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Jacques Petit (Éditeur scientifique)Paul Morand (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070371158
Éditeur : Gallimard (1979)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 124 notes)
Résumé :
Un homme, Marigny, pris entre une sylphide et une catin. La sylphide, c'est sa femme, Hermangarde ; la catin : Vellini, une espagnole qui n'est même pas belle mais qui a empoisonné le coeur, le sexe et le sang. Marigny, retiré dans le Contentin, s'est juré de rompre. Mais, un jour qu'il se promène à cheval le long de la mer, il retrouve Vellini ; et la pure Hermangarde, dans des scènes les plus "diaboliques" de l'oeuvre de Barbey, sous une effroyable tempête de neig... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
michfred
michfred14 juin 2016
  • Livres 5.00/5
Tout est déjà dans le titre.
Une « vieille maîtresse », c'est-à-dire à la fois une ancienne maîtresse et une femme qui n'est plus de la première fraîcheur. Toute la Vellini est dans cette contradiction : elle est celle dont on ne peut se défaire alors qu'objectivement rien en elle ne justifie l'attachement qu'elle suscite. Elle est petite, olivâtre, maigre, serpentine, d'un exotisme de mauvais aloi et même un peu gitane…
Jusqu'au choix de l'article indéfini qui, à rebours de son usage habituel, souligne le caractère exceptionnel, proprement unique de cette Vellini que Ryno de Marigny n'arrive pas à quitter.
Ce n'est pas un archétype : c'est un monotype. On a cassé le moule….
On est délibérément dans l'exception, dans le paradoxe, dans l'irrationnel.
Dans la passion.
Et pour corser le goût de l'antithèse, Barbey fait brûler cette passion-là dans une Normandie maritime- son cher Cotentin- battue par les vents et humide à souhait, qui a presque des airs de Bretagne sauvage…
Ryno c'est un peu Barbey lui-même : monarchiste mais rétif à toute autorité, catholique mais impie, réactionnaire mais scandaleusement marginal- un vrai dandy, un homme à femmes, un viveur, un mondain.
Las de toutes ses tribulations passées, Ryno est décidé à « faire une fin » en se mariant, à rentrer dans le troupeau docile des bons maris bénits par la sainte Église et encensés par la famille de hobereaux dont il est issu. Il s'est épris d' Hermengarde, une oie blanche, blonde, sage, belle, jeune, de bonne famille : la conversion ne devrait pas être trop douloureuse…
Quand soudain lui revient en plein coeur une ancienne maîtresse avec qui il s'était lié par le sang : l'Espagnole Vellini…Les deux amants se retrouvent dans la lande traversée de tempêtes et d'orages tandis que la jeune Hermengarde dépérit…
C'est follement romantique, totalement immoral, excessif et échevelé, mais on en redemande !
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Woland
Woland06 juillet 2014
  • Livres 5.00/5
Cette "Vieille Maîtresse" n'est pas, nous le savons, le premier roman de Barbey d'Aurevilly mais assurément, c'est le premier qui arbore sa marque sans complexe aucun. Sur la route éreintante de l'écriture, l'auteur a peiné, trébuché, il est tombé aussi et il a, bien entendu, remis maintes et maintes fois, sur le métier avide et jamais satisfait, le style qu'il sentait vibrer en lui depuis toujours. Et le miracle s'est accompli : ce style, il a réussi non pas à le domestiquer - ses soudains emportements à bride abattue, sa causticité larvée, ses éclats de préciosité hautaine, il les conservera jusqu'à la fin, pour le meilleur comme pour le pire - mais à l'empêcher de fuir sous sa plume, de se dérober à sa vision cynique et furieuse de l'âme humaine. C'est ce style sans pareil, si aisément reconnaissable pour tout amateur de littérature que peut l'être, dans un tout autre genre, celui d'un Céline ou d'un Simenon, qui, malgré les longues et minutieuses descriptions, malgré les états-civils plus échevelés les uns que les autres, malgré le mélodrame indécrottable dans lequel l'oeuvre plonge ses racines têtues, malgré même les idées religieuses, fortement teintées de jansénisme, de l'auteur, et malgré un parisianisme parfois outré, charme et captive le lecteur. Il nous donne foi dans les paysages dépeints, dans les passions exprimées et dans les chutes élégantes et sans espoir : veut-on s'éloigner de Barbey, qu'il nous ramène à lui - on peut en faire l'expérience avec "Ce Qui Ne Meurt Pas", roman languissant, dans la veine de "L'Amour Impossible" mais en plus mûri et fort de toute la science accumulée par l'auteur en matière d'écriture, dont on cherche frénétiquement à se détacher au plus vite mais que, toujours sous l'enchantement, on lit jusqu'au bout.
"Une Vieille Maîtresse" reprend le classique triangle amoureux déjà étudié et réétudié par Barbey sous tous les angles mais les personnages ont cette fois dépassé le stade de la silhouette ou de la marionnette creuse que l'on fait volter et virevolter avec plus ou moins de conviction dans un décor esquissé. Il y a d'abord Vellini, la "femme fatale", celle par qui le scandale arrive et demeure, Vellini, petite, olivâtre, maigrelette et sans réelle beauté, Vellini, la brune Espagnole pimentée d'Andalousie qui a uni son sang à celui de son amant, Vellini qui, selon ses propres certitudes et superstitions, a ainsi créé entre eux un lien qui ne se peut rompre. Même quand elle n'est pas physiquement présente, Vellini s'impose à chaque page. A travers elle, c'est le Destin qui s'exprime ici, mais un Destin qui ne peut lui-même échapper à sa propre et implacable loi. Vellini, tout à la fois séduisante et redoutable, faite semble-t-il d'un seul bloc mais d'un bloc aux mille nuances, souvent incompréhensible, y compris pour elle-même - Vellini qui fait subir mais qui subit aussi. D'ailleurs, longtemps, le texte porta tout simplement son nom : "Vellini."
Cette femme forte, qui ne se laisse jamais détourner de son but, a pour amant un dandy libertin, Ryno de Marigny, qui, en bon dandy abonné à la pose de l'ennui, a déjà essayé de rompre avec elle. "Plus rien de physique, surtout !" a-t-il dit et répété. Mais en vain. Comme le lecteur s'en revient à Barbey, Marigny s'en revient toujours à Vellini - et la fin du roman, impitoyable dans sa constatation cynique, nous le prouvera largement. Pourtant, quand il tombe amoureux de Hermangarde de Polastron, blonde, jeune et superbe créature qu'il a croisée dans les salons qu'il fréquente, Marigny se dit que cette fois, c'est la bonne. Il déclare à une Vellini infiniment plus sceptique que tout est réellement fini entre eux et il court se marier.
Hermangarde est, comme il se doit, l'antithèse parfaite de Vellini, en tous cas physiquement et sur le plan de l'éducation reçue. (Sur le plan de la naissance, par contre, Vellini n'a pas beaucoup à lui envier mais je vous laisse découvrir pourquoi.) Mais les deux femmes ont en commun une passion sans limites pour Marigny, une passion qui, pour l'une comme pour l'autre, ne s'éteindra jamais.
Il ne faudrait pas oublier d'évoquer les "seconds rôles", plantés de façon magnifique par un Barbey qui n'est pas loin de les laisser "casser la baraque" - pour peu que ce trio d'aristocrates bon teint, rescapés d'une XVIIIème siècle finissant, nous permette cette expression un peu triviale. La marquise de Flers tout d'abord : elle a connu les bals de Marie-Antoinette aussi bien que l'ombre luisante de sang de la guillotine, elle n'ignore rien de ce que peut dissimuler le mot "libertinage" et elle a, comme nombre de personnes de son siècle, une grande ouverture d'esprit. Marigny la prend par la franchise en lui racontant l'étrange histoire de sa relation avec Vellini et Mme de Flers, se laissant prendre elle aussi à la sincérité du dandy (quand il assure avoir rompu, Marigny ne ment pas : il y croit aussi fort qu'il croit en sa nouvelle paire de bottes), lui accorde la main d'une petite-fille qu'elle voudrait pourtant tenir à jamais éloignée du malheur. Puis Mme de Mendoze : amie intime de la marquise, elle est née au même siècle, elle a traversé les affres de son agonie et la curieuse comédie des deux Restaurations mais, en tous cas au début, elle se montre plus réservée envers M. de Marigny avant de se laisser elle aussi séduire par la sincérité apparente de son amour. Enfin, le dernier en piste mais non le moindre, l'étonnant, l'excellent vicomte de Prosny, ancien galant de Mme de Flers et qui tient, durant tout le roman, le rôle de la Gazette vivante ou du Concierge A Qui Rien N'Echappe. C'est que, lorsqu'ils s'y mettent, les hommes font, en matière de commérages et de curiosité indiscrète, bien mieux que les femmes les plus avisées.

En toile de fond, bien plus réelle que les salons parisiens fréquentés par nos héros, la côte normande, essentiellement vue de l'automne et de l'hiver, une côte spectrale, hantée par les vents, la pluie et les légendes locales, où Vellini, puis Hermangarde s'en vont errer tour à tour, luttant contre les éléments déchaînés et la nuit qui n'en finit pas, dans leur quête effrénée, incontrôlable de leur boussole commune : Marigny.
"Une Vieille Maîtresse", à bien y regarder, c'est du mélo à l'état pur. Mais Barbey est comme Balzac : il nous attire, nous accroche, nous séduit aussi sûrement que sa Vellini. Et on lit, on lit, on ne peut pas plus renoncer à tourner les pages qu'on ne renoncerait à respirer. On passe bien sur quelques maladresses et quelques exagérations - elles aussi font partie de Barbey, on ne va pas le trahir en les lui reprochant. Sous nos yeux fascinés, l'écrivain normand assemble, mêle et démêle fils et récits. Ces derniers s'emboîtent l'un dans l'autre avec une précision de boîtes gigognes, un narrateur suit l'autre sans que le lecteur en soit déstabilisé un seul instant : c'est du grand art, la libération d'un homme qui, pour la première fois, maîtrise la force qui l'habite et le pousse à écrire. ;o)
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Fortuna
Fortuna10 juin 2015
  • Livres 5.00/5
Ryno de Marigny , séducteur et libertin, est sur le point d'épouser la belle Hermangarde de Polastron. Mise en garde par sa meilleure amie, la grand-mère et tutrice de cette dernière, la marquise de Flers sonde l'âme du beau Ryno. Qui lui avoue une passion ancienne pour une sombre espagnole, Vellini, passion qui a duré dix ans mais qui est selon lui terminée. Car il est sincèrement épris d'Hermangarde qui personnifie la beauté, la grâce, la pureté, mais également une certaine rigidité d'une classe malmenée par la Révolution…
Vellini, qui n'est pas belle mais d'une sensualité brûlante est à la fois diabolique et profondément humaine. Libre mais possessive, possédée par l'unique loi de la passion amoureuse, elle mène à la mort ses rivales, liée par le sang avec son amant qu'elle n'aime plus. Rien ne peut dompter l'amour, surtout pas le mariage…
Pour échapper à la tentation de son ancienne maitresse, Ryno accepte d'emmener sa jeune femme en Normandie. Ils y passeront six mois de bonheur, sous le regard bienveillant de la marquise, avant l'arrivée de l'hiver…La vieille dame partie, ils se retrouvent seuls jusqu'au jour où Ryno va croiser le regard de braise de Vellini dans un sentier désert…Là où rodent les fantômes des âmes perdues. Et il n'y résistera pas.
Barbey nous peint alors une de ces scènes terribles dont il a le secret qui détruira définitivement la vie amoureuse des jeunes mariés…
La jeune Hermangarde trouvera dans la religion le courage de continuer et la force de renoncer à tout lien charnel avec son mari, tout pardon étant impossible. Ce dernier n'en sera que plus encouragé à reprendre sa fatale liaison…De retour à Paris, les langues vont bon train et les paris perdus ou gagnés. Est-ce Dieu ou le Diable le vainqueur ?
L'amour, la mort, la force du désir, l'impitoyable loi de la passion inscrite au plus profond des corps, on se plonge avec délices dans la violence de ces relations qui débordent les chemins étroits de la société à l'image d'une mer déchainée. Et ce qui nous frappe c'est l'étonnante modernité de ce roman qui touche le coeur de l'homme. Et qui n'a pas pris une ride. A redécouvrir.
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Aela
Aela06 février 2011
Barbey d'Aurevilly, très marqué par sa Normandie natale (la Manche) a eu surtout pour modèles Byron et Balzac. "Une vieille maîtresse" est un roman en partie autobiographique qui repose sur l'opposition de deux personnages féminins, l'un angélique, l'autre satanique; Ce roman provoque un scandale en 1851.
Comme toujours chez Barbey d'Aurevilly, l'obsession fascinatrice du mal, les pulsions et les passions poussées à leur paroxysme, l'opacité de l'être, la description d'états psychiques étranges, côtoyant le satanisme, une atmosphère empreinte de surnaturel.
On se laisse prendre par la magie suggestive...
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Sak71
Sak7112 décembre 2015
  • Livres 5.00/5
J'ai adoré ce bouquin. Portrait de femmes, personnage de Rino, fresque historique et écriture irréprochable.
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Citations & extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred14 juin 2016
Son regard épais, qui ne tombait plus pesamment sur moi, mais qui m'échappait en brillant, me fascinait d'impatience par la mobilité de ses feux. Le sang de son père, le toreador, bouillonnait dans ses joues d'ambre devenues écarlates. On eût juré qu'il allait faire éclater les veines et couler dans ce souper, sous la force même de la vie, comme autrefois il avait coulé dans le cirque, sous la tête armée du taureau. Elle se renversait, tout en causant, sur le dossier de son fauteuil avec des torsions enivrantes, et il n'y avait pas jusqu'à sa voix de contralto - d'un sexe un peu indécis, tant elle était mâle ! - qui ne donnât aux imaginations des curiosités plus embrasées que des désirs et ne réveillât dans les âmes l'instinct des voluptés coupables - le rêve endormi des plaisirs fabuleux ! .
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michfredmichfred14 juin 2016
Le mouvement qu'elle fit pour passer dans la salle-à-manger au bras de Mareuil révolutionna mes idées, bouleversa mes résolutions. C'était ce meneo des femmes d'Espagne dont j'avais tant entendu parler aux hommes qui avaient vécu dans ce pays. Une autre femme sortit de cette femme. Deux éclairs, je crois, partirent de cette épine dorsale qui vibrait en marchant comme celle d'une nerveuse et souple panthère, et je compris, par un frisson singulier, la puissance électrique de l'être qui marchait ainsi devant moi.
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michfredmichfred14 juin 2016
Cette belle tête pâle, les cils baissés, le front grossi par l’attente, les sourcils froncés, la bouche sérieuse, aperçue à travers la vapeur qui s’élevait de la théière, était d’une beauté presque aussi grandiose et aussi tragique que celle d’une magicienne composant un philtre.
Hélas ! de philtre, elle n’en composait pas… mais elle en avait bu un qui lui semblait amer à cette heure, et qui donnait à son visage la cruelle expression qui l’animait.
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michfredmichfred14 juin 2016
De tous les bonheurs qui se payent, le plus joli, le plus gracieux et le plus pur, - mais aussi l'un des plus chers - c'est le bonheur qui précède le mariage, - qui le précède seulement de quelques jours. C'est vraiment délicieux; rien n'y manque, - pas même cette ombre de mélancolie qui veloute les pêches, quand on se retourne vers sa vie de garçon, du milieu des bijoux et des bracelets qu'on achète, anneaux symboliques, emprises pour deux! Chaque matin, on envoie pour soixante francs - ou davantage, selon la saison - des plus belles fleurs à sa promise, qui les effeuille en rêvant tendrement aux dentelles de sa corbeille; dernier rayon de chevalerie, mourant sur des fleurs qui vont mourir! dernier hommage que les hommes égoïstes offrent encore à la femme qu'ils aiment, - ou qu'ils n'aiment pas, - mais qu'ils épousent!
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michfredmichfred14 juin 2016
C'était un visage irrégulier. Elle était vêtue d'une robe de coupe étrangère, de satin sombre à reflets verts, qui découvrait des épaules très fines d'attache, il est vrai, mais sans grâce plénitude et sans mollesse. On eût dit les épaules bronzées d'une enfant qui n'est pas formée encore. Ses cheveux, tordus sur sa tête, étaient retenus par des velours verts. Deux émeraudes brillaient à ses oreilles et des bracelets - faits de cette pierre mystérieuse - s'enroulaient comme des aspics autour de ses bras olivâtres. Elle tenait à la main l'éventail de son pays, de satin noir et sans paillettes, ne montrant au-dessus que deux yeux noirs, à la paupière lourde et aux rayons engourdis.
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Vidéo de Jules Barbey d'Aurevilly
Jules BARBEY D’AUREVILLY– Les Diaboliques, Œuvre intégrale (FR)
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