> Pierre Furlan (Traducteur)

ISBN : 2742765158
Éditeur : Actes Sud (2007)


Note moyenne : 4.13/5 (sur 126 notes) Ajouter à mes livres
A cinquante-neuf ans, Hannah Musgrave fait retour sur son itinéraire de jeune Américaine issue de la bourgeoisie aisée de gauche que les péripéties de son engagement révolutionnaire avaient conduite, au début des années 1970, à se "planquer" en Afrique.
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Litterature_et_Chocolat, le 07 février 2012

    Litterature_et_Chocolat
    Russel Banks est un prestidigitateur. Les premières pages d'American Darling laissent présager une lecture facile et divertissante, peut-être même quelques longueurs. Et comme par magie, on se retrouve envoûté par ce roman fascinant, à l'intrigue aussi originale que touchante, au propos subtilement émaillé d'une critique politique qui fait mouche.
    .
    Sous la plume de Russel Banks, Hannah devient une anti-héroïne antipathique et glaçante. Elle porte sur la vie un regard grave, froid, fataliste, presque dénué d'émotions.
    [...]
    On dévore American Darling, taraudé par une question lancinante : comment cette femme en est-elle arrivée là? Hannah tente de répondre à cette question et nous entraîne dans un périple fascinant aux États-Unis et au Liberia, deux pays que tout semble opposer. C'est compter sans l'ironie grinçante de Russel Banks et l'activisme politique notoire de cet auteur furieusement opposé à la politique hégémonique et impérialiste de sa nation.
    Il dépeint les Etats-Unis comme une nation rigide et intolérante dans laquelle tous doivent parler d'une seule voix, unis par un consensus bien-pensant, prêts à combattre pour défendre leurs valeurs. Militante dans les mouvements révolutionnaires des années 1970, opposée à la guerre du Vietnam, en révolte contre son époque, Hannah Musgrave fuit les Etats-Unis, pays de la liberté, et trouve refuge dans une dictature africaine. Russel Banks marque un point.
    Mais American Darling n'est pas une simple critique de la politique intérieure et étrangère américaine. Russel Banks façonne ses personnages avec soin et leur donne une véritable consistance. le lecteur pénètre l'intimité de cette femme qui dévoile ses failles avec simplicité, sans chercher ni justification, ni absolution: son absence d'instinct maternel, son incompréhension des rites culturels et tribaux de sa belle-famille, sa passive complaisance envers les dirigeants d'un régime corrompu, sa grande solitude durant toute sa vie… Hannah se révèle dans toute son humanité et l'hostilité qu'elle suscite dans les premières pages se transforme en bienveillance. N'a-t-on pas porté un jugement un peu hâtif?

    Lien : http://litteratureetchocolat.wordpress.com/2012/02/07/american-darli..
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    • Livres 5.00/5
    Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    InColdBlog
    Sacré personnage que cette American Darling. Sacré destin aussi.
    Sexagénaire revêche et mystérieuse, Hannah Musgrave exploite depuis une dizaine d'années une ferme bio dans les Adirondacks, en compagnie d'autres femmes. Un jour, elle décide de retourner au Libéria, sur les traces de son passé. "«C'est comme si tout le but de la vie d'un organisme – ou en tout cas celui de ma vie – consistait à atteindre le point culminant de son potentiel avec pour seul objectif de revenir ensuite à son point de départ, à l'état de cellule unique. Comme si notre destin était de retomber dans le fleuve de la vie et de s'y dissoudre à la manière d'un sel. Et s'il y a une chose qui compte, c'est bien le retour et pas l'aller.»"
    Fille unique d'un pédiatre à la mode dans les années 60/70, Hannah Musgrave a grandi au sein d'une famille de la bonne société blanche américaine. Etudiante en médecine, son avenir semble tout tracé. Sauf qu'en ces années Flower Power, l'engagement politique est de mise.
    Comme de nombreux jeunes, Hannah va devenir une ardente militante de la lutte contre la guerre au Vietnam, contre le racisme, contre l'antisémitisme, en fait contre tout ce que représente le milieu social dont elle est issue. En cela, elle a tout de ces jeunes nantis en révolte contre leur milieu qui jouent les rebelles en s'engageant dans des mouvements idéologiques mais qui ne sont jamais pris assez au sérieux pour se voir confier une mission vitale.
    D'ailleurs, quand Hannah brisera tous les liens avec sa famille et rejoindra le Weather underground, un groupuscule révolutionnaire armé, son rôle se limitera à fournir de faux papiers. "«J'ai constaté que l'histoire de ma vie était totalement insignifiante au regard du monde en général. Dans la nouvelle histoire de l'Amérique, la mienne n'était que celle d'une petite Américaine gâtée, et l'avait été dès le début.»" Recherchée par le F.B.I., Hannah décide de fuir en Afrique. Elle se retrouve au Libéria où elle tente de se faire une nouvelle virginité en devenant responsable d'une clinique pour chimpanzés. Quelques temps plus tard, elle épousera Woodrow Sundiata, ministre du gouvernement en place, qui lui donnera trois fils. Mais le bonheur familial affiché a tôt fait de se lézarder. Les événements politiques qui vont troubler la vie du Libéria finiront de ruiner ce semblant de vie heureuse.
    So far away, out of Africa. Qui est réellement Hannah Musgrave, cette femme pour le moins complexe qui nous confie le récit de sa vie, de ses vies ? Jamais on ne le saura réellement. Elle ne se livre que peu à peu, ses flash-back mettant en lumière certaines zones d'ombre, mais on ne peut s'empêcher de penser malgré tout que, comme aux filles de la ferme, elle ne nous raconte que ce qu'elle veut bien nous raconter. "«Il est vrai que la plupart du temps, même à présent, je n'en ai pas envie de raconter mon histoire. Ni à vous, ni à personne. C'est presque comme si j'étais au-delà de toute histoire, et cela depuis des années. Vous voulez me voir en pleine lumière, mais je ne suis visible que dans l'obscurité. La lumière m'efface et, pour ma part, je ne peux pas en produire. Je suis comme une ombre blanche.»"
    Ce qui est certain, c'est qu'elle n'est pas immédiatement sympathique, loin s'en faut. Enfant gâtée, elle va vite se laisser dépasser par les causes qu'elle pense défendre et va multiplier les erreurs. Pleine de détermination (laquelle confine parfois à l'aveuglement), elle suit le chemin qu'elle s'est tracé envers et contre tous, n'hésitant pas à laisser derrière elle, sans remords, tous les gens qui croisent son chemin : tout d'abord sa famille biologique, puis sa famille politique, enfin sa famille africaine. Pour mener à bien les missions dont elle se croit investie, elle se blinde émotionnellement, ses fausses identités successives l'aidant probablement à couper brutalement les ponts et à ne laisser aucune prise à ses sentiments. Ses propres enfants ne feront pas exception. Seuls ses chimpanzés, ses “rêveurs” parviendront à briser sa carapace d'Hannah. En leur présence, la froideur d'Hannah disparaît.
    Toutefois, au fil du roman, on se prend à compatir tout de même pour Hannah, à l'admirer même car elle ne manque pas de courage. On la plaint aussi car sa vie n'aura été finalement qu'une suite d'échecs, le plus cuisant étant celui qu'elle connaîtra au Libéria. Son mariage avec Woodrow lui apparaîtra rapidement comme une nouvelle erreur, mais elle refusera de faire marche arrière et persistera dans la voie qu'elle s'est choisie. Les événements ne vont pas l'épargner, le prix à payer sera très élevé.
    Dans American Darling, Russel Banks aborde des thématiques telles que la dissimulation ou les préjugés raciaux. "«Aux Etats-Unis, j'avais été coincée par mon état de Blanche ; en Afrique, j'étais coincée par mon état d'Américaine.»"
    Mais le tour de force de Banks réside dans la façon magistrale qu'il a de mêler naturellement le destin d'Hannah à celui du Libéria, pays gangréné par la violence, la corruption, sous le regard indifférent des Etats Unis. "«Si nous étions privés de parole comme mes colleys dans ma ferme ou comme mes poules, mes moutons ou mes oies, si nous aboyions ou bêlions ou gloussions, ou si, comme les chimpanzés, nous ne pouvions que pousser que quelques cris différents et devions nous servir du langage du corps, nous ne nous entretuerions pas pour le plaisir, pas plus que nous ne massacrerions les autres animaux pour le plaisir. le pouvoir de la parole, c'est la parole du pouvoir. Les vœux de silence sont des promesses de paix. le silence est d'or, en effet, et un âge d'or serait silencieux.»" Avec art, Banks évite le cours magistral de géopolitique barbant, et rend passionnante l'histoire politique du Libéria, les relations troubles que ce pays entretient avec les Etats-Unis. On est de plain pied dans ce cloaque. "«Tout ce qui vit au Liberia peut vous faire mourir de l'avoir tué. Il y a quelque chose qui pourrit sous le sol et qui empoisonne l'air.»"
    Merci à Miette de m'avoir offert ce livre à l'occasion du swap de mai et de m'avoir ainsi permis de découvrir Russel Banks grâce à ce roman magistral. Je m'étonne d'ailleurs qu'Hollywood ne se soit pas déjà emparé de cette histoire sublime. J'ai tellement aimé American Darling, dont le souvenir est encore si vivace à mon esprit, que je vais attendre un peu pour lire un autre Russell Banks.

    Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/American%20Darling
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    • Livres 4.00/5
    Par litolff, le 21 octobre 2010

    litolff
    Voilà un livre remarquable qui nous transporte de l'Amérique contestataire des années soixante au 11 septembre 2001 en passant par les coups d'état du Libéria.
    L'auteur y décrit les errances d'une bourgeoise militante, Hannah, enfant blanche gâtée et chérie de l'Amérique d'une génération perdue, qui a tenté d'imaginer un monde meilleur. Qui est cette femme ? Quels sont ses secrets, ses zones d'ombre, ses fêlures intimes, ses combats et ses échecs ? le lecteur les découvrira au fil de ses souvenirs qui jalonnent son voyage en un long flash-back.
    Les Etats-Unis ont créé le Libéria au XIXe siècle en y expédiant quelques milliers de Noirs américains, esclaves affranchis. Jusqu'au milieu des années quatre-vingts, leurs descendants américano-libériens n'ont pas cessé de dominer les populations locales, facilitant ainsi le pillage de ressources importantes par des entreprises occidentales et avant tout américaines. Ensuite, s'appuyant sur les mécontentements sociaux, la CIA et les diplomates américains tirèrent les ficelles de pantins sinistres comme Samuel Doe ou Charles Taylor au gré de leurs intérêts.
    Comment une jeune américaine contestataire s'est-elle retrouvée plongée dans un tel bourbier ? Hannah est la fille unique d'un couple de bourgeois progressistes nageant dans la bonne conscience et l'aisance matérielle. Elle va bientôt s'engager comme des centaines d'autres jeunes idéalistes dans la lutte contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des Noirs dans le Sud des États-Unis, par le biais d'un groupuscule ultra-gauche visant à démettre Nixon.
    A travers son récit le lecteur découvre Hannah l' idéaliste, la dangereuse activiste, la clandestine, la mère démissionnaire, qui nous livre donc tous ses visages, sans apitoiement, sur un ton presque froid et blasé, tout en nous plongeant dans les abîmes des relations humaines : l'amour, l'amitié, la loyauté, les lâchetés… American Darling raconte les rêves et les utopies brisées, les illusions perdues de cette femme et de ses acolytes.
    Sa narration balance constamment entre les diverses périodes de la vie d'Hannah sans égarer pour autant le lecteur.
    Au delà d'un portrait de femme, American Darling c'est aussi et avant tout un roman politique et historique voulant dénoncer un siècle de géopolitique américaine qui a fait d'un territoire vierge d'exploitation et de conflits une zone de guerre et d'infamie, source d'instabilité pour toute l'Afrique de l'Ouest (guerres ethniques, massacres, enfants-soldats).
    Il reste cependant qu'on a quelquefois l'impression d'assister à un cours universitaire, et surtout qu'on a du mal à s'attacher à l'héroïne… dommage !
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  • Par Sandre, le 07 juin 2009

    Sandre
    Russel Banks. Cet auteur américain, je l'ai découvert il y a un peu plus de dix ans, avec « Continents à la dérive », où comment le rêve américain détruit et fait se rencontrer deux êtres et deux mondes.

    J'ai lu tous ses romans depuis (entre autres et dans le désordre « le règne de Bone », « Affliction », « De beaux lendemains »...), et puis voilà ... à nouveau le coup de bambou, le cri au chef d'œuvre. le bouquin qui continue de me suivre alors que je l'ai terminé il y a quelques jours, que je traîne de ma chambre au salon et inversement, parce qu'il m'a soufflée à chaque page, parce que je suis reconnaissante et terriblement admirative.

    Admirative de son héroïne et narratrice. Entre parenthèses, coup de chapeau à l'homme qui offre si bien sa plume à la voix d'une femme...

    Hannah Musgrave a été une activiste révolutionnaire aux Etats-Unis dans les années 60-70, contre la guerre et membre du Weather Underground.

    Hannah Musgrave, toujours recherchée par les autorités américaines, suit un compagnon d'armes en Afrique, puis le quitte et part, seule, au Libéria, où elle épousera un africain, à qui elle donnera trois fils, et où elle vivra pendant près de quinze années.

    Au début du roman, Hannah Musgrave a presque 6O ans. Cela fait longtemps qu'elle est retournée aux Etats-Unis. Elle possède et exploite une ferme dans le Nord de l'Etat de New York... Un matin, au réveil, elle sait qu'elle s'apprête à retourner au Liberia, qu'il lui faut y retourner. Elle a d'ailleurs toujours su qu'elle y retournerait un jour.

    Commence alors le retour en arrière de la narratrice, sur sa vie au Libéria et, parallèlement, sur tout ce qui a fait qu'un jour, elle s'est retrouvée là.

    Elle ne s'arrange pas avec son passé, elle ne s'épargne aucun pointage de ses contradictions et erreurs. Elle se raconte et raconte tout ce dont elle a alors été témoin, avec une lucidité et une honnêteté qui, à chaque page, faisaient se dire à la lectrice que j'étais qu'elle n'arriverait jamais à cet état-là d'intelligence et de clairvoyance sur soi-même d'abord, puis sur les autres, sur le monde et sa sauvagerie.

    Parmi les autres, il y a son mari, petit ministre d'un président fantoche quand elle le rencontre, puis reconduit, pour sauver sa peau, par le président auto-proclamé Samuel Doe. Sa peau ne vaut pas plus cher quand éclate, dans les années 80, l'une des plus terribles guerres civiles qu'ait connues l'Afrique noire. Tout est vrai, historique, détaillé et/mais vu par Hannah.
    Elle est le témoin impuissant de la barbarie. Même pour ses fils, elle ne pouvait rien faire...
    Parmi tous les autres, il y a les chimpanzés dont Hannah ne peut supporter le martyre et qu'elle recueille dans son sanctuaire, l'unique endroit où elle n'est plus témoin mais actrice, l'unique acte de « sympathie » qu'elle ait eu envie d'accomplir. Ces chimpanzés sont les seuls êtres dont le regard répond à celui d'Hannah. Si l'on n'a pas compris cela, on n'a pas compris ce roman ni son héroïne. Les pages où il est question d'eux sont les plus belles, les plus justes et intelligentes du roman.

    « ... mes yeux bleus (...) dans leurs yeux marron où j'apercevais une part essentielle, un aspect irréductible de mon être ; ce qui leur renvoyait en retour la même version reflétée de leur être et nous révélait, à eux comme à moi, le visage de notre mère commune (...). Nous nous extrayions mutuellement, les rêveurs et moi, de la spécificité du temps personnel et de la physionomie individuelle.»


    Lien : http://quedesromans.over-blog.com
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    • Livres 4.00/5
    Par IreneAdler, le 04 février 2012

    IreneAdler
    Hannah Musgrave vit dans une ferme, dans la campagne étasunienne. Un soir, ses souvenirs de jeunesse se rappellent à elle.
    Années 60. Elle fait partie d'un mouvement révolutionnaire s'opposant au gouvernement d'alors. Son engagement la fait considérer comme une terroriste et pour éviter la prison, elle doit fuir. Elle se réfugie au Libéria, pays rallié par les esclaves affranchis à la fin du 19ème siècle. Elle y refait sa vie : mari, enfants, travail, amant.
    Mais les violences ethniques frappent le pays : son mari est tué devant ses yeux et fuyant à nouveau, elle doit laisser ses enfants.
    Un portrait de femme et du monde tel qu'il est : violent, passionné, tragique.
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Citations et extraits

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  • Par Litterature_et_Chocolat, le 07 février 2012

    Il m’a fallu plus d’une décennie avant que je ne me sente en état de retourner à Monrovia pour affronter les conséquences de cette ultime nuit. Et j’avais alors cinquante-huit ans. Pas vraiment une vieille femme, en tout cas pas selon l’échelle d’aujourd’hui, mais pas mal décatie pour ce qui est du visage et du corps. [...] Je ne suis que la coquille de ce que j’étais il y a douze ans. En vieillissant, nous devenons des animaux différents. Surtout les femmes. Et quand nous sommes devenues un animal qui n’a plus d’intérêt sexuel, les jeunes – parce qu’ils croient qu’ils ne seront jamais vieux – nous traitent comme si nous étions une autre sorte de primate. Comme si l’un de nous était un chimpanzé et l’autre un être humain.
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  • Par clarinette, le 03 juillet 2008

    "C'était un énorme contraste avec les vieilles villes ouvrières et grises que j'avais quittées -ces agglomérations récemment abandonnées de la ceinture industrielles des Etats-Unis, comme New Bedford et auparavant Cleveland, qui m'avaient écrasée presque à mon insu-, un contraste si splendide, si attirant, que je trouvais Accra irrésistible. La chaleur ici était intense, équatoriale, mais grâce à la brise soutenue qui venait de l'Atlantique l'humidité n'était pas inconfortable et, tant qu'on restait à l'écart du soleil, on avait le sensation d'un climat idéal -le climat auquel l'anatomie humaine, après des centaines de milliers d'années d'évolution, est parfaitement adaptée. Et puis j'aimais le peuple ghanéen. Ce sont des gens qui s'excitent facilement, qui sont bruyants et paraissent sûrs d'eux-mêmes. Ils vous font du rentre-dedans, mais avec charme et bonne humeur, ils agitent les mains, ils gesticulent, s'inclinent, se tordent et virevoltent en même temps qu'ils parlent, chicanent, se chamaillent, cancanent et chantent. A l'instar de sa population, la ville lutte inlassablement pour gagner votre attention et votre oreille par son vacarme incessant de klaxons, de bus, de camions sans silencieux, de radios qui hurlent par les fenêtres et à la devanture des magasins, de colporteurs qui crient leurs marchandises, de bébés qui pleurent, de marteaux-piqueurs qui pilonnent le sol. Où que l'ont se tourne, Accra s'efforce d'attirer et de retenir votre regard par ses couleurs vives et animées il y a les superbes pagnes peints irrégulièrement que les femmes enroulent autour de leur corps ; il y a leur coiffures élaborées, d'un noir brillant, structurées comme des chapeaux et aussi précaires que des pièces montées, savamment torsadées, tressées et ornées de perles ; il y a les vélos chinois repeints de couleurs tape-à-l'oeil ; les minibus bondés qu'on appelle tros-tros ; les vertigineuses pyramides de fruits et légumes au marché de Makola ; et les enseignes de coiffeurs aux
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  • Par Outis, le 16 octobre 2007

    Je me suis donc conduite avec les chimpanzés comme si j’étais l’un d’eux. Qu’est-ce qui clochait là ? Qu’y a-t-il de répréhensible au plan éthique, ou même au plan pratique, à manifester de l’empathie pour autrui ? Pendant longtemps j’ai répondu : rien. Rien du tout. C’est une attitude valable. Je vois un aveugle sur le point de traverser la rue et je pense : il ne peut pas voir la circulation qui file à toute allure, il a besoin que je la voie pour lui, que je le prenne par le bras et que je l’accompagne là où manifestement il a envie d’aller. Partant de l’hypothèse que, si j’étais aveugle, j’aurais besoin de moi pour m’aider, je saisis l’aveugle par le bras et je le tire, terrorisé, en pleine circulation où, non seulement je lui fais peur, mais en où je le mets en danger. Parce que je dispose de ma vue, je me repose sur un certain système de guidage qui utilise principalement la vue pour s’informer et je veux à toute force la mettre à contribution. Mais l’aveugle a son propre système pour traverser. Il entend ce que je ne fais que voir, il isole des bouts d’information qui sont perdus pour moi, et il coordonne et mémorise des données que je n’ai même pas enregistrées.

    Je parle ici de la différence entre empathie et sympathie, entre sentir pour l’autre et sentir avec lui.

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  • Par sentinelle, le 27 mars 2010

    J'aurais tellement voulu être invisible, pourtant ! Ma peau blanche s'affichait, faisait carrément du bruit. Elle proclamait ma caste et mon statut aux oreilles de tous. Et pour cela, l'on me haïssait et l'on m'enviait. Pendant longtemps, au marché, j'ai été accueillie par des regards hostiles et l'on m'a traitée avec froideur. Puis, quand les boutiquiers et les marchands ambulants ont su que j'étais la femme du ministre délégué Sundiata, que j'étais manifestement enceinte de ses œuvres et que j'allais rester au Libéria, la froideur a alterné avec la servilité. Les marchands laissaient les gens ordinaires attendre dans la queue pour me servir en premier. J'aurais pu supporter l'un des deux : le rejet ou la servilité, la haine ou l'envie. Peut-être l'un des deux m'aurait-il même arrangée parfois. Mais les subir ensemble me faisait l'effet d'un orgelet : une douleur impossible à éviter si l'on veut y voir quelque chose.

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  • Par Outis, le 16 octobre 2007

    Dans la vie comme dans la mort, pour moi comme pour n’importe qui, il n’y a jamais eu de place à côté de mes parents ou entre eux. Dans le drame de notre famille, ce sont les seuls acteurs. Seule, poussée d’un côté de la scène, j’ai été le choeur et parfois le messager qui apporte des nouvelles du front, mais la plupart du temps je n’ai été qu’une figurante, une spectatrice. Mon petit rôle, dans ce grand dessein du destin familial, était de fournir un exemple à mon père, d’être sa pièce à conviction numéro un. Et d’être pour ma mère le miroir qui lui dirait que c’était elle la plus belle.
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Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Russell Banks Au Nord-Est des Etats-Unis s'étend une région de collines et de prairies, de montagnes et de lacs, de forêts profondes et de plages sauvages. C'est l'une des régions où débuta l'histoire de l'Amérique : la Nouvelle-Angleterre. C'est ici qu'au XVIIe siècle se sont installées les premières universités. En 1636, l'université de Harvard est créée à Boston. Aujourd'hui, de nombreux écrivains habitent cette région et se sont penchés, depuis ces terres, sur l'évolution de la société américaine.








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