, ainsi que quelques larmes de bonheur. Et bien que cela offense votre modestie habituelle, vous accueilleriez cette fois-ci les qualificatifs de béni des dieux et de miraculé avec une certaine indulgence.
Malheureusement pour le colonel Chabert, cette situation idéale est entravée par plusieurs obstacles : l'administration l'a déclaré mort, et n'est pas d'humeur à changer d'avis aussi facilement ; si le colonel était le bras droit fidèle d'un empereur, il se retrouve aujourd'hui face à un roi, qui ignore tout de lui ; sa femme a épousé son amant, s'est constitué une solide fortune avec l'héritage qu'elle a reçu, et a maintenant deux enfants. Bref, la société toute entière se porte beaucoup mieux avec un Chabert mort qu'avec un Chabert vivant, et n'entend pas se laisser contrarier par la vulgaire réalité des faits.
Habitué à rugueuse franchise de l'armée, et ayant rempli ses devoirs de soldat et d'époux, le colonel a bien du mal à comprendre pourquoi son comportement n'est pas payé de retour, et les voies tortueuses de la justice ont de quoi le surprendre : on l'encourage à être vivant, mais pas trop, à réclamer l'argent qui lui appartient, mais pas tout, à laisser sa femme qui lui a juré fidélité vivre avec quelqu'un d'autre. le fait qu'il soit dans son bon droit sur toute la ligne ne semble impressionner personne.
Le portrait que Balzac nous livre est finalement assez cruel : un homme qui a été intègre toute sa vie et qui ne reçoit comme récompenses que manipulation, tromperie et complications juridiques. Ce récit souligne également la fragilité de la position sociale, qui ne tient que par la bonne volonté des pairs. Quand ils tournent le dos au colonel, il ne reste plus que les anciens frères d'arme pour lui offrir un bout de pain.
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experyoshi
experyoshi13 novembre 2013
  • Livres 5.00/5
Je voulais prêter ce livre à un ami qui apprend le français, malheureusement je ne me souvenais plus que le style était soutenu, et le lexique assez complexe avec des termes juridiques trop difficiles à comprendre pour un étranger. Malgré cela, j'ai eu envie de relire ce roman. Quelle redécouverte !
Balzac est un vrai conteur. le colonel Chabert dépeint le retour tragique d'un ancien héros militaire de la garde Napoléonienne. le colonel est enterré vivant à bataille d'Eylau : la description de cette scène est bouleversante et très théâtrale. Méconnaissable et affaibli, le colonel regagne la France pour retrouver son épouse qui s'est remariée. le colonel se débat pour retrouver son identité et une place dans la société qui le rejette totalement…
Le Colonel Chabert est une tragédie, superbement écrite. On y lit le drame de ceux que la justice refuse de reconnaître. Cette histoire se pose dans un contexte historique particulier : la défaite de Napoléon, la fin de l'Empire et le début de la Restauration.
Un roman indémodable, une histoire universelle. Magnifique.
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Citations & extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
LevantLevant29 juin 2016
Le malheur est une espèce de talisman dont la vertu consiste à corroborer notre constitution primitive : il augmente la défiance et la méchanceté chez certains hommes, comme il accroît la bonté chez ceux qui ont un cœur excellent.
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Nastasia-BNastasia-B15 juin 2012
L'antichambre du Greffe offrait alors un de ces spectacles que malheureusement ni les législateurs, ni les philanthropes, ni les peintres, ni les écrivains ne viennent étudier. Comme tous les laboratoires de la chicane, cette antichambre est une pièce obscure et puante, dont les murs sont garnis d'une banquette en bois noirci par le séjour perpétuel des malheureux qui viennent à ce rendez-vous de toutes les misères sociales, et auquel pas un d'eux ne manque. Un poète dirait que le jour a honte d'éclairer ce terrible égout par lequel passent tant d'infortunes ! Il n'est pas une seule place où ne se soit assis quelque crime en germe ou consommé ; pas un seul endroit où ne se soit rencontré quelque homme qui, désespéré par la légère flétrissure que la justice avait imprimée à sa première faute, n'ait commencé une existence au bout de laquelle devait se dresser la guillotine, ou détoner le pistolet du suicide. Tous ceux qui tombent sur le pavé de Paris rebondissent contre ces murailles jaunâtres, sur lesquelles un philanthrope qui ne serait pas un spéculateur pourrait déchiffrer la justification des nombreux suicides dont se plaignent des écrivains hypocrites, incapables de faire un pas pour les prévenir, et qui se trouve écrite dans cette antichambre, espèce de préface pour les drames de la Morgue ou pour ceux de la place de Grève. En ce moment le colonel Chabert s'assit au milieu de ces hommes à faces énergiques, vêtus des horribles livrées de la misère, silencieux par intervalles, ou causant à voix basse, car trois gendarmes de faction se promenaient en faisant retentir leurs sabres sur le plancher.
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Nastasia-BNastasia-B05 octobre 2012
Savez-vous, mon cher, reprit Derville après une pause, qu'il existe dans notre société trois hommes, le Prêtre, le Médecin et l'Homme de justice, qui ne peuvent pas estimer le monde ? Ils ont des robes noires, peut-être parce qu'ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions. Le plus malheureux des trois est l'avoué. Quand l'homme vient trouver le prêtre, il arrive poussé par le repentir, par le remords, par des croyances qui le rendent intéressant, qui le grandissent, et consolent l'âme du médiateur, dont la tache ne va pas sans une sorte de jouissance : il purifie, il répare, et réconcilie. Mais, nous autres avoués, nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu'on ne peut pas curer.
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Nastasia-BNastasia-B14 avril 2013
Un poète dirait que le jour a honte d’éclairer ce terrible égout par lequel passent tant d’infortunes ! Il n’est pas une seule place où ne se soit assis quelque crime en germe ou consommé ; pas un seul endroit où ne se soit rencontré quelque homme qui, désespéré par la légère flétrissure que la justice avait imprimée à sa première faute, n’ait commencé une existence au bout de laquelle devait se dresser la guillotine, ou détoner le pistolet du suicide. Tous ceux qui tombent sur le pavé de Paris rebondissent contre ces murailles jaunâtres, sur lesquelles un philanthrope qui ne serait pas un spéculateur pourrait déchiffrer la justification des nombreux suicides dont se plaignent des écrivains hypocrites, incapables de faire un pas pour les prévenir, et qui se trouve écrite dans cette antichambre, espèce de préface pour les drames de la Morgue ou pour ceux de la place de Grève.
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Nastasia-BNastasia-B13 avril 2013
Le prétendu colonel resta pendant un moment immobile et stupéfait : son extrême malheur avait sans doute détruit ses croyances. S’il courait après son illustration militaire, après sa fortune, après lui-même, peut-être était-ce pour obéir à ce sentiment inexplicable, en germe dans le cœur de tous les hommes, et auquel nous devons les recherches des alchimistes, la passion de la gloire, les découvertes de l’astronomie, de la physique, tout ce qui pousse l’homme à se grandir en se multipliant par les faits ou par les idées. L’ego, dans sa pensée, n’était plus qu’un objet secondaire, de même que la vanité du triomphe ou le plaisir du gain deviennent plus chers au parieur que ne l’est l’objet du pari. Les paroles du jeune avoué furent donc comme un miracle pour cet homme rebuté pendant dix années par sa femme, par la justice, par la création sociale entière. Trouver chez un avoué ces dix pièces d’or qui lui avaient été refusées pendant si longtemps, par tant de personnes et de tant de manières ! Le colonel ressemblait à cette dame qui, ayant eu la fièvre durant quinze années, crut avoir changé de maladie le jour où elle fut guérie. Il est des félicités auxquelles on ne croit plus ; elles arrivent, c’est la foudre, elles consument. Aussi la reconnaissance du pauvre homme était-elle trop vive pour qu’il pût l’exprimer. Il eut paru froid aux gens superficiels, mais Derville devina toute une probité dans cette stupeur. Un fripon aurait eu de la voix.
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