Lors de la traversée de la lande de Lessay, le narrateur, accompagné de Maître Tainnebouy, entend dans la nuit des cloches sonner. Son compagnon lui apprend que c'est la cloche de l'abbaye de Blanchelande, qui sonne la messe de l'abbé de la Croix-Jugan. Il lui conte alo... > voir plus
Déjà, pour commencer, il est clair que si je n'avais pas eu à lire ce livre dans le cadre de mes études, je ne me serais jamais intéressée à ce roman. Pourtant, j'ai passé un bon moment.
Comme souvent avec les livres d'écoles, on a qu'une hâte le terminer mais une fois terminée, je me suis rendue compte qu'il m'avait plu et qu'il n'était en fin de compte, pas si mal. Tout d'abord, il est question d'un narrateur (dont on ne connaît pas le nom) qui souhaite se rendre à la Lande de Lessay. Louis de Tainnebouy, qu'il va rencontrer accepte de lui montrer le chemin et part avec lui, sur leurs chevals. Ils vont se retrouver coincé dans un bois et là, les cloches vont sonner. Louis de Tainnebouy va alors conter l'histoire de Jeanne et de l'Abbé de la Croix-Jugan. Une terrible histoire car Jeanne va tomber amoureuse de l'Abbé. Puis, nous sommes aussi en pleine guerre des chouans.. donc au passage : multiples tortures, meurtres avec aussi une part de superstitions. Il va, par la suite, se passer deux faits marquants qui rend la lecture plus palpitante. On y retrouve une part de mystère comme dans un roman policier. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous cacher l'effet de surprise. Un indice : le premier titre pour ce livre avait été "La messe de l'Abbé de la Croix-Jugan". Que va t'il se passer pendant une certaine messe ? En bref, malgré quelques passages qui ne sont pas simples, c'est un roman intéressant qui ne vous fait pas passer un moment désagréable.
Barbey d'Aurevilly est un formidable évocateur, qui se fait sorcier pour l'occasion et parvient à retranscrire toute l'atmosphère mystérieuse et comme sortie d'un rêve de la lande normande.
On y suit les apparitions et les intrigues qui vont lier l'abbé de la Croix-Jugan, prêtre qui s'est engagé auprès des Chouans mais a tenté de se suicider au soir de la débâcle, se relevant défiguré de son coup de feu en plein visage, et Jeanne le Hardouey, noble, épouse d'un bourgeois, et hantée par la silhouette quasi spectrale de l'abbé.
Le roman de Barbey d'Aurevilly marque par cette présence d'un fantastique tout en finesse car on ne sait jamais si les événements relèvent effectivement du surnaturel ou sont le fait d'un imaginaire débridé par un environnement évocateur et chargé de légende.
L'histoire se mêle aux croyances et autres superstitions de la campagne normande, et bergers sorciers, amours impossibles, climat diabolique... se trouvent évoquer dans ce roman où violence et sacré se retrouvent irrémédiablement liés.
Qui ne sait le charme des landes ?... Il n’y a peut-être que les paysages maritimes, la mer et ses grèves, qui aient un caractère aussi expressif et qui vous émeuvent davantage. Elles sont comme les lambeaux, laissés sur le sol, d’une poésie primitive et sauvage que la main et la herse de l’homme ont déchirée. Haillons sacrés qui disparaîtront au premier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, grossièrement matérialiste et utilitaire, a pour prétention de faire disparaître toute espèce de friche et de broussailles aussi bien du globe que de l’âme humaine. Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille ménagère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne comprend pas plus les divines ignorances de l’esprit, cette poésie de l’âme qu’elle veut échanger contre de malheureuses connaissances toujours incomplètes, qu’elle n’admet la poésie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inutilité des choses.
C’étaient toutes les deux ce qu’on appelle de ces langues bien pendues qui lapent avidement toutes les nouvelles et tous les propos d’une contrée et les rejettent tellement mêlés à leurs inventions de bavardes que le Diable, avec toute sa chimie, ne saurait comment s’y prendre pour les filtrer.
« Eh bien ! la mère, – lui dis-je en regardant manger mon cheval, – vous allez me dire à présent quel chemin je dois suivre pour arriver à la Haie-du-Puits dans la nuit et sans m’égarer. »
Alors elle allongea son bras sec, et, m’indiquant la ligne qu’il fallait suivre, elle me donna une de ces explications compliquées, inintelligibles, où la malice narquoise du paysan, qui prévoit les embarras d’autrui et qui s’en gausse par avance, se mêle à l’absence de clarté qui distingue les esprits grossiers et naturellement enveloppés des gens de basse classe.
Il avait été fort célèbre dans le Cotentin, pays de grands mangeurs et de buveurs intrépides, et il était devenu, sur la fin de sa vie, d’un embonpoint si considérable qu’il avait été obligé de faire une entaille circulaire à sa table pour y loger la rotonde capacité de son ventre.