En sortant ce roman de ma pile plus d'une année après son achat, je ne savais plus ce qui allait s'offrir à moi, d'autant que, pour entretenir le suspense, j'ai sciemment ignoré avec superbe le texte de la quatrième de couverture.
Dans un premier temps, j'ai eu du mal à entrer dans ce livre mais j'ai vite compris pourquoi : je plongeais dedans la tête la première, le parcourant à contre-courant, luttant inconsciemment contre le rythme du récit. Dès que je me suis abandonné, j'ai été emporté, balloté au gré de la prose de
John Banville, toute de finesse et de douce langueur.
A l'instar du flux et du reflux de
La mer omniprésente dans le roman, le récit passe sans heurts du présent à un passé proche ou plus lointain, ce passé qui « cogne comme un second cœur » en Max : de son retour aux Cèdres, à l'annonce du cancer d'Anna ; de l'été de son enfance, à sa rencontre avec Anna…
La mer ne cesse d'aller et venir entre des pôles opposés : le présent et le passé, la réalité et les souvenirs, l'enfance et la vieillesse, la vie et la mort, l'amour et l'intérêt…
Au cours de son introspection, Max va revisiter son histoire et l'analyser avec clairvoyance. Il va s'interroger sur les véritables motifs de sa fascination pour les Grace (désir profond d'intégrer ce qui représentait pour lui la famille idéale ou occasion inespérée de quitter sa misérable position sociale ?), ou sur l'intensité réelle de ses sentiments pour Anna (la maladie, comme un révélateur photo, a fait apparaître la distance qui s'était indiciblement installée entre eux).
La mer est un roman envoûtant dans lequel les sentiments humains prennent toute la place.
Le style de
John Banville est remarquable. La sensualité érotique entre Connie Grace et Max est parfaitement restituée (et riche en odeurs de toutes sortes).
A maintes reprises au cours de ma lecture, j'ai eu l'impression d'assister à la création d'un tableau qu'un peintre exécuterait devant mes yeux (d'ailleurs, et ce n'est certainement pas un hasard, le roman fourmille de références picturales). Un très beau roman à (re)découvrir à l'occasion de sa sortie en poche ce mois-ci.