Tel un théorème littéraire pourrait s'appliquer à tous les auteurs, les histoires les mieux comprises sont celles dont le vécu a lié une intime complicité avec l'écriture, cette dernière se déliant parfois dans l'encre de la souffrance.
Et là, je pense au roman de
Tristane BANON, «
J'ai oublié de la tuer».
En effet, il est bien loin le temps où les jeunes femmes se surprenaient à rêver d'une chanson pleine de tendresse et de nostalgie, semblable dans le ton au refrain de REGGIANI pour «Ma fille».
Aurions-nous le courage de nous questionner sur la qualité et la fertilité de nos relations à l'égard de nos enfants? Sommes-nous restés les bons parents, disponibles, irréprochables, alors que nous attendons tant de notre chère progéniture? Je sais, pour beaucoup il est temps de faire mea-culpa.
A partir de là, le roman de Tristane prend la consonance attendue pour l'analyse d'un tel mal-être. Une douleur latente qui ne s'estompe pas au grès d'une simple discussion, d'une attitude convenue.
«Au fond, je savais déjà qu'Amira avait raison. Je crois que j'avais déjà compris les hommes, les retards qui deviennent des absences et les absences qui sont les bonheurs de ma mère. Je sais déjà qu'elle ne supporte pas d'être là, dans cet appartement, et ce uniquement parce que j'y suis. Ca aussi, elle me l'a dit. Ma mère ment à tout le monde, sauf à moi.».
Et quelque part, aussi: « Ma mère. Ma belle manipulatrice. Mon mensonge adoré. Continue de m'expliquer que non, son physique ne la fascine pas, et que si elle passe trois heures trente à se préparer –coiffée, lavée, maquillée, prestation de spécialiste-, c'est par pur dévouement social…»
«
J'ai oublié de la tuer» dont la phrase ne s'adresse pas à la mère mais bel et bien à Amira, est un roman à deux voix, celle de Flore, enfant blessée tôt et qui souffre, enfin celle de la jeune femme qui connaît désormais le poids de l'absence.
Justesse et émotion sont en mon sens les meilleurs attributs qui qualifieront un roman magnifiquement bien écrit.