Et bien, je ne m'attendais pas du tout à ça ! J'ai parfois la fâcheuse (ou pas) manie de choisir mes livres sur un titre et une couverture sans me préoccuper du résumé… Alors quand j'ai vu chez mon bouquiniste ce livre, je l'ai pris, sans chercher à lire la quatrième de couverture, le titre me semblant bien assez explicite. Au final ce fut une très bonne découverte, avec une petit « mais » tout de même.
Je sais que le nom même
De Balzac suffit à faire fuir pas mal de lecteurs, mais moi, j'aime beaucoup sa plume, son talent pour les longues descriptions qui rendent tout si réel. La langue est élégante, naturelle, coule de façon très agréable et nous emporte vers d'autres lieux et d'autres temps. Les lieux, les personnages prennent vie devant nos yeux, c'est merveilleux. Quelques scène de ce roman restent d'ailleurs gravées dans ma mémoire, tant elles sont belles (par exemple, la messe en secret dans les bois, a quelque chose de majestueux dans sa simplicité). Y' a pas à dire, c'est quand même un kiff extrême de se plonger dans un bon vieux « classique », même si les premières pages sont parfois déroutantes quand on a perdu l'habitude de ce style.
Balzac nous donne ici une image très précise et très sombre des guerres de Vendée. La Révolution traine en longueur et ses protagonistes se retrouvent embourbés dans une lutte interminable. On est ici bien loin des combats héroïques menés par des chefs charismatiques.
Balzac est même très dur dans ses descriptions des personnages et de leurs motivations. Il ne prend pas partie, chaque camp en « prend pour son grade » :
Les Chouans sont décrits tour à tour comme des fanatiques religieux, totalement incultes et incapables de penser par eux-mêmes, suivant aveuglément leurs chefs ou comme de simples brigands déloyaux et sans aucune morale profitant de cet état de « balagan » national pour tuer piller à tout va. Seul Montauran semble avoir conservé une certaine pureté. Les Bleus, quant à eux sont bornés, étroits d'esprit, et au service d'un Etat à la dérive qui ne gère rien du tout, fait de belles promesses qu'il ne tient pas et laisse ces hommes se débrouiller seuls sur le terrain, quand ils ne font pas passer leur propres intérêts avant le service pour lequel ils se sont engagés.
On assiste alors à une lutte sans merci, où règne la loi du Talion et dans laquelle la nature hostile vient ajouter à l'horreur de cette situation. Tout comme les personnages, on se sent perdu, embourbés dans cette région humide et froide, noyée sous le brouillard où chaque buisson de genêt cache peut-être une embuscade et où l'on ne sait plus bien pourquoi l'on se bat, si ce n'est qu'il faut abattre un maximum d'ennemis. Oui mais pour qui, pour quoi ? Que ce soient les descriptions des personnages ou celles des lieux, tout concourt à donner une impression d'horreur, de fatalité, dont on ne pourra se sortir.
Venons-en maintenant à l'intrigue amoureuse, nœud de l'action de ce roman. Je dois avouer que sur ce point j'ai été assez déçue. Bon clairement ça vient en partie de moi : comme je l'ai dit je ne m'y attendais pas et je n'avais pas l'esprit ouvert à ce type d'intrigue au moment de ma lecture. Je sais pas, j'ai trouvé ça de trop, déplacé, artificiel et beaucoup trop rapide. Les deux protagonistes ne m'ont absolument pas touchée, je n'ai pas cru un seul instant à leur histoire et ils m'ont mis plutôt mal à l'aise. Je ne savais pas bien que penser d'eux, leur accorder ma confiance ou non, savoir quand ils jouaient et quand ils étaient sincères…J'avais envie de dire « non mais c'est la guerre nom de Zeus ! On n'a pas le temps pour une intrigue amoureuse aussi rocambolesque », par moment on se serait cru dans un simple roman de Cape et d'Epée (genre que j'affectionne mais qui ne correspond pas ici, au reste du roman). Ils m'ont sacrément énervée les deux tourtereaux à ne pas savoir ce qu'ils voulaient pendant que cela se battait et mourrait autour et à cause d'eux.
Je regrette vraiment ce point négatif, parce qu'en dehors de cela, j'ai vraiment apprécié ma lecture, et ça aurait vraiment pu être un coup de cœur, sûrement pas de l'ampleur de Quatrevingt-Treize, ma référence absolue ( je l'ai peut-être déjà dit ? :siffle: ), mais quand même.
Lien : http://leboudoirdemeloe.co.uk/2010/06/16/balzac-honore-de-les-chouans/